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NAR – Chapitre 01

— LA NAISSANCE DE L’AUBE ROUGE (NAR)
Préquelle 01 de la saga “Les Gardiennes d’Ashima”

CHAPITRE 01

Bonjour à vous et bienvenue dans ce premier chapitre de la première préquelle. Et bien-sûr, merci beaucoup de vous lancer dans l’aventure. Je ne vais pas répéter ce que j’ai déjà à maintes dans le journal de bord, mais c’est avec un mélange d’excitation et d’appréhension que je vous présente cette toute première approche de l’univers des Gardiennes d’Ashima. Alors sans plus tarder… Bienvenue dans ce Monde…

CHAPITRE 01 : Le jour où tout a basculé.

En regardant le reflet du ciel dans les flaques qui se formaient à ses pieds, Lexas était bercé par le doux bruit de l’eau sur son parapluie. Au septième coup de cloche, il leva les yeux pour apercevoir le gigantesque clocher blanc et or de la Citadelle, sans prêter attention aux coups suivants. “Le ciel lui aussi pleure les nombreux morts de ces derniers jours” pensa-t-il. Le jeune homme baissa de nouveau les yeux et revint à la réalité, se rappelant que la pluie faisait partie du quotidien ici, dans le quartier des Pleurs. Rien de bien symbolique au final. Les rues portaient encore les stigmates des derniers incidents. Il s’arrêta près d’un kiosque à journaux et esquissa un sourire amer devant les gros titres du jour. La gazette de l’Ordre titrait en énorme sur toute sa première page : “L’Ordre est restauré grâce à notre nouveau Suprême ! Vive le Suprême ! Vive le Grand Ordre !”. L’Opossum Fouineur quant à lui avait choisi : “Le Suprême ramène la paix !”, titre tout autant original que celui du Rapport’heure : “Merci Suprême ! Il était temps !”.

Lexas soupira lourdement, ce qui lui valut des regards noirs du kiosquier et de ses clients. Il préféra s’en aller et continua sa route. Il leva de nouveau les yeux sur l’immense clocher et y vit l’horloge blanche et or. Il arriverait à l’heure, c’était une bonne chose. Cependant, il pensa au chemin qu’il lui restait à faire et son coeur se serra. Il allait devoir passer par le quartier des Sabbats, l’un des quartiers les plus pauvres et les plus touchés de la Capitale. Et il savait très bien qu’il n’allait pas aimer ce qu’il allait y trouver. En regardant ses pieds, il réfléchit à un moyen de contourner celui-ci, mais c’était tout bonnement impossible s’il voulait se présenter à l’heure. Arrivé au croisement entre les deux quartiers, il prit son courage à deux mains et constata à quel point le paysage pouvait être différent d’un trottoir à l’autre. Si proche, et pourtant si loin. Il traversa le boulevard et entra dans une large ruelle. Les premières secondes furent paisibles, la pluie s’était arrêtée et il n’avait croisé personne, si ce n’est quelques chiens. Mais cette tranquillité fut éphémère, le temps pour lui d’arriver dans une petite cour au coeur de la ruelle. Le spectacle tant redouté venait de lever ses rideaux. Sur sa droite une mère en haillons était en larmes, son fils dans les bras, froid et en sang. Elle hurlait des jurons contre le Grand Ordre, devant son mari impuissant qui la suppliait de ne pas crier de telles injures si elle ne voulait pas mourir à son tour. Lexas fit mine de ne rien remarquer et continua son chemin. Sur sa gauche, un petit garçon pleurait devant deux corps cachés par des draps teintés de rouge. Comme pour tenter de trouver une excuse à son inaction, Lexas se dit qu’il ne pouvait rien faire, et que les parents endeuillés allaient sûrement adopter ce petit garçon. Il essayait aussi fort que possible de se persuader de sa propre histoire. Une fois encore il baissa les yeux et continua son chemin.

Alors qu’il faisait les premiers pas dans la ruelle suivante qui lui permettait de laisser la cour derrière lui, il fut délicatement bousculé par deux petites filles, l’une plus âgée que l’autre. Leur beauté le marqua, en particulier leurs magnifiques cheveux noirs et leurs grands yeux bridés d’un violet perçant. Aucun doute, les deux jeunes filles étaient soeurs. En le percutant, la plus âgée s’excusa.

– Excusez-nous Monsieur !
– Ce… Ce n’est rien petite…
– Grande soeur viens ! Il faut les aider ! Vite viens ! La petite tira sa soeur.
J’arrive, j’arrive…
– Désolées Monsieur, on doit y aller !

Un frisson parcourut le corps de Lexas. Lorsque son regard avait croisé celui de la grande soeur, il avait déjà eu une étrange sensation. Mais lorsqu’arriva le tour de la petite, il se sentit comme paralysé, comme si son âme elle-même avait été transpercée. Ceci le figea sur place et il fut incapable de faire autre chose que de regarder les gamines s’éloigner. Il n’avait jamais ressenti une telle puissance. Mais ce n’étaient que des gamines… L’explication devait être ailleurs. Il reprit ses esprits et continua sa route, obsédé par cette sensation… Il ne pouvait plus s’empêcher d’y penser, à tel point qu’il fut obligé de se parler à voix haute pour se rassurer.

– Pourtant la petite ne m’a pas touché une seule fois… A moins que le lien ait fonctionné à travers sa soeur au moment où elle m’a bousculé… ? Elles se tenaient la main ? Je ne me rappelle plus… Est-ce qu’à leur âge elles auraient… Non c’est impossible, surtout la petite, c’est beaucoup trop… Ca doit être l’énergie vitale des lieux, avec tous ces morts récents il doit y avoir une perturbation et je…
– Monsieur ! Monsieur s’il vous plaît ! Monsieur je vous en supplie ! Monsieur aidez-moi ! Mon mari ! Monsieur !

Lexas fit un bond. Une femme d’âge mur se jeta à ses pieds pour l’implorer. Elle était blessée, recouverte de sang, la poitrine à l’air. Il jeta son regard derrière elle et il y découvrit un homme défiguré par de graves brûlures, le corps à moitié calciné. Sa tête était pansée maladroitement avec un bout de tissus. La femme retourna aux côtés de son mari et lui caressa la partie de la tête qui avait survécu au drame. Lexas comprit que le pansement de fortune avait été fait avec le haut de la malheureuse, elle aussi bien amochée. Aucune stérilisation, saletés et sang présents de base sur le pansement, symptômes d’une forte fièvre… Il ne fallait pas être médecin pour savoir que le malheureux n’allait pas passer la journée.

– Je vous en supplie Monsieur ! Aidez mon mari ! Il fait partie des victimes de cette nuit ! Il a été attaqué par un homme qui… Qui… Un Gardien Monsieur ! Il lui a fait ça ! Il a usé de ses pouvoirs démoniaques pour brûler mon mari ! Aidez-le, pitié !
– Je… Je ne peux pas je… Je ne suis pas médecin je…
– Mais vous êtes bien habillé Monsieur ! Vous venez des beaux quartiers ! Là-bas on vous instruit, vous allez pouvoir le sauver n’est-ce pas ?
– Non je… Je…
– Pitié ! La femme se jeta à son bras et s’y aggripa si fort qu’il eu l’impression qu’elle le sectionnait. Je ferai tout ce que vous voulez ! Je serai votre servante, votre esclave ! Mais sauvez-le, pitié !
– Mais je ne peux pas je… Lâchez-moi s’il vous plaît.
– Pitié !
– Lâchez-moi, s’il vous plaît !
– Aidez-nous !
– Lâchez- moi !

Lexas repoussa brusquement la femme de ses mains. Tout devint flou autour de lui, tout tournait si vite qu’il n’arrivait plus à rester debout. Il s’adossa à un mur et s’affaissa, se tenant fermement la tête de ses deux mains. Ce qu’il redoutait arriva. Les flashs… Ils étaient là. Il vit la scène très clairement, le Gardien, les flammes qui jaillissaient et la vision de cet homme, calciné, souffrant le martyr. Il entendait le crépitement de sa peau, sentait l’odeur immonde et voyait l’horreur de la scène. Soudain, il eut la sensation que son coeur et son estomac allaient exploser. Il était empli de haine, de tristesse, de peur, de détresse, d’amour… Les supplications de la femme le ramenèrent à la raison et il constata sur son propre visage un torrent de larmes. Lexas se leva d’un bond et prit instinctivement la fuite, il voulait fuir cet endroit le plus vite possible. De toute façon, il ne pouvait rien faire pour ce pauvre homme, il serait mort dans quelques heures. Sans regarder derrière lui, ne laissant que des larmes sur son sillage, Lexas courut aussi vite qu’il le pouvait pour quitter ce quartier des Sabbats, sans même prêter attention à toute la misère qui jonchait les rues au fil de ses pas. Après de longues minutes il changea enfin de quartier et arriva à sa destination : Le Cimetière des Mille Etoiles. Il s’accorda quelques instants pour retrouver ses esprits et se rhabiller, complètement défroqué par sa course infernale. Il prit le temps de remettre son costume trois pièces en ordre, puis essuya les restes de larmes de ses joues. Il devait absolument oublier ce qu’il venait de se passer. Il avait l’habitude, il y arriverait. Après une profonde inspiration, il entra par l’immense arche jonchée de magnifiques roses jaunes.

En suivant le chemin pavé principal, il fit tout ce qu’il put pour oublier ces dernières minutes. “Je n’ai pas fui, puisque je ne pouvais rien faire ! Je ne pouvais rien faire”, voilà ce dont il voulait se persuader. Son attention fût attirée plus loin par une silhouette au milieu des tombes. C’était un homme de son âge, mais il avait pourtant les cheveux d’un blanc pur. Les yeux vers le ciel, adossé contre une pierre tombale, l’homme pleurait. Lexas s’approcha doucement de lui.

– J’ai toujours dit que t’avais la tête dans les nuages Sirius.
– Hum ? Oh Lexas… Tu es là, merci.
Lexas s’installa à côté de l’homme. Comment vas-tu mon ami ?
– Et bien… Comme un homme qui vient de perdre l’être le plus cher de son Monde…
– Je… Tu sais à quel point j’appréciais ton père Sirius je… Je n’ai pas les mots.
– Alors ne dis rien. Dis-moi plutôt comment tu vas. Tu as une mine affreuse…
– Tu peux parler. Baaaa. Je suis au top… Mon meilleur ami vient de perdre son père, que je considérais comme le mien, la ville vient de subir l’un des événements les plus tragiques de son histoire, enfin de son histoire récente, et je me sens plus minable que jamais…
– La grande joie quoi…
– Exactement.
– Bienvenue au club. Sirius essuya son nez. Minable ? Qu’est-ce qui s’est passé, tu as des ennuis ? Tu sais que je suis là si tu as besoin.
– Je le sais, mais ne parlons pas de ça. On devrait plutôt y aller, la cérémonie va bientôt commencer. Je suis sur que tu l’aurais loupé si je n’étais pas arrivé !
– Pour ce que j’ai envie d’y aller… Si mon père voyait ça… Il en serait malade… Tu te rends compte ! Enterré par… Ah j’enrage ! Le Grand Ordre a ordonné que tous les enterrements soient effectués par leurs prêtres, sans exception ! Pour la sécurité de tous et pour veiller à ce que les défunts soient accompagnés dans le… Mais quelle putain de connerie ! Si je pouvais revenir à ce moment de l’histoire où ces enflures ont pris le pouvoir je…
– Sirius, calme-toi… Viens, n’y pense plus. Prêtre du Grand Ordre ou pas, nous devons rendre le plus bel hommage possible à ton père. Viens… Et reste calme.
– Tu as raison… Les deux hommes se levèrent à l’unisson.
Je suis sûr que tu as un discours très émouvant.
– Un discours ? Parce que je dois faire un discours ?
– Sirius !
– Ah… Non je n’ai rien, je parlerai avec mon coeur, comme je le fais toujours.
Lexas soupira. Tu ne changeras jamais…

Les deux amis se dirigèrent au centre du cimetière, sur la parcelle centrale. Le cimetière était divisé en cinq parties, une partie centrale neutre, entourée de quatres autres, chacune réservée à un quartier précis. Celle de l’ouest était dédiée au quartier des Plaisirs, le quartier où vivaient Sirius et son père. Le Cimetière des Mille étoiles était un cimetière commun aux quatre quartiers les plus pauvres de la Capitale. Y étaient enterrés tous ceux qui ne souhaitaient pas être purifiés par le feu. Du moins les plus chanceux car la plupart finissaient dans la fosse commune, les proches n’ayant aucunement les moyens de payer les funérailles. Au sud, la parcelle dédiée au quartier des Sabbats semblait être l’actuel pire ennemi de Lexas, qui fit tout pour l’ignorer. Pour sa part, le père de Sirius avait toujours voulu être enterré car pour lui, c’était une façon de rester connecté éternellement à cette terre, si chère à ses yeux. Lexas et Sirius entrèrent dans une verrière, qui, malgré ce qu’elle symbolisait, était magnifique. Entre les immenses vitraux, de magnifiques rosiers jaunes se partagaient chaque recoin, donnant à cet endroit morbide un air de paradis. Régulièrement, des pétales tombaient comme si les roses elles-mêmes pleuraient les défunts. De part et d’autre de la verrière étaient disposées des chaises en verre, pointant vers un large pupitre en marbre, situé derrière un socle encore plus large. Sur ce-dernier était disposé le cercueil du père de Sirius. Lexas fut surpris de voir que de nombreuses personnes étaient venues lui rendre hommage. Il savait qu’il était apprécié, mais en ces temps troublés, il avait peur que peu répondent à l’appel. Cependant une chose chiffonna Lexas.

– Sirius… Il n’y a personne de l’Orchidée Bleue… ?
– Je t’expliquerai après… Pas ici. Viens, tu es à côté de moi.

Ils prirent place au premier rang, réservé à la famille proche. A vrai dire, ils seraient les deux seuls sur cette rangée. Accompagné d’une pompeuse musique à l’orgue, bien trop cérémoniale à leur goût, un prêtre vêtu d’une large tunique blanche et or entra, accompagné de quatre autres, portant une tunique similaire blanche et argentée. L’homme en or s’approcha du pupitre et prit la parole, arborant un air hautain et condescendant.

– Chers amis. Il n’y a rien de plus difficile pour un humble serviteur du Grand Ordre comme moi, que de célébrer une cérémonie d’accompagnement. Mais nous le devons à nos proches. Nous devons veiller à ce que leurs âmes puissent traverser en paix la fine barrière qui sépare notre Monde du monde des Anciens. Ces derniers jours ont été terribles pour nous tous. Ils nous ont montré à quel point les Gardiens, ces erreurs de la Nature, peuvent être dangereux et à quel point le Grand Ordre est essentiel au maintien de la paix. Vous n’êtes pas sans savoir que notre Suprême bien aimé a été assassiné par l’une de ses abominations il y a quelques jours. Qu’il repose en paix. Pour ces êtres abjects, la violence appelle la violence. Tous les autres Gardiens, pucés ou non, ont profité de cette trahison pour déverser leur haine, leur perversion, leur cruauté, leur perfidie à travers les rues de notre belle Capitale. N’ayez crainte mes amis, n’ayez crainte, car un nouveau Suprême a été élu et il a, en quelques heures seulement, restauré l’Ordre, restauré la Paix. Béni soit notre sauveur, béni soit le Suprême ! Lexas et Sirius serrèrent les dents devant ce discours de propagande. La colère montait en eux. Malheureusement, tout ceci a été si soudain et si violent, que bon nombre de nos proches, de nos frères, de nos femmes, de nos enfants, ont succombé aux mains de ces hérétiques ! Aujourd’hui, nous pleurons l’un deux, Archibald, qui était connu par nombre d’entre nous. Archibald, un père aimant, autant pour son fils ici présent, que pour les nombreuses jeunes femmes des bas quartiers qu’il a prises sous son aile. Gérer une maison close n’est certes pas le métier le plus digne, certes, certes, mais il a fait ce qu’il a pu. Nous aurons à jamais l’image d’un…
– Retiens-moi Lexas je sens que je vais faire un carnage… Chuchota Sirius.
Ne fait rien d’irréfléchi Sirius… Pense aux répercussions… Ton père n’aurait pas voulu ça… Pense aux gens qui…
– Ca va, ca va…
– Et sans plus tarder, je laisse la parole à son fils unique, Sirius. Mon ami, venez donc dire quelques mots en hommage à votre père, je vous en prie.

Sirius se leva et s’avança vers le pupitre. Le Prêtre le lâcha en faisant quelques pas en arrière, tout en gardant sur lui un regard pesant, faisant comprendre qu’il valait mieux ne rien dire de travers sur le Grand Ordre…

–  Le prêtre chuchota à Sirius. Et dépêchez-vous voulez-vous, nous n’avons pas que ça à faire.
–  Hum… Merci Monseigneur… Hum… Je… Hum… Mon père a toujours… Hum… Il a… Sirius fit une pause. Lorsque j’étais plus jeune, je ne comprenais pas pourquoi mes amis fuyaient ma maison, pourquoi leurs parents nous évitaient. J’étais en colère contre mon père, je lui répétais sans arrêt : “À cause de toi je n’arrive pas à avoir de copains et encore moins de copines ! Ton travail n’est pas bien, tu fais honte à Maman et à moi !”… Sirius eut un rire amer… A la mort de ma Mère, ma rancoeur à son égard n’a fait que grandir… Je l’ai même accusé de sa mort, lui reprochant de prendre plus soin de ses filles que de ma Mère je… Hum… Une larme parcourut la joue de Lexas. J’avais tort. Ce n’est que bien des années plus tard que j’ai compris. Bien des années plus tard que j’ai réalisé à quel point c’était un homme formidable. Oui, mon père a créé l’Orchidée Bleue, un bordel. Oui, pour beaucoup, cela est une honte, un déshonneur. Pour moi, c’est une merveille, une fierté. Aujourd’hui, je suis fier de mon Père pour ce qu’il a accompli. Pour toutes ces vies qu’il a sauvées, toutes ces jeunes femmes à qui il a donné un toit, une seconde chance, là où beaucoup les auraient laissées crever la bouche ouverte comme de vulgaires déchets… Car qui s’occupe de nous hein ? Ici, dans les quartiers pauvres nous ne… Sirius jeta un coup d’oeil à Lexas qui lui fit un non catégorique de la tête, légèrement paniqué. Nous ne… Hum… Nous ne voyons pas l’importance de l’entraide et… Du travail de mon père… Hum… J’ai décidé que j’allais exaucer sa dernière volonté et que j’allais reprendre le bordel et continuer son combat : offrir un toit à ceux qui en ont besoin. L’Orchidée Bleue est l’oeuvre de sa vie et elle ne fermera pas ses portes. Elle continuera à vivre, à sauver des vies. Je remercie mon père de m’avoir enseigné tant de choses, pour m’avoir ouvert les yeux. Je le remercie d’avoir été fidèle à ses principes jusque dans sa Mort. Je vous remercie vous d’être venus lui rendre un dernier hommage et merci au… Au… Hum… Au Grand Ordre de l’accompagner de sa… Sagesse… Puisse-t-il traverser en paix.
–  Bien, parfait, merci Sirius, votre père aurait été ravi d’entendre un tel éloge. Bien, nous allons maintenant enterrer le défunt. Sigmund, préparez la suite et allez chercher le corps numéro six, allez. Veuillez tous vous lever et suivre le cortège.

D’un mouvement de main le Prêtre en or ordonna aux autres de porter le cercueil, ce qu’ils firent sans broncher. Le cortège avança lentement jusqu’à la dernière demeure d’Archibald et l’y déposa. A tour de rôle, chaque personne jeta une Orchidée Bleue sur le cercueil et celui-ci fut enterré. Petit à petit, le lieu se vida et laissa les deux amis en tête à tête. Lexas profita du calme pour enfin se recueillir correctement sur la tombe de son père affectif, accompagné de Sirius. Après de longues minutes de silence, ce dernier fut brisé par une voix provenant de derrière les haies adjacentes.

– Mais quelle barbe ! Tu te rends comptes que je suis coincé ici pour aider ces pouilleux ! Quelle honte ! Moi ! J’en toucherai deux mots au Grand Prêtre tu peux me croire. Nous demander de calmer la populace des bas quartiers avec des hommages ? Mais ces cul-terreux ne déchiffrent pas un traître mot de nos discours ! Et encore je suis gentil, je m’abaisse à leur niveau. Moi je dis que nous devrions purifier tout ça par le feu ! Hop, feu de joie ! Ahhhh… Quoi ? C’est en place ? Bien, continuons ce calvaire… Que le Suprême me garde… S’ils avaient pu tous crever, je n’aurai pas à faire tout ça !

Les pas du Prêtre et de ses acolytes s’éloignèrent, accompagnés de rires gras. Les deux amis gardèrent le silence, les poings serrés. Lexas tenta d’entamer la discussion.

–  Sirius je… Comment est-ce arrivé… ?
– C’est arrivé parce que ça devait arriver… Sirius regarda sur sa droite, pour faire remarquer à Lexas l’un des prêtres toujours en poste.
Oh je vois…
– Merci d’être venu. Bien… Je t’offre à boire ? Inutile de rester là indéfiniment…
– Avec plaisir, je te suis. Au revoir Archibald… Et merci pour tout.
– … Au revoir Papa …

Sirius tourna les talons d’un mouvement sec et avança d’un pas déterminé, il lui fallut tout son courage pour ne pas se retourner. Les deux hommes saluèrent une dernière fois les Prêtres et quittèrent le cimetière. Après un trajet dans le silence, comme s’ils avaient peur d’être suivis, ils arrivèrent à l’Orchidée Bleue, le célèbre bordel des quartiers pauvres.

Cela faisait quelques années que Lexas n’avait pas mis les pieds ici, et l’endroit avait tellement changé qu’il avait du mal à le reconnaître. Il fût fasciné par la nouvelle beauté des lieux. Le bâtiment était l’un des plus vieux de la ville. Cela se remarquait sans difficulté par son architecture, où de gigantesques colonnes en marbre blanc venaient entourer d’immenses fenêtres qui laissaient entrevoir la beauté de l’intérieur. De longues tapisseries bleues et or, aux gravures érotiques, donnaient le ton dès l’entrée : c’était un établissement haut de gamme où chaque détail était soigné. Il va sans dire que l’Orchidée Bleue détonnait fortement dans les environs… Pourtant, même s’ils s’en cachaient, les habitants des quartiers pauvres étaient tous très fiers de ce bâtiment, qui était un symbole d’espoir pour tous, le symbole que même quelqu’un venant des bas quartiers pouvait réussir. En guise d’éclairage, de petits lampions ronds lévitaient de chaque côté de l’entrée, dans une symétrie parfaite. Aux pieds des murs, éclairés par de discrets spots aux couleurs changeantes, de superbes buissons fleuris venaient habiller le bâtiment. Rien n’était laissé au hasard, tout était parfaitement calculé et positionné. Lorsque les deux amis avancèrent sur le tapis bleu qui menait à l’entrée, celui-ci s’éclaira légèrement d’un bleu cyan sous leurs pas. De part et d’autre du tapis, des jets d’eau virevoltaient et s’entrecroisaient dans les airs au dessus de leurs têtes pour retomber un peu plus loin, sans une éclaboussure. Sur le toit, de petits feux d’artifices bleus, blancs et jaunes explosaient, dans un silence paisible… Rien que l’entrée du bordel était à elle seule un spectacle complet.

Arrivés devant l’immense porte noire et or du bordel, celle-ci s’ouvrit pour les accueillir. Les mécanismes en forme de fleurs dorées s’enlacèrent lentement pour enclencher le mécanisme d’ouverture. Devant l’admiration de Lexas, Sirius lui lança un regard amusé accompagné d’un grand sourire. Une fois la grande porte passée, une épaisse fumée vint envelopper leurs pieds, ce qui donnait l’impression de marcher sur des nuages. Plus ils avançaient, plus une délicieuse senteur de rose caressait leurs narines. Arrivé au centre du gigantesque hall de l’établissement, Lexas leva les yeux. Le plafond était orné de superbes peintures, érotiques bien-entendu, éclairées par les lampions volants. De celui-ci tombait une neige chaude, qui, lorsqu’elle touchait la peau, apportait un sentiment de réconfort. Toutes ces fioritures magiques détonnaient pourtant avec le reste de la décoration, très futuriste et technologique. Le comptoir était rempli d’électronique haut de gamme, que peu de personnes et d’organisations pouvaient se permettre d’avoir. Ici l’Énergie Vitale et la Technologie se mariaient à merveille.

Lexas et Sirius traversèrent le hall devant les salutations du personnel, entrèrent dans l’ascenseur central et furent accueillis par une petite voix féminine.

– Bonjour Sirius. Lexas, ravie de vous revoir. Où souhaitez-vous aller ?
– A mon bureau s’il-te-plait Evy.
– Bien. Bureau de Sirius. Etage : deuxième sous-sol.
– Sous-sol ? Attends il y a des sous-sols ici Sirius ? Je n’ai jamais…
– Comme tu as pu le constater, beaucoup de choses ont changé… Je vais t’expliquer.
– Et ton intelligence artificielle elle… Elle parle maintenant ?
– Je vais t’expliquer, patience mon ami.

Deux étages plus bas, Lexas arriva dans le bureau de Sirius. Ils avaient beau être sous-terre, lorsqu’il leva les yeux, une immense voie lactée s’étalait à perte de vue. Celle-ci se reflétait sur le sol, au contact duquel chaque pas émettait une onde légère, comme s’il marchait sur un lac. Tout autour était sombre, sauf un immense bureau en bois clair et ses chaises bleues. Lexas s’affala dans l’une de celle-ci, la bouche ouverte.

– Si le Grand Ordre voyait ça…
– Tu aimes mes améliorations ?
– Oui mais… Sirius ! Ca transpire l’Énergie Vitale ici ! Comment peux-tu ne pas t’attirer les foudres des Prêtres !
– Parce que j’ai leur permission…
– Pardon ? Tu veux dire que le Grand Ordre t’autorise à manipuler l’énergie vitale ?
– Exactement. En échange, je leur offre des… Services spéciaux.
– Attends, attends, attends… Quoi !? Tu veux dire que… Des Prêtres du Grand Ordre viennent ici ? A l’Orchidée Bleue ? Tu te moques de moi ?
– Je ne me permettrais pas. Figure-toi que j’ai même dû faire des aménagements pour qu’ils puissent entrer et sortir en toute discrétion… Et ils ont leurs filles favorites…
– Mais c’est contre leurs… Sirius… Qu’est-ce qu’il se passe ici ?
– Assieds-toi Lexas.
– Je le suis déjà.
– Je sais mais j’ai toujours voulu dire ça ! Rigola Sirius. Comme tu le vois, j’ai déjà fait quelques modifications au sein de l’Orchidée Bleue, et pas qu’au niveau de la décoration crois-moi… En réalité mon père m’a confié voilà deux ans qu’il souhaitait se retirer et me laisser les rênes. J’ai donc commencé à…
– Tu vas avoir des ennuis ! Qui dit énergie vitale dit Gardien ! Et qui dit Gardien dit problèmes ! Surtout avec le Grand Ordre qui fouine ! Comment peux-tu être certain que ce n’est pas une manoeuvre pour justement te contrôler et…
– Calme-toi Lexas. Il s’agit de lampions qui volent, de feux d’artifices et de fumée… C’est du bling bling. Officiellement l’Orchidée Bleue possède trois Gardiens pucés, ayant très peu de pouvoirs, juste capables de faire quelques tours de passe-passe. Contre une très belle ristourne, le Grand Ordre est prêt à fermer les yeux…
– Tu vas me faire croire qu’ici, là en ce moment, tu n’as que trois Gardiens à peine capables de faire des illusions ? Des amuseurs publics ?
– Cesse tes questions ! Ca sera pour une prochaine histoire… Ce qui nous intéresse dans celle-ci ce n’est pas ce qu’est l’Orchidée Bleue, mais c’est ce qu’elle va devenir.
– Et que va-t-elle devenir ?

Sirius regarda attentivement Lexas avant de dire quoi que ce soit. Il le jaugeait, il voulait être sûr de pouvoir lui faire confiance. Il plongea son regard dans le sien et adopta un ton fraternel.

– Depuis combien de temps se connaît-on Lexas ?
– Depuis… Nos cinq ans je dirais… Quand mes parents ont changé de quartier donc oui, nos cinq ans…
– Ca fait donc vingt six ans… Le coup de vieux… Tu as toujours été un frère pour moi, tu le sais. Je donnerai ma vie pour toi.
– Et il en va de même pour moi.
– Oui…
– Sirius… Avant tout j’aimerai savoir ce qui est arrivé à Archibald.
– J’y viens… Mais j’ai besoin de savoir si je peux te faire confiance Lexas.
– Tu me demandes vraiment ça ?
– Je te demande si tu es capable, pour une fois, de porter tes couilles !
– Pardon ?!
– Je t’aime Lexas, mais nom d’un chien que tu es lâche !
– Lâche ! Je te ne te permets pas…
– Mais arrête de prendre tes grands airs ! Je sais très bien que pour venir à la cérémonie tu es passé par le Quartier des Sabbats, et te connaissant, ton teint livide ne signifiait qu’une chose : tu as foncé en ligne droite, yeux fermés. Tu as peur de tout ce qui pourrait t’attirer le moindre ennui, tu as peur de tout ce qui pourrait attirer l’attention, en particulier du Grand Ordre. Dis-moi, tu aimes bosser pour eux ? Faire en sorte que tout se passe bien pour la Citadelle ?
– Tu crois que j’approuve ce qu’ils font ? J’ai peut-être un travail qui les aide indirectement, mais je te rappelle en passant, qu’il aide aussi et surtout les gens du quartier et ce, de manière totalement légale ! Je ne m’attire pas d’ennuis avec ! Et tu devrais faire pareil. Je hais tout autant que toi le Grand Ordre, mais que veux-tu faire ?! Partir en croisade ? Autant se trancher la gorge dès à présent ! Ce n’est pas que je ne veux pas agir, c’est que je sais que c’est peine perdue ! Ouvre les yeux Sirius, à deux on ne pourra rien faire !
– Je suis parfaitement d’accord…
– Très bien ! Maintenant je te serais reconnaissant d’enfin me dire ce qui est arrivé à ton père et pourquoi l’Orchidée Bleue était aux abonnés absents !
– Mon père est une victime collatérale du massacre qui a suivi l’assassinnat du Suprême. Il était justement dans le quartier des Sabbats pour aider plusieurs jeunes femmes à fuir quand un Gardien leur est tombé dessus. Il se trouve que l’une des jeunes femmes avait dénoncé ledit Gardien au Grand Ordre, qui l’avait attrapé, l’avait pucé, arraché à ses proches et condamné aux travaux forcés. Tu te doutes que lors de la “récupération” comme ils appellent ça, ses proches l’ont protégé et l’ont payé de leur vie. Dans la panique engendrée par l’assassinnat, il s’est évadé, a voulu se venger et mon Père a fait barrière. On l’a retrouvé la nuque brisée au côté des autres femmes. L’ironie du sort c’est que la seule survivante est celle qui était ciblée. Cela dit elle est tellement amochée qu’elle préfèrerait se tuer. Et il n’y avait aucun membre de l’Orchidée Bleue aujourd’hui car nous avons préféré faire une cérémonie privée, ici, entre nous. Oh pardon… C’est illégal… Tu ne vas pas nous dénoncer si ?
– Je… Je suis désolé Sirius… Si j’avais su….
– Si on avait su rien de tout cela ne se serait passé. Mais nous ne le savions pas et voilà où nous en sommes. Combien de vies auraient pu être sauvées si seulement nous avions eu vent de ce qui se tramait ?
– Des milliers mais…
– Exactement ! L’ignorance ! Voilà ce qui a tué mon père et tous ces innocents.
– C’est bien beau ça, mais je ne vois toujours par le rapport avec notre conversation.
– Hum… Sirius s’affala dans son propre fauteuil, toujours en fixant Lexas dans les yeux. Tout aurait pû être évité si nous avions pu prévoir les événements. Tout aurait été différent si nous avions eu des informations. Et pas que ça, pense à tout ce qui se passe en ville depuis des décennies. Si seulement nous avions des informations sur les descentes du Grand Ordre, sur les Gardiens qui se manifestent, ceux qui se cachent, ceux qui les dénoncent, sur les coups des malfrats, sur les complots des riches et puissants… Tout le bien que nous pourrions faire, sans aucune victime, sans attirer l’attention. Juste, avec le savoir.
– C’est impossible ! Tu imagines le travail que ça représenterait.
– Bien-sûr que je l’imagine, puisque je le réalise.
– Pardon ?
– Lexas. Sirius prit un air excité. Je suis entrain de transformer l’Orchidée Bleue de l’intérieur ! Je vais en faire un réseau d’espionnage. Je recrute des filles, des mendiants, des Gardiens, ceux qui partagent mon idéal, qui acceptent d’oeuvrer dans l’ombre pour le bien commun. Je les forme, leur offre un toit et les guide afin qu’ils ne se sentent plus abandonnés et qu’ils… Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça.
– Je refuse Sirius… Je ne veux pas participer à tout ceci… C’est de la folie ! Lexas s’approcha en s’accoudant au bureau et baissa d’un ton. Si le Grand Ordre apprend ce que tu fais ici, tu sais très bien ce qui va se passer… Former des… Des espions, car c’est bien de ça dont nous parlons non ? Héberger des Gardiens, les former ? Tu es devenu fou ? C’est bien trop dangereux… Tu ne peux pas leur faire confiance, tu sais bien que la plupart perdent la raison et que…
– Je te fais bien confiance à toi !
– Je ne…
– Tu ne, tu ne quoi ? Tu es un Gardien Lexas ! Et un sacrément puissant ! Merde, regarde la réalité en face ! Arrête de croire que tu peux fuir ce que tu es ! Tu es un Gardien !
Lexas se leva violemment de sa chaise et se mit à hurler. Tais-toi ! Ne me dis pas ce que je dois être, c’est à moi de le choisir !
Sirius se leva à son tour et contourna son bureau. Non ! Tu es un Gardien Lexas ! Et un putain de génie ! Imagine tout ce que tu peux faire avec tes capacités, avec tes dons ! Tout le bien. Tout le… Moi je donnerai tout pour…
– Tout pour quoi Sirius ?! Tout pour vivre un cauchemar ? Lexas haussa le ton. Arrête de faire comme si tu savais ce que c’est ! Etre un Gardien c’est une putain de malédiction ! Tu t’imagines que tout est génial hein ?! Oh oui le rêve ! Tu sais ce qu’il m’apporte ce super pouvoir méga génial hein ? Si on met de côté qu’à tout moment l’énergie vitale peut me consumer et me rendre fou bien-sûr ! Sirius, quand je touche quelqu’un, je perçois tout. Ses plus grandes peurs, ses plus grands traumatismes, ses cauchemars, tout ça je le perçois et je le ressens au plus profond de mes entrailles, comme si tout ses sentiments étaient les miens. Je revis en boucle ses souffrances ! Je suis incapable de le contrôler, je ne peux toucher personne ! Je ne dors presque plus, je ne peux être proche de personne. Mais ohhhh oui, c’est tellement génial !
– Bien-sûr que tu ne vois que le négatif ! Tu ne vois que ce que tu veux voir ! Tu n’as jamais cherché à développer tes capacités ! Tu as toujours fui ! Si tu ne vois que les souffrances c’est parce qu’au fond de toi tu ne veux voir que ça, pour te réconforter dans ton idée que ton pouvoir est une malédiction.
– C’est une malédiction ! Je ne l’ai jamais demandé ce pouvoir moi !
– Ecoute-moi, Lexas, regarde-moi ! J’ai rencontré une femme…
– A la bonne heure !
– Ecoute-moi ! En quelques jours elle m’en a plus appris sur les Gardiens que tout ce que j’ai pu apprendre ces dernières années ! Regarde-moi. Lexas, regarde-moi ! Mon frère ! Sirius s’approcha le plus près possible de Lexas, sans pouvoir le toucher, cherchant son regard de nouveau. Tu es un Gardien, c’est un fait, tu ne peux rien y faire. Mais plutôt que de les fuir, affronte tes peurs ! Chaque Gardien est différent. J’ai compris que toi, tu as ce qu’on appelle un don de Tisseur, tu peux connecter les êtres les uns aux autres pour ne faire qu’un. C’est pour ça que quand tu touches quelqu’un tu…
– Qu’est-ce que ça peut me faire. Lexas s’éloigna.
Mais comprends-le ! Tu as toujours fuit ta nature, tu ne maîtrises rien de tes capacités, tu n’en vois qu’une infime partie. Si tu apprends à les connaître, si tu apprends à les maîtriser, tu n’en auras plus peur et tu pourras…
– Je pourrais quoi ? Jouer au bon petit soldat pour toi ? Ce n’est pas pour moi que tu veux que je maîtrise mes pouvoirs, mais pour toi et ta grande idée farfelue ! Tu veux contrôler des Gardiens ? Tu veux les pucer toi aussi ? Parfait, devient comme le Grand Ordre vas-y ! Fais-en des esclaves prêts à te poignarder dans le dos !
– Ca n’a rien à voir…
– Va dire ça aux Gardiens torturés dans la Citadelle ou ceux forcés… À se faire pucer.
– J’y pense tous les jours.
– Et moi donc…
– Ne rien faire revient à aider le Grand Ordre, que tu le veuilles ou non !
– Ne rien faire signifie ne pas avoir d’ennuis !
– Et tu adores ça ! Ne jamais te mouiller, ne jamais prendre de risques ! Tu es un idiot Lexas !
– Et toi un abruti !
– C’est la même chose !
– Et ben voilà !

Les deux hommes arrêtèrent de crier et évitèrent de se regarder. Le lourd silence fut interrompu par quelqu’un qui toqua à la porte de Sirius. Lexas s’interrogea.

– C’est pas censé être un bureau secret ?
– Pas pour tout le monde… Entre.

La porte s’ouvrit délicatement, accompagnée d’une légère brume. Une superbe blonde passa son pas, habillée d’une chemise de nuit à moitié transparente, laissant apercevoir chaque partie de son intimité. Elle avait des courbes à tomber par-terre, du moins, selon les goûts de Lexas, qui s’en délecta avec honte. Elle s’avança vers les hommes et Sirius s’approcha d’elle.

– Lexas voici l’une de… Comment as-tu dis déjà ? Ah oui… L’une de mes esclaves…
– Esclave ? Le vilain mot… Est-ce que ça ne serait pas plutôt moi qui te mène par le bout du nez Sirius ?
– Ah ah ah. Je te présente Rose. Rose, Lexas, mon meilleur ami.
– Le fameux… Enchantée Lexas. La jeune femme se pencha vers lui pour lui chuchoter quelques mots. Entre nous, si ton truc c’est les esclaves… Ca peut s’arranger…
– Je euh… Hum. Enchantée Rose je… Désolé je me suis un peu emporté… Nous parlions de… Enfin…
– Elle est au courant de mon projet, elle en fait pleinement partie. A vrai dire c’est l’un de mes meilleurs éléments.
– Quel flatteur. Rose prit Sirius à part. Sirius… Mon dernier client vient de me donner les informations recherchées… Tu avais raison… Mais ça implique que…
– Je sais ce que ça implique Rose… Et c’est mauvais signe…
– Très mauvais signe…
– Dis-moi Lexas, que penses-tu de l’assassinnat du Suprême ?
– Qu’est-ce que j’en pense ? Ma foi pas grand chose… Vu ce que le Grand Ordre fait subir aux Gardiens, ça ne m’étonne pas que l’un d’eux se soit retourné contre le vieux schnock.
– Tu penses que c’est un Gardien qui a fait le coup donc ?
– Bien-sûr ! C’est une évidence. Et toute la presse est unanime, ils ont même arrêté et exécuté le coupable. C’est le nouveau Suprême lui-même qui a décapité le bougre et…
– Tseuh. Et il croit ce qu’ils racontent ! Sirius, tu veux vraiment le recruter lui ?
– Euh… Sirius ne sut quoi répondre.
Ecoute blondinet, ce n’est pas un Gardien qui l’a assassiné, mais un humain tout ce qui a de plus normal.
– Impossible ! rétorqua Lexas. Aucun homme n’aurait pu faire ça au Suprême ! Surtout qu’il est toujours entouré de sa garde et…
– Je suis d’accord avec toi bel étalon, aucun homme n’aurait pu réussir un tel exploit. C’est d’ailleurs pour cette raison que c’est une femme qui a fait le coup.
– Quoi ? Impossible !
– Comment ça ? Tu penses les femmes inférieures ?
– Ce n’est pas ce que je veux dire. Il est impossible d’approcher le Suprême ! Sa garde le colle au train sans relâche, composée de Prêtres d’élite et de puissants Gardiens qui ont embrassé d’eux-même sa cause et le vénèrent ! Ca d’ailleurs j’ai du mal à le comprendre… Bref, homme ou femme, être un humain normal et réussir à assassiner le Suprême est tout simplement impossible !
– Ahhhhhh… Rose soupira et s’affala dans le fauteuil de Sirius.
Nous sommes au coeur du problème Lexas. Tu es dans l’ignorance et donc tu sautes aux conclusions, de fausses conclusions. A grande échelle, ce genre de comportement est dangereux…
– Sirius ! Mon prochain client arrive dans cinq minutes ! On peut pas abréger ? Il est pas fait pour ça, je le sens d’ici…
– Je suis pas fait pour… ? Mais qui c’est cette gamine Sirius ? Je la trouve bien bavarde pour une de tes employées ! Je ne veux pas être méchant mais je doute qu’une prostituée soit faite pour le travail d’espionne vois-tu ! Elle débarque comme ça et pense tout savoir de moi ! Lexas remarqua que Rose se redressait sur sa chaise.
Rose… C’est pas une bonne idée…
– Oh si patron… Il a besoin d’une petite leçon…

Rose se leva, s’approcha de Lexas en un battement de cils et se colla à lui. Elle se frotta légèrement, ce qui déstabilisa hautement l’homme, qui leva les bras pour ne surtout pas la toucher de ses mains. Il n’osait même pas baisser les yeux, de peur d’être encore plus destabilisé par le décolleté plongant de la femme. Il donnait l’impression de se noyer. Pourtant, il devint obsédé par son parfum…

– Hummmm… Tu ne veux pas de moi Lexas… Hum ?

En une fraction de seconde, Lexas perdit la notion du temps. Il chercha son ami du regard mais celui-ci avait disparu. Lorsqu’il posa de nouveau les yeux sur Rose, celle-ci était entièrement nue et le regardait avec un regard de braise. Elle s’approcha de lui et il recula, de peur de la toucher et de déclencher ce qu’il voyait comme sa malédiction. Mais celle-ci lui attrapa le visage de ses deux mains et lui lécha les lèvres. Une sensation de chaleur extrême s’empara de son corps.

– N’ait pas peur Lexas… Avec moi tu ne risques rien… Je suis là pour t’apporter du plaisir… Rien d’autre. Laisse-moi m’offrir à toi… Juste là…

L’homme avala sa salive et ne pût s’empêcher de succomber aux charmes de la jeune femme. Il perdit absolument tout contrôle. Sans savoir pourquoi, il se mit à l’embrasser et à la caresser à son tour. Pendant de longues minutes, elle réalisa ses plus grands plaisirs, comme si elle savait exactement ce qu’il aimait le plus. Puis soudain, sa tête tourna, de plus en plus rapidement. Puis le noir… Un noir total. Et la sensation d’être en chute libre. Lexas reprit ses esprits et ouvrit les yeux dans un sursaut. Il était sur la même chaise que tout à l’heure. A côté de lui, Rose était assise sur l’autre chaise, affichant un sourire narquois, les jambes croisées et les bras tendus sur le dossier, parfaitement habillée. Du moins si on pouvait appeler ça être habillée. Sirius quant à lui était sur son fauteuil, juste devant lui. Lexas était complètement perdu.

– Qu’est-ce que ! Que… ? Comment est-ce que…
– Un de mes meilleurs éléments, je te l’ai dit…
– Et tu es un pervers en plus… Rose chuchota en rigolant.
Mais je viens de… Enfin on…
– Tu n’as pas touché un seul de ses cheveux Lexas, détends-toi.
– Comment ça ? Mais je viens juste de…
– On verra ça pour le prochain récit, je te l’ai déjà dit. Plus important, Laisse-moi te dire qu’elle n’a utilisé qu’une infime partie de son pouvoir de Fleur… J’y viendrai. En attendant, Rose, qu’as-tu appris s’il te plait ?
Rose se redressa sur son fauteuil et regarda Lexas droit dans les yeux. Lexas, Lexas… Un livre ouvert. 31 ans, célibataire, un travail sans intérêt, qu’il n’aime même pas, zéro relation, zéro loisir. Une vie de rêve. Réserve d’énergie vitale exceptionnelle qui pourrait faire de lui un Gardien surpuissant. Véritable pervers au lit, adore jouer au dominant, d’où l’envie d’avoir son esclave. Dernière relation  sexuelle il y a quatre jours. Feint de ne pas contrôler son pouvoir, pourtant pour s’envoyer en l’air il n’y a aucun problème, bien qu’il ait besoin d’un petit coup dans le nez. D’ailleurs il est plutôt doué en la matière… Très doué même… Ce qui n’est pas le cas avec ses capacités de Gardien. A cet instant préoccupé par quatre choses, si on écarte ma poitrine : un orphelin, la mort d’Archibald, une femme et son mari qu’il a abandonnés à leur sort et deux gamines aux yeux violets. A peur d’utiliser ses pouvoirs depuis ses 17 ans, jour où sa petite soeur et sa mère ont…
– STOP ! Arrête-ça ! De suite ! Sirius ! Arrête ce petit numéro, j’en ai assez ! Ce n’est pas le fait de voir une Gardienne, aussi belle soit-elle, pardon, user de ses capacités qui me fera changer d’avis !
– Ce n’est pas un numéro ! Je veux t’ouvrir les yeux ! Rose ne t’a montré qu’une infime partie de son pouvoir. Il y a quelques mois à peine elle était couverte de boue, seule, paniquée, ne sachant comment maîtriser ses pouvoirs. Et regarde-la aujourd’hui ! Elle est exceptionnelle ! Avec notre aide tu pourras…
– NON ! Je suis comme je suis Sirius. Et je suis déçu que depuis tout ce temps, tu ne comprennes pas ce que je ressens. Vraiment déçu…

Sans attendre de réponse, Lexas se dirigea vers la porte et la passa sans même un dernier regard pour son ami. Il entra dans l’ascenseur et indiqua à Evy de le ramener au hall. Il traversa celui-ci, sortit par la grande porte noire et or et continua sa route, laissant derrière lui la magnifique façade de l’Orchidée Bleue. A cet instant, il ne se doutait pas un seul instant que sa route allait le mener bien loin de ce bâtiment. Rose regarda Sirius avec un air légèrement contrarié.

–  Qu’est-ce qu’il ya Rose ? Ne t’en fais pas, on ne sait parler de ses pouvoirs qu’en se disputant. C’est habituel.
– Tu savais que j’allais m’emporter. Tu avais tout prévu…
– Bien-sûr.
– Et tu vas me dire que tu avais prévu sa réaction aussi ?
– Effectivement.
– Je déteste quand tu fais ça… J’ai l’impression d’être une marionnette !
– Je m’en excuse, ce n’est pas ce que je souhaite.
– Je le sais bien ! Tu savais ce que j’allais découvrir en plongeant… ?
– Je m’en doutais…
– Sirius, il est…
– Je le sais Rose… Je le sais… Mais je ne peux plus rien faire…

La nuit fût agitée pour Lexas. Il faut dire que sa journée n’avait pas été des plus agréables. Lorsqu’il ne cauchemardait pas, c’était la vision de tous ces gens en sang qui le tourmentait, toute leur détresse. Il se sentait coupable et cherchait à se persuader qu’il ne pouvait rien faire. Impossible pour lui de finir sa nuit, il décida de se lever et de partir plus tôt que d’habitude, histoire de se balader un peu dans son quartier afin de prendre l’air.  Contrairement à Sirius, Lexas habitait dans le quartier des Brumes, un quartier aisé réservé au personnel travaillant dans des organismes dédiés au fonctionnement de la Capitale dans sa globalité. Lexas occupait un petit poste de chargé de territoire, qui lui donnait notamment comme mission de résoudre tous les petits soucis entre les différents quartiers. Un travail peu passionnant mais au moins se disait-il, il était stable et ne lui attirerait jamais d’ennuis. Il n’aimait pas vraiment celui-ci, mais préférait ça plutôt que de retourner d’où il venait, le Quartier des Plaisirs. Il essaya de reprendre ses esprits à l’aide d’une douche froide, ce qui ne marcha absolument pas. Il tenta alors la douche chaude, très chaude. Trop chaude. Lorsqu’il sortit de celle-ci,il avait l’impression d’être incandescent, son corps entier fumait. Alors qu’il séchait ses cheveux à l’aide d’une large serviette, il entendit deux voix féminines depuis son salon…

– Hummmm… Il a de ses abdos…
– Bien-sûr… Fais-moi croire que ce sont ses abdos qui ont attiré tes yeux en premier…

Lexas sursauta. Il fonça dans son salon, prêt à en découdre ! Il prit, difficilement, la pose la plus menaçante possible et regarda son ennemi dans les yeux. Le vide. Le vide ? Il était pourtant persuadé d’avoir entendu deux voix féminines ! Mais il n’y avait rien… Juste lui.

– Blop, blop…
– Evite d’écarter les jambes dans cette position beau gosse… Surtout nu…

L’homme eut de nouveau un frisson ! Il baissa les yeux et rouge de honte, cacha son entrejambe de ses mains. Il balaya une nouvelle fois la pièce du regard mais il ne voyait toujours rien. Il retourna à la salle de bain, s’habilla en vitesse et vérifia méticuleusement chaque recoin de son petit appartement armé de son terrible balai. Il n’y avait rien, absolument rien. Rien sauf un délicat parfum… Mais il ne connaissait pas cette odeur… Il n’avait jamais rien senti de semblable. Même Rose ne sentait pas aussi bon. Mais ce n’est pas cela qui l’inquiétait le plus… Ce qui l’inquiétait le plus c’étaient ces voix… Il ne voulait pas devenir l’un de ces Gardiens qui entendaient des choses dans leur tête… L’un de ces Gardiens qui peuvent voir et communiquer avec les Morts. Il avait suffisamment horreur de ses pouvoirs. Il attrapa une bouteille d’eau et quitta son appartement, une boule au ventre. Les questions se bousculaient : devenait-il fou ? Développait-il de nouvelles capacités ? Rose lui avait-elle embrouillé l’esprit ? Des esprits avaient-ils décidé de se jouer de lui… ?

Comme souvent à cette heure-ci, le quartier des Brumes était d’une tranquillité reposante. Son nom trouvait son origine dans la brume épaisse qui venait recouvrir le sol de la tombée de la nuit jusqu’au zénith. En soit, le nom n’était pas vraiment recherché. Nombre de scientifiques étaient encore fascinés par ce phénomène toujours inexpliqué. Quoi qu’il en soit, cela donnait un véritable côté féérique à l’endroit, ce qui plaisait à Lexas. Il passa devant les échoppes habituelles, les restaurants et les connaissances. Il continua sa route et profita de la beauté des lieux. Malgré cette routine relaxante, les images du Quartier des Sabbats revenaient inlassablement à lui, comme pour le culpabiliser, comme pour faire renaître en lui ce sentiment d’abandon. Les paroles de Rose résonnaient en lui. Soudain, il s’arrêta. Il leva les yeux et écarta grand les narines. Un délicat parfum vint à lui… Il ne connaissait pas cette senteur… En revanche, il la reconnut. Il s’agissait de la même odeur que chez lui. Cette fois-ci aucun doute, il était suivi par quelqu’un, une femme visiblement. Il était à moitié rassuré : il ne devenait pas fou… En revanche, il repensa à la discussion qu’il avait eu avec Rose et Sirius… “Ils disent que c’est une femme qui a tué le Suprême… ? C’est absurde… Mais admettons que ce soit vrai, admettons… Je suis au courant… C’est le parfum d’une femme… Elle me suit… Et si c’était… Si elle éliminait les preuves… ? Je suis une preuve ? Non… Si ? ” Il prit son courage à deux mains et décida de suivre l’odeur comme il le pouvait. Après tout, il était largement en avance et pouvait se permettre de faire un détour. Avec beaucoup de difficulté, se prenant pour un chien de chasse, il humait l’air à la recherche de sa proie, tantôt s’éloignant, tantôt se rapprochant. Il était sur la bonne piste ! Il se rapprochait ! Celle-ci le conduisit à la lisière du quartier, un endroit bien plus calme. Là ! Il tourna au un coin de la prochaine rue. Il se retrouva devant une petite salle de réception, où un hommage à un défunt avait lieu. Et quelqu’un d’important à en juger par tous les Prêtres qui se trouvaient là. Mieux valait éviter le lieu… Il se fit tout petit et passa discrètement en faisant attention à ce que personne ne le remarque. Il était très doué pour cela, car il avait toujours préféré esquiver les gens. Il avait l’habitude d’être une ombre. Il poursuivit son chemin et se retrouva dans une petite ruelle, vide. Pourtant le parfum était bien présent ! Il ne se trompait pas ! Il regarda partout, il y avait peu de cachettes dans les parages. L’endroit était accessible uniquement par le chemin qu’il venait d’emprunter. La taille des bâtiments empêchait quiconque de rejoindre les toits depuis la rue, et le petit renforcement plus loin sur sa droite était un cul-de-sac, il le savait, car il connaissait les plans de la ville par coeur. Fonctions obligent. Si quelqu’un cherchait à le fuir, jamais il n’irait de ce côté pour…

– Hérétique ! Je t’ai vue de mes propres yeux ! Tu es une pécheresse ! Il est de mon devoir de te laver de tes péchés !
– Non, arrêtez ! Je n’ai rien fait je vous le jure !
– Parjure ! Je t’ai vu infidèle ! Tu t’exhibes aux yeux des hommes, tu es une catin ! Une provocatrice ! Tu cherches à corrompre nos esprits. Tu veux attirer les hommes innocents et leur soutirer de l’argent ! Tu violes nos préceptes ! Tu vends ton corps d’impie !
– Quoi ? Mais non pas du tout je ! Je ne faisais que passer, j’allais travailler je… Lâchez-moi Grand Prêtre, vous me faites-mal !
– Tu allais travailler oui ! Tu oses te jouer de moi ! Je vais te purifier, oh oui !

Lexas entendit des voix dans le renfoncement. Curieux, il alla jeter un coup d’oeil. Discrètement il se colla au mur et regarda ce qui se passait. La scène était simple : dos à lui, l’un des Grands Prêtres faisait face à une femme seule. Son estomac se noua. Il n’en revenait pas qu’un Grand Prêtre sorte seul ! Les Grands Prêtres étaient l’unes des plus hautes autorités du Grand Ordre, choisis par le Suprême en personne afin de s’assurer de l’exécution de ses directives les plus vitales. Ils étaient au nombre de sept. Mieux valait éviter de leur chercher des poux, car ils avaient la fâcheuse tendance à voir des hérétiques partout… Lexas ne le savait que trop bien. Il ne connaissait pas cette femme et il n’avait certainement pas l’intention de s’attirer des ennuis juste pour lui éviter un sermon. Et puis le parfum n’était pas présent ici, ce n’était pas celle qu’il cherchait. Il tourna les talons et commença à rebrousser chemin en toute discrétion.

– Catin ! Ah ! Je vais te montrer moi ! Par les pouvoirs qui me sont conférés, je vais purifier ton âme ! A genoux hérétique ! Laisse-moi te guider vers le droit chemin ! Ah ah ah… Oui… Moi, Soratis…

Lexas devint raide comme un piqué. Les yeux grands écarquillés, il fixa le mur devant lui. Puis, dans un mouvement instinctif, ses lèvres se synchronisèrent à celle du Grand Prêtre et se mirent à chuchoter mot pour mot le monologue de celui-ci.

– Moi, Soratis, Grand Prêtre du Grand Ordre au service du Suprême, je t’ordonne de te mettre à genoux ! A genoux ! Obéis ou tu subiras mon châtiment ! Catin ! Il giffla la jeune femme à plusieurs reprises.
– Mais je… Je… La jeune femme s’exécuta sous les coups.
Bien, bien… Maintenant ouvre la bouche… Ta bouche… Voilà… Je vais te montrer le droit chemin moi… Je vais te purifier… Reçois ma lumière salvatrice…

Le Gardien eu l’impression que son coeur explosait. Que ses viscères lui remontaient. Un goût de sang envahit sa bouche et une puissante envie de meurtre s’empara de lui. Il regarda ses mains, qu’il apercevait difficilement tellement ses yeux étaient remplis de larmes de rage. Il tremblait, il n’arrivait plus à se contrôler et pour la première fois de sa vie, il savait exactement quoi faire. Il fit machine arrière et dans une rage folle, se rua dans le renforcement pour faire face au Grand Prêtre. Là il marqua une pause et fixa longuement le prêtre, avant d’avancer lentement, les yeux injectés de sang.  L’homme à la toge se retourna, sexe à la main, le regarda de haut, tentant de cacher sa surprise.

– To… Toi ! Comment oses-tu ! Tu profanes un rituel sacré de… Ah… Ahhhh !

Lexas attrapa la gorge du Grand Prêtre et la serra aussi fort qu’il le pouvait. Des flashs. Tous les flashs. Il vit tout, tout ce qu’il ne voulait plus jamais revoir, tout ce qu’il voulait oublier à jamais. Il aperçut leurs visages… Il vit rouge.

– Toi… Tu es… Tu es… Tu as l’intention de la tuer… De la violer et de la tuer… Tout comme tu as… Ahhhhhhh !

Dans un excès de rage primale, instoppable, Lexas renversa le Prêtre au sol et se mit à le ruer de coups au visage. De ses poings, il teinta de rouge la face de l’agresseur. Il sentit son nez se briser, puis la mâchoire, il lui creva l’oeil gauche, lui fit souffrir le martyr, mais ce n’était pas assez, il en voulait plus. Il devait souffrir plus, pour tout ce qu’il avait fait ! Il lui attrapa la tête et la souleva pour la fracasser avec force contre les pavés. Il ne pouvait plus s’arrêter, il aimait ça. Lexas continua de frapper, il entendait le prêtre se noyer dans son sang et ce son lui plaisait. Lorsqu’il leva le poing le plus haut possible afin de donner le coup de grâce, il vit le regard de la jeune femme, paniquée par la situation. A moitié dénudée, ses yeux montraient un mélange de soulagement, mais aussi de peur. Lexas ne put donner le dernier coup devant des yeux innocents, il reprit ses esprits et regarda de nouveau le visage du Grand Prêtre, méconnaissable. Dans un dernier soupir, celui-ci tourna la tête et attrapa le col de Lexas, ce qui arracha un cri perçant à la jeune femme, qui le pensait mort. Le mourant adressa ses dernières paroles à son assaillant.

– Ton… Acte… Il cracha une giclée de sang sur les vêtements du Gardien. Te vaudra… La… Mort… Abomination… Héréti…

Le Grand Prêtre rendit son dernier soupir. Lexas regarda ses mains ensanglantées. Un vent de panique s’empara de lui. Il essaya de se relever mais ses jambes ne le voulaient pas, elles le lachèrent. Il s’écrasa contre le mur à côté de la jeune femme et tomba au sol. Celle-ci lui toucha la main pour le remercier et tenter de l’apaiser mais Lexas fit un mouvement pour se dégager.

– Non ne ! Ne me touchez pas ne me… Touchez pas ! Je vous en prie.
– Pardon je… Je…
– Oh… Au nom d’Ashima… Qu’ai-je fait… Qu’ai-je fait… C’est pas possible…
– Nous… Nous devrions lui enlever sa… Sa toge… Pour que personne ne puisse le… Le reconnaître… Haleta la jeune femme en essayant de garder la tête froide.
C’est trop tard… Nous sommes finis…
– Non, nous pouvons fuir !
– C’est impossible… Je ne peux pas…
– Non nous pouvons encore… Oh non pas ça ! La jeune femme se releva d’un bond.

A l’entrée du renfoncement, Lexas et elle virent une dizaine de Prêtres du Grand Ordre. Le cri de la jeune femme avait du les attirer ! L’un d’eux s’avança et fut horrifié en voyant la scène de crime.

– Par tous les Saints ! Oh ! Le Prêtre se tint le ventre et essaya de ne pas vomir. Oh ! Au meurtre ! Par le Suprême, le Grand Prêtre à été assassiné, le Grand Prêtre a été… oh… Assassins ! Frères, venez m’aider ! Au meurtre !

Dans un dernier acte de bravoure, Lexas se mit devant la jeune femme pour la protéger. Il ne le savait que trop bien, sa vie était terminée, la seule issue était la Mort. Et inutile de penser à se défendre, il était là, devant le cadavre, dans une impasse, les mains et les vêtements maculés de sang. L’assassinat d’un Grand Prêtre ne laissait aucun doute, il allait être exécuté, et dans les heures qui allaient suivre, sans jugement. Peut-être était-ce mieux ainsi, ses souffrances allaient enfin être abrégés. Lexas ferma les yeux et accepta son sort.

– Assassins ! Arrêtez-les ! Qu’on les purifie par le Feu !

Voilà pour le premier chapitre. J’espère vraiment qu’il vous a plu malgré le fait que c’est un premier chapitre ^^. Si vous souhaitez voir la suite d’ici quelques jours, n’oubliez pas de me rejoindre sur Instagram

Merci infiniment d’avoir pris le temps de lire ce texte qui nous a demandé beaucoup de travail et à très bientôt pour la suite !

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