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NAR – Chap. 06

— LA NAISSANCE DE L’AUBE ROUGE (NAR)
Préquelle 01 de la saga “Les Gardiennes d’Ashima”

CHAPITRE 06

Bonjour / Bonsoir à vous et bienvenue dans cet avant-dernier chapitre des aventures de Lexas. Du moins, de ces aventures dans cette préquelle, avant la saga originale. Enfin, s’il y survit… ^^. Après ce chapitre il ne restera plus qu’une dernière ligne droite pour le Gardien et ses concubines ! Dès que “La Naissance de l’Aube Rouge” est terminée, nous passons à la saga originale (j’en parle dans cette entrée de journal). J’ai hâte d’enfin vous faire découvrir les aventures de Kira, Sam et Kali ! D’ailleurs, en parlant d’elles…

CHAPITRE 06 : Les liens se tissent.

La neige réchauffante qui tombait du plafond de l’Orchidée Bleue lui caressait délicatement le visage et lui apportait un sentiment de réconfort bienvenu. Car en ces lieux, du réconfort, c’est bien ce dont avait besoin Wanli. Comment les humains pouvaient-ils vivre auprès de cette technologie maléfique !? La puissante guerrière devenait une petite fille apeurée lorsqu’elle regardait toutes les machines en action dans le bordel. Amusée par son attitude, Helmi recula à son niveau, laissant le reste du groupe les devancer.

– Ne fais pas cette tête Wanli, les machines ne vont pas te manger ! 
– Mais… Mais… Comment peuvent-ils faire ?! Autant de technologie… Leurs âmes sont en danger !
– Ah ah ah ah ! J’aurai plutôt dit leurs cerveaux mais… C’est la première fois de ta vie que tu viens dans une ville pas vrai ?
– Première fois oui ! Helmi, je savais que les grandes villes et en particulier la Capitale possédaient de nombreuses machines, contrairement à nous dans les Terres Blanches, mais tout de même ! Regarde ça ! Ils ne font presque rien d’eux-mêmes ! Ce sont des fainéants ! Leurs âmes sont corrompues…
– Tu penses que c’est une bonne chose qu’à l’extérieur des villes nous n’ayons pas de machines ?
– Bien-sûr ! Sans ça, nous serions morts ! Notre prospérité vient de notre capacité à survivre et à nous adapter ! Si nous comptions sur les machines…
– Peut-être qu’elles nous défendraient ? Qui sait… 
– Je ferai toujours plus confiance à ma tête et à mes bras !
– Je sais Wanli, moi aussi. Nous n’avons pas grandi avec la technologie, nous n’en avons pas besoin, c’est un fait. En revanche, nous avons grandi avec l’énergie vitale, et nous ne pourrions pas vivre sans, pas vrai ?
– Exactement !
– Pourtant dis-toi que dans les villes, l’énergie vitale est évitée comme la peste… C’est une chose dont ils ne veulent pas entendre parler, une chose néfaste…
– Mais… Leur technologie fonctionne à l’énergie vitale non ? Comment peuvent-ils…
– Ils ne la voient pas… Ils savent comment ça fonctionne, mais ils n’y ont jamais affaire directement… Alors ils ferment les yeux…
– Mais c’est hypocrite !
– C’est comme ça. Alors soyons plus intelligentes qu’eux, et ouvrons-nous au fait que tout n’est que point de vue. Admettons le fait que la technologie, lorsqu’on la connait et la maîtrise, n’est peut-être pas si mal… Pour eux, la technologie est une chose merveilleuse.
– Tout dépend de qui la maîtrise…
– Tout comme l’énergie vitale…
– Oui, tu as raison… Merci pour ces paroles remplies de sagesse !
– Ah ah… Viens, rejoignons les autres dans cette pièce étrange.
– Mais… Nous allons nous étouffer dans une si petite pièce !

Les deux concubines entrèrent dans la toute petite pièce, où ils durent tous se coller les uns aux autres. Soudain, une voix s’éleva dans les airs :

– Bonjour Sirius. Lexas, ravie de vous revoir, cela faisait longtemps.
– Oui, bonjour Evy.
– A mon bureau Evy s’il te plaît.
– Bien. Autorisation accordée.

Wanli paniqua et attrapa difficilement sa hallebarde, dont la garde vint violemment percuter le nez de Lexas, situé juste derrière elle. Le Celestial partit en arrière dans un petit cri aiguë et fut rattrapé par Aryna, qui ne put s’empêcher d’éclater de rire. Wanli était en garde, du moins, elle essayait…

– Ne vous en faites pas ! Je vous protégerai de cette âme errante ! Montre-toi ! 
– Veuillez répéter votre question s’il vous plaît, je ne l’ai pas comprise.
– Montre-toi !
– Wanli, Wanli… Lexas vérifia si son nez ne saignait pas. Je te remercie mais Evy n’est pas une âme, rassure-toi. Tout va bien.
– Mais elle est invisible !
– Oui c’est une intelligence artificielle, elle… Oh… Lexas prit peur devant les gros yeux de Wanli. Il comprit que lui faire comprendre ne serait pas chose aisée. Euh… Disons que c’est… Une âme enfermée dans un ordinateur…
– Comment ! Mais c’est de la torture ! Elle est emprisonnée !?
– Non, non ce n’est pas une âme c’est euh… Aidez-moi au lieu de rigoler !
– C’est une machine intelligente, elle pense d’elle-même. Intervint Sirius.
– Une… Machine intelligente… ? Maléfice ! Wanli laissa tomber sa lourde hallebarde au sol, pile sur le pied de Lexas.
– Aïe ! Wanli !
– Oh pardon Monsieur je ! Je suis terriblement désolée je…

Helmi rigola et profita de la descente pour expliquer au groupe que c’était la toute première fois de sa vie que Wanli découvrait une telle technologie. Elle expliqua à Sirius et à la mystérieuse femme qui l’accompagnait que dans les Terres Blanches, ce savoir n’existait pas, accaparé par les grandes villes qui le gardaient jalousement. Aucune technologie avancée n’était présente à l’extérieur des remparts, ce qui avait poussé les habitants à s’en passer et à dompter l’énergie vitale pour ceux qui en avaient les capacités. Quelques secondes après, ils arrivèrent aux quartiers de Sirius. Les galaxies qui formaient le plafond captivèrent tout le monde, y compris Lexas qui ne s’en lassait pas. Cette fois-ci, ce n’était pas à son bureau qu’ils s’installèrent, mais plus loin dans la pièce, dans un confortable salon suffisamment grand pour accueillir tout le monde.

Sirius prit le fauteuil principal, tandis que la mystérieuse femme en noir se tenait debout derrière lui, appuyée sur le dossier. Sa longue robe noire mettait ses formes en valeur et le haut de celle-ci se noyait dans sa longue chevelure noire et raide. Ses yeux violets en disaient long sur sa confiance en elle, tout comme son décolleté et sa longue jambe nue. Lexas, ses trois concubines et sa concubine en chef s’installèrent sur deux douillets canapés. Une grande porte s’ouvrit derrière eux, noyée dans les étoiles, laissant s’échapper une puissante lumière et une brume parfumée. Helmi y voyait la porte vers le Paradis. Une femme fit son entrée, peu vêtue, les bras chargés d’un large plateau. La porte se referma derrière elle et Lexas reconnut rapidement Rose. Il faut dire qu’elle lui avait fait forte impression. Elle était aussi belle que la dernière fois, peut-être même plus… Lexas comprit rapidement pourquoi lorsqu’il vit les regards qu’elle adressait à ses concubines… Elle s’était lancée dans un tournoi… Toutes les concubines se redressèrent et vérifièrent qu’elles étaient à leurs avantages. Lexas pouffa. Il savait très bien que ses concubines ne faisaient pas ça par fierté, mais pour lui. Elles se devaient d’être les plus présentables possible pour honorer leur Celestial. Après tout, elles ne savaient rien de sa relation avec le maître des lieux. Aussi décida-t-il de briser la glace.

– Les filles, je vous dois quelques explications. Ce charmant jeune homme qui est notre hôte, le Maître des lieux et accessoirement, notre sauveur, se nomme Sirius. Il est comme un frère pour moi. Sirius, je te présente Aryna, Wanli, Tsomy et Helmi. Ce sont mes… Hum… Mes concubines…
– Tes… Tes concubines ? Sirius explosa de rire. Tes concubines ? Alors attends, attends, j’ai loupé un gros morceau de l’histoire là non ? Et toi qui me reproche de gérer l’Orchidée ! Monsieur a un harem ! Rien que ça !
– Oui en effet mais je euh… Lexas se pencha vers son ami. On peut en parler plus tard… Pour être honnête je suis assez pressé…
– Ah ah ah ah d’accord, d’accord. Qu’est-ce qui vous amène ici ? Rose se racla la gorge en donnant un léger coup à Sirius. Oh je… Oui pardon…Je vous présente euh… Mes concubines ? La jeune femme mystérieuse lui mit une tappe sur la tête. Ah ah ah oui oui… Voici Rose, et cette magnifique jeune femme derrière moi, se nomme Raven.

Helmi s’étouffa avec son thé, suivie par Aryna, qui mit un peu plus de temps à faire le lien. Sirius, surpris, se tourna vers les deux jeunes femmes, côte à côte. 

– Pardon ? Ai-je dit quelque chose de mal ?
– Raven ? Vous avez dit Raven ? Helmi se leva.
– Oui c’est… C’est son nom je… Un problème ?

Sans réellement se préoccuper des politesses, Helmi avança vers Raven et se mit devant elle pour lui parler directement.

– C’est vous Raven ?
– Effectivement… Mais je ne crois pas avoir le plaisir de vous connaître…
– Non pas moi, mais ma souveraine oui. La Haute Concubine de Maartkham !
– C’est donc ça… Je sentais bien l’odeur des sables blancs… Et la puissance qui coule dans tes veines. Raven désigna Aryna du doigt sans la regarder.
– Samantha ! continua Helmi. Où est-elle ! Vous la connaissez ? Vous l’avez-vu ?
– Samantha ? Un bien charmant prénom mais non, j’ai bien peur de ne pas la connaître. Je devrais ?
– La Haute Concubine m’a confié une mission de la plus haute importance ! Je devais vous ramener la petite Samantha ! Vous la confier. Vous et personne d’autre.
– Vraiment ? Et où est-elle ?
– C’est ce que je vous demande Madame.
– Vous m’accusez donc pour un échec de votre part… ? Ce n’est pas très poli…

Aryna se leva et par automatisme, Tsomy et Wanli firent de même. Raven tourna ses yeux noirs vers elles et leva simplement la main.

– Mesdemoiselles… Calmez-vous, voyons…

Immédiatement, toutes les concubines furent projetées et clouées dans le canapé. Non pas par volonté, mais par contrainte. La puissance qu’elles ressentaient sur leurs épaules était telle qu’elles ne pouvaient pas lutter. Lexas lui aussi fut comprimé par cette puissance, seule Helmi était épargnée. Raven continua.

– Je ne voulais pas me montrer impolie, j’énonce des faits. Vous dites que la Haute Concubine vous a confié la mission de me ramener cette petite fille. Petite fille qui n’est pas avec vous. Votre mission est donc un échec. Je ne vous blâme pas, je ne connais pas votre histoire, je constate, simplement.
– Oui je… Veuillez m’excuser…
– Ce n’est rien. Vous avez l’air de beaucoup tenir à cette petite fille, votre inquiétude est légitime.
– Oui… Nous avons été séparées lors de l’attaque et…
– Et elle va bien je vous l’assure. Je l’ai vue entrer dans la ville avec son énorme chien, par une trappe de contrebandier. La jolie petite blonde est dans la Capitale.
– Elle est en sûreté ?!
– Je ne dirai pas ça… Elle y est, c’est tout ce que je peux dire. Son chien est une matérialisation n’est-ce pas ?
– Comment savez-vous tout ça ?

Aryna défia Raven du regard. Elle arrivait lentement à se défaire de la puissante étreinte spirituelle de la jeune femme en noir. Mais en guise de paix, Raven leva celle-ci. Tsomy, contrairement aux autres, était toute contente.

– Alors c’est ça ce que ça fait ? C’est trop flippant, mais trop cool ! Je comprends maintenant Aryna ce que tu veux dire par “présence écrasante” quand tu parles de la gamine ! C’est impressionnant ! Pourquoi nous on ne peut pas le ressentir ? Et pourquoi là oui ? C’est trop cool !
– Les humains normaux ne peuvent pas ressentir l’énergie vitale passive, c’est-à-dire l’énergie vitale émanant naturellement d’un Gardien, expliqua Raven. En revanche, l’énergie vitale dite active, c’est-à-dire manipulée par un Gardien, est palpable par les humains… Cela explique notamment, princesse, pourquoi tu ne peux caresser le chien de la petite Samantha alors qu’il peut la toucher… Passif, contre actif… Elle regardait Aryna avec un petit air de défi intellectuel.
– Trop aimable. Mais laisse-moi t’apprendre quelque chose que tu ne sais sûrement pas… Cette petite Samantha comme tu dis, possède une énergie vitale passive, Aryna fit les guillemets avec ses doigts, bien plus imposante que la tienne…
– Et donc que la tienne n’est-ce pas ?
– Bien, bien les filles, les filles, calmez-vous. Lexas se leva. Raven, je suis enchanté de vous rencontrer. Je savais que Sirius s’entourait de belles femmes, mais vous êtes de loin… Il croisa le regard d’Aryna et de Rose… Aussi belle que les autres… Hum… Sirius ?
– Oui, peut-être vais-je pouvoir finir… Raven donc, qui est… Comment dire… Bien, prenons un exemple qui vous parlera. Mettons que l’Orchidée Bleue est votre belle cité de Maartkham. J’en suis son Roi, et Raven, sa Haute Concubine… Rose elle, est une Concubine en Chef. Et les filles que vous avez vu en venant, sont des concubines… Bien que leurs missions soient bien différentes des vôtres.
– Sirius tu… Tu connais Maartkham ? Et son organisation !?
– Lexas… Je te l’ai dit mon ami, je suis à la tête de la plus puissante organisation d’espions de la ville, voir du pays ! La base c’est de savoir ce genre de choses…
– Vous êtes donc des espions… ? Aryna ne lâchait pas Raven du regard.
– Et vous êtes des assassins… Raven soutenait le regard.
– Exactement… Ce qui fait de nous les plus dangereux…
– Oh vraiment… Tu devrais apprendre que parfois les mots sont plus puissants que les lames… La preuve… Vous ne savez ni où trouver votre amie, ni où trouver votre petite Samantha… Ce sont des mots qui vous l’apprendront, pas des lames…
– Comme si tu le savais toi !
– En effet, je le sais…
– Aryna, calme-toi s’il te plaît. Vous avez chacune vos forces, inutile de faire les enfants et de chercher qui a la plus grosse. Lexas finit sa phrase et un silence s’installa. Puissance ! Je parle de puissance !
– Lexas mon ami, arrêtons tout ceci, parlons sérieusement. Le fait que Raven soit plus puissante que les autres n’est pas important ici. Nous sommes dans le même camp.
– Ah parce que… Tu crois que ta Raven est plus puissante que… Lexas bomba le torse.

Helmi, qui s’était rassise, se releva dans un bond et cria un grand coup.

– Ok ok on a compris ! Vous êtes trop fortes, vous avez vos harems blablabla ! On peut revenir à l’essentiel s’il vous plaît ! Samantha ? Rikki ? Maartkham ?!
– Oui on… Tu as raison Helmi, pardon…

Lexas fit un sourire gêné et se dégonfla dans son fauteuil. Tout le monde redescendit et la conversation put reprendre, Sirius exposant les faits.

– J’ai eu vent de tes déboires avec le Grand Ordre le lendemain de l’enterrement Lexas. Une de mes filles t’a vu partir en Dracarosse.
– En parlant de ça… J’ai croisé une jeune Gardienne à ce moment-là…
– Elle est en sécurité, elle est venue ici sous tes conseils… Amochée, mais vivante. Ne t’en fais pas. Revenons à toi. Par la suite, plusieurs de mes Fleurs ont pu te voir dans les Terres Blanches. Tu as fait un sacré raffut là-bas…
– Oh euh… Oui disons qu’on a eu quelques… Imprévus…
– Tu m’en diras tant… J’en déduis donc, à voir toutes ces charmantes demoiselles, que tu es Celestial… Nous reviendrons en privé sur ce qui a bien pu faire d’un lâche comme toi un homme si important, Sirius lui fit un clin d’œil. Helmi, si ta mission était de confier cette petite fille à Raven, c’est qu’elle doit être très particulière.
– En effet Monsieur. J’ai passé de nombreux jours avec elle… Cette gamine est une perle rare, mais une perle dangereuse. Son pouvoir est immense.
– Je n’en doute pas. C’est la seule raison qui pousserait la Haute Concubine de Maartkham à faire appel à Raven…
– Comment ça ? Lexas était dubitatif.
– Tu te souviens ce jour-là ? Je t’ai dit que j’avais rencontré une Gardienne exceptionnelle, la voilà. Raven est connue comme la plus puissante des Gardiennes de notre génération…

Aryna grinça des dents, mais devant le regard strict de Lexas, ne fit rien. Le Gardien continua la discussion.

– C’est pour ça qu’elle voulait lui confier Sam ? Pour la guider ?
– Je suppose… Raven, qu’en dis-tu ?
– Pour être honnête, cela m’intrigue… Je connais bien la Haute Concubine, mais je ne comprends pas pourquoi elle fait appel à moi… Est-ce que cette gamine serait si extraordinaire ?
– C’est peu dire… Aryna prit la parole. Raven, chamailleries mis à part, je ressens très bien ta puissance et je l’admets, elle est bien supérieure à la mienne, il n’y a pas débat. Mais crois-moi, toi et moi réunies, on ne fait pas le poids face à Samantha. La puissance de cette gamine est inconcevable… J’ai même du mal à y croire. Si tu es bien la Gardienne la plus puissante de notre génération, je suppose effectivement que ma Mère voulait que tu la guides… Je vous le dis, à tous, une telle puissance doit être gérée… Elle est bien trop dangereuse. Si elle en perd le contrôle…
– Mais peut-on seulement la gérer ? Sirius s’interrogea.
– Oui. Helmi croisa les bras. J’ai passé des jours à l’observer, cette gamine est une altruiste née. Rien en elle n’est méchant, elle vit pour les autres. Il faut la retrouver, et l’aider à cultiver cette envie d’aider les autres. Sirius, Raven, comment peut-on la retrouver dans une Cité si immense ?
– Cette Cité est la nôtre chère Helmi, nous nous en occupons. Si ta mission était de la confier à Raven, alors considère qu’elle est accomplie. Nous la retrouverons je t’en fais la promesse.
– J’ai déjà mes petites idées… L’énergie appelle l’énergie, je connais quelques Gardiens en ville assez puissants, elle croisera leur route. Quand ça sera le cas, ils m’avertiront et je la prendrai sous mon aile. Je vous le promets moi aussi, je ferai d’elle une Gardienne d’exception, une alliée.
– Si je peux me permettre… Lexas leva la main. Vous devriez commencer à chercher dans le quartier des Sabbats… Je mettrai ma main au feu qu’elle va y rencontrer quelqu’un là-bas…
– Vraiment ? Soit… Nous suivrons cette piste. Autre chose, qui cette fois-ci, ne dépend plus de nous. Vous n’êtes pas sans savoir que le Suprême a planifié une attaque sur votre Maartkham… Je suppose que c’est la raison de votre présence non ?
– En partie oui…
– Bien, laisse-moi te dire une chose Lexas… 
– Oui ?
– N’y retournez pas.
– Pardon ?! Tous les Maartkahniens sursautèrent.
– Vous m’avez entendu. Le Suprême s’y rend en personne… Les forces à ses côtés seront donc… De taille…
– On ne peut pas laisser Maartkham Sirius ! Je ne peux pas t’expliquer mais… C’est comme ça… 
– J’aimerais quand même que tu essaies… Mais avant cela, vous cherchez une amie ?
– Effectivement elle euh… En fait je ne la connais pas… Aryna ?
– Rikki. Une jeune femme d’origine asiatique, comme Wanli. Petite, les cheveux raides et longs, souvent coiffés n’importe comment, avec des lunettes rondes. Une étrangère très timide qui devrait malgré ça paraître très à l’aise ici.
– Comment ça ? Sirius s’étonna.
– C’est notre experte en technologie…
– En technologie ?! Sirius s’étonna encore plus. À Maartkham ? En voilà une chose ! 
– Oui… Elle a été envoyée ici pour une mission dont nous ne connaissons rien… Aryna pesta contre sa mère intérieurement. Mais nous devons la ramener au plus vite… Vous auriez une idée d’où la trouver ?
– Hum… Laisse-moi réfléchir…
– La course des Éventreurs peut-être ? Rose répondit à la place de Sirius.
– La quoi ? Lexas fut étonné de ne pas connaître ce nom.
– C’est une course que la pègre organise dans le quartier des Quantics.
– Et en quoi ça consiste ?
– Bien des choses… L’évènement principal est une course de véhicules. Sa seule règle, c’est de concourir avec un véhicule réalisé entièrement de sa propre initiative… Mais il y a aussi des rencontres entre bricoleurs, des démonstrations et d’autres choses… Pas très légales vous vous en doutez…
– Et je suppose qu’il y a de la vente d’Âme Blanche ? Lexas s’interrogea.
– Bien-sûr.
– Alors je pense savoir pourquoi Rikki est là-bas ? Aryna ?
– Oui sans doute… Mais quand même elle n’aurait pas… Hum… Aryna s’enfonça dans le canapé.
– Bien, et c’est quand cette course Rose ?
– Oh… A vrai dire Lexas, c’est en ce moment même…
– Quoi !
– Lexas, nous devons y aller ! C’est notre chance la plus rapide de trouver Rikki ! Sans compter que si elle a des ennuis… Aryna se leva encore.
– Eh bien ? Quoi ?
– Ohhhh il faudrait que tu la voies pour comprendre… Nous devons y aller !
– Rose, veux-tu bien t’en charger s’il te plaît ?
– Bien-sûr Sirius, je m’en occupe. Rose s’avança. Suivez-moi, nous allons vous donner des affaires de la Capitale, vous serez moins voyants. Ensuite je vous guiderai à la Course. Venez.

Tout le monde s’empressa de suivre la Fleur, sauf Aryna, qui se mit juste à côté de Raven pour lui murmurer quelques mots à l’oreille.

– J’espère pour toi que tu seras à la hauteur… Ne nous fait pas regretter la confiance que l’on t’accorde…
– Je le serais, et je suis honorée de votre confiance. J’en prendrai grand soin.

Raven et Aryna se jaugèrent du regard, puis se sourirent timidement. La Concubine en Chef rejoignit les autres dans l’ascenseur et se laissa guider par Rose.

Quelques minutes seulement après leur entretien, ils étaient tous dans les rues animées de la Capitale. Lexas était partagé entre le bonheur et la peur. Il était ravi de revenir dans sa ville, mais il n’oubliait pas qu’il y était activement recherché. Rose avançait à toute vitesse et s’enfonça dans une sombre ruelle du Quartier des Quantics. Là, elle approcha un drôle de personnage. L’homme était recouvert de crasse et rigolait à haute voix, harassant le peu de passants qui passaient à son niveau. Rose lui jeta une pièce.

– Dis-donc, pour une ruelle sans nuage, il y pleut des rires mon brave !
– Ah ça ma p’tite dame, il faut pas plus de trois sous pour que quatre comme moi puissent s’offrir deux pintes de rires et trois onces de joie !
– Parfait, que la bonne humeur vous accompagne !
– À vous aussi !

Lexas regarda Aryna, qui arborait le même regard interrogateur que lui. Sans un mot, ils continuèrent de suivre la Fleur jusqu’à une petite porte, discrète, perdue dans un coin sombre derrière un grillage. Les systèmes de sécurité qui la protégeaient étaient plus imposants qu’elle. Rose entra un code à quatre chiffres sur un étrange boîtier. Le son qu’il fit donna des sueurs froides à Wanli. Enfin, la petite porte s’ouvrit. Pas très discret pour la pègre s’étonna Lexas. Le Grand Ordre pourrait aisément trouver cet endroit…

– Vous avez deviné le code ? Ah ah ah. Voilà, c’est l’une des portes qui mènent au sous-sol. Descendez les escaliers et vous y serez. Faites très attention une fois là-dedans…
– C’est un lieu de la Pègre non ? Ça devrait aller !
– Oh bien-sûr. Ce n’est pas comme s’ils étaient prêts à trahir l’un d’entre eux, totalement inconnu de leur cercle, pour une somme astronomique. Et puis un beau blond entouré d’un tas de jeunes femmes, ça court les rues… Oui vous avez raison… Vous ne risquez rien…

Aryna lança un regard noir à Rose et prit les devants. Les autres filles la suivirent et Lexas ferma la marche, refermant la porte derrière eux, les condamnant à s’enfoncer dans les entrailles de la terre. Lexas n’était pas rassuré, il trouvait l’accès bien trop facile… Un clochard et une porte sécurisée… ? Il y avait quelque chose d’anormal… Mais il devait continuer. Plus ils avançaient, plus la puissance des cris et des rires devenait insolente. Des insultes, des hurlements de joie… Puis des bruits sourds et puissants de moteurs. Le couloir sombre laissa place à une éblouissante danse de lumières, tantôt blanches, tantôt jaunes, tantôt rouges… Lexas continua d’avancer en mettant sa main devant les yeux. Le bruit devenait insupportable. Helmi et Tsomy se bouchèrent les oreilles, Aryna plissa les yeux de douleur et Wanli utilisa ses bandages comme protection d’oreille. Les yeux de Lexas s’habituèrent à la puissance de la lumière mais furent éblouis de nouveau. L’endroit était gigantesque ! Comment un tel endroit pouvait se trouver sous terre et surtout, comment pouvait-il être secret ? Au centre de ce gigantesque stade olympique se trouvait un circuit, où une course endiablée avait déjà commencé. La route était sinueuse, remplie d’obstacles et à peine étaient-ils arrivés qu’ils avaient déjà vu deux spectaculaires accidents. Devant eux, des malfrats criaient avec des billets entre les mains, d’autres se battaient, d’autres pleuraient la défaite de leur champion… C’était une véritable anarchie. Histoire que le lieu soit encore plus bruyant, de puissantes enceintes diffusaient une musique violente, sur laquelle hurlaient des commentateurs.

 “ Ohhhhhh la la mais regardez-ça ! Il lui a roulé dessus à toute vitesse ! Le numéro 5 a littéralement écrasé le numéro 14 ! Un meurtre de sang froid ! Merveilleux ! Quel bonheur ! La course arrive à son apogée, il ne reste plus que quatre concurrents : notre grand champion, imbattable depuis sept courses, le numéro 1, ainsi que les numéros 3, 8 et le dernier arrivé, le 77 ! Quel spectacle incroyable les amis, quel spectacle ! Houuuuuuuu ! Le concurrent numéro 8 vient de se faire éjecter de la piste ! Est-il mort ? … … Non ! Non il sort de son véhicule ! Ahhhh oui j’entends votre déception les amis, mais il faut bien que nous gardions des coureurs pour la prochaine course ! Ah ah ah ah ah ah ! ”

Lexas se boucha les oreilles à son tour. Aryna s’approcha de lui et essaya de l’emmener le plus loin possible du bruit, comme si cela était possible… Toutes les autres filles suivirent. Elle hurla à son Celestial.

– On doit se dépêcher ! Ce bruit va me rendre dingue !
– Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?
– On… On doit trouver Rikki !
– Je sais bien mais comment ?!
– Le gars qui parle dans le truc bruyant là, il a dit qu’il y avait un “dernier arrivé” ! 
– Tu penses que Rikki bosse pour lui sous couverture ?
– Quoi ? Tu as froid ?
– Non, Rikki bosse sous couverture ?
– Faire de Rikki une couverture ? Je comprends rien !
– Ahhhhhhh !

Lexas fit signe à Aryna qu’il avait compris l’essentiel. Il balaya l’immense hall du regard et aperçut haut dans les tribunes un attroupement qui hurlait des injures en direction d’une cabine protégée par des colosses armés jusqu’aux dents. Il n’y connaissait pas grand-chose, mais il se douta que cet endroit devait être le bureau des pleurs… Et de fait, un lieu de renseignements. Il attrapa chacune de ses concubines et leur fit signe de se tenir l’une à l’autre, pour ne pas se perdre dans cette foule dense et immense. Lentement, il se fraya un chemin vers le haut des tribunes. Mais plus il avançait, plus il sentait son estomac se nouer… Rose avait raison, ils étaient bien trop voyants… À tout moment, l’une des personnes présentes dans cette immense foule pouvait lui sauter à la gorge et empocher la prime… Les filles sont réactives, mais pas à ce point… Il redoubla de vigilance… Chaque mouvement le mettait en sueur… Il se mit à transpirer, à serrer les poings.

Sans surprise, ce fut Helmi qui s’aperçut la première du malaise de son Celestial. Elle accéléra le pas et attrapa ses amies au passage. Soudain, Lexas fut entouré par ses quatre concubines. Elles s’étaient érigées en rempart… Impossible que quelqu’un puisse le toucher sans se heurter en premier lieu à l’une de ses concubines… Lexas se sentit soulagé mais eut également un sentiment de fierté inouï. Il n’avait plus honte d’être protégé, non, il avait désormais une confiance aveugle en ses filles. Elles faisaient partie de lui. Le groupe avança et parvint à la tribune.

Les gens qui s’attroupaient devant n’étaient visiblement pas contents des résultats… Il ne restait plus que trois pilotes en lice, et il semblait qu’ils n’étaient pas ceux sur lesquels ils avaient parié… Lexas parvint à voir la fameuse cabine et surtout, ce que l’un des gros écriteaux affichait : “Pour tous renseignements, plaintes ou testaments, revenez après la course, rien à foutre que vous soyez pas contents.”. Charmant accueil… Lexas aperçut un peu plus loin un autre écriteau avec écrit dessus “Zone de tranquillité”. Il afficha un large sourire, regarda ses concubines et le pointa du doigt. Ils s’y dirigèrent en vitesse et eurent un soupir de soulagement après avoir poussé la grande porte. Elle était tellement épaisse que le silence régnait presque dans la salle. En revanche, le spectacle qui s’offrait à eux les horrifia. Des dizaines et des dizaines de personnes jonchaient le sol, branchées à des flacons d’Âme Blanche. Les filles serrèrent les dents et Helmi était à deux doigts de débrancher les perfusions de ces pauvres bougres. Mais elle savait que cela pourrait gravement endommager leur cerveau, et n’en fit rien. La salle semblait en réalité être un endroit dédié à se droguer… Le groupe fut attristé de voir qu’il trouvait de tout : des jeunes, des vieux, des riches, des pauvres, des hommes, des femmes, des enfants… Tous à la recherche de cette illusion d’une vie meilleure. Un peu à l’écart, derrière un rideau, se trouvait une petite salle avec un écran géant, presque plus grand que la salle elle-même. Wanli entra mais recula aussitôt.

– Qu’est-ce !!!!? Malédiction ! Ils emprisonnent les pilotes dans cette boîte ?
– Non, non, ne t’en fais pas Wanli. C’est un écran de projection. Cela affiche la course en temps réel. 
– En temps réel, la course, c’est… C’est intéressant…
– C’est ça. Tu verras, la technologie apporte des choses intéressantes parfois.
– Hum… Fort bien je… Voyons…
– Aryna, que fait-on d’après toi ? Lexas s’installa sur un fauteuil en esquivant les tâches douteuses. On cherche encore ou on attend que la course se termine ?
– Tu penses que l’endroit où nous étions nous aidera ?
– Je pense oui, ils devraient nous dire où trouver le pilote et donc, Rikki.
– Alors oui attendons… Toutes les filles eurent l’air soulagées. D’accord oui, je n’ai pas envie non plus de retourner dans ce brouhaha immonde !

Le groupe, obligé de faire une pause, se prit donc dans le jeu de la course, en espérant que ses suppositions étaient les bonnes. Le duel final opposait le champion de l’arène, le numéro 1, et le dernier pilote arrivé, celui avec qui Rikki travaillait sans doute, le numéro 77. Les pilotes semblaient l’avoir décidé, ce tour serait le dernier. Lors d’un coude à coude serré, le pilote 1 fit une manœuvre impressionnante et dangereuse, qui fit littéralement voler la voiture du 77 et lui fit faire d’impressionnants tonneaux. Après quelques secondes immobile, le véhicule redémarra cependant. À la surprise générale, le pilote 77 fit demi-tour et prit la piste à contre sens. Il se dirigea vers l’endroit du circuit où se situaient deux énormes bosses, l’une juste après l’autre. Là, en leur centre, il se mit à faire tourner son véhicule sur place, faisant s’élever dans les airs un immense nuage de poussière. Après de longues secondes, il arrêta et alla se placer plus loin sur le circuit, face à l’une des bosses, toujours en contre sens. Le moteur de celui-ci, d’où le public pouvait voir l’énergie vitale, se mit à briller de plus en plus. Il attendit quelques secondes avant de faire crier ses pneus et démarra en trombe. De son côté, le numéro 1, trop pris dans la course, n’avait pas remarqué que son concurrent avait fait demi-tour. Il se retrouva devant cet épais nuage de fumée, surpris mais pas déstabilisé : il connaissait par cœur le circuit et savait où se trouvaient les bosses. Il prit de l’élan et négocia à toute vitesse la première. Son adversaire avait perdu, il n’allait pas pouvoir lui faire avoir un accident si facilement ! Du moins c’est ce qu’il pensait… Alors que ses pneus avaient quitté le sol, il se retrouva nez à nez, dans les airs, avec le véhicule du numéro 77. Une immense explosion résonna dans l’arène, et des flammes jaillirent de la collision, au plus grand plaisir de Tsomy qui ne put s’empêcher de lancer un petit “Wouhou !” devant la scène. Finalement, le pilote 77 sortit indemne des flammes, sous les huées du public. Le champion quant à lui, sortit de son véhicule, en feu, et se lança sur le sol. Il abandonna. L’arène avait un nouveau champion. Celui-ci nargua le lieu dans de puissants rugissements de moteur, puis quitta le circuit par l’immense porte du parking. Les hurlements et les sifflements laissèrent place à un brouhaha ambiant bien plus supportable. Sans les cris des spectateurs et des moteurs, la suite allait être plus tranquille.

Essayant d’ignorer au maximum les gens éparpillés au sol, Lexas et ses concubines se rendirent au fameux lieu des réclamations. Là, Lexas arriva tant bien que mal à attirer l’attention d’une femme aigrie, qui vint le voir, voyant là l’opportunité de faire une pause entre les clients hystériques qui la menaçaient de mort.

– On fait pas les remboursements, fallait pas parier sur un perdant, c’est tout.
– Fort bien, cependant je ne suis pas là pour ça. J’aimerais juste savoir, s’il vous plait, si vous aviez l’amabilité…
– M’en fou moi des gens polis !
– … Si vous aviez l’amabilité de me dire où je pouvais trouver le pilote 77 ?
– Ah ! Le pilote qui dit ! Vous êtes nouveau vous non ? L’identité des pilotes est confidentielle, vous le verrez pas…
– Attendez je…

Soudain, Lexas sentit un poids énorme sur ses épaules. Il tourna la tête, Samantha était-elle ici ? Non, c’était différent… Tout aussi puissant mais différent. Peut-être même… Plus puissant ? Par réflexe, il tâta ses poches. Surprise ! Il y découvrit une grosse liasse de billets ! D’où pouvait-elle provenir ?! Il regarda autour de lui, mais personne, à part ses concubines, ne le regardait. Il décida de profiter de la situation tout de même… Il tendit la grosse liasse de billets à la femme.

– Je suis sûr qu’on peut s’arranger autrement… C’est pas une info si confidentielle si ? Et puis ce n’est pas le pilote qui nous intéresse, mais celle qui lui fait son véhicule. Allons, vous qui êtes si charmante et qui faites un travail si pénible… Un petit extra…
– Ah… Ba voila y s’adapte le bonhomme. Franchement pouvez lui faire ce que vous voulez au pilote, m’en tamponne. Mais vous fatiguez pas, vous êtes pas mon genre, trop jeune ! Là, le paddock K47, il est là votre bonhomme. Mais vous m’avez pas vu, c’est pas moi qui ait dit ça ok ?
– Bien-sûr, entre gens du métier on se comprend.

Lexas fit un grand sourire, qui ne fût pas réciproque… Il se vexa un peu et pesta contre lui-même de lui avoir donné toute la liasse ! Mais il n’y avait pas de temps à perdre et c’était la seule façon d’accélérer les choses. Ils se dirigèrent vers les sous-sols, en se guidant tant bien que mal à l’aide des tags indicatifs, et parvinrent finalement à trouver le fameux K47. Lexas s’apprêta à taper à la porte, mais celle-ci s’ouvrit avant même qu’il ne puisse la toucher. Aryna et lui sentirent une nouvelle fois une pression sur leurs épaules, mais loin de la puissance de Samantha. Elle était plus proche de celle de Raven, ce qui n’en restait pas moins impressionnant. Derrière la porte, une petite fille, visiblement de l’âge de Samantha, les cheveux rouges ébouriffés, une banane à la main et une grosse bouchée dans la bouche s’adressa à eux. Elle portait une salopette en jean bien trop grande pour elle, sur un T-Shirt blanc tâché ici et là par de la graisse et des fluides mécanique. Ses chaussures elles aussi semblaient trop grandes.

– Che te l’avait chit. Ché tes amis. Y chont bruyants ! Entrez.

La petite fille laissa la porte ouverte et grimpa sur une chaise bien trop grande pour elle. Là, elle attrapa un tournevis, fourra le reste de sa banane dans la bouche et bricola un petit moteur. Le groupe s’avança et Helmi courrut dans les bras d’une jeune femme rondelette. Elle était bien en chair, avec des courbes généreuses, des cheveux bruns coiffés en de petites couettes, des grosses lunettes et surtout, un regard extrêmement timide.

– Rikki ! Ça me fait tellement plaisir de te voir !
– Bon… Bonjour Helmi…
– Ahhhh ! Alors raconte ! Qu’est-ce que tu as fait de beau depuis la dernière fois.
– Hou je… Eh bien je… Tu sais des petites choses, rien de bien important je…

Ce fut au tour d’Aryna de se présenter devant Rikki. Elle l’examina comme une tutrice, ce qui fit se raidir sur place la jeune femme aux lunettes, qui se mit au garde à vous. Enfin, Aryna la prit dans ses bras et eut un soupir de soulagement. Rikki quant à elle, passa de son air apeuré à un air apaisé. Elle ferma les yeux et sourit en silence, elle savourait son câlin. Aryna se redressa et la regarda dans les yeux.

– Pitié Rikki ! Dis-moi que ta mission c’est pas cette gamine !
– Kali ? Oh non, non pas du tout mademoiselle Aryna non. 
– Ohhhh merveilleux… J’en ai ras le bol des gamines dopées à l’énergie vitale !
– Moi je connais pas Samantha Madame. Je sais pas qui c’est.
– Qu’est-ce que…

Aryna se retourna vers la petite Kali, mais celle-ci n’avait même pas levé les yeux… Pourquoi cette gamine parlait-elle de Samantha si elle ne la connaissait pas ? Lexas racla sa gorge et s’avança. La Gardienne sursauta légèrement, honteuse de manquer à son devoir.

– Oh oui pardon je… Rikki, voici Lexas, notre Celestial. Nous venons te chercher, il ne manque plus que toi.
– Mon… Mon… Mon… Houuuu ! Rikki s’inclina bien trop excessivement devant Lexas.
– Oh non, non s’il te plaît non… Pas de ça avec moi j’aime pas trop je… Redresse-toi. Enchanté de faire ta connaissance Rikki. 
– Moi de même Monsieur, c’est un grand honneur !
– Tsomy s’avança d’un air coquin. Salut Rikki ! Bon, il ne te reste plus qu’à te déshabiller pour Lexas, comme on l’a toutes fait, et on peut parler ! Allez !
– Houuuuu vraiment je… D’accord je… Si tu le dis…

Dans une confiance aveugle, Rikki commença à déboutonner sa combinaison qui dévoila un superbe décolleté, mais elle fut immédiatement arrêtée par Lexas.

– Héééé ! Non, non, Rikki stop ! Tsomy !
– Ah ah ah ah ! Ma pauvre Rikki, toujours aussi innocente !
– Oh c’était… C’était une blague… Ah ah je… Rikki était rouge vif. Très drôle Tsomy ! Je vois que tu es toujours aussi farceuse je… Quelle bécasse je suis…

Lexas lui aussi avait viré au rouge, surtout lorsque Aryna le regarda d’un air froid, ayant très bien remarqué que le Celestial avait dû déployer un effort surhumain pour ne pas laisser Rikki ouvrir un peu plus sa combinaison… Afin de détendre l’ambiance, Lexas parla du véhicule.

– C’est toi qui a fabriqué ça Rikki ? On m’a dit que tu étais une prodige !
– Oh je… Non, c’est trop d’honneur. Non, non disons que je… Je bricole…
– C’est impressionnant ! Et comment ça marche alors cet engin ?
– Oh eh bien… Vous voyez ici il y a…

Rikki se perdit dans une riche explication. Au début, Aryna ne put s’empêcher de croire à une blague. Avec un timing si serré, avaient-ils besoin de se lancer dans une telle discussion ! Finalement, elle décida de les interrompre, mais fut stoppée par Helmi.

– Ne fait pas ça Aryna…
– Mais Helmi ! On a pas le temps !
– Je le sais mais regarde Rikki… Elle parle librement avec lui, c’est tellement rare… Laisse-là un peu prendre confiance, tu veux bien ? Laisse-lui un peu de temps pour s’habituer à Lexas et à sa nouvelle situation…
– Oui, oui bon… Tu as sans doute raison… C’est difficile pour elle… Mais Maartkham…
– Je sais, je sais…
– Hum… Aryna fit la moue… Puis je vois pas ce qu’il y a de si intéressant dans ces machins là… C’est de la ferraille qui marche avec de l’énergie vitale… C’est plus impressionnant des humains qui marchent à l’énergie vitale non ?
– Tu ne te lancerais pas des fleurs là ?
– Non ! Mais regarde ces trucs ! Aucune intelligence, rien !
– Hun hun… Tu n’aurais pas plutôt les glandes de rien comprendre à son fonctionnement ?
– Moi ? Mais pas du tout ! Regarde ! Là… Et ba c’est un… Moteur… A… Qui… Explose et… Ça fait tourner… Ces trucs-là les roues… Qui après euh…
– Non, ne dites pas le reste Madame… 
– Pardon ?! Aryna se retourna vers Kali, qui était venu à sa rencontre.
– Ne le dites pas, c’est une bêtise. Et Rikki m’a dit de ne jamais dire de bêtise. Mais ce n’est pas grave. Et puis, il est pas si bête ce prototype. Vous voyez là, c’est un ordinateur de bord. Lorsqu’il est conduit, le prototype enregistre chaque commande, chaque manœuvre, et grâce à ce que l’ancienne civilisation appelait le deep learning, il apprend à aider le conducteur dans sa conduite. Et puis ici, le moteur ne tourne pas avec des explosions, encore moins celles que vous vous imaginez, il n’y a pas de grosses bombes comme celles de mademoiselle Tsomy. Ici c’est un circuit fermé d’énergie vitale qui donne une puissance inépuisable au prototype.  Et non je vous remercie, je ne souhaite pas être frappée.

Aussi rapidement qu’elle était venue, Kali repartit, après avoir dévissé un petit élément sur le véhicule. Elle le brancha sur un ordinateur, et tapa frénétiquement sur son clavier en balançant les jambes. Aryna bavait presque de colère.

– Ah ah ah ah ah Aryna la tronche que tu tires !
– J’en ai ras le bol Helmi ! Ras le bol ! Ces temps-ci je me fais bien trop ridiculiser par des gamines ! Et puis elle a aucun filtre celle-ci ! Et comment elle fait pour deviner ce que je pense hein ? 
– Elle a sept ans ! Ils n’ont pas encore tous les filtres ! Ah ah ah.
– Sam les avait elle !
– Oh oui, oui c’est vrai. M’enfin évitons de comparer Samantha à des petites filles normales hein…
– Celle-là n’est pas normale non plus Helmi ! D’où elles sortent ces gamines ? Quoi ? Y avait des vagins magiques il y a sept ans ? Une prophétie des pondeuses ?
– Ah ah ah ah, pas que je sache. Mais si ça peut te rassurer, j’ai vu du pays et j’en ai croisé que deux dans ma vie des gamines comme ça, c’est un hasard rien de plus. Calme-toi. T’as l’air de tellement aimer les enfants… Ah ah ah ah.
– Non c‘est… C’est… C’est petit et vicieux et… Et puis ces deux là elles sont…
– Plus puissantes que toi ?
– Tais-toi où je…

Helmi explosa de rire tandis que Rikki et Lexas revinrent de leur discussion. Le Celestial sautillait sur place, comme un gamin, il adorait les véhicules comme celui-ci.

– Hey Rikki ! Le pilote qui conduit ça, il doit être impressionnant non ? Il est où ? Dans les gradins ? Quelle audace ! Défier la foule ! Et cette manœuvre !
– Euh…
– Vas-y dis-moi, je veux juste lui serrer la main ! Enfin non pas ça… C’est une façon de parler parce que… Enfin bref, il est où ?

Lorsqu’il regarda Rikki, Lexas se décomposa. Il regarda sa nouvelle concubine, puis les filles, puis Kali, puis de nouveau Rikki. Celle-ci leva timidement sa petite main.

– C’est… C’est moi qui conduis ce véhicule Monsieur… Désolée…
– Dé… Euh… Hum… Désolée ? Mais pourquoi tu hum…
– Je vois bien que vous êtes déçu…
– Oh ! Non non non non non ! Pardon non ! Je suis juste euh… Comment dire… Tu es… Enfin tu sembles tellement timide et sur la piste le pilote… Enfin toi… Avait l’air si… Différent…
– Ah ah ah ah ! Tsomy s’avança. Lexas, vous allez devoir vous y faire, il y a deux Rikki ! La Rikki que vous voyez ici, et celle qui a un volant entre les mains ! Ce n’est pas la même personne ! Elle se pencha sur Rikki. D’ailleurs… Y’a que quand t’as un volant entre les mains que tu te lâches ou… D’autres choses aussi ?
– Ho houuuuu ! Houuuuu ! Tsomy je… Houuuuu ! Ne dis pas ça… Riki pâlit.
– Ah ah ah ah ah ! Je te taquine copine !
– Et ? Aryna semblait d’humeur écrasante. On peut revenir aux sujets importants ? Rikki, pourquoi es-tu là ?
– Parce que… C’est vraiment toi qui… Lexas imita le volant avec ses mains, il n’en revenait toujours pas…
– Oui je m’excuse Mademoiselle Aryna. La Haute Concubine m’a envoyé ici afin d’infiltrer la branche principale du trafic de l’Âme Blanche. Comme elle se trouve ici, à la Capitale, mon objectif était de me faire remarquer pour pouvoir être recrutée… Huuuuuun. Rikki prit une puissante inspiration.
– Rikki je… Aryna se calma un peu. Tu peux respirer entre deux mots tu sais ? Je suis pas non plus pressée à ce point… Pardonne-moi… Bon…
– Toi ? En mission d’infiltration ! Mais elle a perdu la tête ! Tsomy n’en revenait pas.
– Je sais bien Tsomy, moi aussi je lui ai dit que je n’étais pas la mieux placée pour cela mais… Mais vous étiez déjà toutes parties et… En réalité il n’y avait qu’une façon d’infiltrer l’organisation… La course. Ils l’organisent. Officiellement, elle sert à divertir et à faire de l’argent sale, du blanchiment. Mais en réalité, ils se servent de celle-ci pour recruter leurs pilotes… Plus ils sont doués, plus ils sont payés cher…
– Pour faire les distributions ?
– Exactement… Alors votre Mère m’a envoyé ici afin de gagner la course et de me faire recruter… Mais… J’ai si peur Mademoiselle Aryna !

Rikki était au bord des larmes. Elle qui était la plus timide, celle qui avait le moins confiance en elle et surtout, qui était techniquement la plus faible de toutes, devait se coltiner l’une des missions les plus dangereuses ! Aryna pesta une nouvelle fois contre sa mère !

– Elle est inconsciente ! Je vais lui en toucher deux mots ! Et cette gamine ?
– Oh Kali… Je l’ai rencontrée en ville dans une décharge lorsque je cherchais des pièces détachées. Il se trouve que c’est une petite prodige ! Elle m’a beaucoup aidée.
– Tu as donc entraîné une gamine, qui plus est une gamine avec des capacités, dans ta mission… ? Rikki…
– Je suis désolé ! Rikki s’inclina de nouveau devant Aryna.
– Ohhhh… Aryna prit son visage dans ses mains. C’est pas grave, on la confiera à…
– Pas besoin Madame Aryna, je peux me débrouiller toute seule. Je n’ai pas besoin de l’aide de Raven. M’amzelle Rikki m’a toujours dit qu’elle n’était pas là longtemps. J’ai juste apprécié sa compagnie, même si elle parle beaucoup dans sa tête. J’ai une maison vous savez ?
– Tu… Comment est-ce que… Ahhh j’abandonne… J’ai pas le temps pour ces conneries. J’ai même pas envie de me fâcher pour le “madame” tu vois…Bon Rikki, c’est quoi la suite ? Parce qu’on doit se dépêcher de rentrer !
– Oui Mademoiselle, j’ai eu vent de ce qui se trame… Les ragots vont vite dans la Capitale. Si les informations de la Haute Concubine sont vraies, quelqu’un devrait venir chercher le pilote juste après la course…

Quelqu’un toqua à la porte juste à ce moment. Les filles étaient prêtes à dégainer, lorsque Lexas leva le bras et parla à voix basse.

– Rikki. Les pilotes sont anonymes non ? Ils ne connaissent pas encore ton visage ?
– Non Monsieur… Nous avons tout fait par ordinateur.
– Par ordinateur ? Comment ça ? Wanli était soudain intéressée.
– Oui. Nous nous envoyons des messages… Euh… Des lettres, mais par ordinateur.
– Ils peuvent faire ça ?! 
– Oui, et en quelques secondes, quelqu’un à l’autre bout de la ville reçoit ce message…
– Oh c’est… Oui enfin bon… D’accord… Mais ce n’est pas si… Hun… Wanli eut du mal à accepter qu’elle trouvait un côté intéressant à la technologie.
– Qu’est-ce que tu as en tête Lexas ? Aryna s’avança vers lui.
– Eh bien, tout comme moi, je suppose qu’ils s’attendent à voir un homme… Si Rikki a si peur d’y aller, et qu’ils ne connaissent pas son visage… Rien n’empêche quelqu’un d’autre d’y aller si ?
– Et tu penses à toi bien-sûr…
– Bien-sûr ! 
– Tu es recherché Lexas !
– Et alors ? Tout le monde est recherché ici ! Je parle au leader, je glane les informations, et on rentre fissa à Maartkham ! On les plante en plein milieu, on s’en fiche !
– Hum… Je ne suis pas convaincue Lexas…
– Mais on a plus de temps à perdre, tu l’as dis toi-même. On tapa de nouveau à la porte.
– Non, ce n’est pas une bonne idée. Je devrais y aller plutôt…
– On a pas le temps Aryna ! J’y vais !
– Lexas non ! On ne peut pas te suivre, sinon on va tout faire foirer et…
– Je suis grand, je peux me débrouiller tout seul !

Lexas ignora les suppliques d’Aryna et alla ouvrir la porte. Les concubines se jetèrent au sol pour se cacher. Deux grands gabarits lui firent face et lui demandèrent s’il était le 77. Il acquiesça et fut invité à les suivre. Il fit un clin d’œil discret aux filles et la porte se referma derrière lui. Le groupe ne dit rien, il régnait un silence pesant… Soudain, la petite Kali vint le briser.

– Oui vous avez toutes raison, il fait une bêtise…

Helmi rigola, mais les autres filles ne semblaient pas aussi détendues…

Lexas monta de nouveau plusieurs étages, afin d’arriver dans un gigantesque bureau ovale vitré. De celui-ci, il pouvait avoir une vue panoramique sur absolument tout le stade. Il profita rapidement de la vue, jusqu’à ce qu’un homme vint à sa rencontre. Il était petit, maigrichon, avec un œil borgne et une longue barbe rousse. Il alluma un large cigare et s’installa dans un canapé, en regardant à peine Lexas. Il tira un coup, puis rejeta la fumée au-dessus de lui.

– Alors comme ça c’est toi le 77 ? Sacrée course mon gars.
– Merci bien, mais ce n’était pas grand chose.
– Je t’ai jamais vu ici… Qu’est-ce qui t’amène ?
– Disons que j’ai récemment eu quelques petits… Soucis avec l’autorité… Je me suis dit qu’il était temps pour moi de… Changer de… Secteur… Si vous voyez ce que je veux dire.
– Tu m’en diras tant… Et tu veux donc qu’on te recrute, c’est ça ? C’est ce que tu as dit dans le mail ? Je suis BersekF4ck, celui avec qui tu as parlé.
– Vous êtes donc le grand cerveau…
– Cerveau ? Ah ah ah oh non, je suis loin de lui. Moi je suis juste… Un intermédiaire…
– Ah vraiment ? Eh bien s’il faut faire mes preuves devant vous je les ferai. Mais qui est votre grand cerveau alors ? Ça m’intéresse !
– Oh le cerveau ?
– Oui, celui qui organise le trafic de l’Âme Blanche, la pègre tout ça ! Je lui voue une véritable admiration !
– Si tu veux entrer dans ce métier, tu apprendras que la curiosité n’est pas quelque chose que nous apprécions.
– Je m’en doute mais tout de même ! Un tel génie ! Organiser tout ça et rester anonyme ! Nous devrions plutôt tous le suivre !
– En voilà de belles paroles… Écoute, ça tombe bien ! Je vais t’avouer quelque chose. Je t’aime bien, tu ne ressembles pas aux autres recrues. Et puis, ça va être facile de me servir de toi tu vois ? Rapide et efficace. Ah ah ah.
– Ah vraiment ?
– Oui, oui, tu vas me rapporter un bon paquet d’oseille ! Et même une promotion !
– Vous avez été si impressionné par ma course ? Je suis flatté. Mais oui, grâce à mes livraisons, votre business va être florissant !
– Oui, oui, j’en suis sûr. Mais pour ça j’ai pas besoin de toi…

Sans voir venir quoi que ce soit, Lexas sentit une terrible douleur dans son épaule gauche. Il l’attrapa et sentit quelque chose planter dans celle-ci. Il tourna la tête et vit une énorme seringue, vide… Sa tête se mit à tourner et ses jambes faiblirent.

– Faut pas être bien malin pour venir se jeter dans la gueule du loup quand même… Tu aurais au moins pu te teindre les cheveux, blondinet… Et puis tu sais, les belles femmes sont rares ici… Surtout celles avec la peau mate… Quel amateur… Assassin en carton… Je vais te dire tiens ! Je te fais l’immense honneur de te permettre de rencontrer le cerveau ! Il a hâte de te rencontrer… Enfin, si tu n’es pas mort avant qu’il ne revienne, mais j’en doute fort. Et puis un conseil, entre collègues… Renseigne-toi avant de partir en mission… Ça t’évitera de dire oui à toutes les conneries que des inconnus te sortent… Ah ah ah ah. Messieurs, on l’embarque. C’est bien la première fois qu’une chasse à la prime est si facile ! Ah ah ah ah ah !

Lexas sentit ses paupières lourdes, il lutta, mais ne put s’empêcher de s’endormir… Il sentit son corps se soulever, puis le noir… Le noir total…

Lorsqu’il se réveilla, il s’attendait à voir un immense stade. Mais il n’en était rien, la seule chose qu’il vit était une immense chaîne qui venait s’enrouler à son cou. L’endroit n’avait plus rien de cosy mais était sale et délabré. Il sentait les déjections et était humide et froid. Il essaya de se lever mais eut une puissante douleur dans l’épaule, au niveau de la piqûre, lorsqu’il prit appui. Il se releva tant bien que mal, encore groggy, et regarda les lieux. Il le comprit très rapidement, il était dans une cellule… Sa tête tournait encore un peu, mais il était lucide. Il s’était fait avoir. Mais comment les choses avaient-elles pu aller si vite ? Il prit cinq minutes pour analyser ce qu’il s’était passé et hurla dans un puissant cri de colère. Il s’en voulait ! Comment avait-il pu être si imprudent, si sûr de lui et ne rien écouter des avertissements des filles ! Que lui était-il passé par la tête ! Il ne connaissait rien au monde de la pègre, rien à tout ceci ! Il était l’homme le plus recherché de la Capitale et il n’avait même pas fait un effort pour ses cheveux ! Il pesta et eut envie de se flageller.

Puis, lentement, la colère laissa place à la tristesse et aux regrets. Pourquoi n’avait-il pas utilisé ses capacités ? Pourquoi en avait-il si peur ? Il regrettait amèrement de ne pas avoir utilisé sa capacité de Tisseur au moins avec Aryna… Car s’il l’avait fait, elle saurait où il se trouve en ce moment même…

D’ailleurs les filles ? Étaient-elles en danger ? La pègre les avait sûrement reconnues ! Il les avait jetées lui-même dans la gueule du loup ! Il eut un vent de panique ! Et si elles étaient prisonnières ou mortes ? Par sa faute ! Par son égoïsme et sa lâcheté, encore une fois ! Et pourquoi cet homme avait-il dit qu’il allait rencontrer le cerveau ? Était-il enfermé ici aussi ? Il regarda par sa mini fenêtre, aucun doute, il était enfermé dans la prison de la Citadelle… Il pensa que même si les filles étaient vivantes, il préfèrerait que jamais elles n’essaient de rentrer dans ce bâtiment, réputé comme le bâtiment le plus sécurisé de tout le pays… Il pria Ashima pour qu’elles aient réussi à s’en sortir et à retourner à l’Orchidée Bleue. Sans lui, elles auraient tout de même une chance de sauver Maartkham. Lexas essaya de se coucher, mais le sol était bien trop dur et trop froid. 

Puis, comme il commençait en à avoir l’habitude, il ressentit une puissante énergie l’écraser au sol. Il la reconnut instantanément, c’était celle du guichet, au moment où il avait trouvé la liasse. Cependant, il crut que son coeur allait exploser… Cette présence écrasante… Elle l’était bien plus que celle de Samantha ! Comme cela pouvait-il être possible ! Il avait déjà du mal à imaginer que cela soit possible chez Sam, mais là… Cela dépassait tout entendement. Puis, il paniqua… Et si c’était son bourreau ? Ou le cerveau de la Pègre qui allait l’exécuter ? Il attendit un peu, mais rien ne se passa, l’énergie ne bougeait pas, elle l’assommait presque…  Mais comment pouvait-il rencontrer autant de personnes comme ça ces derniers temps ! Cette fois-ci, obligé de rester dans sa cellule, il essaya d’analyser l’énergie qui l’écrasait… Il essaya de la comprendre, même si, pensa t’il, il était désormais inutile de travailler ses capacités… Il puisa en lui, en ses sensations, ses souvenirs… C’est ça ! C’était la même sensation que cette fois-là, dans cette ruelle… Cette fillette aux cheveux noirs et aux yeux violets… Comment était-ce possible ?

Il fut tiré de ses songes par un garde. Tout content, il tapa de son arme contre les barreaux, pensant réveiller Lexas. Le doute ne fut plus permis, il était bien à la Citadelle. L’uniforme du garde en était la confirmation.

– Ah ah ah, elle se réveille la blondinette !
– Où sommes-nous ? Lexas feint l’ignorance.
– Tu n’as pas reconnu ? Quel imbécile ! Tu es à la prison de la Citadelle ! Et tu as de la chance, sa sainteté le Suprême étant en pélerinage, ta peine de Mort a été repoussée. Il faut dire qu’il tient à assister à ton exécution, c’est un grand honneur.
– Ben voyons…

Dans l’ombre derrière le garde, Lexas aperçut quelque chose briller… Quelque chose de réconfortant, quelque chose de… Violet ? Il essaya de ne pas trop le regarder, pour ne pas donner d’informations au garde. Une silhouette noire, fantomatique s’approcha de celui-ci. Lexas pria pour qu’elle assomme le garde, mais il n’en fut rien. L’ombre s’approcha de lui, puis disparut de nouveau dans l’obscurité.

– D’ici là, je vais prendre soin de toi ! Ah ah ah ah ! Allez tiens, il lui jeta un vieux morceau de pain après avoir craché dessus. J’ai plus faim. Je te le donne. Ah ah ah ah ! Et dire que tout le monde avait si peur de toi… Cette bande de dégénérés… Ah ! 

Le garde s’éloigna, tout content de la prise du jour. Visiblement, Lexas avait des hallucinations… Peut-être était-ce aussi le cas pour cette sensation de puissance… Pourtant elle était toujours là, écrasante… Il aimerait aussi posséder ce genre d’énergie… Mais il était trop faible, trop lâche. Il s’allongea de nouveau et se recroquevilla sur lui-même . Il se força à fermer les yeux et vit le sourire d’Aryna, de Tsomy, de Wanli, d’Helmi, de Rikki… Et celui de Samantha… Puis ses visions se troublèrent, et il vit les pleurs de la petite fille, le corps sans vie d’un petit garçon, le sang du Prêtre sur ses mains. Il se releva en couinant.

– Chuuuut ! Pas un bruit ! Tu vas tout mettre en l’air !
– Quoi ?
– Chuuuut !

Lexas s’essuya les larmes qui avaient coulé sur ses joues. Il regarda attentivement et vit la porte de sa cellule s’ouvrir. Une petite ombre aux yeux violets le fixait. Elle appuya sur un bouton à côté de la cellule, et la chaîne de Lexas se décrocha.

– Dépêche-toi ! Faut y aller ! On a douze secondes !
– Je euh… Oui je…
– Là… Six, cinq…

Lexas avança et passa à côté de la petite silhouette, il eut l’impression que son corps entier allait exploser de l’intérieur. La puissance de cette petite personne était inouïe, même à côté de celle de Samantha. Il passa la porte de la cellule, puis la petite silhouette la referma à l’aide d’une étrange clé électrique. Elle poussa Lexas contre le mur dans un renfoncement sombre. 

– Zéro… Plus un bruit…

Le garde passa de nouveau, et l’ombre lui glissa de nouveau les clefs à la ceinture. Le garde ne broncha pas… Elle attendit qu’il s’éloigne et attrapa Lexas par la main.

– Viens ! On doit être au prochain passage dans trente secondes.
– Non je ne dois pas te tou…

Lexas fut sidéré ! Sa capacité était tout bonnement… Annulée… Il ne voyait rien ! Il ne pouvait rien faire ! Comme pour se rassurer et calmer sa surprise, il toucha volontairement la silhouette de son autre main. Rien… Absolument rien ! Comment était-ce possible ?

– Ne fais pas de bruit… Viens…
– Où on va ?
– Retrouver tes amies.

Le Celestial fut soulagé ! Elles étaient vivantes ! La petite silhouette s’avança encore et le poussa contre un mur. Un garde était assis sur une large table et gribouillait sur des papiers. Il s’agissait d’ordres d’exécution, de libération ou “de suicides volontaires”… La petite silhouette attira l’attention de Lexas et lui montra deux choses. La première, une carte magnétique attachée au ceinturon du garde. La seconde, la porte, en face, qu’elle permettait de déverrouiller. Mais l’homme était en plein milieu, en pleine lumière et face à la porte. Tous les couloirs, toutes les portes, étaient protégés par des faisceaux d’énergie vitale, qui déclencheraient l’alarme au moindre mouvement, sans parler des caméras…  Impossible de passer cette sécurité ! Lexas lui fit signe que c’était impossible, mais cela ne sembla pas la déranger. Elle s’approcha de lui et chuchota.

– Je vais faire diversion et ouvrir, vous passez par la droite, la droite, compris ? Vous rasez le mur de droite, et partez dès que le garde tournera la tête, vous pourrez esquiver les caméras. Mais vous devez le faire vite ! Mur de droite, puis la porte et vous m’attendez derrière, compris ?
– Mais c’est impossible de passer ici ! Il va nous voir et déclencher l’alarme, c’est de la folie ! Sans parler des…
– Mur de droite et porte.

Les yeux violets disparaissèrent dans l’obscurité de nouveau. Impossible, c’était tout simplement impossible… Lexas regarda le garde sans grand espoir. Quelques secondes après, il vit une petite forme descendre du plafond, telle une araignée… Sans un bruit, elle glissa derrière le garde et piqua la carte magnétique, sans qu’il ne s’en rende compte. Puis, elle regarda Lexas. Il vit une petite main se lever, les cinq doigts vers le ciel. Puis quatre… Trois… Deux… Lexas le comprit, c’était le signal… Quitte à être enfermé se dit-il, autant essayer de s’évader ! Sans hésiter, il se leva et courra vers les faisceaux, qui s’éteignirent pile lors de son passage. Il arriva dans la salle et prit à gauche. Il dérapa ! Pas la gauche ! La droite ! La droite ! Il glissa sur quelques centimètres, puis reprit la droite. Le garde, entendant ce dérapage, tourna la tête et aperçut son badge au sol, derrière lui. Il tâtonna sa poitrine, et pesta contre lui-même.

–  Je l’ai encore fait tomber ! Mais je ne me suis pas levé depuis tout à l’heure ! Incroyable ça ! deux fois en deux minutes ! Je deviens fou ma parole !

Lexas n’en croyait pas ses yeux ! C’était comme si toute la situation s’adaptait à ses mouvements. Il passa la porte en rasant les murs et regarda derrière lui. Comme si elle flottait sur le sol, la petite silhouette accrocha de nouveau la carte magnétique au ceinturon du garde, roula derrière le bureau, esquiva les caméras et plongea sans un bruit entre les faisceaux de la porte, qui s’étaient réactivés. La porte se referma immédiatement après… L’agilité et la maîtrise de cette personne avait de quoi faire pâlir Aryna. Lexas ne voulait même pas imaginer sa concubine en Chef devant un tel spectacle ! Elle attrapa Lexas et leur fit quitter le couloir principal pour atteindre une petite pièce de maintenance, au calme. Enfin, elle enleva son bandana noir qui cachait la moitié de son visage. Lexas, même s’il s’en doutais fortement, reconnut immédiatement cette petite fille… C’était celle qui lui avait fait si forte impression lors de son passage au quartier des Sabbats. Mais que faisait-elle ici et surtout… Comment faisait-elle ça ?

– Comment est-ce que tu as fait ça ?!
– Mon bandana ? C’est mon amie qui me l’a donné, je sais pas comment elle l’a fait…
– Non, non ! Les vols ! Ils n’ont rien remarqué !
– Les adultes sont trop lents et trop bêtes !
– Euh… Je suis un adulte tu sais…
– Oui, je sais.
– Mais qu’est-ce tu fais là ?
– C’est vos amies qui m’ont demandé de venir. Parce qu’elles connaissent mon amie.
– Mais… Comment elles ont su…
– Bon pardon mais euh… Vous voulez pas qu’on avance plutôt ?
– Si, si mais… Et pourquoi prendre tous ces risques ! Tu n’avais pas besoin de leur remettre à chaque fois ! 
– Aucune preuve, aucune trace. Si vous ne voulez pas d’ennuis, personne ne doit jamais remarquer votre présence. Si vous remettez pas les clefs, ils verront qu’il leur manque quelque chose et chercheront. Et on veut pas qu’ils cherchent. Et puis c’est drôle, moi je m’amuse bien !
– Tu… T’amuses… Ce n’est pas un jeu tu sais…
– Pourquoi pas ? Si je m’amuse, alors c’est un jeu.
– Bien, d’accord, chacun ses jeux on va dire alors. Tu connais les lieux je vois…
– Pas du tout, c’est la première fois que je viens.
– Quoi ?! Mais comment est-ce qu’on va sortir !
– Pas comme je suis entrée… Vous êtes trop gros…
– Pardon ?
– Mais votre amie m’a dit comment faire, il faut rejoindre la façade Est… Faut juste trouver où c’est… La petite fille se dirigea vers un ordinateur.
– Tu sais t’en servir ?
– Non, c’est pas trop mon truc, ça ne m’amuse pas. Elle accrocha une sorte de plaque étrange à l’arrière de la machine.
– Mais alors…
– Mais mon amie elle, elle adore ça ! Elle s’amuse beaucoup, alors elle va m’aider.

L’écran de l’ordinateur devint noir, et des lignes de codes filèrent à toute vitesse. Quelques secondes plus tard, un plan du bâtiment s’afficha sur l’écran. La mâchoire de Lexas se décrocha…

– J’y crois pas… C’est pas possible… C’est une blague…
– C’est le plan de la Citadelle. C’est marrant, c’est comme faire un labyrinthe ! Vous aimez les labyrinthes ? Moi j’aime bien ! Là c’est pareil, il suffit de chercher la sortie. Hummmm…

La petite fille regarda attentivement les plans et semblait effectivement beaucoup s’amuser. Au bout de quelques minutes, elle enleva la plaque et l’ordinateur s’éteignit.

– C’est pas bien compliqué ! Venez.

Lexas ne savait plus quoi dire, il se contenta de la suivre. Il était en train d’être secouru par une petite fille… Il était en train de s’évader du bâtiment le mieux gardé du pays en suivant une simple gamine… Après quelques parties de cache-cache, ils arrivèrent dans une petite réserve avec une large fenêtre. La petite fille s’approcha de celle-ci et regarda en bas. Lexas fit de même et eut le tournis, ils étaient à plus de cinquante mètres du sol ! 

– Vos amies sont en bas, il faut y aller.
– Mais… Mais comment ?
– La dame aux yeux rouges m’a juste dit “Tu le conduis à la façade Est, tu trouves une fenêtre et vous sautez, je m’occupe du reste.”. Alors c’est ce que j’ai fait.
– Oh par Ashima… Il est hors de question que je saute dans le vide ! J’ai déjà donné ! Deux fois !
– Oui, la dame aux yeux rouges m’a dit que vous ne voudriez pas sauter. 
– Ah vraiment !
– Alors elle m’a dit de faire ça.

Sans broncher, la petite fille poussa Lexas dans le vide, et sauta à son tour. Il n’en revenait pas ! Elle venait, sans sourciller, de les pousser vers la mort ! Puis dans sa chute, il la regarda… Elle semblait beaucoup s’amuser. Elle faisait des acrobaties, tournoyait, écartait les bras et rigolait… Lexas avait tellement du mal à se persuader qu’il ne rêvait pas, qu’il n’eut même pas la foi de crier… “Je vais me réveiller… Oui, quand je m’écraserai, je me réveillerai…” se disait-il. Après une longue chute, il vit enfin le sol et cinq silhouettes… L’une d’entre elles avait les bras tendus vers eux et des yeux blancs luisants. Puis, la petite fille lévita dans les airs… Mais pas lui… Non, lui, il continua sa chute…

– Aryna… Aryna ! Non Aryna, ne déconne pas ! Arynaaaaaaaaa !

À quelques centimètres du sol à peine, le Gardien s’immobilisa… Puis, il tomba lourdement sur celui-ci, levant la poussière autour de lui. Aryna se pencha sur lui.

– Je te jure que tu mérites de te manger le sol bien plus violemment que ça !
– Oh nom de… Oh… Aïe… Moi aussi ça me fait plaisir de te voir…. Oh la vache…

Lexas se tourna péniblement sur le dos. Aryna avait beau être fâchée, elle semblait soulagée. Toutes les concubines étaient présentes, sauf Rikki. Mais sa présence semblait être assurée par la petite Kali. Lentement, la fillette responsable du sauvetage du Celestial se posa à côté de lui, grâce aux capacités d’Aryna. Elle enleva son bandana, sa capuche, s’ébouriffa un peu et sautilla en allant voir la petite Kali.

– Tu as vu ça Kali ! On a volé ! Tu aurais dû venir !
– Et qui t’aurait aidé avec cet ordinateur ?
– Tu l’aurais fait sur place !
– Trop fatiguant… Je suis bien là…

Lexas essaya tout de même de se pincer… Non, il ne rêvait pas… Il venait bien d’être sauvé par deux gamines… Et Aryna… Mais surtout, deux gamines… Ici… A la Citadelle… Soudain, une voix stressée résonna. Une jeune fille, à bout de souffle, se présenta à eux. Lexas le reconnut, il s’agissait de la fille qui était avec sa sauveuse dans la ruelle. Elle était habillée de vêtement troués, propres mais usés. Son pantalon avait de gros trous aux niveau des genoux et la petite veste qu’elle portait semblait rapiécée de toutes parts.

– Kali ?! Kira ! C’est pas vrai ! Je me suis tellement inquiétée !
– Inquiétée ? Mais je t’ai laissé un mot grande sœur.
– “Je reviens vite !” C’est pas un mot très utile Kira !
– Désolée Chen. C’est moi qui ai demandé à Kira de venir.
– Toi ? Ça ne te ressemble pas Kali…
– Non mais ces gens avaient besoin d’aide et y avait que Kira qui pouvait les aider.
– Les aider… La jeune fille se retourna vers le groupe. Bonsoir… Qui êtes-vous ?
– Je te retourne la question petite. Aryna s’approcha. Tu m’as l’air bien jeune pour t’occuper de ces deux gamines.
– Et alors, qu’est-ce que ça peut faire ? Ça vous regarde ? Je vous demanderai de ne plus vous approcher de ma sœur et de Kali s’il vous plaît. Et d’abord qu’est-ce que… Chen regarda la Citadelle. Oh non… Non c’est pas vrai ! Kira ! Me dit pas que tu es allée libérer quelqu’un dans la Citadelle ?
– Si, le Monsieur là.
– Mais c’est pas vrai ! C’est pas vrai ! Mais tu te rends compte à quel point c’est dangereux ! C’est… Et vous ?! Envoyer une petite fille dans les prisons de la Citadelle ?! Vous avez perdu la tête !
– Ola, ola on se calme jeune fille. C’est pas toi du haut de tes treize ans qui va me dire quoi faire. Kali était avec une amie à nous, on a eu des ennuis, elle a dit qu’elle connaissait quelqu’un qui pouvait nous aider. D’accord ta soeur est jeune, mais elle a insisté pour y aller.
– J’ai quinze ans d’abord… Kira, c’est vrai ce qu’elle dit ?
– Oui. Les gardes de la Citadelle ne sont pas très malins grande sœur.. Suffit de pas se faire voir et de tout remettre à sa place.
– Oh c’est pas vrai…

Lexas se releva péniblement. Il repassa la situation dans sa tête et essaya de faire le point. Le fait que sa capacité de Tisseur ait été totalement annulée par cette petite fille, cette Kira, le déstabilisait au plus haut point. Avant toute chose, il devait en avoir le cœur net.

– Petite euh… Kira c’est ça ? Je te remercie, sans toi, je serais dans de beaux draps.
– C’est grâce à vos amies et Kali, pas à moi.
– Oui, merci à vous toutes aussi. Et désolé à toi euh… Chen ? Pour tous ces dérangements, tout est ma faute, n’en veux pas aux autres. Je suis le seul responsable.
– Je me rappelle de vous… Vous êtes le lâche qui abandonne les gens mourants dans la rue…
– Euh… Oui, ce n’était pas… Une bonne journée…
– Hum… Est-ce que quelqu’un vous a vu ?
– Non, ta sœur est une ombre, c’est incroyable. Elle est vraiment très impressionnante… Je peux te serrer la main pour te remercier Kira ?
– Ah ? C’est bizarre non ?
– C’est comme ça que l’on remercie d’où je viens.
– Ah… D’accord alors.

Lexas tendit la main et la petite main de Kira vint la lui serrer. Le Gardien se concentra et pour la première fois de sa vie, mit tout son cœur à utiliser sa capacité… Mais il ne se passa rien. Aucune vision, rien, même pas un soubresaut. Il sourit à Kira, qui lui rendit son sourire, mais l’inquiétude se lisait sur son visage. La grande sœur de Kira, Chen, se présenta devant lui.

– C’est vous le chef ici ? Je peux vous parler ? En privé ?
– Euh… Oui, oui si tu veux… Ça va Aryna, ça va…

Aryna avait attrapé le manche de ses sabres, elle sentait très clairement que Chen elle aussi possédait une puissante énergie vitale, bien inférieure aux petites filles certes, mais assez puissante pour être dangereuse. Et contrairement aux petites Sam, Kali et Kira, l’aura qu’elle dégageait n’était pas très amicale… Elle était même mauvaise… Chen amena Lexas un peu plus loin et lui parla sur un ton plutôt sec.

– Vous avez fait quoi là ? Je sens bien que vous et la femme aux yeux rouges êtes des Gardiens ! Vous venez enlever ma sœur et Kali c’est ça ? Vous voulez quoi ?
– Enlever ta… Non ! Par Ashima non ! Pourquoi on ferait ça !
– Vous êtes le gars qui a assassiné le Grand Prêtre non ? Blond, les yeux bleus, entouré de belles femmes… Je vais pas m’en plaindre, nous aussi on les aime pas et on les évite… Mais y a trop de gamins qui disparaissent ces temps-ci… J’aimerais que vous restiez loin d’elles. On a pas besoin de problèmes en plus.
– Ne t’en fais pas, nous partons ce soir même pour rentrer chez nous. Et je n’avais pas l’intention d’embarquer ces deux petites filles dans quoi que ce soit, je le regrette. Maintenant, à moi de te dire ce que j’ai à dire. Ta sœur, Kira, elle n’est pas comme les autres, tu t’en rends bien compte n’est-ce pas ?
– C’est pour ça qu’elle doit être protégée.
– Exactement. J’ai un ami en ville, il cherche des jeunes filles comme elle, pour les guider… Il a avec lui une femme, une Gardienne prodige, qui aides les autres à…
– Faire confiance aux adultes ? Non merci, on s’en sort très bien toutes seules !
– En volant… ?
– Qu’est-ce que ça peut vous faire ?
– J’ai bien vu les talents de ta sœur… Malgré son jeune âge elle a beaucoup d’expérience…
– Et puis quoi ? Un voleur ne vaut-il mieux pas qu’un assassin, Monsieur ?
– Ce n’est pas ce que je veux dire…
– Je vous remercie pour votre aide mais non merci. Nous nous débrouillons très bien toutes seules, et depuis toujours. Ce n’est pas votre arrivée qui va changer quoi que ce soit.
– Très bien… C’est toi qui vois. Mais penses-y. Si tu changes d’avis, rends-toi à l’Orchidée Bleue et demande Sirius. Celle qui vous aidera s’appelle Raven…

Chen valida de la tête et retourna auprès du groupe. Elle se plaça derrière Kali et Kira, les prit par les épaules et s’adressa à tous les autres.

– Vous n’avez plus l’air d’avoir besoin d’aide. Nous vous laissons ici. Un conseil, repartez vite, tout le monde vous cherche ici, c’est pas bien malin de sortir comme ça en pleine rue, même de nuit…
– Je commence à en avoir ras le bol de recevoir des leçons de gamines moi… Aryna parla dans sa barbe.
– D’accord merci Chen et… Soyez prudentes… Kira, merci encore ma grande !
– De rien, c’était pas grand-chose, je me suis amusée. Et puis c’est ça qu’on fait nous, on aide les autres ! On est une équipe ! Elle posa fièrement avec Kali, qui râla gentiment.
– Bye bye ! Dites au-revoir de ma part à Rikki, je me suis bien amusée avec elle !

Dans de grands mouvements de bras, les deux petites filles firent des signes d’au-revoir au groupe. La puissante énergie qu’elles dégageaient s’estompa, et Lexas et ses concubines se retrouvèrent seuls dans une grande ruelle vide. Le Gardien regarda au ciel, et eut de nouveau le vertige en regardant l’immensité du bâtiment blanc. Aryna se plaça devant lui et il pensa recevoir un gros coup de poing, mais il n’en fut rien.

– Même si j’ai horreur de le dire, elle a raison… On est bien trop voyants. Ton savon et les informations que nous avons tous devront attendre, nous devons bouger.
– Oui… Rikki a un véhicule ? On peut partir ?
– Oui et non… Elle a trouvé un véhicule assez grand pour tout le monde… Mais il va lui falloir la nuit pour le préparer… On ne pourra partir que demain à l’aube…
– Dans ce cas, retournons à l’Orchidée Bleue.
– Non ! Restons dans la rue, c’est plus sûr.
– Plus sûr ? Absolument pas… Aryna… Tu n’es pas obligée de recroiser Raven tu sais…
– C’est… C’est pas ça ! Pas du tout ! Ah ! Je dis juste que c’est plus sûr… De pas y aller !
– Très bien, faisons un vote les filles : proposition d’Aryna, dormir par-terre, dans la rue, au froid et au sale. Proposition de moi-même : dormir dans de confortables lits pour la première fois depuis des jours, avec une douche chaude et à manger à volonté… Qui vote pour la proposition d’Aryna ? Hum ? Personne ? Qui vote pour la mienne ? Tout le monde sauf Aryna… Bien, la majorité a parlé… 
– Oh ça… Merci la solidarité féminine ! 
– Mais on l’a ma grande ! Tsomy nargua Aryna. On est solidaire entre nous. C’est toi qui l’es pas…
– Alors ça ! Ça ! Je m’en souviendrais !
– Mais oui, mais oui…

Tsomy partit dans un grand sourire. Wanli la suivit, soulagée de pouvoir dormir dans un bon lit plutôt que sur un carton. Aryna hésita, mais Lexas la prit par l’épaule et lui tapa la tête doucement avec la sienne.

– On a le droit à un bon repos Aryna… Une rude bataille nous attend…
– Ne crois pas que tu vas pouvoir te reposer mon cher Celestial…
– Oh… Vraiment… Et pourquoi ça ?
– Parce que tu vas être à moi toute la nuit et… Aryna se mit devant lui et approcha ses lèvres des siennes… Tu vas te manger un de ses savons !!!! Je t’avais dit que c’était de la folie ! Et voilà ! Si on avait pas eu cette gamine t’étais foutu ! Tu t’en rends compte ?

Elle lui mit un puissant coup à l’intérieur de la cuisse, évitant tout de même les parties précieuses… Lexas étouffa un cri, puis la suivit en boitillant sans un mot, en s’enfonçant dans le brouillard épais de cette dernière nuit à la Capitale. Seule Helmi resta plantée là, regardant le groupe, puis la Citadelle… Puis elle parla à voix basse, à moitié à elle-même.

– Mais euh… On en parle là de tout ce qui vient de se passer… Enfin ces deux gamines qui…. et Lexas qui… Et comment ils… Non ? Euh… Hou hou…

– Et voilà toute l’histoire Sirius… Tu sais tout… Tout ce qui est arrivé depuis l’enterrement de ton père…
– Incroyable… Et tu as fait tout ça en si peu de temps ? Toi ! Lâche comme tu es !
– Effectivement… Qui aurait cru qu’Ashima m’accorderait tout ceci…
– Vu ce que tu me racontes, ce n’est pas Ashima mon ami, mais bien cette Haute Concubine. Elle semble tirer les ficelles depuis le début.
– Hum… Sans aucun doute…

Depuis le toit de l’Orchidée Bleue, Lexas admirait la Capitale, si belle et si horrible à la fois. Son ami était assis derrière lui, l’écoutant d’une oreille attentive. Puis, il se leva et le rejoignit. Leurs visages étaient éclairés par les superbes feux d’artifices silencieux du bordel.

– Lexas… Tu devrais tout arrêter. Reste ici. Maintenant que tu as accepté tes capacités, reviens-nous. Aide-moi à construire mon projet, notre projet. Demande à tes filles de rester aussi, elles pourront se racheter elles-aussi.
– Comment ça se racheter ?
– Lexas… Tu vas devenir… Hum… Tu es devenu… Un assassin. Vous êtes des assassins. Et chaque projet dont tu m’as parlé, chaque cible, tout ne tourne qu’autour de la Mort. Ce n’est pas toi, tu ne devrais pas arpenter cette…
– Et si au contraire c’était moi Sirius ? Hein ? Si au contraire, celui que tu as connu n’était que mon ombre ? J’ai vécu toute ma vie dans la peur des autres, dans la peur d’enfreindre les lois. Je ne me suis jamais senti heureux, jamais senti à ma place ou libre, je me sentais oppressé, vide. Sirius, depuis que j’ai accepté ce que je suis, je me sens libre ! Je me sens à ma place et je sais où je dois aller.
– N’est-ce pas plutôt le fait d’avoir du pouvoir et un harem qui te fait te dire ça ?
– Non ! Bien-sûr que non ! Même si on me disait que les filles devaient partir une fois ma mission terminée, que je devais quitter Maartkham, je continuerais, parce que je me sens enfin à ma place. Je sens que je deviens celui que je dois être. Je me sens bien Sirius ! 
– Tu te sens bien en ôtant la vie d’autrui ?
– Je me sens bien en débarrassant ce Monde de ceux qui font souffrir les autres. Je corrige les injustices que même tes procédés ne peuvent pas réparer.
– C’est donc ce que tu penses…
– Oui mon ami. Je te suis reconnaissant, tu te fais du souci pour moi et cela me touche. Mais je t’assure, je veux continuer. Je regrette que nos méthodes diffèrent, mais c’est comme ça. Je suis différent de toi, je ne crois pas que ce monde soit juste… Il est rempli de mauvaises personnes, qui sont au-dessus de tout… Sauf de la Mort elle-même. Et mon devoir… Notre devoir, aux filles et moi, est de protéger les innocents contre ceux-là, ceux contre qui personne, ni même toi, ne peut rien faire… Notre devoir est de leur apporter la Mort elle-même. Je regrette que nos chemins ne soient pas les mêmes, crois-moi. Mais nous allons tout de même dans la même direction, et nous visons le même but.
– Je ne t’ai jamais vu si confiant mon ami, ni si passionné. Je ne cautionne pas ce que tu veux faire, mais qui suis-je pour t’en empêcher ? Tout aussi bien, tu es dans la vérité et moi non… De plus, je n’ai pas envie d’être sur ta liste… Je ne t’encouragerai pas, mais sache que je serai toujours là pour toi.
– Merci Sirius. Merci. Et merci pour ton hospitalité.
– Ce n’est rien, l’Orchidée Bleue sera toujours un refuge pour toi, pour Maartkham, pour tous ceux qui luttent. C’est un lieu neutre, peu importe ce que tu feras, tu seras le bienvenu. Mais Lexas… Sirius fixa d’un air très sérieux son ami de toujours. Jamais, ô grand jamais, ne t’en prends à une de mes filles, est-ce bien clair ?
– Comme de l’eau de roche. Nous sommes alliés Sirius.
– Oui, nous sommes alliés. Mais je te préviens, si par hasard nous avions des cibles en commun, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir afin de lui épargner le sort que tu lui réserves et la faire tomber à ma façon.
– Je n’en attendais pas moins de toi… Ah ah ah, cela pimentera notre chasse…
– Très bien, je vois que toutes tes décisions sont prises et je suis à court d’arguments … Tu as choisi ta voie. Puisque tu es sûr de toi, je n’ai rien à ajouter. Comme je te le disais, l’Orchidée Bleue sera toujours ton allié Lexas.
– Merci Sirius. J’en suis honoré.
– Vous partez demain matin ?
– Demain à l’aube oui… Rikki a bricolé un véhicule, mais il doit absorber suffisamment d’énergie vitale pour fonctionner… Alors nous devons attendre un peu…
– D’accord…
– Sur ce, je vais aller me coucher. La route va être longue.
– Bien-sûr, bonne nuit mon ami.
– Bonne nuit à toi aussi. Et merci pour tout.

Lexas et Sirius se prirent dans les bras l’un de l’autre, se donnèrent de viriles tapes amicales et le Gardien quitta le toit pour rejoindre sa chambre. Dans l’immense couloir pourpre et doré, aux senteurs de mimosa, qui le menait à celle-ci, il aperçut Rose, au loin, qui faisait entrer dans sa chambre un Grand Prêtre du Grand Ordre. Le sang de Lexas bouillonnât… L’une de ces cibles était ici ! Avec les filles, ils s’étaient mis d’accord d’éradiquer le Grand Ordre une fois qu’ils auraient sauvé Maartkham. Mais Sirius avait vu juste… Si le Grand Ordre tombe, qui s’érigera ? Ils devaient être patients, et préparer le remplaçant… Alors que la porte de la Fleur se refermait, le doute s’installa en Lexas. Avaient-ils raison d’attendre ? Ne fallait-il pas frapper maintenant ? Le Suprême et sa grande garde se dirigeaient vers Maartkham, la Capitale était vulnérable…

– Ce n’est pas parce qu’il n’est pas là que son contrôle sur la Capitale est affaibli tu sais..

Lexas sursauta. Il regarda autour de lui mais il était totalement seul.

– À l’autre bout du couloir… Je sais, qu’il est long mais tu devrais me voir…

Le Celestial plissa les yeux et regarda attentivement. Une silhouette magnifique était postée tout au bout… À sa robe longue et noire, il reconnut aisément Raven. Mais elle était à une vingtaine de mètres de lui ! Comment était-ce possible ?

– Aryna a raison Lexas… Tu as encore beaucoup à apprendre sur les capacités des Gardiens…
– Raven ? Mais comment… 
– Télépathie, tout simplement.
– Tu as cette capacité ?
– En effet. Tout comme toi… C’est une capacité propre aux Tisseurs…
– Aux tisseurs ? Tu es donc une Tisseuse ?
– Non, je suis bien plus que ça…
– Je vois que tu restes vague… Je peux le comprendre, tu ne nous fais pas encore confiance…
– La question n’est pas là. Lexas, es-tu conscient que tu mènes les filles vers une mort certaine ?

Lexas était planté au milieu du couloir, tout comme Raven, et même si les allers et venues étaient fréquentes entre eux deux, ils ne bougeaient pas… Le Gardien était fasciné par la puissance de Raven, il voulait apprendre, il voulait comprendre…

– Je les protègerai… Et puis protéger Maartkham est le but de leur vie. Je ne peux pas les faire changer d’avis.
– C’est juste… 
– Alors je t’en prie Raven… Aide-moi… Dis-moi comment je peux… Comment…
– Tu vas y arriver… Lexas aperçu un petit sourire sur les lèvres distantes de Raven.
– Comment est-ce que je tisse les liens avec les filles… ?
– Tu es vraiment sur de toi ? Le contrôle de cette capacité est extrêmement difficile… Il n’y a pas que des bons côtés, cela prendra du temps, ne serait-ce que pour la théorie…
– On a pas le temps pour la théorie ! Raven je t’en prie, je dois les protéger !
– Comme tu voudras, mais je t’aurais prévenu… Pour tisser vos âmes tu vas devoir procéder en deux étapes… T’ouvrir la veine du bras droit, et apposer ton sang au niveau du ventre de tes concubines. C’est à ce niveau que se concentre leur noyau vital, berceau de l’âme et de l’énergie vitale… C’est ici que tu pourras tisser un lien. Lorsque ton sang touchera leur peau, visualise leur énergie vitale et attrape-la… Ton sang servira de lien… Et avant ça…
– Avant ça ?
– Tu vas devoir donner un orgasme à toutes les humaines… Sinon ça ne fonctionnera pas… Mais pas à la Gardienne, c’est inutile, voire dangereux. En revanche, les liens doivent être tissés en moins de deux minutes… Sinon, ton sang n’est plus assez pur…
– Pardon !?! Les quatre en deux minutes ?! C’est une blague ? 
– Peut-être… À toi de voir si tu veux que le processus aille vite ou pas…

Lexas fut interrompu par Sirius qui rentrait lui aussi de sa petite balade nocturne sur les toits. Il se retourna, salua son ami tout gêné, et regarda devant lui. Le long couloir était désormais désert… Le Celestial se précipita dans sa chambre, le cœur battant la chamade.

“ Non non… Cela doit être une blague ! Pourquoi devrais-je… Il est vrai que ce… Que les femmes sont plus… Après… Dégagent-t’elles un sursaut d’énergie vitale qui aiderait à… ? Non… Peut-être… C’est logique après tout et… Mais comment… Et comment faire si… Rapidement… Mais… Une blague… Plaisanterait-elle avec ça… Non… Peut-être… Pourtant… Non, c’est trop important ! Je dois prendre mes responsabilités ! Je dois être… Un Celestial ! Oui ! Oui ! “

Lexas sortit de sa chambre en trombe et alla taper à la porte voisine à la sienne. Il indiqua à Helmi et Tsomy de le rejoindre dans sa chambre. Immédiatement après, il tapa à celle de Wanli, qu’il surprit pendue au plafond en train de faire des exercices. Elle partageait elle aussi les lieux avec une autre concubine, Rikki. De la même façon, il les invita à rejoindre sa chambre. Cependant aucune d’elles ne savait où se trouvait Aryna. Ce n’était rien se dit Lexas, elle n’avait pas besoin d’assister au rituel et de toute façon, elle serait heureuse de voir qu’il avait enfin décidé d’utiliser ses pouvoirs ! Ce serait une surprise ! Il suivit les deux concubines dans sa chambre et une fois là-bas, ferma la porte. Il bomba le torse et s’adressa aux filles.

– Hum hum. Bien. Vous n’êtes pas sans savoir que j’ai été choisi pour être votre Celestial pour une raison précise…
– Ho ho… Il bombe le torse… Tsomy rigola.
– Hum… J’ai longuement parlé avec Raven qui, comme vous le savez, est une Gardienne de génie, la plus forte de notre génération, et qui en sait énormément sur nos capacités. C’est une référence, une source sûre !
– Oula… Ça ne va pas plaire à Aryna ça… Helmi chuchota à Rikki.
– Et en parlant avec elle, j’ai décidé de prendre mes responsabilités, mon courage en main, de faire le rituel et de tisser nos âmes…

Les filles se regardèrent, abasourdies. Elles ne s’attendaient certainement pas en arrivant ici, à une telle déclaration…

– Quoi, qu’est-ce qu’il y a ? Wanli ? Il préféra questionner celle qui lui montrait le plus de respect… Par prudence…
– Pardonnez notre étonnement Monsieur. Nous ne pensions pas que vous accepteriez si rapidement votre statut… Il faut dire qu’il y a quelques jours à peine…
– Je le sais, et je suis conscient que c’est un rapide retournement de situation… Mais les événements de ces dernières heures m’ont fait réfléchir… On ne sait jamais ce qui pourrait se passer. Surtout que nous allons vers un obstacle de taille… Mais ça vous étonne tant que ça ? Vraiment ?
– Ba faut dire qu’en général, continua Tsomy, quand un Celestial demande à ses concubines de le rejoindre dans sa chambre, c’est pour coucher avec elles. Alors nous on pensait à ça, pas à cette révélation.
– Ah… Ah vraiment… En fait hum… En réalité ! Lexas bomba le torse de nouveau, comme pour se donner du courage. Raven m’a parlé du… Rituel à effectuer… Nous sommes d’accord mesdemoiselles qu’en tant que concubines, vous me devez totale obéissance ?
– Ah autant pour moi les filles… Notre Celestial est déjà tout émoustillé… Regardez…

Tsomy désigna du regard l’entrejambe de Lexas, habillé d’un fin pantalon en soie. Il fut d’abord très gêné, avant de se rappeler qu’après tout, il était Celestial… Et cela l’arrangeait bien…

– Quoi qu’il en soit, nous allons nous lier, pour faire de nous un groupe surpuissant. Mesdemoiselles, votre Celestial vous ordonne de vous déshabiller. Sur le champ.
– Ohhhh… C’est qu’il sort les griffes du Celestial… Grouaaa… Tsomy plaisanta.
– J’ai pas compris moi… On le fait vraiment ou pas ? Rikki était un peu perdue.
– Apparemment oui… Hi hi, tu es toute rouge Rikki ! Helmi enleva son T-Shirt.
– Faisons honneur au courage de notre Celestial les filles ! Wanli enleva elle son pantalon. Nous avoir toutes en même temps est un défi de taille, surtout pour une première !
– Moi je parie qu’il ne tient pas deux minutes !

Tsomy enleva aussi son T-Shirt et dévoila ses formes à Lexas, qui commençait à baver. Il ne le voyait pas sur le moment, mais s’il avait pu voir sa tête à cet instant, il ressentirait certainement une grande honte… Plus ses concubines se déshabillaient devant lui, plus Lexas sentait son sang bouillir… Sans penser un instant à la façon dont il allait mener à bien ses devoirs…

Les lieux étaient magnifiques. Et une bonne Concubine en Chef se doit de s’assurer que son Celestial, tout comme ses concubines, ne courent aucun danger. Aryna profita de sa nuit à l’Orchidée Bleue pour prendre autant de notes que possible… Entrées, sorties, sécurité… Il ne faut jamais rien négliger, l’ami d’aujourd’hui peut devenir l’ennemi de demain… Et si cet ennemi venait à se cacher ici, mieux valait avoir le plus d’éléments en main… Et puis c’était l’occasion pour elle de profiter de la beauté des lieux. Après de longues minutes d’exploration, elle revint à son point de départ, le hall d’entrée. Sur sa gauche, une immense salle attira son attention. Sa lumière était tamisée et la senteur qui s’en dégageait était une pure merveille. Elle s’amusa avec le brouillard au sol et la neige qui tombait, et alla jeter un coup d’œil. Malgré l’heure tardive, il y avait beaucoup de monde. Elle fut acceuillie par une souriante jeune femme aux cheveux blonds, qui la prit par la main sans poser de questions et l’asseya sur un fauteuil plus que confortable, dans un petit box individuel.

– Vous êtes l’une des invitées de Sirius mademoiselle ?
– Euh oui…
– J’ai reçu l’ordre de vous offrir le meilleur accueil possible…
– Oh… C’est gentil merci mais je ne vais pas m’attarder en vérité je…
– Laissez-moi dénuder vos épaules mademoiselle, je vais vous offrir du plaisir…
– Non, non vraiment je… Oh… Ohhh… Oh… Ah oui…Oui je… Hum… Je peux peut-être prendre quelques minutes de pause je… Humm… C’est tellement bon…
– Je vous remercie… C’est la Fleur Rose qui m’a formée aux massages. Tous nos clients commencent par se détendre ici…
– Oh ouais… Ouais je comprends pourquoi vous avez si bonne réputation… Attendez, voilà… Aryna fit un peu plus glisser sa tunique. Vous pensez que vous pouvez aussi masser mes omoplates parce que… Oh… Ohhhhh…. Hum hum hum… 

Aryna se laissa aller à un délicieux massage offert par cette inconnue aux doigts de fées. Après tout, elle pouvait bien s’offrir ça, la bataille qui l’attendait aller être plus que difficile, peut-être même sa dernière… Et ce n’est pas un petit massage qui allait changer grand chose. Elle profita de la senteur et de la chaleur de l’huile de massage, de la douceur de la peau de sa masseuse, qui lui procurait frissons et plaisir à chaque mouvement… Aryna eut l’impression de s’endormir…

– Ahhhhh… Ahahahahhhh… Je vais m’endormir ahh… Oh ! Slurp ! Voilà que je bave ! Pardon !
– Ah ah ah. Je vois que vous appréciez mon accueil.
– Oh que oui… Vous êtes vraiment douée. Plus rien ne peut venir m’enlever cette détente… Ahhh… Aryna souria en calant sa tête contre le fauteuil devant elle.
– Tu crois ça ? 

Aryna se releva, ouvrit légèrement un œil, puis se recala.

– Je retire ce que j’ai dit… Va voir ailleurs si j’y suis, corbeau de malheur !
– Les chats noirs ne portent-ils pas plus malheur que les corbeaux ?
– Pch, pch ! Je me détends, va exhiber ton décolleté ailleurs.
– Hum hum… Je vois que ton groupe est à la recherche de détente ce soir…
– Oui… Parce qu’on va… Attends quoi ? Aryna se redressa. Comment ça “mon groupe” ?
– Oh… Tu n’es pas au courant ? Il semble que ton Celestial ait décidé de détendre ses concubines ce soir…
– De déten… Raven ?! Qu’est-ce que tu as fait ?!
– Des accusations de suite ! Je n’ai rien fait moi !
– Je n’y crois pas une seconde !
– Aurais-tu des sentiments pour ton Celestial… Hum, ce n’est pas très professionnel…
– No… Non ! Bien-sûr que non !
– Dans ce cas là tu devrais me remercier alors, car j’ai aidé ton Celestial a… Déployer son… Potentiel… Mais visiblement, tu n’y verras aucun inconvénient… Profite de ton massage Aryna.
– Tu n’es qu’une petite garce…
– Allons, allons, calme-toi… Sinon le massage n’aura servi à rien…
– Hou toi ! Je te retiens !!!!

Aryna quitta sa chaise à toute vitesse, remit sa tunique en place et fonça le plus rapidement possible au dernier étage, pour enfoncer la porte de la chambre de Wanli et de Rikki. Personne. Celle de Tsomy et Helmi… Personne… Puis elle entendit des petits cris et des rires provenant de celle de Lexas. Ses yeux se mirent à briller et elle fonça vers la porte du Celestial.

– Leeeeeeexaaaaaas !

BAM ! La porte s’ouvrit avec fracas ! Là, Aryna eut un cri d’effroi. Lexas était nu, allongé sur son immense lit. Sur lui, Tsomy ne portait plus qu’une petite culotte et semblait bien décidé à faire profiter le Celestial de ses formes. Wanli quant à elle, était allongée sur la droite de l’homme, et Rikki sur sa gauche. Les deux concubines, elles, étaient complètement nues. Helmi regardait Aryna avec des yeux ronds, un bol à la main, rempli d’une généreuse quantité d’huile de massage. Elle touillait la substance visqueuse. Puis, elle cracha le bouchon qu’elle avait dans la bouche.

– Hum ? Y a un problème Ary ?
– Un… Un problème ?! Bien-sûr qu’il y a un problème ! Qu’est-ce que vous… C’est quoi ça ! 
– Euh… Ba une orgie non ? Helmi ne comprenait pas le sens de la question.
– Une… Et tu me dis ça au calme Helmi ! Au calme comme ça ! 
– Ah oui tiens… C’est une orgie quatre femmes avec un homme ? Ou ça s’appelle autrement ?
– CA SUFFIT ! Toutes les quatre ! Ici derrière moi, au garde à vous ! De suite !

Les filles se regardèrent mais ne bougèrent pas… Après tout, cela serait désobéir à un ordre direct de leur Celestial… Et la Concubine en Chef avait moins de pouvoir que lui… D’ailleurs, celui-ci intervint…

– Aryna, Aryna calme-toi. Je suis en train de faire le rituel du tissage pour…
– J’AI DIT DE SUITE ! LAQUELLE JE TUE EN PREMIÈRE ? Les yeux d’Aryna brillaient d’un rouge écarlate.
– Rha faut toujours qu’elle casse l’ambiance celle-là ! Tsomy regarda Lexas.
– On… On devrait peut-être écouter ce qu’elle a à dire. Allez-y.

Lexas sentait qu’Aryna ne rigolait pas du tout… Mais il ne voulait pas se laisser faire non plus. Les quatre concubines obéirent et se mirent derrière Aryna, en cachant leurs parties les plus intimes. Aryna fixait Lexas de ses yeux et ne les regarda même pas.

– Qu’est-ce… Que… Ça signifie ! Aryna avait le souffle court.
– Mais calme-toi voyons ! Je suis en train de faire le rituel du tissage ! J’ai enfin vaincu ma peur Aryna ! Nous allons utiliser ma capacité !
– Prends moi pour une andouille ! S’envoyer en l’air avec toutes tes concubines, c’est pas le rituel ! Espèce de pervers !
– Mais si ! Je dois leur donner un orgasme ! Et là, je dois m’entailler le poignet droit et faire couler mon sang sur leur ventre pour…
– Faire couler ton sang ! Comme si c’est ton sang que tu allais faire couler là !
– Mais je t’assure Aryna ! Raven m’a dit que…
– Ohhhhhh mais je sais bien que c’est Raven qui t’a dit ces idioties ! Et toi bien-sûr tu l’as cru ! Sur parole comme ça !
– Eh bien… Oui… Enfin… Je veux dire c’est… C’est la plus puissante…
– Bla bla bla ! Et alors ! Ça n’en reste pas moins une petite peste ! Coucher avec tes concubines ne fait pas partie du rituel… Tu n’as pas le droit !
– Si je peux me permettre, intervint Tsomy, moi ça me dérange pas de prendre un peu de plaisir avant de partir, au contraire parce que…

En un instant, la culotte de Tsomy prit feu. Aryna n’avait eu qu’à claquer des doigts. La concubine sautilla sur place et enleva le peu de tissus qui lui restait.

– Aryna !
– Plus un mot !
– Pas question ! Après tout, on a le droit de se détendre un peu non ?! 
– Dans une orgie ? Vraiment ?!
– Et pourquoi pas ?! Tu le veux pour toi toute seule c’est ça ? Je te signale qu’on est ses concubines ! Et une concubine est là pour satisfaire les désirs de son Celestial… Et ses propres désirs… Et le sexe, ça fait partie du jeu !
– Mais pas CE Celestial ! Et nous on n’est PAS des concubines normales !
– D’accord… Mais si on a même plus le droit de s’amuser maintenant… On va peut-être mourir Aryna ! Tu vois pas qu’on a toutes peur !
– Vous n’avez pas le droit d’avoir peur ! Vous avez été formées pour ça !
– Avoir été formée ne veut pas dire qu’on a pas peur de mourir Aryna ! Helmi intervint à son tour. Mets-toi à notre place. On est pas des gardiennes…
– Et quoi ? Vous allez vous faire prendre par le premier venu pour ne plus avoir peur ?
– T’as pas le droit de dire ça ! D’une ce n’est pas le premier venu et de deux, on a le droit de se détendre merde ! Décoince-toi un peu ! Tu es peut-être la Concubine en Chef, mais je te rappelle que tu es là pour nous soutenir aussi ! On est pas là que pour satisfaire tes caprices de princesse ! Tsomy monta au créneau. 
– Tsomy a raison Aryna, essaie de penser un peu à nous s’il te plaît… On est pas…
– Taisez-vous ! Toutes les deux !

L’ambiance était lourde, explosive et froide. Mais l’aura du Celestial devint en un instant écrasante, même les filles, humaines, la sentirent. Lexas explosa et Aryna se tut immédiatement.

– Aryna ! Stop ! J’en ai marre d’être traité comme un gamin ! Que tu le veuilles ou non, je suis ton Celestial. Je suis désolé que la situation ne te plaise pas mais c’est comme ça ! J’ai décidé de tisser nos âmes, alors je le ferai ! 
– Comment oses-tu…
– Tu te tais Aryna ! Stop ! C’est un ordre !
– Hou… Y a une poussée de testostérone là non… Tsomy chuchota à Helmi. Je l’aime bien comme ça là… Bestial… 
– Calme tes ardeurs… Helmi chuchota à son tour.

Les concubines se regardèrent cependant avec inquiétude. Jamais personne n’avait osé parler à Aryna de la sorte. Et visiblement, cela ne plaisait pas du tout à celle-ci. Vraiment pas… Toutes avaient peur qu’elle n’explose de colère à son tour. Les dégâts seraient colossaux…

– Depuis que je suis Celestial c’est toi qui me demandes de prendre mes responsabilités ! Maintenant que je les prends, tu viens me faire un scandale ! Ça suffit les caprices ! Tu es peut-être la Concubine en Chef mais…
– Pfeuh pfeuh… 
– Quoi ?! Qu’est-ce qui te fait rire Tsomy !?
– Je… Je suis désolée… Vraiment désolée je… C’est nerveux Lexas… Vraiment…  je… Mais… Mais… Voir votre… Votre sexe balloter dans tous les sens alors que vous êtes en colère c’est… C’est difficile de ne pas… Ah ah ah ah ah.

Toutes les filles explosèrent discrètement d’un rire nerveux, excepté Aryna. Lexas était extrêmement vexé ! Il s’en moquait royalement de se balader nu, mais il souhaitait un peu de respect !

– Ça suffit les filles ! Est-ce que vous comprenez à quel point ce moment est important pour moi ! À quel point il est difficile ? J’ai passé ma vie à fuir mes capacités, et ce soir, j’ai le courage de les embrasser ! D’accord, je me doute que ce n’est pas le vrai rituel, j’y crois parce qu’il m’arrange bien, je ne vais pas mentir… Vous êtes toutes magnifiques, vous faire l’amour est loin d’être une torture. Mais arrêtez de penser que je prends cela à la légère ! C’est un moment extrêmement important pour moi, et Aryna, j’apprécierais que tu ne viennes pas le gâcher avec ce genre de comportement ! S’il te plait.

Il eut un long silence… Aryna, les poings serrés, essayait de digérer la situation. Finalement, après quelques secondes, elle ferma les yeux, prit une grande inspiration, desserra les poings et releva la tête.

– Tu as vraiment décidé d’utiliser tes capacités de Tisseur Lexas ?
– Oui.
– Très bien… Aryna se mit à genoux, à la grande surprise de tout le monde. Dans ce cas là je te présente mes excuses… Je n’étais pas à ma place, et tu as bien fait de me rappeler à l’ordre. Je n’ai agi que par égoïsme, je m’en rends compte…
– Rha non mais… Lexas releva Aryna. Aryna relève toi. Je m’excuse, j’ai peut-être agi un peu trop excessivement. Ecoute oui… Je me suis peut-être un peu laissé emporter par la chose et devant… La… Tentation… De la situation dirons-nous, je n’ai pas réfléchi… Je t’écoute, comment se réalise vraiment le rituel alors ?
– Raven ne t’a pas menti pour la seconde partie, tu dois bien utiliser ton sang pour nous lier. La première partie est en revanche un mensonge.
– Ah… Bon, je suis désolé alors.
– Mais… 
– …
– Mais si tu tiens à coucher avec tes concubines, tu en as le droit et même le devoir… Mais s’il te plaît… Ne me laisse pas de côté… Je ne veux pas être mise de côté… Encore…
– Encore ?

Lexas regarda Tsomy qui avait perdu son sourire. Elle le fixa dans les yeux et lui fit signe de ne pas chercher plus loin. Lexas comprit de suite et n’insista pas.

– Bien, dans ce cas les filles, réalisons le vrai rituel.
– Ah bon ? Pas de jambes en l’air !
– Tsomy…
– Quoi ? Moi j’ai envie de m’envoyer en l’air ! On va peut-être mourir dans quelques jours ! Hey ! Me regardez pas comme ça, qui en a pas envie hein ?
– On est dans un bordel… Et on est des VIP, tu trouveras bien… Suggéra Helmi.
– Comme si je pouvais. Tu sais bien que nos corps ne peuvent s’offrir qu’à Lexas ! C’est quand même la base d’une concubine ! Hors de question que je déshonore notre code et nos traditions ! Non ça va… Je m’en occuperai seule et voilà. Pf…

Lexas eut un nœud à l’estomac… Il se devait d’être honnête avec lui-même… Il aurait bien aimé avoir sa première partie du rituel, aussi fausse soit-elle. Mais peu importe, il voulait montrer l’exemple. Il enfila un pantalon, et Aryna lui tendit un poignard, avant d’enlever son T-Shirt elle aussi. Toutes les concubines s’allongèrent en étoile autour de Lexas, qui était à genoux au centre. Il regarda Aryna, inquiet.

– Ne t’en fais pas Lexas, ça sera beaucoup plus facile que lorsque tu as sauvé la vie de Wanli… Et la mienne… Entaille-toi la main, puis pose-la au niveau de notre nombril. Ferme les yeux, visualise ton énergie vitale et celle de la femme que tu touches et relie les… Tu vas y arriver…
– Oui, je vais y arriver.

Lexas sourit à Aryna, qui ferma les yeux et se détendit. Lexas regarda le poignard, apeuré. Il avait peur de s’entailler jusqu’au sang, peur de ne pas y arriver, peur de ce qui allait se passer et de ce que sa vie allait devenir. Il regarda les filles tout autour de lui, et ses peurs se dissipèrent. Tant qu’elles seraient là, il pourrait avancer.

Il serra le poignard de toutes ses forces et tira un coup net. Son sang coula le long de son bras, et il décida de commencer par Wanli. Il posa sa main sur son ventre et se concentra… Il avait déjà vu son énergie vitale, il pensa que ce serait plus facile de commencer par elle. Aryna avait raison, c’était effectivement très simple… En quelques secondes, il aperçut la lueur bleutée de l’énergie vitale de Wanli, il imagina qu’elle se transformait en un fin fil, ce qu’il se passa. Il visualisa sa propre énergie, la transforma en fil sans savoir comment, et fit un nœud entre les deux énergies, un nœud indéfaisable… Lorsqu’il le serra, Wanli émit un petit cri, puis s’endormit immédiatement. Lexas ouvrit les yeux. Il passa à Tsomy, et se concentra, même s’il eut beaucoup de mal à le rester, trop obsédé par le corps de celle-ci. Le rituel se passa à merveille, de même que pour Helmi et Rikki, qui s’endormirent à leur tour. Vint ensuite la dernière concubine, Aryna. Lexas posa sa main sur elle, mais cette fois-ci, les choses furent plus compliquées. L’énergie vitale d’Aryna résista, elle n’était pas seulement bleue, mais aussi blanche, rouge, verte… Il ne savait pas laquelle attraper. Finalement, après plusieurs longues secondes, il parvint à toutes les attraper et à les lier. Aryna eut de petits spasmes avant de pousser un long soupir de plaisir. Elle ouvrit les yeux et embrassa Lexas.

– Qu’est-ce que… 
– Pour m’excuser… Et te remercier… Ce rituel a été… Très agréable…
– Mais pourquoi est-ce que tu n’es pas…
– Endormie ?
– Oui…
– Parce que je suis une Gardienne… Mon énergie vitale est bien plus importante. Les filles sont complètement vidées mais moi… J’ai encore trop d’énergie Lexas… 
– Trop d’énergie…
– Je serais une très mauvaise Concubine en Chef si je laissais mon Celestial dans une si frustrante situation, non ?

Aryna lécha le sang sur la main de Lexas, puis remonta le long de son bras, lécha son cou et ses lèvres. Lexas ne bougeait plus.

– Aryna il… Il y a dix minutes tu voulais me trucider et là…
– Je me suis excusée, j’ai mal réagi… Où plutôt, j’ai été une vilaine fille… J’ai compris ce qui m’a poussé à faire ça, je ne recommencerai plus… Et j’ai vraiment l’impression que… Cette huile était vraiment… Un puissant aphrodisiaque… Hum… Elle continua à l’embrasser dans le cou.
– Quelle huille ?
– Lexas… Tu veux pas agir au lieu de parler ?

La Gardienne fit pression sur un point plus que sensible du Celestial, qui poussa un petit cri aigu.

– Aryna je… Pas ici il y a… Les filles et…
– Elles dorment… Et au pire… Qu’est-ce que ça peut faire… T’étais bien parti pour faire ça avec les quatre non…
– Eh bien je…
– Tais-toi Lexas…

Aryna embrassa langoureusement Lexas. Il ne put résister davantage, il la leva de ses bras musclés, avant qu’elle ne mette les jambes autour de sa taille, le serrant avec une force inouïe. Le Celestial se dirigea vers son lit et s’allongea avec elle… L’Orchidée Bleue avait l’habitude de ce genre de scènes, c’était sa raison d’être… Mais ce soir, même les murs du bordel allaient rougir…

Le lendemain matin, Lexas se réveilla aux côtés d’Aryna, il remarqua les filles, toujours endormies sur le sol. Rikki fut la première à se réveiller.

– Hum… Où je suis… Pourquoi je suis par terre… Et toute nue ?
– Ce n’est rien Rikki, le rituel t’a endormie…
– Houuuu… Pardon Monsieur ? 
– Eh bien je te réponds.
– Répondre ? Mais je n’ai rien dit je… Houuu ! Bonjour ! Mademoiselle Aryna.

Soudain, Lexas entendit des tas de voix dans sa tête. Puis, Aryna se leva et râla.

– Hey, hey les filles plus doucement ! Pourquoi vous parlez si fort de bon matin !
– Mais on a rien dit !
– Quoi ? Oh non… Oh… Oh par pitié Lexas ! Fais quelque chose ! 
– Quoi mais ? Quoi ?
– Aryna ! Tsomy se jeta sur le lit. J’y crois pas ! Tu as couché avec Lexas et… Ho ! Tu lui as fait CA ! Moi aussi je veux ! Lexas ! En piste ! Je peux faire encore mieux moi !
– Quoi, mais fait quoi ? Comment tu sais que…
– Stop, stop pitié, que plus personne ne parle ! Aryna se leva. Ni ne pense ! Si, c’est possible, allez !
– Qu’est-ce qui se passe Aryna ?
– Lexas tu dois faire quelque chose ! Nos liens fonctionnent à merveille, mais tu dois les activer que quand nous en avons besoin ! On entend tous les pensées les uns des autres, c’est infernal ! Et puis… Comment ça Helmi ?! Quand est-ce que tu as fait ça ?!
– Moi ?! Mais j’ai rien fait !
– Mais arrête la comédie, j’entends ce que tu penses ! Penses moins fort !
– Mais comment ???!
– Et tu lui as fait ça aussi ! Lexas ! Pensez à autre chose, je veux pas voir ça moi ! Tsomy ragea. Fermez tout !
– Mais je n’y peux rien ! Je fais comment moi ?
– Mais on en sait rien ! Débrouille-toi !
– Hoouuuuuuuu ! Houuuuu ! Non non, je ne veux pas voir ça ! Oh… Mademoiselle Aryna vous… Houuuuu.
– Ah ! Tu vois ! Même Rikki est choquée ! Je te savais perverse Aryna mais là !
– Mais arrêtez ! Qui pense à ça ! Qui ? Lexas ! Stop !
– Mais alors rhabille-toi !
– OH !
– Là Aryna c’était… Osé… La coquine… Helmi rigola en rougissant.
– Mais arrêtez ! Lexas ! Lexas !

Sirius et Raven passèrent devant la porte et ne purent s’empêcher de rire en entendant cette panique. Sirius était d’un côté fier de son ami, fier qu’il ait enfin réussi à accepter ses capacités, mais il était aussi triste de la voie qu’il arpentait. Mais il s’était juré d’être son allié quoi qu’il arrive. Raven rigola elle-aussi, et il se retirèrent…

Après un nombre incalculable d’essais, Lexas parvint à bloquer sa capacité, du moins plus ou moins… Il n‘en revenait pas, lui qui avait mis tant de temps à la débloquer, il devait la bloquer ! Le groupe chargeait les dernières affaires dans le véhicule de Rikki, une sorte de grand van extrêmement modifié et augmenté. Le groupe l’admira, puis Aryna remarqua la tête de Lexas.

– Ne fait pas cette tête Lexas. L’objectif c’est d’utiliser ta capacité dès que tu le veux, pas qu’elle soit libre de faire ce qu’elle veut.
– Oui oui je sais mais… Y a un truc qui me chiffonne…
– Lequel ? Ils montèrent dans le véhicule.
– Tout à l’heure, avant de réussir à la bloquer, je me voyais…
– Bien-sûr, tu es capable de voir tout ce qu’on voit, et inversement. C’est là toute la force de ta capacité, du moins quand tu la maîtriseras. Tu verras tout ce que l’on voit, tout ce qu’on entend… En bref, tous nos sens seront partagés avec toi. Et si tu ouvres le lien d’une autre fille, ce sera son cas aussi. C’est pour ça que c’était si bruyant tout à l’heure, tu nous transmettais à chacune toutes les pensées, tous les sens l’une de l’autre.
– Mais attends… Je peux donc choisir l’une d’entre vous et… Ouvrir un lien.
– C’est ça.
– Et donc, voir… Entendre… Tout ce que vous faites ?
– C’est ça, et tu peux… Oh ! Ohhhh non non non non ! Je connais cette tête Lexas ! Avise ! Espèce de sale petit pervers je te vois venir ! Et celle-là tu la vois ? Aryna montra sa main. Et puis d’abord tu ne peux pas utiliser un lien à sens unique ! Si tu utilises le mien, je serai connectée à toi, donc je le saurais !
– Mais non Ary, c’est tout à fait possible de…
– TSEUH ! Non Tsomy ! C’est pas possible !
– Mais pourtant j’ai bien lu dans…
– NON ! Pas possible !
– Euh pardon… Je… Je peux y aller ? J’allume le véhicule, vous êtes tous prêts ?
– Vas-y Rikki. Lexas profita de la situation pour changer de sujet, bien décidé à creuser la chose une fois tout ceci terminé… Il va nous falloir combien de temps ? Trois, quatre jours ?
– Non, mademoiselle Aryna m’a demandé de me débrouiller pour que le véhicule aille le plus vite possible, car nous n’avions plus de temps à perdre. C’est pour ça qu’il lui a fallu autant d’énergie.
– D’accord, mais du coup ?
– Du coup, j’ai fait en sorte qu’il aille le plus vite possible comme demandé. A la limite de ce que le corps humain peut supporter Monsieur.
– La… La limite ? Attends on… On va arriver à Maartkham dans combien de jours…
– Pas jours Monsieur, heures. Nous y serons dans cinq heures.
– Quoi ! Cinq heures au lieu d’une semaine ! Non, non ! N’allume pas ça !
– Allons-y Rikki. Aryna rigola.
– Bien !
– Non ! On va mourir stop ! C’est un ord…

Rikki actionna un bouton et le véhicule démarra telle une fusée, collant aux fauteuils chaque membre du groupe. Lexas tourna difficilement la tête vers sa concubine mécano et essaya de parler.

– Mais… Qui… Conduit… À… Cette… Vitesse…
– Intelligence… Artificielle…
– Mais… On… Va… Mourir…
– Non… Pas… Si… Bons… Calculs…

Wanli ferma les yeux et pria Ashima. Helmi de son côté, avait déjà envie de vomir… Mais elle était collée au siège et bien incapable de prendre ses petites fleurs curatives. De toute façon se disait-elle, tout ce qu’elle avait dans l’estomac était lui aussi collé au siège et ne pouvait pas bouger…

Cinq heures plus tard, comme l’avait prédit Rikki et à la grande surprise de tout le monde, le véhicule s’immobilisa, sans avoir tué personne. Helmi reconnut son petit déjeuner en face d’elle, Wanli sortit du véhicule et s’écroula, avant de devenir le tapis de sol de Tsomy qui s’écroula à son tour. Aryna essaya de garder sa fierté et tituba en sortant, suivi par Lexas. Seule Rikki était toute fraîche et avait l’air de s’être beaucoup amusée… Elle alla au devant du véhicule, remarqua quelques boyaux d’Errants sur la carrosserie et se dit qu’elle devrait intégrer ça à ses calculs. Elle ouvrit le capot, vérifia le moteur et ferma. Elle se retourna.

– Parfait, nous sommes juste sur colline qui donne sur… Sur… La cité…

Rikki perdit son sourire et lâcha tout ce qu’elle avait dans les mains pour les mettre devant la bouche. Surpris, le groupe la regarda puis essaya tant bien que mal d’atteindre son niveau, Wanli allant même jusqu’à ramper. Mais tous leurs regards trahissèrent la même chose… Aryna tomba à genoux, les yeux remplis de larmes…

– Non, non… C’est pas vrai… C’est pas vrai…

Les yeux de Tsomy, pourtant friands de flammes et de chaos, ne purent s’empêcher de verser des larmes devant un tel spectacle. Leur belle Cité, leur Cité si chère, celle qu’elles s’étaient juré de protéger, était devenue un enfer sur Terre où dansaient les Flammes de la Mort… Et visiblement, la Mort avait des ailes…

————————————-

Tatannnn… Mais que peut-il bien se passer à Maartkham… Réponse et fin de la préquelle dans le prochain chapitre ! Il arrivera très bientôt, il est actuellement entre les mains des bêta lecteurs qui apportent leurs petites touches et corrections. Encore une fois un grand merci à eux !

En attendant la suite, n’hésitez pas à me rejoindre sur Instagram pour suivre en temps réel tous les projets ! Ça m’aidera et me fera plaisir !

Merci infiniment d’avoir pris le temps de lire ce texte qui nous a demandé beaucoup de travail et à très bientôt pour la fin des aventures de Lexas avec le chapitre 07 !

En route vers 2021 - Gardiennes d'Ashima
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Naissance de l'Aube Rouge : chapitre 07 et fin.

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