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NAR – Chapitre 02

— LA NAISSANCE DE L’AUBE ROUGE (NAR)
Préquelle 01 de la saga “Les Gardiennes d’Ashima”

CHAPITRE 02

Bonjour à vous et bienvenue dans ce second chapitre de la première préquelle : “La Naissance de l’Aube Rouge”. Et bien-sûr, merci beaucoup de revenir suivre les aventures de Lexas ! Le jeune Gardien va poursuivre son aventure et faire des rencontres qui vont changer sa vie… J’espère vraiment que ce second chapitre vous plaira et vous donnera envie de poursuivre l’aventure ! Il y a encore tant à découvrir… Merci, et bonne lecture à vous !

CHAPITRE 02 : La Mort bienfaitrice.

Les yeux fermés, prêt à embrasser la Mort, Lexas entendait les pas lourds des Prêtres se ruant vers lui. Il n’avait pas peur, bien au contraire, il était heureux. Heureux que tout ceci se termine, prêt à accepter son destin. Brusquement, deux mains vinrent le saisir, puis il sentit une forte douleur à l’abdomen, suivie d’une sensation de vide, comme s’il volait. Cette sensation était merveilleuse, il avait l’impression que plus il s’élevait, plus le poids sur ses épaules se dissipait. Au revoir malédiction, au revoir culpabilité, il était enfin libre. “C’est donc ça mourir ? C’est beau. Je comprends mieux l’image donnée par certains de l’âme qui s’élève vers le ciel… C’est si… si… ” Lexas ouvrit les yeux et regarda ses pieds. En un instant, la douceur de la Mort se transforma en panique !

– Oh nom de… ! Oh ! Oh purée… ! Oh !
– Arrête de bouger ! T’es assez lourd comme ça ! 
– Qu’est-ce que ? Toi ! Mais qu’est-ce qui… Comment ?!
– J’en ai absolument aucune idée ! 
– Quoi ! Mais tu sais au moins ce que tu fais ?! On vole là !
– On vole pas ! J’ai juste sauté… Et je te répète que je sais pas ce que j’ai fait  !
– Attends, attends ! Tu sais pas ce que tu… Tu… Pourquoi est-ce qu’on… Tombe ? On tombe ! On tombe ! Fait quelque chose !!!!
– T’es gentil toi ! Et je fais quoi ?!
– Mais je sais pas ! C’est toi qui nous a envoyé en l’air !
– Tu veux dire qui nous a sauvé la vie !
– Pour mieux nous tuer ensuite !? Oh putain, on retombe, on retombe ! On va s’écraser, on va mourir ! Je veux pas mourir comme ça ! Ahhhhhhhh !

Vue depuis les yeux d’un aigle, la scène aurait été une comédie, appuyée par les cris du jeune homme de plus en plus aigus à mesure que la terre ferme approchait. Du point de vue de Lexas en revanche, c’était plutôt un film d’horreur. Le sol se rapprochait à grande vitesse ! Il voyait de plus en plus nettement les visages des Prêtres dans la ruelle, les yeux grands écarquillés. Le final arrivait bien trop vite pour lui ! Mais il finit par arriver… BAM ! Lexas et la jeune femme s’écrasèrent avec fracas dans la rue principale. Le saut et la chute les avaient suffisamment décalés pour ne pas retomber dans la ruelle. L’activité de la rue s’arrêta nette, comme si la détonation avait arrêté le temps. Un épais nuage de poussière s’éleva dans les airs, dérobant durant quelques instants les deux individus aux regards des passants. Pensant à une météorite ou à un objet non identifié, ces-deniers s’aglutinèrent. Il sursautèrent lorsqu’ils entendirent des voix provenir de l’épaisse fumée.

– T’es mort ?
– Ah… Ah… Ahhhhhh… Le Gardien ne sentait plus la moitié de son corps.
– 
Tu pourrais t’enlever… T’es lourd… S’il te plaît.

Lexas ouvrit les yeux. Encore une fois, la Mort n’était pas au rendez-vous. Sous l’oeil effaré des passants, la jeune femme et lui n’avaient semblait-il aucune blessure grave. Lexas se leva, toucha chaque partie de son anatomie et n’en revint pas : il était entier ! Après avoir presque pu toucher les nuages (et non, il n’exagérait pas tant que ça, ce n’était pas son genre…), il était encore en vie. La jeune femme se releva à son tour et regarda la paume de ses mains, toute tremblante. Elle semblait à la fois fascinée et complètement terrifiée.

– Co… Comment est-ce que… ? Comment j’ai fais ça ? 
– Je ne sais pas je… Enfin si, je suis pas expert mais j’ai bien une idée… De très nombreuses personnes se rendent compte qu’elles ont des capacités face à des évènements traumatisants… C’est souvent dans ces circonstances qu’elles les découvrent ou les développent…
– Tu veux dire que je suis une… Une… Une gardienne ? Elle ouvrit grand les yeux.
Apparemment…
– Je… Je suis un monstre… Une erreur de la Nature je… 
– Bien-sûr que non tu n’es pas un monstre voyons !
– Le Grand Ordre… Il dit que…
– Tu n’es pas un Monstre !
– Facile à dire pour toi ! Tu n’es pas à ma place !
– Parce que tu crois savoir ce que…
– Je suis une erreur… Un monstre…

Soudain, des cris s’élevèrent dans la foule ! Des voix hurlèrent contre les deux jeunes personnes : “Hérétiques !”, “Démons !”, “Meurtriers !”, “À mort !”, “Blasphémateurs !” et bien d’autres expressions bien moins sympathiques… Lexas se redressa et se prit un caillou dans le dos, puis deux. Tous les passants commencèrent à leur jeter ce qu’ils avaient de pire sous la main, accompagnés d’insultes de plus en plus cruelles. L’effet de masse commença, les faibles se sentirent pousser des ailes. Lexas attrapa la jeune fille et la protégea de son corps, afin de quitter les lieux. Les gens avaient beau leur lancer pierres et injures, ils s’écartèrent tous sur leur passage et ne cherchaient même pas à les suivre. Courageux, mais pas héroïques… Lorsqu’ils eurent parcouru un peu plus de chemin dans une nouvelle ruelle déserte, Lexas s’arrêta pour reprendre ses esprits. La jeune Gardienne semblait toujours aussi traumatisée.

– Ils ont raison… Je suis un monstre… Je ne mérite pas de vivre je…
– Arrête !
– Tu as sauvé un monstre…
– Ah mais tu… ! Rha ! Alors un monstre en a sauvé un autre ! Voilà !
– Quoi ?
– Je… Tu… Lexas tremblait de colère, hormis à Sirius, il n’avait jamais dit ce qu’il s’apprêtait à dire. Moi aussi j’ai des capacités ! Moi aussi je suis un Gardien ! Voilà !
– Mais… Tu m’as sauvé tu…
– Et oui ! Je ne suis pas un monstre assoiffé de sang qui mange les enfants la nuit ou viole les jeunes vierges à leurs premières menstrues !
– C’est impossible… Tout le monde sait que les Gardiens sont des monstres… On nous l’apprend dès l’école on… J’en ai vu des Gardiens… Ils sont…
– Ils sont ce que d’autres ont décidé qu’ils seraient ! Et puis on est tous différents, tant au niveau capacités que caractères ! Y a des gentils, des méchants, bla bla bla… Écoute, si tu prononces encore une fois le mot monstre je te jure que je t’en colle une !
– Un monstre… BAM ! Lexas la giffla de toute ses forces.
– Ahhhhhh ! Nom de… Ah ! Mais tu es en acier ou quoi ?! Hou, hou ma main ! Ahhhh ! La vache ! Je te confirme, tu es bien une gardienne ! Si tu avais pu t’en rendre compte avant tout ça, ça m’aurait arrangé !
– Bien fait ! La jeune femme eut un discret air de triomphe. Mais comment j’ai fait ça ?
– Mais j’en sais rien !
– Tu es un Gardien toi aussi, tu dois bien le savoir !
– Je suis pas un expert, je sais pas moi ! … Euh… Pf… Dans la panique tu as surement débloqué ta capacité. De ce que j’en sais tu as sûrement un don pour… Comment ils appellent ça… Le transfert ! C’est ça ! 
– Le transfert ?
– Oui c’est une des capacités que certains peuvent développer. Comment expliquer ça euh… Ouais… Pour simplifier tu es capable de transférer de grandes quantités d’énergie vitale là où bon te semble dans ton corps. Alors euh… Bon ok. Pour devenir un Gardien, tu dois le savoir, il faut être exposé au Ta’Rian, et surtout, y survivre… Cela permet entre autres de contrôler l’énergie vitale. On sait aussi que souvent, leurs capacités se manifestent dans des situations extrêmes. Pour toi, ça a été ta mort imminente… Enfin notre mort imminente… Ta capacité s’est débloquée et nous voilà… Devant ton envie de fuir, tu as inconsciemment transféré ton énergie vitale dans tes jambes ce qui t’a permis de sauter si haut. Comme tu ne maîtrises rien du tout, tu as fait n’importe quoi… Pour la chute, tu as dû faire le même processus vers ton dos pour l’amortir.
– Tout comme j’ai protégé mon visage de ta droite qui se voyait à des kilomètres… Chapeau au fait, beau geste…
– Je… Suis désolé, c’est que je n’aime vraiment pas ce mot…
– Alors je suis… Invincible ?
– Oh oh oh. Non non non non non ! C’est pas si beau. Plus tu utilises tes capacités, plus tu vides ta réserve d’énergie vitale, qui au passage, te maintient en vie. Et elle s’épuise vite donc non, tu n’es pas invincible loin de là. Je dirai même que tu es plus vulnérable que jamais…
– Comment ça ?
– Tu as bien vu la réaction des gens quand ils nous ont vus non ? Et bien ça va devenir ton quotidien ! Sauf si tu caches tes pouvoirs ! Et tu dois les cacher, en particulier du Grand Ordre. Je n’ai pas besoin de te préciser ce qu’il va t’arriver s’ils t’attrapent, si ? 
– Non je le sais bien… Mais alors… Tous les Gardiens ne sont pas des fous ? Enfin je veux dire… D’accord tu as frappé une femme mais… Enfin… Tu n’as pas l’air si méchant que ça…
– Je me suis excusé ! C’est la première fois que ça m’arrive… Et bien-sûr que non, les Gardiens ne sont pas tous mauvais ! C’est l’image qu’on leur donne parce que ça leur va bien ! Certes, une majorité perd les pédales et devient – incontrolable, mais cetains arrivent à contrôler leur capa…
– LA MESSIRES ! Ils sont là ! ICI ! Arrêtez-les ! Les abominations sont là !

En bon citoyen, l’un des passants ayant remarqué leur présence était parti avertir les Prêtres. Ces-derniers avaient rapidement rejoint les lieux. Lexas pesta contre lui-même ! A vouloir jouer les professeurs, il en avait oublié qu’ils étaient pris en chasse ! Il attrapa la jeune femme par la manche et l’entraîna dans sa fuite. Tant pis pour sa mort libératrice, elle attendra. Pour la première fois de sa vie, il sentait qu’il pouvait protéger quelqu’un. Seulement, les capacités de la Gardienne la rattrapèrent et très vite, sa course fût bien plus rapide que celle de Lexas. L’homme n’arrivait plus à suivre, à tel point que la femme le souleva pour le prendre dans ses bras et fonça à toute vitesse. Un chat de goutière, à la robe noire, tranquillement installé sur une poubelle en train de se lécher la patte, fut interrompu par les fuyards. Il se figea et regarda la scène de ses grands yeux rouges. Il arborait un air interrogateur devant la course fulgurante de la jeune femme, tenant dans ses bras un homme gesticulant dans tous les sens, les mains levées vers le ciel. Figé comme une statue, la langue tirée, il lui fallut un certain temps avant de retourner à sa toilette. Une longue course plus tard, Lexas, blessé dans son égo, demanda à être posé.

– Ca va, ça va ! Repose-moi ! Vu la vitesse à laquelle tu cours…
– Désolée, mais tu trainais… La jeune femme posa délicatement Lexas.
– Oui ça va, ça va. Tu devrais plutôt…

Lexas eu un mal de crâne fulgurant. Il regarda ses mains, posées sur la jeune femme. Sa tête se mit à tourner et il se la tapa comme pour essayer d’empêcher les visions. Mais les flash arrivèrent. Il y vit les malheurs de la jeune femme, la maltraitance de ses parents, sa vie dans les taudis, un homme encapuchonné aux yeux blancs brillants dans l’obscurité, sa peur face à la situation qui venait de se produire… Cependant cette fois-ci, il y vit pour la première fois de sa vie l’espoir, le soulagement. Et ce soulagement avait un visage : celui de Lexas. Il réussit à sortir de sa transe et regarda la jeune femme.

– Tout va bien ? Me lâche pas maintenant !
– Ca va, ca va…
– Et ba… Visiblement y a pas que moi qui arrive pas à contrôler mes capacités ! C’est nouveau pour toi aussi ?
– Euh… Oui en quelque sorte…
– Qu’est-ce qu’on va faire ? On va être les gens les plus recherchés de la Capitale !
– Je ne sais pas je… Lexas prit le temps de réfléchir. Ecoute… Tu viens du quartier des Plaisirs non ?
– Comment tu sais ça ?
– Peu importe… Tu connais donc l’Orchidée Bleue ?
– Bien-sûr.
– Vas-y et demande Sirius, tu lui dis que…
– Quoi ! Il est hors de question que je devienne une catin ! Je refuse de satisfaire de vieux pervers juste pour avoir un toit !
– Tu… Ce n’est pas ce que je dis… Rends-toi à l’Orchidée Bleue et demande Sirius. Dis-lui que tu viens de la part de Lexas et que tu cherches de l’aide. Il t’aidera. Tu trouveras des filles comme toi…
– Hum… T’es pas juste un rabatteur j’espère ! La jeune femme avait un air suspicieux.
– Un raba… Sérieusement, dans la situation où on est ?
– J’en ai connu des salauds, crois-moi…
– Ca je te crois… Là-bas tu auras de…

BANG ! Une nouvelle détonation fit sursauter Lexas, immédiatement suivie par un cri étouffé. La jeune Gardienne s’écroula et mit un genoux à terre, la jambe en sang. Lexas se retourna instinctivement. Il vit l’un des Prêtres qui les tenait toujours en joue avec un Barian, une arme à feu surpuissante développée par le Grand Ordre, seule entité autorisée à posséder des telles armes. L’homme était seul, aucun de ses frères ne l’avait suivi. Comment avait-il pu arriver si rapidement ? La jeune femme eut de la chance, en temps normal, la puissance de la balle lui aurait arraché la jambe. Elle pouvait remercier ses capacités. Lexas se tourna vers elle, mais elle l’attrapa brusquement et le lança par dessus l’immense mur séparant la ruelle de la rue principale. Lexas fût projeté, mais il arriva de justesse à s’agripper au sommet de celui-ci, le corps pendant du côté de la grande avenue.

– Mais qu’est-ce que… Qu’est-ce que tu fais ?
– J’honore ma dette…
– Ta dette, mais quelle dette ?
– Tu m’as sauvé la vie, à moi d’en faire autant… Un monstre en sauve un autre…
– Non ! Blessée tu n’arriveras pas… A… Et merde !

Lexas lâcha prise, il tomba de plus de trois mètres dans une large poubelle de la rue principale. “Ah ba elle a vite chopé le truc…” pensa-t-il en enlevant quelques ordures de ses épaules. De l’autre côté, il entendit deux détonations, puis plus rien, si ce n’est des bruits de course. L’un des Prêtres hurla à un petit groupe de faire le tour pour rattraper “l’autre hérétique”. Lexas en conclut sans mal qu’il parlait de lui. Il se retourna et se retrouva nez à nez avec le chat et ses yeux rouges. Encore lui… Tout aussi étonné, le chat se figea de nouveau. Ils passèrent de longues secondes à se regarder, comme s’ils essayaient de communiquer. Puis, d’un mouvement précis et délicat, le chat avança sa patte afin toucher le bout du nez de Lexas, comme pour le réveiller. Ensuite, il regarda vers la Transgare. Lexas fit de même puis revint sur le chat. Il fut persuadé que celui-ci lui avait fait un clin d’oeil ! Il ne savait pas pourquoi mais… Il allait suivre ce qu’il lui montrait… Il allait suivre le plan d’un chat… Il se sentait vraiment désespéré ! Comme il savait si bien le faire et comme il l’avait toujours fait, Lexas prit la fuite sans se retourner et entra dans la Transgare afin de tenter de semer ses poursuivants. En courant, il balaya les alentours du regard, espérant y voir la jeune femme blessée en fuite, mais il n’en fût rien… Après de longues secondes de course, il entra dans les dédales de la Transgare, seul, encore.

Il descendit plusieurs étages pour se retrouver au quai 36, troisième sous-sol, sixième station. Il le savait vide à cette heure-ci, puisqu’il était en sens unique et qu’aucun Transrouleur ne s’y arrêterait avant le soir. Il se dit que la manoeuvre la plus logique serait de se cacher sur un quai bondé de monde. De ce fait, faire le contraire brouillerait les pistes, ou du moins, retarderait le Grand Ordre et avec lui, sa sentence. Lourdement, il se laissa tomber sur un banc, le corps flasque, les yeux perdus dans le vide. Le vent qui hurlait dans les longs et sinistres couloirs de la gare du Transrouleur ne faisait que lui remémorer les cris perçants de sa victime. Les yeux bleu-azur du jeune homme, habituellement si brillants, ne laissaient apparaître désormais qu’horreur et colère. Qui aurait pu croire que lui, un homme sans histoires, toujours droit dans ses bottes, allait aujourd’hui se transformer en assassin ? Mais ce n’était pas cela qui préoccupait le plus Lexas non… Non, ce qui le préoccupait, c’était qu’il ne ressentait ni culpabilité, ni remords pour la première fois de sa vie. Pire encore, il éprouvait un sentiment de justice et même de fierté, voir d’exaltation quand il y repensait. Ce regard empli de colère lui était en réalité destiné.

La gigantesque horloge de la Gare résonnait à travers les couloirs vides, lançant des tic-tac menaçants, rappelant à Lexas qu’il était maintenant un homme recherché, peine de mort à la clef, et que l’heure de sa mort approchait. Les sons de l’aiguille provoquaient en lui des flashbacks qui lui faisaient revivre la scène, comme pour lui rappeler chaque détail, s’assurer qu’il ne ressentait vraiment aucune culpabilité. Une nouvelle fois, il se parla à voix haute comme pour mieux réfléchir.

“Et ben bravo… Toi qui voulais une vie tranquille… Voilà où tu en es… Criminel le plus recherché de la Capitale avec peine de mort à la clef… Félicitations gros débile ! Abruti ! De toute façon tu le mérites… Tu as été un lâche toute ta vie ! Tu es coincé ! Peut-être que… Sirius ? Peut-être qu’il pourrait me cacher et… Non ! Hors de question ! Je ne peux pas le mêler à ça ! Si par malheur l’un des Prêtres me voit là-bas, tous les gens à l’Orchidée Bleue seront condamnés par ma faute, c’est hors de question ! Non ! Alors il ne me reste plus qu’à… Quitter la ville, m’exiler dans les Terres Blanches ? Mais en suis-je capable ? Sois honnête mon vieux, tu n’es déjà pas capable de te protéger dans la Capitale, alors dans les Terres Blanches… Tu tiendras même pas deux jours ! Je n’ai donc aucune issue ? Ma vie est terminée ? Mais qu’ai-je fait… Qu’est-ce qui m’est arrivé… ? Je devrais peut-être aller me rendre… Essayer d’expliquer la situation… Mais quand bien même… Etre emprisonné et réduit à l’esclavage… Un cobaye ? Il vaut mieux mourir… Oui, c’est ce que je vais faire… Mais si je dois mourir, ça sera à ma façon ! Je ne laisserai pas le Grand Ordre décider pour moi de…”

Lexas fut tiré de ses songes par un délicat parfum. Son inquiétude se transforma presque instantanément en rage. C’était à cause de ce parfum qu’il était dans cette situation ! C’était en suivant sa trace qu’il était tombé sur le Grand Prêtre et que tout était arrivé ! Il se leva et scruta du regard chaque recoin. Il parcourut les quais, regarda derrière chaque pilier, mais il n’y avait rien ! Cette odeur le rendait fou ! “Les fantômes ne portent pas de parfum” se disait-il ! Il continuait d’avancer sur le quai, faiblement éclairé par de vieux néons jaunâtres scintillants. Il marchait, mais il n’y avait rien, seulement cette odeur. Cependant, dans un courant d’air, se glissant derrière lui, il sentit une présence, une ombre l’enlacer. L’odeur du parfum fût plus puissante que jamais. Il se retourna aussi vite qu’il le put. Dans sa tête, des rires résonnèrent ! La colère continuait de monter en lui, il en était maintenant persuadé, quelqu’un se jouait de lui !

– Montre-toi ! Sale lâche ! Si tu veux me tuer fais-le, maintenant ! Arrête de jouer avec moi ! Montre-toi !
– Lexas, Lexas… Si je voulais te tuer tu serais mort depuis longtemps… Tu es si lent… Si naïf… Si tourmenté…
– Qui es-tu !? Réponds !

Lexas essaya d’être le plus menaçant possible, mais tout son courage s’évapora lorsqu’il sentit un souffle dans sa nuque, un souffle chaud… Définitivement, le parfum ne venait pas d’un esprit. Il n’entendit que des murmures, mais il les grava dans sa mémoire…

– Je suis la Mort…

L’homme leva les bras tel un boxeur, sachant pertinemment que de toute façon, si combat il devait y avoir, il se ferait massacrer. Il agita les poings dans tous les sens en se retournant, mais tout comme chez lui, son ennemi était le vide. Rien, pas âme qui vive autour de lui, seulement ce parfum enivrant. Dans les longs couloirs vides et silencieux, il était seul, mais plus pour longtemps. Les courants d’air amenèrent avec eux des échos lointains :

– Des passants nous ont signalé que l’hérétique est entré dans la Gare ! Il est fait ! Dispersez-vous mes frères, trouvez l’assassin ! Bloquez les quais !

Lexas baissa les poings et les épaules, complètement dépité. C’était la fin. Il ne savait plus quoi faire… Devant lui, deux couloirs se présentaient : à droite, il irait vers la surface, les Prêtres, et une mort certaine. A gauche, il plongerait dans les entrailles de la Gare, vers le quai 47… Et une mort certaine si on en croyait tout ce qui se racontait sur ce quai… En effet, cette partie de la Gare était connue pour pulluler de violeurs, drogués, malfrats, receleurs et autres personnes tout à fait fréquentables… Ils profitaient de la peur des gens pour y faire leur trafic en toute tranquillité. Peut-être accueilleraient-ils avec joie un assassin ? 

Non ! Mieux valait une mort honnête que d’être poignardé dans le dos ! Lexas décida d’emprunter le couloir de droite. Il s’avança et… BAM ! Un des néons explosa au dessus de sa tête. Il sursauta ! Son coeur battait tellement vite qu’il pensa faire un malaise. Il déglutit et avança de nouveau vers le couloir de… BAM ! Un autre néon explosa. Lexas n’en revenait pas ! Quelles étaient les probabilités que cela arrive ? Et si… Non, ce n’était pas possible… Le parfum, le Grand Prêtre, la Gardienne, le chat, les néons… Et si cela n’était pas anodin… Si tout cela était orchestré par… Le Destin ! Lexas eu un regain d’espoir ! Et si en vérité, comme le lui avait si bien dit Sirius, il ne voyait que le négatif car il ne pensait que négatif ! Il n’avait jamais cru au destin, mais maintenant il était prêt à le faire ! Oui, c’était le Destin qui le guidait, il en était sur ! 

“Oui, ça doit sûrement être ça ! Le Destin ne veut pas que je prenne ce couloir ! Je dois prendre celui de gauche, c’est évident ! C’est ma chance ! Comment n’ai-je pas réalisé ça plus tôt ! Le Destin, mais bien-sûr ! C’est évident !”

Avec une énergie sortie d’on ne savait où, Lexas avança d’un pas ferme vers le couloir de gauche. Aucun néon n’explosa. Il accéléra le pas et, pour une raison totalement inconnue, compta le nombre de marches. Plus il les descendait, plus il courait, persuadé que le destin le conduisait là où il devait vraiment être ! Alors qu’il arrivait devant un large panneau arborant le numéro 47, son regain d’espoir passager se dissipa bien rapidement. Il fut arrêté par deux hommes gigantesques, habillés de grandes tuniques étranges, ne ressemblant à aucun habit de la Capitale. L’un des deux costauds s’adressa à lui avec un étrange accent qu’il ne reconnaissait pas, un accent à la fois chantant et agressif.

– On ne passe pas citoyen ! Pour votre sécurité, merci de coopérer !
– Pardon je ne savais pas que le quai 47 était interdit je…
– Pas interdit, réquisitionné par son Altesse Sérénissime.
– Oh je… Et bien je m’en vais alors…

Pour des brigands ils avaient l’air terriblement respectueux et formés… Visiblement, le Destin n’était finalement pas avec lui, il entreprit de faire machine arrière… Peut-être pouvait-il essayer de sauter dans le premier Transrouleur qu’il verrait… Mais avec le Grand Ordre dans chaque Transgare, difficile de passer inaperçu… Soudain, toutes les lumières du quai s’éteignirent dans un hurlement assourdissant et effrayant. Des cris s’élevèrent, suivis de ce qui lui sembla être des ordres dans cette étrange langue. L’écho des lames qui se fracassaient les unes contre les autres résonnait sur le quai, accompagnés de bruits de chair tranchée et de sang giclant à flot. Lexas se jeta au sol, ne voyant pas quoi faire d’autre. Dans le même temps, un Transrouleur passa à toute vitesse sur la voie du quai et ses lumières permirent à Lexas de voir une longue cape noire qui semblait se rapprocher de lui puis… De nouveau le noir total. Brusquement, il sentit ses pieds décoller du sol et il fut projeté en avant avec violence, si puissamment qu’il heurta quelqu’un de plein fouet et le fit voler avec lui. Intérieurement, Lexas commençait en à avoir plus qu’assez d’être projeté en l’air sans son accord ! Aussi rapidement qu’elles furent éteintes, les lumières se rallumèrent. Encore confus, Lexas regarda la personne sur laquelle il avait atterri, encore. C’était un homme d’une bonne cinquantaine d’années au teint hâlé. Il tenait un grand sabre qui s’était enfoncé dans son propre corps et qui était passé à quelques millimètres seulement de la tête de Lexas. Horreur, un second meurtre en même pas une heure ! Sans même s’en rendre compte ! Et au milieu de ses amis…

Derrière lui, un hurlement de joie ! Un hurlement de joie qui lui était adressé.

– Par Itokas ! Mon ami ! Tu m’as sauvé la vie ! Les dieux t’envoient ! Comment t’appelles-tu ?!
– Ça pour m’envoyer… Je euh… Je m’appelle Lexas je…
– Lexas ! Dans mes bras ! Comment te remercier c’est… C’est ! Ah !

Un homme étrange aux doigts ornés de rubis et de jade se précipita pour prendre Lexas dans ses bras. Lui aussi avait le teint bronzé et à son accoutrement, le jeune homme comprit de suite qu’il s’agissait du chef de la bande.

– Je ne… Non… Pardon je… Enfin.

– Ahhh oui, vous autres n’êtes pas habitués à notre langue ni à nos coutumes et je manque à tous mes devoirs. Je me présente, Naribarad Ier, Roi Suprême de Maartkam. Et cet homme là qui gît sans vie, c’est mon frère ! L’homme cracha sur le cadavre encore chaud. Qu’il pourrisse dans le monde des Anciens ! Des mois qu’il tente de m’ôter la vie et cette fois-ci il a bien failli y parvenir ! Mais tu m’as sauvé, tu viens de le tuer ! Tu as réussi là où nous avons échoué depuis tout ce temps ! Merci mon ami !

Tentant d’assimiler toutes les informations qu’il venait d’obtenir, Lexas resta silencieux. Comment une personne morte avait pu rallumer les lumières si elle les avait éteinte pour attaquer… ? Et d’ailleurs comment était-ce possible de faire ceci ? La moitié des hommes de ce Naribarad avaient été massacrés. Un seul homme pouvait-il faire ça ? Le Roi de Maartkam ? Il avait bien entendu ce nom par le passé mais cela remontait à loin. Il tenta de se rappeler… Maartkham… Une cité dans le Désert Blanc peut-être ? Ou alors…

– Ah ah ah ne sois pas timide ! Je ne suis pas ton Roi mais ton débiteur, je te dois la vie mon ami ! Je ne pourrai jamais te rembourser mais je peux essayer ! Ayasim, cet homme vient avec nous !
– Pardon ? Comment ça je viens avec vous ?
– Parfaitement mon ami ! Je vais te montrer ma reconnaissance en t’offrant tout ce dont tu peux rêver, et ce dans mon Royaume ! C’est ma façon à moi de payer cette immense dette !
– Mais je ne… Lexas réfléchit quelques secondes… N’était-ce pas là sa porte de sortie ? Le Destin ne lui offrait-il pas enfin l’occasion inespérée d’échapper à la Mort ? 
– Quoi ? Refuses-tu mon invitation ? L’invitation d’un Roi ! Qu’est-ce qui peut bien te retenir dans cette ville putride ?!
– Vous savez quoi votre Altesse… Non, j’accepte avec grand plaisir !
– Ahhhhhh ! C’est ce que j’aime entendre, dans mes bras ! Naribaras le prit une nouvelle fois dans ses bras et Lexas leva les mains au ciel, comme à son habitude. Ayasim, prépare les Dracarosses, nous partons sur le champ. J’ai passé assez de temps dans cette Capitale de malheur ! Et ramasse le cadavre de ce traître ! A notre retour nous l’exposerons sur la place publique pour montrer à ses “associés” que personne ne s’en prend à nous sans en payer les conséquences ! Je suis d’ailleurs certain qu’il en a aussi dans cette maudite Capitale !

Non sans appréhension et une certaine honte, après tout il n’avait strictement rien fait, Lexas suivit Naribarad et son escorte. En chemin, son flair fut cependant attiré par une subtile odeur de parfum… Une odeur familière…. Mais il ne put s’y attarder, les gardes pressant le pas. Ils empruntèrent une sorte de passage secret et remontèrent à la surface, de l’autre côté de la Transgare, à l’abri des regards. Là, Lexas y vit pour la première fois de sa vie de véritables et somptueux Dracarosses rouge et or. Il s’agissait d’une sorte de carrosses sans roues, gigantesques, lévitant dans les airs, la base noyée dans une brume épaisse mélangée à des flammes. Les Dracarosses ne se voyaient pas à la Capitale. La seule façon de les voir, c’était dans des livres d’histoire. Après un regard soucieux vers la rue derrière lui, Lexas s’empressa de pénétrer dans le véhicule pour se cacher, en croisant les doigts pour que personne ne le remarque et que tout ceci ne soit pas un piège.

De son côté, Naribarad s’impatienta à l’extérieur. L’homme aux habits clinquants regardait nerveusement autour de lui, avant de s’adresser à son principal garde du corps, Ayasim.

– Malédiction ! Mais que font-elles ?! Je leur avais pourtant dit de nous rejoindre ici bien avant cette heure !
– La Haute Concubine nous a dit être allée faire des courses mon Roi. Les gens de la Capitale l’ont peut-être retardée et…
– Par ma barbe ! Si elles ne sont pas là dans deux minutes je déclare la Guerre !
– Vous n’oseriez pas mon Roi…

Une voix sensuelle s’éleva dans les airs. Le Roi sembla sous le charme et fit de grands gestes de respect à la femme qui arriva. Elle était vêtue d’une immense cape en satin noir à capuche, et son visage était caché par un voile assorti. Le Roi s’inclina avant de lui offrir son aide pour entrer dans le Dracarosse. Elle s’installa sur la banquette en face de Lexas, mais pas devant lui. Cette place était visiblement réservée au Roi. Derrière son voile, il ne voyait pas ses yeux, mais il sentait le poids de son regard. Cependant, il n’y avait pas que ça… Lexas avait une étrange sensation, qu’est-ce que cela pouvait être… ? Autre chose était entré avec elle… Il regarda ses mains et eut une sursaut d’intelligence : le parfum ! Cette odeur ! C’était elle ! Impossible de s’y tromper ! C’était cette femme qui le suivait depuis ce matin ! Son coeur fit un bond ! Impossible ! Il était tombé droit dans un piège ! Lexas se leva, ce qui surprit Naribarad.

– Lexas mon ami ! Où vas-tu ?
– Je euh… Je ne me sens vraiment pas bien, je pense que je suis malade en Dracarosse je…
– Ce jeune homme me semble bien pâle mon Roi… Peut-être a-t-il vu… La Mort…

Les mains de part et d’autres de la grande portière et un pied dans le vide, Lexas se figea. Il reconnaissait clairement cette voix… Plus aucun doute possible ! Son instinct lui ordonna de fuir, mais il ne put faire un pas de plus. Devant lui, une magnifique jeune femme lui bloquait la route, les bras accrochés aux montant de la même portière, prête à entrer. Lexas la fixa. Elle était d’une beauté incroyable, sauvage. Sa peau hâlée faisait ressortir ses sublimes yeux rubis, et ses longs cheveux noirs ondulés sous la brise. Il remarqua que la jeune femme plongea très brièvement le regard sur son entre jambe, avant d’afficher un léger rictus.

– Pardon Lexas, tu me gênes… Tu veux bien rentrer s’il te plait ?
– Qui… Lexas, pour une raison totalement inconnue, sentit qu’il pouvait faire confiance à cette jeune femme. Qui es-tu ?
– Disons que je suis… Le Destin ?

La femme éclata de rire et se colla à Lexas pour le forcer à rentrer. Il se laissa tomber dans son siège, et elle s’installa gracieusement à côté de lui. La portière se referma d’elle-même.

– Je vois qu’Aryna t’a fait passer le mal des transports Lexas ! Ah ah ah ah ! Bien bien, allons-y ! Une très longue route nous attend et… Que vois-je ? Ne devais-tu pas faire des achats en ville avec la Haute Concubine, Aryna ? 
– Si mon Roi… Mais il y avait une telle agitation en ville que nous n’avons pu trouver que l’essentiel…
– Oh ça alors ! Pfeuh, la Capitale est toujours si peu accueillante ! Ces animaux ! L’important c’est que tu aie trouvé l’essentiel ! Parfait ! Ah ! Mes chères, je vous présente Lexas ! Et j’ai le plaisir de vous annoncer que mon frère est mort ! Grâce à lui ! Oh c’est une histoire fascinante, laissez-moi vous la narrer !

Durant de longues minutes, Naribarad raconta, de façon très romancée et en ajoutant beaucoup de crédit à Lexas, comment ce dernier l’avait sauvé des griffes de son frère et neutralisé seul, là où la moitié de ses hommes y étaient restés ! Le Gardien découvrit l’histoire en même temps que les femmes, y compris le fait qu’il était visiblement capable de marcher au plafond ou encore de faire voler des sabres par la pensée… Lexas aurait juré qu’Aryna essayait du plus profond de son être de ne pas exploser de rire. Quant à la Haute Concubine, impossible de le savoir derrière ce voile mystérieux. Mais ses idées devaient lui jouer des tours, elles apprenaient tout de même la Mort de leurs compatriotes. Cependant, il perdit le fil de l’histoire vers la fin, car les questions se bousculaient dans sa tête. Le Quai 47 n’était donc en rien un repère de brigands mais un quai privé réservé aux allées et venues des VIP ? Un autre mensonge du Grand Ordre ? Cette femme, la Haute Concubine, avait-elle fait exprès de le suivre ou était-ce pure coïncidence ? Après tout lui aussi était dans les quartiers marchands mais… Chez lui ? Et dans la Transgare ? Il n’eut le temps de réfléchir d’avantage, Naribarad lui tapa l’épaule si fort que le Gardien eut l’impression qu’il lui avait déboîtée !

– Ah ah ah ah ah ! C’est vrai ça ! Lexas mon ami, raconte-nous ça !

– Euh… Pardon je… Raconter quoi ?

– Et bien comment tu es arrivé à pister mon frère ! Aryna a l’air très curieuse !

– Extrêmement curieuse en effet… Dis-nous Lexas, comment as-tu fait pour pister et tuer un maître assassin si puissant, là où tellement d’hommes ont échoué ? demanda Aryna avec un regard narquois.

– Je euh… Hum… Pour être totalement honnête… Lexas jeta un coup d’oeil furtif à Naribarad. En réalité je poursuivais une autre proie et euh… Lorsque je suis arrivé au Quai 47, que je savais bien évidemment un endroit réservé aux VIP de la Capitale, je me suis dit qu’elle serait peut-être là. Lorsque je suis arrivé, j’ai entendu un bruit étrange ! Une fois les lumières éteintes, manoeuvre typique des meurtriers, j’ai aperçu un homme étrange à la lueur des wagons du Transrouleur ! J’ai de suite compris qu’il était dangereux et je ne sais comment, ces derniers temps j’ai tendance à… A faire des choses sans vraiment m’en rendre compte et là hop, j’ai frappé !

– Ah ah ah ah ah ! Merveilleux ! Merveilleux !
– Ca alors, c’est une histoire fascinante effectivement… C’est très impressionnant Lexas. Aryna arborait un grand sourire.
– Tu as le coeur d’un vaillant chevalier ! Je savais que tu étais quelqu’un de spécial mon ami ! C’est pour ça que je t’ai offert l’exil !
– Mais du coup, dis-nous… Qui était ta cible principale dans ce cas ?
– Oh euh… Une Gardienne fugitive… Elle a assassiné un Grand Prêtre alors j’ai voulu…
– Pteuh ! Naribarad cracha au sol. Une bonne chose ! Ces raclures ne méritent rien d’autre ! J’espère qu’elle lui a offert une mort douloureuse ! Mais tu dis que tu la poursuivais ?! Tu voulais donc l’arrêter ?!
– Non, non ! Par Ashima non ! Je voulais la protéger du Grand Ordre…
– Ahhhh ! Je le savais mon ami, je n’en doutais pas une seconde ! Tu es du bon côté !
– Et ba dis-donc… On peut dire que tu es toujours au bon endroit au bon moment hein… Aryna le regardait plus que jamais avec amusement.
– Il suffit Aryna. La Haute Concubine parla d’une voix calme et autoritaire. 

Le rappel à l’ordre jeta un froid, même Naribarad perdit son sourire et plongea son regard sur le paysage extérieur. Aryna fit de même et Lexas se rendit compte que pour la toute première fois de sa vie, il allait pénétrer dans les Terres Blanches, un lieu maudit, que tout le monde souhaitait éviter. Comment se faisait-il que le Roi était si content d’y retourner ? Il ne savait pas pourquoi, mais il avait l’impression que son voyage allait lui apprendre une quantité de choses incroyables. Le Gardien regarda derrière lui, vit la Capitale s’éloigner et avec elle, son étrange envie de mourir…

De nombreuses heures plus tard, Lexas fut réveillé par Naribarad. Il regarda dehors et s’aperçut que la nuit était tombée. Il n’en revenait pas, comment avait-il pu s’endormir dans une telle situation ! Il pesta contre son instinct de survie, proche de zéro !

– Ah ah ah ah mon ami ! Tu as le sommeil lourd !
– Je euh… J’ai eu une nuit et une matinée éprouvante…
– C’est ce que je me suis dit, c’est pourquoi je t’ai laissé dormir ! Viens, c’est l’heure du repas ! Tout est prêt, joins-toi à nous !

Lexas émergea aussi rapidement qu’il le pouvait, s’essuya la bave au coin des lèvres et sortit du Dracarosse. Au coeur d’une immense forêt, le cortège s’était arrêté pour monter un camp de fortune très cosy. En son centre, un immense feu de joie, sur lequel cuisait une viande à la senteur exquise, crépitait. La lueur des flammes sur les hautes branches des arbres donnait au lieu un charme indéniable, bien qu’inquiétant. Tout le reste autour d’eux n’était que pénombre. La forêt semblait vraiment très dense, certainement un gage de sécurité. La Haute Concubine et Aryna étaient à part des gardes, installées dans de moelleux coussins. Naribarad invita Lexas à prendre une brochette dans le feu et à les rejoindre. Sans se faire prier il attrapa deux grosses brochettes et alla s’installer sur un énorme coussin jaune. Aryna semblait calmée et Naribarad demanda de la musique. Quelques gardes rigolèrent, firent un aller-retour aux Dracarosses et revinrent avec de drôles d’instruments à cordes et des percussions. Ils jouèrent de leurs talents afin de lancer une entrainante musique d’ambiance. Lexas, qui n’avait rien avalé depuis la veille, se jeta sur les brochettes. Une, puis deux, une troisième, une quatrième ! Aryna rigola devant sa goinfrerie.

– Tu as l’air de te régaler Lexas.
– Effectivement ! Je m’excuse, je n’ai rien avalé depuis hier. Et puis je ne sais pas qui a préparé ces brochettes, mais c’est une pure merveille !
– C’est ma femme, la Haute Concubine ! Elle a de très nombreux dons, la cuisine en fait partie ! Et c’est Aryna qui s’est chargée de la chasse ! Elle aussi a de très nombreux dons ! 
– Hum… Hummmm… Lexas dévora sa cinquième brochette. Et tu as chassé quel animal pour faire ces brochettes ? Je m’en souviendrai !
– Un gibier qui pullule dans les Terres Blanches. Aryna le fixait de ses grands yeux rouges.
– Ah ? A la Capitale on nous apprend qu’il est très difficile de trouver du gibier dans les Terres Blanches, à cause des Errants.
– C’est vrai, les petit animaux sont plus malins qu’eux… Ils se cachent mieux, alors leur traque est plus compliquée… C’est surtout le gros gibier qu’ils attaquent…
– Ah vraiment ? Hummmm… Pourtant tu dis que ce gibier pullule ici non ?
– Hun hun… Aryna se mit à sourire.
– Ah ah… Ah… Lexas alterna le regard sur sa brochette, la quantité phénoménale de viande crépitant encore sur le feu, puis fit les gros yeux à Aryna. Oh non… Non… Oh mon Dieu… Oh… Ne me dis pas que… Oh…
– Hun hun…
– Oh non je… Je viens de… Je vais vomir… ! Je vais vomir !

Lexas se leva en un éclair et se jeta dans les buissons derrière le camp de fortune. Naribarad, surpris, questionna Aryna.

– Et bien ? Que lui arrive t-il ? Il trouvait ça pourtant exquis !
– Visiblement les gens de la Capitale n’ont pas l’habitude de manger de la chair humaine mon Roi…
– Oh ! Les petites natures !

Lexas revint tout pâle de derrière les buissons. Il regarda Aryna qui lui offrait son plus beau sourire. En d’autres circonstances, un sourire si magnifique lui aurait fait tourner la tête mais ce soir, c’est plutôt son estomac qu’il faisait tourner.

– Tu le savais… Ca t’amuse Aryna… ?
– Tu avais l’air de tellement te régaler…
– Tu es fourbe tu es… Méchante !
– Ohhhhhh… Aryna pencha la tête sur le côté.
– Lexas mon ami ! Tu n’as jamais mangé d’Errants ? Mais enfin ! Tu trouvais cela succulent il y a à peine quelques secondes !
– Mais comment aurais-je pu savoir que vous mangiez des humains ?!
– Des Errants ! le corriga Naribarad.
– C’est la même chose !
– Au nom d’Itokas as-tu perdu la raison ?! Sais-tu ce que sont les Errants au moins ? Ou est-ce que vos précieux précepteurs de la Capitale vous racontent des inepties à ce sujet là aussi ! Vas-y Lexas ! Dis-nous ce que tu sais des Errants pour voir ! Je suis curieux… Naribarad croisa les bras et fixa le Gardien.

Lexas avala son verre d’eau à grande gorgée, il voulait à tout prix s’enlever le goût de cette chair humaine des papilles.

– Oh, regardez mon Roi !! En revanche il a l’air d’adorer le placenta d’Errante !!
– Pfffffffffff !!!! Lexas recracha tout devant lui.
– Arrête de le taquiner Aryna voyons ! Ne t’en fais pas mon ami ! C’est de l’eau pure, on ne peut plus pure ! Je te trouve bien taquine ce soir ma chère ! Serais-tu de bonne humeur ? C’est plutôt rare !

Le Gardien eut un petit rire de satisfaction lorsqu’il vit que cette remarque de Naribarad semblait légèrement offusquer la jeune femme. Il avala une nouvelle gorgée d’eau pure, et se lança dans son exposé.

– Il est vrai que les enseignements de la Capitale et du Grand Ordre sont assez succincts en ce qui concerne les Terres Blanches… Alors quand il s’agit de détails comme les Errants, c’est encore plus mince. Cependant, plus jeune je me suis un peu intéressé à ce qu’il y avait derrière nos murs. De ce que je sais, les Errants sont des humains ayant perdu la raison, privés de leur âme, mais pas de leur condition physique. Cela peut être le résultat d’une exposition au Ta’Rian, matière que peu d’êtres humains arrivent à supporter. On y trouve aussi des… Des Gardiens, devenus fou à cause de l’énergie vitale… Quoi qu’il en soit ces personnes, que l’on appelle les Errants puisqu’ils errent sans but dans les Terres Blanches, sont réduits à ne satisfaire que leurs instincts primaires. Tuer, manger et forniquer. 
– C’est la base mon ami, tu as raison. Mais laisse-moi te dire qu’il y a de nombreuses autres raisons qui font d’un humain un Errant. Par exemple, comme je ne te l’apprends certainement pas au vu de la propagande du Grand Ordre, certains Gardiens, de mauvaises personnes, s’amusent à effectuer des extractions sur des gens innocents.
– Oui j’en ai entendu parler… Ils volent une partie de leur âme c’est ça ?
– Exactement ! Lorsqu’il s’agit d’une petite part de l’âme, de souvenirs, cela ne fait pas grand mal. Des trous de mémoire tout au plus. Mais dans leur cruauté, beaucoup s’amusent à ôter la totalité de leur âme à la victime, faisant d’eux ces créatures. C’est un destin funeste !
– Vous avez l’air de prendre ça très au sérieux Naribarad.
– Et comment ! J’étais justement à la Capitale à cause de ça ! Continuons le cours Lexas veux-tu ! Que sais-tu de l’Âme Blanche ?
– L’Âme Blanche ? La Drogue ?
– Oui, la drogue !
– De ce que j’en sais c’est une drogue que les gens s’injectent par voie sous cutanée, qui leur permet de revivre les souvenirs d’une autre personne comme si c’étaient les leurs…
– Exact ! Et à partir de quoi est faite cette drogue ?
– Si ce que l’on dit est vrai, à partir… D’âmes…
– C’est ça ! Les pièces s’assemblent ! Vois-tu le lien ? Voilà comment ces gredins procèdent : ils cherchent une personne ayant vécu des moments forts : amour, drame, amitié, romance, peur ! N’importe quel sentiment puissant, tout ce qui façonne l’âme ! Ils traquent leur proie et quand ils en ont l’occasion, ils extraient son âme, faisant d’elle, comme nous le disions, un Errant ! Ensuite, grâce à leur capacité et leur savoir, car ces énergumènes sont malheureusement très instruits, ils transforment ces âmes en fragment d’âme ! Un souvenir heureux ? Fragmenté ! Un coït phénoménal ! Fragmenté ! Une expérience horrible ? Fragmentée ! Ils la mettent dans une fiole, font leur tour de passe-passe et créent l’âme blanche ! 
– Et les gens s’injectent cette drogue pour revivre les sentiments de leur choix…
– Parfaitement ! Les gens d’aujourd’hui sont tristes, ils sont emprisonnés ! Que ce soit dans vos villes ou dans les Terres Blanches. Ils veulent fuir leur quotidien, leur vie de misère ! Et par les temps qui courent, la demande est de plus en plus forte ! Et pas que dans les quartiers miséreux mon ami ! Les puissants, les riches, eux aussi sont en demande ! Le trafic est fleurissant !
– Pardon mais, ne me dites-pas que vous voulez… Entrer sur le marché… ?
– Grand Dieu non ! Je veux l’exterminer ! D’une part parce que nous vivons dans les Terres Blanches. Les Errants sont une grande menace ! Plus le temps passe, plus ils sont nombreux à cause de la demande d’Âme Blanche et tu n’es pas sans savoir que lorsqu’un errant débarque dans une ville, il est jeté dans les Terres Blanches. Pourquoi ne pas les exécuter hein ?
– Selon le Suprême c’est… Qu’ils sont encore humains et qu’ils… Doivent se repentir…
– Repentir mes fesses ! Ah ! Le vil personnage ! D’autre part, les trafiquants commencent à s’aventurer à l’extérieur de la ville… Sais-tu combien d’enfants, d’adolescents et d’adultes coincés dans les Terres Blanches rêvent de vivre dans les Grandes Villes comme la Capitale ? L’Âme Blanche leur en donne la possibilité ! Du moins l’illusion ! C’est une épidémie ! Je dois l’arrêter où nos enfants en souffriront ! Si nous survivons assez longtemps…
– Et donc la Capitale…
– Je m’y suis rendu officiellement pour demander son aide au Grand Ordre ! Peste ! J’aurai préféré ne pas avoir à le faire ! Surtout si j’avais su ce qui allait se passer ! Mais la racine du problème vient des grandes villes, je me devais d’essayer ! Je suis arrivé le matin de l’assassinat vois-tu ! L’ancien Suprême était une véritable ordure, mais ce n’est rien comparé à son successeur ! Quelle plaie ! Non seulement j’ai dû attendre des jours que le calme revienne, mais sais-tu ce qu’ils m’ont répondu par la suite ! Ah ! “Le Grand Ordre n’a que faire des Terres Blanches ! Signez le traité pour Maartkham et nous vous aiderons !” Peste ! Un si long séjour pour ça ! Quelle honte ! Quelle insulte !
– Le traité ?
– Oui ! Ils veulent que nous nous agenouillons devant eux ! Ils veulent nous contrôler, nous imposer leur domination, leurs lois ! Tout comme ils contrôlent toutes les Grandes villes ! Ils n’ont aucune influence sur les Terres Blanches ! Pourquoi crois-tu qu’ils vous font de tels récits des lieux ? Un lieu de mort, rempli d’Errants, de Démons et de choses toutes plus dangereuses que les autres. Ils ne veulent pas que les gens sachent qu’ils n’ont pas de contrôle. Ils font tout pour affamer les petits villages indépendants ! Ils coupent les routes pour nous empêcher de faire du commerce, font des descentes pour soi-disant capturer des jeunes Gardiens dangereux, qui sont bien-entendu, les jeunes les plus prometteurs ! Et je suis persuadé que cette affaire d’Âme Blanche les arrange bien ! Plus il y a d’Errants hors des murs, plus la vie est dangereuse pour nous et plus ils peuvent appuyer leur histoire ! Sans parler de leur nouveau Suprême ! Ce gamin prétentieux ! Ah ! Ah lui il ! Il ! Si je le pouvais je ! Ahhhh ! Ahhhhhh !

Naribarad tapa du poing et devint rouge vif ! A tel point que Lexas le vit sur le point d’exploser de colère. Mais il se calma instantanément lorsque la Haute Concubine leva la main.

– Calme-toi, ce n’est pas bon pour ton coeur. 
– Oui tu as raison… Ah… Veuillez excuser mon attitude, la route m’a épuisé. Je vais vous laisser, du repos me fera le plus grand bien. 
– Je t’accompagne. Aryna, Lexas, ne traînez pas. Nous avons un long voyage devant nous. Veuillez m’excuser.

La Haute Concubine et Naribarad se retirèrent, laissant Lexas seul avec Aryna. Cette situation le mit mal à l’aise… Habituellement charmeur, il ne se sentait vraiment pas de jouer l’atout du séducteur avec elle… Il se laissa glisser dans son long coussin afin de pouvoir admirer les étoiles. Il apercevait une voie lactée immense, qui lui fit penser au bureau de Sirius. Impossible d’admirer un tel ciel à la Capitale… Puis, l’inquiétude s’installa. Sirius… Pourvu que le Grand Ordre ne se soit pas mit à le chercher à l’Orchidée Bleue. lls avaient été vu ensemble la veille. Et cette Gardienne, qu’était-elle devenue ? Avait-elle pu s’en tirer ?

– Une autre brochette ? Aryna se pencha sur lui.
– Très drôle…
– Ne m’en veut pas. C’est tellement rare d’être en compagnie de quelqu’un de mon âge que je me suis laissé emporter… Je m’excuse, vraiment.
– … Hum… Ca va… Je m’excuse aussi de t’avoir traitée de… Méchante…
– Ah ah ah ah ! Quelle violente insulte ! Tu n’imagines pas à quel point j’étais outrée !

Aryna rigola et s’installa à côté de Lexas. A son tour, elle regarda les étoiles. Après quelques minutes, le crépitement du feu de camp s’estompa, les gardes arrêtèrent de chanter à tue tête, remplacés par le chant des grillons. Le temps passa calmement et Lexas et Aryna étaient désormais les seuls à ne pas être couchés. Aryna se retourna vers le Gardien, sentant qu’il voulait lui demander quelque chose.

– Dis-moi… Vous mangez souvent des Errants dans les Terres Blanches ?
– Bien-sûr que non. C’est le dernier recours tu te doutes bien. Seulement tu remarqueras vite qu’ici, contrairement à la Capitale, on a pas trop le luxe de choisir ses repas… Ca ira mieux arrivé à Maartkham, t’en fais pas.
– Je me doute… Je suis désolé.
– Désolé pour quoi ?
– Vous m’offrez l’hospitalité, me nourrissez et m’accueillez, et depuis que je suis arrivé je ne fais que critiquer.
– Oh, t’es un gars des remparts quoi…
– Des remparts ?
– Parce que vous vivez emprisonnés entre vos remparts. C’est comme ça qu’on appelle les gens qui vivent dans les villes protégées par le Grand Ordre. Enfin protégées… Tu me comprends.
– Ah d’accord… Bien…
– Ne t’en fais pas Lexas. On est tous conscient que le mode de vie à l’extérieur des villes peut paraître étrange. Pour tout te dire, de notre point de vue, c’est la vie en leur sein qui l’est… Question de point de vue.
– Tu as raison. Pardon Aryna, je ferai plus attention.
– Je n’en doute pas… 

Aryna se cala un peu plus confortablement sur son coussin et ferma les yeux. Elle glissa un peu plus proche de Lexas qui n’était maintenant qu’à quelques centimètres de ses lèvres. Son coeur battait la chamade… L’avait-elle fait exprès… ? Il avait bien vu comment elle le regardait, et il était inconcevable qu’un homme puisse résister à ses charmes, surtout à cet instant, où elle paraissait bien plus chaleureuse qu’à l’accoutumée… Faisant mine de se caler plus confortablement aussi, Lexas se rapprocha encore plus d’elle, faisant mine de fermer les yeux et de ne pas s’en apercevoir… Il avait toujours été perdu dans sa vie, cependant pour une raison inconnue, dès qu’il s’agissait de femmes et de séduction, il sentait en lui une confiance infinie…

– Tu es près…
– Et ça te gêne… ?
– Tu n’as jamais fantasmé tu sais de… Par exemple sur une longue route comme celle-ci… Rencontrer une belle inconnue et sans même la connaître… Tu sais… Lui offrir la plus belle nuit de sa vie ?
– Oh… Et bien, pour être honnête, oui ça m’est arrivé je…
– Et tu pourrais lui offrir la plus belle nuit de sa vie ? Lui apporter tellement de plaisir qu’elle en perdrait la raison ? Aryna s’approcha de lui en chuchotant.
– Oui… J’en suis sur…
– Lui apporter tellement de plaisir qu’elle… Elle s’approcha encore plus de lui. Ne pourrait plus jamais s’en passer ?
– Oui… 

Lexas eu un léger frisson. La main d’Aryna vint lui caresser le haut du bassin et glissa entre ses jambes. Dans un sourire satisfait, Lexas écarta celles-ci et laissa la jeune femme attraper ce qu’elle désirait. CRAC ! Aryna serra la main avec une force inouïe. Lexas émit un cri très aigu avant de se recroqueviller.

– Nul ! Zéro défense ! J’en étais sûre ! Sale pervers ! Aryna se releva lentement.
– T’es sérieuse là !?
– Vous êtes si faibles les hommes ! Va falloir que tu bosses ça ! J’aurais eu le temps de te tuer trois fois ! Te tuer, te voler, te castrer…
– Oui ba t’étais pas loin ! Et puis oh ! Je… Je te testais aussi tiens ! Ne crois pas que je sois si… Manipulable !
– Oh non… Je ne me permettrais pas… Aryna lui offrit de nouveau un large sourire.
– Bon je… Hum… Tu dis que la route sera longue. Longue comment ?
– Plus longue que… Non pardon, soyons sérieuse. Une bonne semaine.
– Une semaine ?
– C’est la faute à ces vieux Dracarosses ! On irait plus vite avec de vrais chevaux ! M’enfin, y a rien de mieux pour attirer les Errants ! C’est bruyant un cheval.
– Et ici, on ne risque rien ?
– Noooon. Tu peux dormir tranquille. Aryna se leva.
– Ah…
– De toute façon si une horde d’Errants passe par ici, tu seras mort avant de t’en rendre compte.
– Quoi ?!
– Bonne nuiiiit.

Aryna fit un grand sourire à Lexas et se dirigea vers sa tente. Elle semblait avoir ses propres quartiers personnels, ce qui étonna grandement Lexas. En y réfléchissant, il trouvait également étrange qu’elle se permette de parler si familièrement au Roi. Qui pouvait-elle vraiment être ? Et puis était-elle au courant pour…. * CRAC * Lexas sursauta et regarda dans les bois. Il n’y voyait rien, tout était noir. Il se leva prudemment au ralenti avant de sprinter jusqu’à sa tente, commune à celle d’Ayasim et de quelques autres gardes. Il eut beaucoup de mal à trouver le sommeil, mais y parvint avant l’aube.

Les jours de voyage s’enchainèrent et permirent à Lexas d’en apprendre d’avantage sur les Terres Blanches. Telle une éponge, il absorbait chaque information, passionné par le sujet. Lui qui n’avait eu qu’un portrait faussé par son éducation, il découvrait les lieux avec un oeil neuf. Il faut dire qu’il n’était pas facile pour une personne des Grandes villes de découvrir le monde extérieur. Pour sortir de celles-ci, il fallait un laissez-passer que très peu d’habitants arrivaient à obtenir, soit disant pour leur sécurité. D’un autre côté, il fallait avouer que peu de personnes revenaient de leur voyage… Pour les gens de la Capitale et des villes gouvernées par le Grand Ordre, les Terres Blanches étaient des terres désolées, peuplées par les Errants, les démons, accompagnés de dangereux Gardiens et de la pègre. Il fallait à tout prix les éviter et vénérer le Grand Ordre pour sa protection et sa sagesse. Bien-sûr, il y avait du vrai. Mais ce qu’ils gardaient jalousement pour eux, c’est qu’il n’y avait pas que ça dans ces terres. Il y avait aussi de petits villages, bien plus modestes que les immenses villes fortifiées, mais où les gens vivaient libres de l’emprise du Grand Ordre. Chose que les Prêtres se gardaient bien de mentionner. Il était indéniable pour Lexas qu’être protégé par le Grand Ordre avait de nombreux avantages, mais il ne cessait de se dire que chaque personne devrait avoir le droit de décider ce qu’elle voulait, en ayant toutes les cartes en main.

Malgré les dangers et les difficultés, les Terres Blanches étaient massivement peuplées. Il y avait bien évidemment les natifs, mais aussi des personnes ayant réussir à fuir les Grandes Villes ou excommuniés. Parmi tous ces profils, certains souhaitaient rester dans les Terres Blanches, d’autres rejoindre les villes. Tout un écosystème était présent et Lexas n’aurait jamais pu le savoir s’il n’était pas sorti. Tout comme il n’aurait jamais appris que tout cet équilibre était menacé par le Grand Ordre, qui y voyait un danger grandissant. Hors de question pour le Suprême et ses Prêtres de laisser des entités grandir hors de leur influence, au risque de voir se développer des villes ou des Gardiens si puissants qu’ils pourraient mettre à mal leur tranquillité. Lexas découvrit au fil de son voyage les fourberies qui y étaient pratiquées. Routes détruites, convois commerçants attaqués, villages pillés ou rasés, enfants enlevés… Le tout sous prétexte “d’assurer la sécurité des villes”. Jusqu’à présent, il voyait ça d’un bon oeil, il pensait que le Grand Ordre faisait tout ça pour la sécurité des villes, mais aujourd’hui, il comprenait qu’il faisait surtout ça pour protéger ses propres intérêts. Plus il voyageait, plus il découvrait le vrai visage du Grand Ordre. La chose la plus difficile à accepter, c’était qu’une partie de sa vie n’était bâtie que sur des mensonges. Il n’en revenait pas. Il avait beau voir tout ça de ses propres yeux, il ne pouvait se résigner à penser que le Grand Ordre était à ce point mauvais. Il était en état de choc. C’était tout simplement impossible, bien trop gros.

Au septième jour, ils arrivèrent dans le Désert Blanc, une immense et interminable étendue de sable, qui semblait dépourvue de vie. La fin du voyage arrivait enfin. Après une semaine coincés entre Dracarosses et tentes, ils allaient enfin pouvoir s’arrêter. Naribarad, tout excité, regardait Lexas comme un gamin qui allait enfin pouvoir montrer à son copain le jouet dont il était le plus fier.

– Ahhhh ! Nous y sommes enfin : la fière et magnifique Cité de Maartkham !!

Lexas sortit la tête du Dracarosse, impatient à l’idée d’enfin voir cette fameuse cité tant décrite par le Roi et ses compagnons ! Il scruta l’horizon. A droite… A gauche… En face… Derrière ? Non ? Il n’y avait rien ! Si ce n’est des étendues de sable blanc à perte de vue.

– Euh… Pardon Naribarad mais… Je ne vois rien du tout…
– Ah ah ah ah ! Parce que tu n’es pas Roi Lexas !
– Comment ça ?
– Oh non, il nous remet ça… Aryna soupira et s’enfonça dans son siège.
– Seuls les Rois peuvent voir l’invisible et… Le ROI est de RETOUR !

Naribarad agita les bras dans tous les sens, de façon extrêmement théâtrale, à tel point que Lexas se demanda s’il ne venait pas d’improviser. Cependant, il fut surpris par un immense coup de tonerre et un flash blanc qui l’obligea à fermer les yeux. 

Sorti de nul part, un gigantesque dôme sablé se dessina devant eux. Puis immédiatement, le sable se mit à virevolter dans tous les sens, jusqu’à venir agresser les Dracarosses. Inexplicablement, celui-ci n’était qu’air, caressant agréablement leurs visages. Lexas était bien incapable de voir quoi que ce soit mais il sentait qu’ils avançaient toujours. Puis aussi vite qu’il frappa, le sable se retira. Le silence revint, avant de laisser place à un agréable bruit de fond. Lexas regarda le Roi, visiblement très amusé par la situation, puis il sortit de nouveau la tête du véhicule. Ses yeux s’écartèrent aussi grand qu’ils le pouvaient, envahis par la surprise. Devant lui se dressaient désormais d’immenses tours de verre d’où sortaient cascades et luxuriantes végétations ! De gigantesques oiseaux de feu et de glace virevoltaient dans le ciel, des arbres colossaux s’étendaient à perte de vue, habités par d’étranges créatures. Rien ne laissait plus paraître qu’ils étaient dans le désert ! L’endroit était magnifique. Abasourdi, il s’affala sur son siège. Naribarad, dans un grand rire, se moqua de lui avec gentillesse, tout comme Aryna.

Les lieux semblaient tout droit sortis des contes et légendes. Tout était tellement différent de la Capitale que Lexas n’avait même plus l’impression d’être sur la même planète. Il fut invité à sortir du Dracarosse. Il avait eu sa dose de surprise lorsqu’il avait vu la façade de l’Orchidée Bleue, mais ici, c’était d’un tout autre niveau, c’était une ville entière ! Cependant, pas le temps pour lui d’admirer les imposantes fontaines, arbres et autres décorations étranges, le Roi et son escorte hâtèrent le pas vers le plus majestueux des bâtiments aux alentours. Pour la demeure d’un Roi, Lexas s’attendait à un château, cela lui semblait logique, mais il n’en était rien. Ce dernier habitait dans un immeuble comme tous les autres qui ne détonnait en rien du reste. Ce qui frappa le plus le Gardien en admirant les lieux et ses habitants, c’est surtout qu’il n’y avait aucune technologie, rien que la Nature et une présence évidente d’une énorme quantité d’énergie vitale. Lorsque l’on est habitué à la vie à la Capitale cela parait très étrange, laissant penser que Maartkham est de ce fait bien plus sous développée que la grande métropole, mais il n’en est rien. Au contraire, elle semblait même bien plus évoluée en termes d’architecture, de confort de vie et de maîtrise de l’énergie vitale, qui semblait ici totalement libre. Lorsque vous êtes éduqués à la craindre, il y avait ici de quoi être terrifié. Une fois les grandes portes d’entrée du bâtiment passées, ils empruntèrent un élévateur, lui aussi entièrement vitré, ce qui permit à Lexas d’admirer la ville. De leur côté, Aryna et la Haute Concubine prirent un chemin différent. Plus ils montaient, plus il s’extasiait.

– C’est absolument incroyable votre Altesse ! Comment est-ce possible… ?
– De quoi parles-tu mon ami ? De la ville ou de la barrière protectrice ?
– Les deux je… Je n’ai jamais rien vu de tel.
– C’est parce que vous autres à la Capitale ne cherchez jamais plus loin que ce que le Grand Ordre ne veut bien vous le montrer. Ne le prend pas mal Lexas, mais il y a beaucoup de choses que vous ignorez, coincés dans votre confort et vos idéaux. Le peuple de la Capitale est en très grande partie composé d’ignorants et d’imbéciles, des marionnettes contrôlées par le Grand Ordre et ses sbires… S’énerva Naribarad.

Lexas ne broncha pas, tout simplement car il était conscient de tout cela. La corruption du système, les chaînes invisibles des citoyens… Il le savait et il avait eu tout le temps d’y réfléchir durant le voyage… C’est certainement le cumul de toutes ces injustices qui l’avait poussé à commettre l’acte qui l’avait précipité ici. Mais peut-être était-ce son destin s’amusait-il à penser hypocritement une nouvelle fois, lui qui n’a jamais cru à tout ceci. Une fois arrivé en haut de l’immense tour, ils entrèrent dans une gigantesque salle qui, à l’image du reste, possédait en son sein une luxuriante forêt miniature, avec bassins, femmes à moitié nues et statues en marbre. Lexas n’en revenait pas, cet endroit était une véritable merveille. Naribarad s’avança vers le centre de la pièce et s’assit sur un confortable fauteuil, semblable à un trône. Il demanda à Lexas de faire de même juste à côté de lui.

– Que me fais-tu Lexas ? Tu joues au timide ?
– Pardon mais… Je ne m’attendais vraiment pas à ça…
– Et à quoi t’attendais-tu ? A un petit village en brique rouge malfamé avec des mendiants à tous les coins de rue ?
– Ca s’en rapproche plus oui…
– Ah ah ah ! Non non, Maartkham a été construite sur les ruines des anciennes civilisations ! Tu savais qu’ils avaient ces hautes tour de verre ? C’est fascinant ! Nous ignorons encore beaucoup de ceux qui nous ont précédé avant la Déchirure ! Nous faisons d’ailleurs des recherches ! Nous avons un département pour ça. Bref, Maartkham a donc pris naissance sur d’anciennes ruines, et grâce à l’énergie vitale nous avons un peu aménagé les lieux à notre goût !
– Vous avez donc des… Gardiens ici ?
– Bien-sûr. Ce sont nos architectes, mais ils sont plutôt rares tu sais !
– Oui… Mais vous devez avoir des tas de problèmes avec eux non ?
– Des problèmes ? Hum oui… Il arrive bien qu’une fois de temps en temps l’un d’eux provoque une fuite ou calcule mal une trajectoire de cascade mais…
– Non je parle de… De violence, de perte du contrôle de soi, de…
– Grand Dieu non ! Nos Gardiens sont rares et choyés ! Sans eux rien de tout cela ne serait possible ! Nous ne sommes pas le Grand Ordre ! Nous savons reconnaître la valeur des choses…
– Je vois ça…

Lexas regardait autour de lui. Mieux valait éviter de parler du sort des Gardiens à la Capitale et de ce que la populace pensait d’eux. Cela serait inutile et de toute façon, il n’avait pas envie d’en parler. Plus loin dans la pièce, il remarqua une sublime jeune rousse qui lui faisait de l’oeil. Il capta son regard et lui offrit un sourire charmeur dont il avait le secret. Celle-ci lui rendit puis laissa doucement tomber le haut de sa robe pour lui dévoiler sa petite poitrine. Lexas se raidit ! Il ne s’attendait sûrement pas à ça ! Naribarad s’en aperçut et regarda la concubine à son tour. Il explosa de rire.

– Ah ah ah ah ! Lexas, mon ami, tu verrais ta tête ! N’aimes-tu pas les femmes ?
– Si…Si si bien-sûr mais je… Vos coutumes et croyances sont tellement différentes de là d’où je viens que… Je vais avoir besoin d’un temps… D’adaptation…
– Et tu l’auras. Mais pas avec elle… Naribarad se pencha avec amusement vers Lexas. Je ne permets pas à mes concubines d’aller voir d’autres hommes. Ah ah ah ! Bien, Lexas, il est temps pour moi de t’accueillir en Roi ! Lève-toi !

Lexas s’exécuta. Les gardes du Roi enlevèrent tous les fauteuils autour d’eux excepté le trône afin de faire le plus d’espace possible. Une lourde porte s’ouvrit sur la droite du Gardien, qui remarqua le retour d’Aryna et de la Haute Concubine. Cette dernière portait dans ses mains une longue tunique bleue et or en soie, aux motifs très détaillés. Un travail d’orfèvre semblait-il. Les deux femmes se placèrent derrière le Roi, de part et d’autre.

– Lexas ! A genoux voyons ! Aryna sembla s’énerver lorsqu’elle prit position.
– Oh ! Je euh… Oui pardon… Lexas se mit à genoux et Aryna éclata de rire.
– Aryna voyons ! Ah ah ah ah ! Pas de ça ici mon ami ! Elle te taquine encore ! C’est un comportement bien rare chez toi ma chère ! Allons, allons, bien-sûr que non je ne vais pas te mettre à genoux voyons.
– Oh…
– Non. Déshabille-toi.
– Ah… Ah ah ah… Celle-ci aussi n’est pas mal votre Altesse…
– Quoi ? Non, ce n’est pas une blague, je te demande vraiment de te déshabiller !
– Pardon ?
– C’est une cérémonie d’intronisation Lexas. La Haute concubine prit la parole. Fais ce que le Roi te demande s’il te plait.
– Euh je… Bien d’accord oui je…

Lexas enleva ses vêtements et se retrouva en sous-vêtements devant tout le monde.

–  Non, entièrement mon ami, allons ! Ne sois pas timide ! Le corps est une chose sacrée et merveilleuse ! Allez !

Lexas devint rouge ! Se mettre nu devant tout ce monde ? Il y avait le Roi, Aryna, la Haute concubine, les gardes, les concubines ! Cela représentait une cinquantaines de personnes au bas mot ! Des personnes inconnues qui plus est ! Il avala difficilement sa salive mais ne pouvait rien faire d’autre qu’obéir. Après tout, mieux ne valait pas manquer de respect aux coutumes et à l’hospitalité du Roi à peine arrivé ! Il inspira profondément et baissa son boxer. Son premier réflexe fut de mettre les mains devant ses bijoux intimes et de regarder Aryna. Celle-ci, après avoir regardé sans gêne les parties de Lexas, le regarda dans les yeux avec un petit rire, se mordant la lèvre inférieure et en levant un sourcil. Lexas cru devenir plus rouge qu’une tomate. Puis sans crier gare, deux concubines lui balancèrent de l’eau glaciale à l’aide de deux amphores !

– Ohhhhh ! Ohhhhh ! La vache ! Oh c’est froid ! Oh !
– C’est dommage ça… Aryna rigola dans son coin.
– Ah ah ah ah mon ami ! Petite nature que vous êtes à la Capitale ! Cette eau te purifie de l’extérieur ! C’est de l’eau sacrée de Maartkham ! Une merveille ! Bien, bien ! Poursuivons !

La Haute concubine s’approcha du Roi et lui tendit la tunique. Pendant ce temps, les deux concubines du Roi ayant aspergé Lexas s’appliquaient sensuellement à le sécher à l’aide de deux serviettes extrêmement douces et chaudes. Chaque partie de son corps était délicatement pomponnée… Lorsqu’il dû lever les bras, Lexas ne put s’empêcher de regarder une nouvelle fois Aryna, en espérant que son regard ne se perdrait pas une nouvelle fois là où il ne fallait pas. Mais la jeune femme en profita une nouvelle fois pour le mâter.

– Hum… C’est si froid que ça… ?
– Toi tu…
– Ne bouge pas, c’est malpoli… Rien… Ne doit… Gigoter… D’un millimètre… 

Aryna rigola et fixa de nouveau le Gardien dans les yeux avec un regard coquin. Naribarad s’avança et enfila lui-même la tunique à Lexas. Il fit le tour, prit soin de bien la faire tomber, puis se plaça devant Lexas, tout près. Il referma la tunique et enlaça Lexas avant de reculer. Lexas avait encore les mains levées et ne bougeait toujours pas. Cela lui convenait, il ne voulait surtout pas toucher Naribarad. Ce-dernier émit un cri de joie.

– Ahhhh ! Je suis toujours ému lors de cette cérémonie ! C’est tellement beau, tellement rare. Le Roi s’essuya une petite larme. Détends-toi Lexas, baisse les bras. Voilà c’est mieux. Hum hum. Maaaaaaa. Bien. MOI ! Naribarad Ier, possède une dette énorme envers cet homme, Lexas euh… Lexas de la Capitale ! Il m’a sauvé la vie et a tué mon frère, ce vil assassin ! Toute l’assemblée se mit à applaudir. Oui, oui ! Cet homme est un héros ! Lexas, mon ami ! Jamais je ne pourrai payer ma dette ! Ma vie n’a aucun prix ! Mais rien ne m’empêche d’essayer ! A partir d’aujourd’hui, je fais de toi mon Célestial ! C’est le plus grand honneur que je puisse te faire ! Cela fait de toi l’une des personnes les plus privilégiées de la Cité. Tous les habitants te doivent respect et obéissance. Mais tu dois toi aussi faire preuve de respect envers eux et mettre à partir de cet instant, toute ton énergie à aider notre magnifique cité à prospérer ! Tu auras ta propre demeure et tous les privilèges possibles. Lexas ! Promets-tu qu’à partir de ce jour tu oeuvreras pour le bien-être de Maartkham et de ses habitants ?
– Euh… Oui.
– Promets-tu que tu protègeras la Cité de tous les dangers !
– Oui.
– Alors au nom de notre Grande Maartkham, je te souhaite la bienvenue ! Tu es dès à présent mon Célestial, le troisième de l’histoire ! C’est merveilleux ! Quelle joie !

Naribarad tappa deux fois des mains,  puissamment, et la salle de vida. Ne restaient qu’Aryna, la Haute Concubine, le Roi ainsi que deux gardes gigantesques en armures dorées. L’instant d’après, au fond de la pièce, une porte en marbre blanc s’ouvrit. De celle-ci sortit une ribambelle de magnifiques jeunes femmes, toutes plus belles les unes que les autres. Telle une armée ultra disciplinée, elles se positionnèrent en rangée de part et d’autre du Gardien. Elles étaient une cinquantaine. Lexas les regarda avec stupéfaction. N’importe quel homme sur cette planète aimant les femmes aurait trouvé son idéal physique : il y avait des femmes de toutes les origines, de toutes les corpulences ! Il n’en revenait pas, les concubines du Roi étaient tellement nombreuses !

– Ohhhhhh, je vois à ton regard que certaines ont attiré ton attention Lexas ! Ah ah ah ah ! Comment les trouves-tu ?
– Euh et bien je…
– Ah ah ah ah ! Sois rassuré ! Tu pourras en choisir plusieurs ! Je te demande de choisir cinq de ces femmes. Elles deviendront tes concubines !
– Cinq… Concubines… Pa… Pardon !?
– Oh oui, je comprends que cela puisse te paraître étrange ! Mais ne crois pas que ce sont des esclaves mon ami ! Bien loin de là ! C’est un rare et immense honneur d’être une concubine, elles auront de lourdes responsabilités envers la Cité. De leur libre arbitre, toutes ces femmes ont choisi d’entrer à l’Ecole des Concubines pour espérer un jour, être choisies. Certaines ne le sont jamais. Tu dois les respecter et…
– Naribarad… La Haute Concubine l’interrompit. Ne te lance pas dans une de tes explications interminables… Je m’occuperai d’expliquer à Lexas ce que sont réellement ses concubines…
– Oh oui, oui tu as raison ma chère. Après tout tu es à la tête des Concubines, c’est bien normal. Bon quoi qu’il en soit Lexas, tu as l’embarras du choix !

Lexas regarda d’un air effaré toutes les femmes autour de lui, visiblement amusées par son manque de connaissance des traditions. Naribarad rigola.

–  Ahhhh Mesdemoiselles, il semble que notre Célestial ait du mal à choisir… Aidez-le un peu je vous prie !

Toutes les Concubines, dans un mouvement chorégraphié, firent glisser leur robe le long de leurs courbes, dévoilant leurs corps dans leur plus simple appareil. Lexas se figea, il ne savait plus où donner de la tête ! Que se passait-il ! Il arborait désormais un sourire de pervers, qu’il se dépêcha de cacher, mais pas assez rapidement pour passer sous le radar d’Aryna, qui lui lançait un regard suspicieux ! Il n’en revenait pas ! Il savait que cela cachait quelque chose, que la situation n’était pas si magnifique ça, mais il s’en moquait ! Il se demandait s’il pouvait toucher avant de choisir ! Non ! Il se devait d’être respectueux et droit ! Il devait réfléchir avec son cerveau ! Il se mit à réfléchir du mieux que possible, la situation étant difficile à maîtriser.

“Réfléchis Lexas ! Réfléchis ! Bon oui, tu vas choisir des femmes qui t’attirent, tu ne vas pas te mentir ! Mais Naribarad m’a fait comprendre que je devais aussi les traiter comme des Princesses… Hum… Je n’en sais pas encore assez sur leur rôle… C’est délicat… Je dois donc choisir des femmes avec des points communs, pour qu’elles s’entendent bien entre elles… Et aussi des passions communes avec moi, que je puisse leur apporter ce dont elles ont besoin. Je vais devoir discuter posément avec chacune d’entre elles… Mais est-ce qu’ils m’accorderont le temps de…”

La Haute Concubine s’avança vers Lexas et l’interrompit dans ses réflexions. L’odeur de son parfum, toujours enivrante, ne faisait que renforcer le mystère de cette femme. Elle tourna autour de lui comme un prédateur ayant acculé sa proie.

– Mon Roi… Lexas n’est pas un Célestial ordinaire… Je serais d’avis de lui offrir une Concubine en Chef en plus… Il le mérite après tout, votre vie est inestimable…
– Une Concubine en Chef… Hum… Voyons… Je ne sais pas… En a -t-il besoin ?
– Je suis persuadé qu’il fera beaucoup pour notre Cité…
– Hum… Soit ! Tu as raison, après tout rien ne sera de trop pour rembourser cette dette ! Lexas ! Je t’accorde le droit d’avoir ta Concubine en Chef. Elle sera ton bras droit, celle qui t’épaulera dans chacune de tes tâches et sera responsable de tes concubines…
– Entre autre chose… Murmura la Haute Concubine.
– Tu devras donc la choisir elle aussi.
– D’accord je euh… Pourrais-je parler avec chacune des filles votre Altesse ? J’aimerai apprendre à les connaître un peu mieux avant de choisir…
– Ah ? Quelle marque de respect mon ami ! Accordé ! Cinq concubines alors, et une concubine en Chef !
– Pour la concubine en Chef, ce ne sera pas nécessaire Naribarad…
– Ah vraiment ? Naribarad regarda la Haute Concubine d’un air dubitatif.
– Effectivement… Le… Destin… L’a déjà désignée…

Lexas tourna son regard vers Naribarad. Derrière lui, Aryna s’avança lentement, puis fit glisser sa magnifique robe noire sur ses épaules, avant de l’arrêter juste avant qu’elle ne dévoile ses seins.

– Alors Lexas… Par où on commence ?

Voilà pour le second chapitre. J’espère vraiment qu’il vous a plu ^^. Si vous souhaitez voir la suite d’ici quelques jours, n’oubliez pas de me rejoindre sur Instagram

Merci infiniment d’avoir pris le temps de lire ce texte qui nous a demandé beaucoup de travail et à très bientôt pour la suite !

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