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Chapitre 03

— LES GARDIENNES D’ASHIMA
TOME 01 : L’APPEL DE L’AUTRE MONDE

CHAPITRE 03

" Un Ange au milieu des enfers"​

Samantha dans le chapitre 03, avec Tomoe.

De ses longues et majestueuses ailes noires, le corbeau de Raven parcourait sans répit les Terres Blanches à la recherche d’une magnifique jeune femme aux cheveux d’or. Sam avait quitté la Capitale depuis moins d’une journée, l’oiseau n’aurait aucune difficulté à balayer rapidement le périmètre probable de sa position. Même si comme Kira, la jeune gardienne possédait des capacités de transfert, elle parcourait rarement les Terres Blanches à toute vitesse. Elle préférait faire attention aux détails, éviter les Errants, trouver des lieux utiles, préparer le terrain pour de futures sorties ou encore, venir en aide à la moindre personne dans le besoin.

C’est d’ailleurs pour cette raison que le corbeau n’eut à voler que quelques heures avant de retrouver la trace de la jeune femme. De son œil avisé, il la surveilla quelques instants, comme pour s’assurer qu’il s’agissait bien de la bonne personne. Puis, lentement, il amorça sa descente afin de se poser sur une branche de chêne située non loin de la position de la jeune femme et d’un immense chien à la fourrure blanche.

Samantha était assise au bord d’une falaise offrant une vue magnifique sur les Terres Blanches. Elle était partie du côté Nord de la Capitale, dans les terres envahies à perte de vue par la forêt des Songes. La topographie était bien irrégulière, et il n’était pas rare de trouver de hautes collines et des montagnes dans le paysage. La végétation avait repris ses droits sur les ruines de l’Ancienne Civilisation, tombée depuis plus de trois siècles. Cela rendait la périphérie de la grande ville d’autant plus dangereuse, car il était bien plus facile de se faire surprendre par les Errants et les Démons, voir les bandits, dans ces lieux offrant peu de visibilité. Mais la jeune femme avait l’habitude de sortir dehors et cela ne lui faisait plus peur. À côté d’elle, imitant sa position du lotus, une petite fille la regardait avec admiration. Tout comme Samantha, elle avait coiffé ses cheveux d’une tresse, aussi longue que lui permettait la longueur de ses courts cheveux bruns. Elle semblait mourir d’envie de prendre la parole. Samantha eut un sourire et se retourna vers la petite fille.

– Qu’est-ce qu’il y a Tomoe ?
– Tu crois que je pourrai être comme toi plus tard ?
– Pourquoi est-ce que tu veux être comme moi ?
– Parce que tu es belle ! Et tu es forte ! Et tu sais tout faire ! Moi je veux faire pareil !
– T’es tellement mignonne ma puce. Sam serra la petite fille contre elle. Mais je ne sais pas tout faire tu sais ?
– Mon papy y dit que tu es comme ça aussi… Mo… Moldestre !
– Moldestre… ?
– Oui parce qu’il dit Papy que tu dis jamais aux gens que tu es trop forte et que tu caches tes gentils actes parce que tu es gentille et moldreste ! Et même que je dois prendre exemple !
– Oh… Sam rigola. Eh bien ton Papy a raison, tu dois être modeste. Mais je vais te confier un secret. Tu le répètes à personne d’accord, ça sera notre secret à toutes les deux.
– Hum hum hum ! La petite fille valida de la tête et s’approcha de Sam les yeux brillants.
– Tu vas être encore plus belle et plus forte que moi ! Parce que tu es unique.
– C’est vrai ????
– Et comment ! Mais tu dois bien suivre ce que ton grand-père te dit d’accord ?
– Oui ! Être toujours gentille, aider tous les gens que je rencontre et leur apporter du bonheur ! Et aussi les protéger ! Et être moldestre !
– Voilà ! Sam rigola une nouvelle fois. 
– Et pourquoi tu restes là assise comme ça ? Moi aussi je dois faire ça ?
– Ça s’appelle de la méditation. Ça aide notre corps et notre esprit à être synchrones.
– À quoi ?
– Oh… Disons plutôt que ça les aide à ne faire qu’un.
– Ohhhh… Comme des meilleurs amis ?
– Exactement !
– Tu m’apprendras à le faire ? Je veux faire comme toi !
– Bien-sûr ! Mais pour l’heure hop, Sam se leva dans un bond, retournons au village. La nuit va tomber.
– Et toi tu vas affronter le méchant Démon ! Je peux venir, dis, s’il te plait, s’il te plait ?
– Quand tu seras un peu plus grande d’accord ?
– Mais je suis grande ! Regarde ! La petite fille se leva à son tour et bomba le torse.
– Presque assez grande oui ! 
– Mais Samantha ! Moi aussi je veux aider et protéger le village !
– Hummmm… Sam fit semblant de réfléchir. Tu es sûre ?
– Oui !
– Alors je vais te confier une mission secrète ! Mais c’est dangereux ! Tu dois être courageuse d’accord ?
– Oui ! Je serais comme toi !
– D’accord ! Alors viens avec moi !

Sam prit la main tremblante d’excitation de la petite fille et commença à arpenter le sentier en terre menant au village en contrebas. Quelques pas plus tard, la petite fille montra son envie de monter sur le dos de Flash, le chien de Sam, toujours à ses côtés. Il faut dire que pour elle, c’était un poney ! Elle y fut autorisée et Flash aboya de joie. La Gardienne était au petit village de la Fleur Céleste, un modeste hameau habité principalement par des guérisseurs et des herboristes. Certains d’entre eux étaient considérés comme des Maîtres et nombreux étaient leurs apprentis. Grâce à leur savoir et leur partage, bien des villages parvenaient, petit à petit, à avoir eux-mêmes des soigneurs en leur sein. Et par les temps qui courent, cela n’était pas un luxe. Le grand-père de la petite Tomoe, Sylestre, était d’ailleurs le chef du village, du moins, celui qui prenait les grandes décisions lorsqu’elles ne pouvaient pas être votées. C’était un homme de petite taille, avec une longue barbe et des cheveux tout aussi longs, blanc neige. Il portait toujours un large chapeau de paille pour se protéger du soleil et était habillé d’une simple toge en lin. Les habitants de la Fleur Céleste vivaient pour le savoir et ne s’intéressaient guère à la richesse. Ils vivaient de la Nature et ne voulaient changer leur mode de vie pour rien au monde. Ils soignaient même les brigands qui savaient qu’ils pouvaient trouver refuge en ces lieux. À tel point que le village de la Fleur Céleste était devenu un endroit neutre et paisible. Les bandits et les pillards savaient pertinemment qu’à part des fleurs et des potions, il n’y avait rien de valeur à voler, si ce n’est les savoirs ancestraux. Et même ici, pourquoi les voler alors qu’ils sont donnés librement ? Attaquer le village pour le plaisir ? Ce serait perdre une source précieuse de soin. Personne ne s’y risquerait. Certes, les villageois vivaient de peu et très modestement, mais ils étaient heureux et vivaient paisiblement. Du moins, jusqu’à ce qu’un Démon n’eut envie de venir les déranger…

Samantha était une habituée du village. Lors de ses sorties, elle passait régulièrement par celui-ci afin de proposer son aide, que ce soit pour servir d’escorte, de main d’œuvre ou encore de formatrice. Ici aussi, sa gentillesse était admirée et sa présence presque vénérée. Mais elle n’y prêtait pas attention, la seule chose qui l’importait, c’était d’aider les gens et d’améliorer leur quotidien. Aussi accourra t’elle lorsqu’elle reçut un message du grand-père, lui indiquant qu’un Démon menaçait le village.

La petite fille sauta de Flash et courut toute excitée dans les bras de son aîné.

– Papy, papy ! Sam a dit qu’elle allait me confier une mission secrète !
– Dans ce cas, pourquoi me le dis-tu Tomoe ? Un secret doit rester un secret…
– Oh ! La petite fille se mit les deux mains devant la bouche.
– Ce n’est rien Tomoe, ton grand-père ne sait pas ce qu’est ta mission ! Viens voir ici…

Sam s’accroupit et chuchota quelque chose à l’oreille de la petite fille, qui écouta avec grande attention. Puis, cette dernière courut à toute vitesse au centre du village. Le grand-père rigola et invita Sam à marcher à travers les immenses jardins fleuris du village, où virevoltaient oiseaux, papillons et lucioles. Tout était paisible et harmonieux.

– Je te remercie de passer un peu de temps avec Tomoe, Sam. Cette petite ne fait que parler de toi… Sais-tu qu’elle a même des dessins te représentant dans sa chambre ? Ils ne rendent pas hommage à ta beauté bien-sûr, mais hé hé hé… Ahhhh… Si j’avais 50 ans de moins…
– C’est avec plaisir, elle est adorable.
– Alors, dis-moi, quelle est cette mission secrète ?
– Vous voudriez que je trahisse notre secret ?
– Oh non… Tu as raison… Nous faisons la morale aux enfants mais… Ah ah ah. Elle veut toujours être notre petite protectrice… Hé hé hé. D’ailleurs en parlant de protection, j’ai demandé à tous les villageois de se rassembler à l’Auberge, comme tu me l’as demandé. Es-tu sûre de ne pas vouloir d’aide ? 
– Certaine, je vous remercie. Dès que j’en aurai fini, je reviendrai vous voir.
– Très bien… Le grand-père semblait songeur… Mais tout de même Sam… Un Démon ici ? Je ne comprends pas. Et depuis des jours ! Pourquoi n’a t’il rien fait ? Les Démons ne sont-ils pas censés être des défunts dont l’âme, tourmentée par de terribles maux l’ayant empêchée de traverser la Barrière, retourne s’emparer du corps de ces malheureux afin de se venger ?
– C’est ça. Mais il ne faut pas écarter l’hypothèse que nous ne sachions pas encore tout à leur sujet… Ils sont plutôt rares.
– Et fort heureusement ! Sylestre montrait beaucoup d’intérêt au sujet. Est-il vrai que leur âme, lorsqu’elle erre seule dans notre monde, se gorge d’énergie vitale et confère au revenant une puissance inouïe, comparable à celle des Gardiens ?
– C’est vrai.
– Fascinant… Je me rends compte que malgré mon âge, je n’ai fait qu’étudier les plantes et la Nature… Jamais je ne me suis intéressé à ce genre de… Choses…
– Vous savez ce qu’on dit, il n’est jamais trop tard pour apprendre.
– Mais je ne comprends toujours pas… Pourquoi ici ? Nous n’avons jamais refusé d’aider quelqu’un dans le besoin. Nous avons toujours offert notre savoir et notre hospitalité. Pourquoi est-ce qu’un Démon viendrait au village de la Fleur Céleste ? Cela n’a aucun sens… Se venger de quel malheur ?
– Je ne sais pas… Peut-être qu’il n’est pas là pour le village, mais pour quelqu’un de précis…
– Tous les habitants ici ont le cœur sur la main.
– Vous avez des invités ?
– Bien-sûr, mais ils ne restent jamais bien longtemps, le Démon les aurait suivis. Et puis la plupart des gens ici sont charmants.
– Nous avons tous un passé…
– C’est tout de même très étrange. Mais ce Démon doit être apaisé, son âme doit retourner dans le monde des Morts, elle doit retourner au cycle. Je n’ose imaginer ses souffrances… Emprisonné dans un corps en décomposition, obsédé par la colère, le chagrin…
– Vous savez… Nous n’avons pas encore trouvé comment envoyer de force une âme de l’autre côté… 
– J’ai entendu dire que certains Gardiens y parvenaient, est-ce vrai ?
– Personne n’en a jamais rencontré cependant… Mais nous faisons des recherches… Nous trouverons une solution pour les aider…. Sam perdit le regard sur des lucioles.
– Ton regard en dit long Samantha… Tu sembles très concernée…
– Ne vous en faites pas, quoi qu’il en soit, vous n’aurez plus de souci avec ce Démon.
– Bien, c’est le plus important j’imagine. Je ne vais pas te déranger plus longtemps, la nuit tombe. Je te remercie encore Sam. Le papy prit les mains de Sam dans les siennes.
– C’est normal.
– Une dernière chose… Le papy regarda derrière Samantha.
– Oui ?
– Ton chien Sam…
– Flash ? Eh bien ?
– Quel âge a-t-il ?
– Ah ah ah, Sam rigola timidement. Pourquoi cette question ?
– Eh bien pour tout te dire… Je te connais depuis bien longtemps, et je t’ai toujours connue en sa présence. Sa longévité semble exceptionnelle.
– Tout comme la vôtre.
– Ah ah ah ah ! Les bienfaits de la Nature !

Sylestre fut appelé par une habitante qui lui demanda son aide pour finir de regrouper les gens et leur donner leurs instructions. Il adressa un grand sourire à Sam, qui remarqua que le peu de dents qu’il restait à l’homme semblaient vouloir sauter hors de sa bouche… Sam lui rendit son sourire et se dirigea vers sa chambre. Elle était tellement appréciée au village qu’elle avait une petite cabane rien qu’à elle, construite par les habitants. C’était rustique et modeste, mais elle adorait ça, rien que le nécessaire. C’était comme un petit cocon de bois. Cependant, lorsqu’elle y dormit pour la première fois, elle avait dû reboucher un trou discret en haut du mur… Les hommes d’ici avaient beau avoir le cœur sur la main, cela n’empêchait pas leurs hormones de leur jouer des tours…

Elle attrapa un petit sac duquel elle sortit une écharpe blanche et une veste à capuche de la même couleur. Elle enfila ensuite un pantalon militaire kaki qu’elle fourra dans de grosses chaussures. Puis, elle s’approcha de la petite entrée et mit sur son épaule un magnifique arc blanc et bois, taillé dans un if centenaire et un carquois assorti. Elle examina ses flèches. À première vue, celles-ci n’étaient pas terminées, car elles n’avaient pas de pointe. Habituellement, les flèches possédaient des pointes métalliques, mais celles de Sam n’en avaient tout simplement pas. Il n’y avait que le bout du tube en bois, plat d’un côté et avec l’encoche de l’autre, décoré de magnifiques plumes naturelles. Son carquois passa dans son dos, elle enfila sa capuche et sortit. Elle passa rapidement devant l’auberge où elle vit la petite Tomoe aider son grand-père à faire entrer tout le monde. Lorsque la petite fille remarqua Sam, elle lui fit un grand signe de la main, puis se mit dans une position de combat avec son bâton bien trop grand pour elle, investie avec grand sérieux dans sa mission secrète. Elle ressemblait plus à une perchiste qu’à une combattante, et cela fit rire Samantha. La blonde lui fit un clin d’œil et mit son écharpe devant la bouche. De son visage, seuls ses magnifiques yeux de jade étaient désormais visibles. Visage caché, cape blanche, un arc aux tirs majestueux : Samantha avait disparu et avait laissé place à celle que les habitants des Terres Blanches surnommaient la “Déesse Blanche”. Ils étaient peu à connaître son visage, que ce soit à la Capitale ou à l’extérieur. Et comme toutes choses qu’ils ne connaissaient pas, les gens en tiraient des légendes. Les actes de Sam, n’ayant pas de visage, étaient devenus ceux d’une légende urbaine. Celle de la Déesse Blanche bénie par Ashima, parcourant les Terres Blanches pour sauver les plus démunis.

Sam n’aimait pas ce surnom, d’ailleurs elle n’aimait généralement pas vraiment que l’on parle d’elle, préférant les actes aux mots. Mais elle n’y pouvait rien, les gens parlaient. Tout comme Kira et Kali, elle mettait un point d’honneur à rester dans l’ombre, à être anonyme. C’était d’ailleurs elle qui avait montré à ses amies à quel point faire le bien sans le montrer était un sentiment magique. Cependant, lorsqu’il fallait agir au grand jour pour sauver des vies, rester dans l’ombre était difficile. Cacher leur visage leur permettait alors de sauvegarder leur anonymat et leur tranquillité. Et la tranquillité, était un bien précieux pour les trois amies.

Lorsque la jeune gardienne passa la porte extérieure du village, celle-ci se referma derrière elle. Elle marcha quelques lieux avec son fidèle compagnon et leva les yeux au ciel. Un immense corbeau tournoyait et attendait patiemment qu’elle le remarque. Sam tendit le bras vers le ciel et le magnifique oiseau au plumage noir vint délicatement se poser sur sa main. Elle le caressa et il profita quelques secondes de cette étreinte. Puis, les yeux de l’oiseau se mirent à briller d’un violet étincelant, faisant résonner la voix de Raven dans la tête de Sam :

 – Samantha. Tu dois rentrer immédiatement. Sirius nous convoque pour une réunion d’urgence. Reviens à la Capitale dès que possible, je compte sur toi. Avec toute mon affection.

Les yeux de l’animal redevinrent noirs comme la nuit et il profita des dernières caresses de Sam avant de prendre son envol à nouveau. Sam le regarda fendre les cieux tout en reprenant sa route, puis baissa les yeux et réfléchit quelques instants. Il était rare que Raven envoie un de ses corbeaux, et encore plus que Sirius organise une réunion d’urgence. Elle devait se hâter, quelque chose n’allait pas. Cependant, elle ne pouvait laisser le village à la merci du Démon… Aussi décida-t-elle de s’occuper de ce dernier en priorité, avant de partir immédiatement après pour la Capitale. La route de nuit était bien plus dangereuse, mais il n’y avait pas de temps à perdre. Sam s’arrêta et se mit à genoux pour caresser la crinière de Flash. Elle lui adressa quelques mots.

– Flash mon grand, rends-toi immédiatement à l’Orchidée Bleue d’accord ? Et soit prudent ! Je suis juste derrière toi.

L’immense chien couina quelques secondes, léchouilla la joue de sa Maîtresse, se cala quelques secondes sur son épaule puis partit à toute vitesse dans la forêt. Flash servait de message d’urgence. Kira, Kali et même Raven, savaient très bien que si Flash se présentait seul, cela signifiait que Samantha était en route. Un Flash calme indiquait que tout allait bien. Un Flash paniqué, signalait un énorme problème. Sam reprit sa route en regardant son ami disparaître dans la végétation.

Lentement, le soleil se coucha… Le brouhaha du village devint silence, les grillons commencèrent leurs chants… Samantha retourna à la falaise, là où elle avait eu le temps d’étudier chaque possibilité, chaque approche. Où que le Démon apparaitrait, elle était prête à l’accueillir et à protéger le village. Elle posa délicatement son arc au sol, s’assit en tailleur et fixa l’horizon qui devenait de plus en plus sombre. Elle profita de ces derniers instants de calme pour faire le vide dans sa tête et se concentrer sur son objectif. Mais une question ne semblait pas vouloir quitter son esprit… Le vieil homme avait raison, pourquoi un Démon s’en prendrait t’il à ce petit village si calme et altruiste ? Est-ce que ce revenant pourrait être animé par autre chose qu’un puissant sentiment néfaste ? Et pourquoi n’était-il pas encore passé à l’attaque des jours auparavant ? Sam avait l’habitude de chasser des Démons, même s’ils ne courraient pas les Terres Blanches, mais ce soir, quelque chose semblait différent… Et elle n’aimait pas ça.

Le ciel était dégagé et mis à part les lumières de l’Auberge du Village de la Fleur Céleste, tout était plongé dans la pénombre. Chance pour la Gardienne, une magnifique pleine lune, haute dans le ciel, rayonnait avec éclat. Elle lui offrait suffisamment de visibilité pour sa chasse. Samantha était calme, assise au bord de la falaise, les yeux fermés. Sa respiration était lente et un sourire ornait son visage. Elle écoutait la brise, se laissait bercer par les grillons et le bruit des feuilles. Elle ne faisait plus qu’une avec la Nature. Soudain, la jeune femme attrapa son arc et se leva en un éclair. Elle piocha une flèche dans son carquois, l’encocha à une vitesse inouïe, banda son arc et perça l’air. En vol, le bout de sa flèche se mit à briller d’un bleu aveuglant, et celle-ci traversa un large buisson sur la falaise opposée à la sienne, derrière le village. 

L’arc toujours en main, Sam sauta dans le vide. Ses magnifiques yeux verts se mirent à briller et après une longue chute de plus de trente mètres, elle se posa au sol telle une feuille. Puis, elle passa de plume à plomb. Son pied droit s’enfonça violemment dans le sol et elle se lança dans une course folle, soulevant la poussière sur son passage. Tel un guépard, elle fonça à toute vitesse dans la direction de sa flèche et surmonta l’autre pan de falaise dans un saut majestueux. La capacité de transfert de Sam rivalisait avec celle de Kira, en revanche, la jeune blonde possédait une capacité que Kira avait toujours eu du mal à maîtriser, celle d’Élémentaliste. Il fallait dire que Raven, experte en la matière, était une très bonne professeure. La capacité de Sam à faire de l’air son allié additionné à sa capacité de transfert lui permettait de faire des manœuvres sur-humaines. Elle fendit l’air et se retrouva en quelques secondes à l’endroit qu’elle avait visé de sa flèche. Elle mit un genou au sol et étudia son environnement en caressant le sol pour écarter les feuilles. Elle ne cherchait pas de sang, car sa flèche était bien inoffensive. Non, ce qu’elle cherchait, c’était des traces d’énergie vitale. Et elle allait être servie. La jeune femme suivit la piste qui s’enfonçait dans la pénombre jusqu’à ce qu’une odeur cadavérique s’éleva dans les airs. Elle le savait, le Démon était proche ! Bien souvent, les âmes qui n’arrivent pas à traverser la Barrière, retenues dans le monde des Vivants par un puissant sentiment, retournaient dans le corps du défunt afin d’essayer de soulager ce sentiment. Elles ne pouvaient pas faire autrement, l’âme étant liée à l’enveloppe physique. Cependant, il se pouvait qu’une âme ne retrouve son corps qu’après plusieurs années… Autant dire que l’état de ces derniers n’était pas toujours très ragoutant. Les membres qui ne tenaient plus avec de la chair tenaient grâce à la matérialisation d’énergie vitale. Bien des Gardiens pourraient envier les Démons de cette maîtrise, si seulement ils ne leur inspiraient pas autant de dégoût. 

Samantha arriva à un étrange cimetière. Celui-ci semblait abandonné… Les tombes étaient recouvertes de ronces et seules de grandes croix en bois permettaient de les situer… Sam fut étonnée de cette découverte, car habituellement, les défunts étaient brûlés, afin d’éviter justement, leur possible retour en Démon… Mais il y avait pourtant ici des dizaines de tombes. L’une d’entre elle attira son attention… Il y avait plusieurs jours que la terre avait été retournée, mais comparé au reste du paysage, l’acte était tout frais. Elle avait été retournée depuis l’intérieur de la tombe… Aucun doute, le corps du Démon provenait de ce cimetière. Elle remarqua une petite stèle sur le côté, où était gravé à la main une inscription. Sam se mit à genoux.

– Ci-gît une fille, une mère, une…

Chloum ! Sam esquiva de peu une énorme pierre. Elle roula sur le côté et banda son arc. Sa cible était rapide, elle semblait savoir que Sam utilisait une telle arme. Elle était donc intelligente et ne fonçait pas inconsciemment… Premières informations. Sam attendait, patiemment. Le Démon décrivait des cercles autour d’elle, mais ne l’attaquait pas. C’était bien là une grande première… Tous les Démons qu’elle avait croisés jusqu’ici, enivrés par leur puissance et leur haine, n’hésitaient jamais à se jeter sur tout ce qui bougeait. Mais ici ce n’était pas le cas, il attendait… Pour le mettre à l’épreuve, Sam baissa son arc. Mais toujours rien, il lui tournait autour. La Gardienne décida alors de passer à l’offensive, au moindre bruit, elle tenta de se diriger vers la position du Démon, mais il était rapide, très rapide, comme si toute son énergie n’était dédiée qu’à la vitesse. Sam joua une nouvelle carte et l’ignora, mais encore une fois, elle ne fut pas menacée… La situation l’intriguait de plus en plus. Elle retourna vers le cimetière, souhaitant voir une nouvelle fois l’inscription. Mais impossible, lorsqu’elle s’approchait, une nouvelle pierre essayait de lui fendre le crâne. Elle essaya alors de s’enfoncer un peu plus dans le lieu… Elle fit quelques pas à travers les tombes, avant d’en approcher une nouvelle. Rapidement, elle dû faire un bond en arrière avant de bander son arc. Mais elle ne tira pas, elle préférait jauger l’amas de chair qui se jeta sur elle ! Le Démon tenta de l’attraper et la fit reculer. Samantha était une Gardienne très puissante, surtout pour son âge, mais elle ne prenait jamais aucun adversaire à la légère. Elle partait toujours du principe que le moindre ennemi était plus fort qu’elle, et cherchait toujours à analyser celui-ci avant d’attaquer sérieusement. C’est pour cette raison qu’elle fit quelques pas en arrière et revint à la tombe éventrée… De nouveau, le Démon essaya de lui lancer une roche, mais ne l’attaqua plus. Sam avança une nouvelle fois, et se retrouva nez à nez avec le Démon, qui l’attaqua encore. C’était clair désormais, il refusait de la laisser avancer… Mais pourquoi ? Elle voulait en savoir plus.

Ses yeux se mirent à briller et la jeune femme fit mine d’examiner la stèle. Une nouvelle roche fendit les cieux pour tenter de lui briser le crâne, mais elle fit une gracieuse pirouette pour l’éviter, l’attrapa au vol et la réexpédia à l’envoyeur. Dans une parfaite chorégraphie, elle banda son arc, avança vers le fond du cimetière et décocha. Deux attaques étaient largement suffisantes pour repérer les habitudes de son ennemi. En plein vol, le Démon se prit la flèche en pleine poitrine et fut projeté au sol. Il tenta de se relever, mais Sam fit un petit mouvement de la main, qui le cloua au sol. La lueur de la flèche s’intensifia et plus Sam refermait son étreinte, plus le Démon avait du mal à bouger. Voilà la force des flèches de Samantha, elles se pliaient à sa volonté et emprisonnaient l’énergie vitale de sa cible. Une petite technique que la jeune femme avait mise au point grâce à sa maitrise des éléments et de l’énergie vitale. Elle put enfin s’approcher des dernières tombes, sous les grognements du Démon. Il fallait dire que ses cordes vocales n’étaient plus si fraiches… Là, elle examina les alentours et constata un nouveau tas de terre… De terre fraîche… Une autre tombe était vide, mais elle avait été éventrée depuis quelques heures tout au plus… Pourtant, Sylvestre avait bien dit que le Démon était la depuis… Elle se figea et aperçu la stèle de cette dernière…

Dans une étincelle, les yeux de Sam brillèrent comme jamais et elle souleva de nouveau la poussière à ses pieds. Elle rebroussa chemin et fit un nouveau geste de la main, en fermant le poing. Le Démon se tut, regarda la flèche plantée dans ses entrailles, avant d’exploser comme un ballon de baudruche. Puis, encore dans les airs, chaque partie de celui-ci prit feu. À défaut de pouvoir sauver l’âme, Sam pouvait au moins anéantir le Démon en le privant d’enveloppe charnelle. Elle n’aimait pas faire cela, car elle s’était jurée de ne jamais tuer. Mais anéantir un corps déjà mort, était-ce tuer ? C’était une question qui avait toujours préoccupé la jeune femme. Mais cette fois-ci, nulle place pour les remords, elle devait se dépêcher ! Le Démon ne souhaitait pas l’attaquer… Le Démon était effectivement différent… Car Le Démon souhaitait simplement la retenir…

La petite Tomoe agitait son bâton dans tous les sens, pleurant à chaudes larmes. Elle était terrorisée. Elle tremblait et son pauvre petit pantalon était trempé… Elle hurla de peur jusqu’à ce que son grand-père sortit en panique. Il regarda sa petite fille avant de lever les yeux. Puis, il se décomposa… C’était impossible ! Le vieil homme tomba à genoux et partit en sanglots à son tour. Il ne pouvait pas croire ce qu’il avait sous les yeux. La petite fille, toujours en agitant son bâton, tomba à la renverse. Puis, elle se mit à léviter dans les airs, en hurlant de panique. Elle lâcha son bâton et s’éloignait inexorablement de son grand-père, se débattant pour sa vie. Le doyen trouva la force de se relever et l’attrapa. Derrière lui, les villageois regardèrent la scène et décidèrent d’intervenir ensemble. Mais ils ne purent rien faire, bientôt, l’auberge fut encerclée par les flammes. Des hurlements s’élevèrent et ils cherchèrent comment éteindre l’incendie. Impossible pour eux de sortir sans brûler.

Il était impossible pour l’homme d’empêcher Tomoe d’avancer. Il tourna les yeux et implora.

– Par pitié Isora… Par pitié non… Pourquoi ?

Il n’eut nulle réponse, si ce n’est un grognement de colère. Devant lui se tenait une femme, ou plutôt ce qu’il en restait, nue, les orbites d’un bleu brillant tout comme la moitié de son corps nécrosé. Dans un ultime acte de courage, le grand-père se jeta sur le Démon, mais ce dernier le frappa si fort qu’il fut projeté dans les flammes de l’auberge. Il hurla et en sortit en feu, devant le regard humide de sa petite fille. Celle-ci se retourna finalement vers le Démon aux yeux bleus et n’arrivait même plus à pleurer, tellement sa peur et sa panique étaient puissantes.

Soudain, le grand-père fut stoppé net par une puissante masse d’eau qui vint lui sauver la vie. Par miracle, ses fins habits l’avaient protégé des flammes et à part sa barbe et ses cheveux, il n’avait pas perdu grand-chose ! C’était un miracle ! Mais il ne pensa pas à sa vie non, il pensa à celle de sa petite fille ! Le Démon la soulevait par le haut de la tête d’une main et reculait l’autre dans le but de lui arracher le cœur. Il enclencha le mouvement dans un cri de satisfaction et la petite fille hurla finalement de peur, tout comme son grand-père. Le membre décomposé du Démon entra en contact avec la peau du petit être, avant de lourdement tomber sur le sol. Tomoe se vit projetée en arrière et fut attrapée par son grand-père, qui la protégea d’un énorme flot venu du ciel qui éteignit l’incendie de l’auberge. 

Le Démon hurla de colère et son bras manquant fut remplacé par une lueur bleutée, marque de l’énergie vitale. Il regarda aux alentours en fureur avant de s’attarder sur son bras, cloué au sol par une flèche luisante. Sur le toit de l’auberge, il aperçut une capuche blanche… Une Déesse aux cheveux d’or et aux yeux de jade étincelants. Fou de rage, il se lança sur elle et tenta de la frapper, mais elle esquiva. Les deux ennemis se lancèrent dans une danse majestueuse, mais pourtant fatale, dont l’issue ne pouvait être que la Mort. Sam le sentait, la puissance de ce Démon était impressionnante. Elle se devait de faire vite, plus longtemps il serait en colère, plus sa puissance augmenterait. Elle prit un peu d’avance dans sa course contre le Démon afin de l’éloigner de l’Auberge, mais il ne mordit pas. Elle revint et fit exprès de lui tourner le dos, afin de provoquer une attaque. Là, elle l’esquiva sur le côté dans une pirouette et tout en l’effectuant, attrapa une flèche, banda son arc et visa le cœur du Démon. Elle fit mouche ! Avant même d’avoir fini sa pirouette, Sam fit un mouvement de la main. Le démon s’écroula au sol. La jeune Gardienne reprit l’équilibre et augmenta de nouveau la pression pour pulvériser le Démon. Elle ferma le poing. Elle s’attendait à une explosion, mais il n’en fut rien. Au contraire, le Démon retira la flèche, hurla et absorba l’énergie vitale du projectile. La Gardienne se figea quelques secondes : comment cela pouvait-il être possible ? Ce court moment d’inattention fit de Sam une cible facile, elle s’enfonça dans le sol. Ses pieds étaient pris au piège ! La situation était impensable ! Non seulement ce Démon avait un complice et avait donc prémédité son plan en faisant preuve de patience, mais en plus, il posait des pièges ? C’était tout simplement ahurissant ! En temps normal, un Démon se contentait de déchainer sa puissance, sans réfléchir. Mais là, c’était différent. Sam tenta de reprendre le contrôle de la terre sous ses pieds, mais il fallait se rendre à l’évidence, le Démon en avait un meilleur qu’elle ! Profitant de ce temps mort, le Démon se jeta une nouvelle fois sur Tomoe. Mais cela ne fit pas paniquer la Gardienne. Elle attrapa une flèche, la planta dans le sol boueux avant de la faire exploser sous ses pieds, lui permettant de se libérer. Elle se jeta sur Tomoe et Sylestre et ramassa à leur place un terrible coup sur le crâne. Elle tituba un petit peu mais parvint de cette façon à reprendre l’attention du Démon. Un tel coup aurait tué n’importe quel humain. Heureusement, elle n’était pas totalement humaine… Le sang coulait sur son visage, mais elle resta encore une fois extrêmement calme. Elle prit appui sur le mur de l’auberge, puis elle encocha deux nouvelles flèches et les fit partir en même temps qu’elle s’avançait. Le Démon, enragé, arriva cependant à dévier les projectiles. Sam arriva elle-même sur le Démon et tenta de lui enfoncer une flèche dans le crâne. Tomoe et Sylestre voyaient flou tellement les manœuvres étaient rapides. Elle lui sauta à la gorge mais il résista. Une épreuve de force commença. Sam fut la première à lâcher et recula de quelques pas. Elle provoqua le Démon du regard, qui se jeta sur elle et lui assainit de lourds coups de poings, ne rencontrant aucune résistance. Sam se prenait les coups un à un et le Démon commençait à perdre le contrôle, il frappait, frappait, sans jamais réfléchir. Elle fit encore quelques pas en arrière et s’immobilisa. Le Démon jubila ! Elle n’avait plus de force, elle ne se défendait même plus, il allait pouvoir la tuer ! Il l’attrapa à la gorge et Sam restait étrangement calme. Le Démon avait gagné, il ne lui restait plus qu’à serrer pour détacher la tête du reste du corps. Il commença à serrer, savourant sa victoire.

Devant la scène, Tomoe hurla mais son grand-père la retint. Le Démon regarda Sam dans les yeux avant de faire un large sourire, du moins, semblait-il. Elle lui rendit la politesse dans un splendide sourire et lui adressa difficilement quelques mots.

– Je ne peux faire que ça… Je suis vraiment désolée… Repose en paix.

L’instant d’après, le Démon hurla de douleur. Une flèche tombée du ciel vint lui transpercer le crâne. Il tomba au sol, relâchant son étreinte mortelle. Sam avait profité de l’inattention du Démon lorsqu’il avait dévié ses deux précédentes flèches pour en lancer une troisième vers le ciel… La manœuvre était risquée, mais Sam était intrépide. Elle attrapa toutes les flèches de son carquois, les planta dans le Démon et recula, protégeant Tomoe et son grand-père de son corps. Puis, elle serra les deux poings dans un mouvement rotatif. Une énorme explosion retentit. Des projectiles enflammés volèrent dans tout le village, commençant à mettre le feu à tous les bâtiments et végétations. Sam se retourna, mit un genou à terre et tendit les bras sur les côtés. Elle serra les dents, fronça les sourcils et ferma les yeux. Lentement, elle commença à resserrer les bras pour les amener devant elle. La manœuvre était extrêmement difficile, en témoignaient ses bras tremblants et ses légers cris. Ses cheveux lévitaient dans les airs. Le sol se mit à craquer sous ses pieds, et même le grand-père, pourtant simple humain, arrivait à ressentir le flux d’énergie vitale qui se déversait autour d’eux. Petit à petit, les flammes du village se regroupèrent pour former une immense boule de feu. Les villageois n’en revenaient pas, elle flottait au-dessus de leur village, illuminant celui-ci d’un orange magnifique. Mais le grand-père avait peur, il savait qu’un élément restait un élément, et il se demandait bien ce que Sam allait pouvoir faire de celui-ci. Puis, il s’aperçut que l’eau à ses pieds s’élevait à son tour dans les airs. Une nouvelle sphère apparut dans les cieux, remplie d’eau. Les gouttes de sang qui caressaient le visage de Sam étaient de plus en plus imposantes, tout comme les lourdes gouttes de sueur. Dans un vacarme assourdissant, les deux sphères s’entrechoquèrent. Le village fut plongé quelques secondes dans un immense bain de vapeur. Tomoe n’y voyait rien, mais elle voulait se diriger vers Sam, l’aider comme elle le pouvait. Elle s’avança et stoppa net. Devant elle se tenait son modèle, couverte de boue, les habits déchirés et maculés de sang tout comme son visage et ses cheveux habituellement si étincelants. Elle était au sol, à quatre pattes et semblait souffrir le martyr. Puis, Samantha se releva péniblement, les jambes tremblantes, avant de se retourner vers la petite fille. Elle la regarda dans les yeux et lui offrit un énorme sourire.

– Tu as réussi Tomoe ! Tu as sauvé le village ! Mission accomplie.

Les larmes de Tomoe coulèrent de nouveau. Elle se jeta dans les bras de Sam, faisant fit du sang et de la boue. Le Grand-père de son côté, se vit apporter une nouvelle toge, pour couvrir son corps nu. Il sentait le brulé et avait perdu presque tous ses cheveux et sa barbe, mais il s’en moquait. Par miracle, il n’y avait aucune victime et très peu de dégâts. Il s’approcha de Sam et de sa petite fille.

– Samantha je… Par quel miracle as-tu… C’est tout simplement extraordinaire je… J’avais connaissance de ta puissance mais… C’est tout bonnement incroyable…
– Sam je… La petite fille s’essuya une larme. J’ai échoué…
– Tu n’as pas échoué Tomoe. Sam lui essuya les larmes. Grâce à toi, l’auberge a été sauvée. Si tu n’avais pas retenu ce Démon tout aurait été différent !
– Mais je… Je… Elle chuchota à Sam. Je me suis fait pipi dessus et aussi… Aussi…
– Ce n’est rien, c’est normal. Mais tu as été très courageuse, je te félicite. Tu dois aller te reposer maintenant d’accord ? Tu ne risques plus rien.

Une jeune fille s’avança vers eux et prit Tomoe par la main. Mais la petite fille ne voulait pas lâcher Sam. Aussi, celle-ci dû lui forcer un petit peu la main.

– Va Tomoe, je dois parler avec ton grand-père. Prends des forces et demain tout ira mieux d’accord ?
– Je ne veux pas, je veux rester avec toi !
– Je reviendrai bientôt ma puce, mais je dois partir. Mes amis ont besoin de moi, je dois faire très vite.
– Mais je veux que tu restes…
– Rappelle-toi tes leçons…
– Oui, oui, toujours aider les autres je… Si tes amis ont besoin de toi alors tu dois y aller, tu nous as aidé alors…

Tomoe prit Samantha dans ses bras et lui fit un énorme bisou sur la joue. Les deux filles s’offrirent une étreinte de quelques secondes. Puis, en essuyant ses dernières larmes, la petite fille prit la main de sa nounou et s’éloigna avec elle en faisant des grands signes d’au revoir à la Gardienne. Samantha quant à elle, s’avança vers le grand-père, qui n’en revenait toujours pas.

– Samantha c’était… Sa voix était toute tremblante. C’était ma… Ma fille… Ce Démon c’était… Isora, ma défunte fille. La mère de Tomoe.
– Oui… Je suis désolée Sylestre…
– Mais pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi nous en vouloir ? Pourquoi revenir ! Elle a toujours été heureuse ici elle… Pourquoi s’attaquer au village ?
– Elle ne s’attaquait pas au village, elle voulait clairement s’attaquer à Tomoe…
– Ohhhh… J’espérais me tromper… J’espérais avoir mal interprété je… Ohhhh….
– Je suis désolée de parler de ça mais… J’ai cru comprendre qu’elle était morte en couche…
– Oui, oui. La pauvre n’a pas survécu à la naissance de Tomoe…
– Et le père ? 
– Il… Il a abandonné ma fille dès qu’il a appris qu’elle était enceinte il… Nous l’avons retrouvé mort quelques jours plus tard dans les Terres Blanches, victimes des Errants…
– Il était là aussi… Au cimetière. Il essayait de me retenir, certainement pour faciliter la tâche de… Enfin du Démon né de votre fille…
– Comment ?! Mais comment est-ce possible ?
– Je ne peux que faire des suppositions Sylestre. Peut-être que le père de Tomoe a éprouvé tellement de remords et de haine envers lui-même que son âme n’a jamais pu traverser… Quant à votre fille… Il se peut qu’elle n’ait pas accepté sa fin… Et juge sa propre fille responsable.
– Impossible, elle était si douce, si aimante…
– La Mort nous apporte parfois des regrets… Et puis vous savez, une âme ne réfléchit pas tellement, elle contient seulement les sentiments du défunt, qui s’intensifient avec le temps. Vous pouvez être aimant et altruiste, mais réfréner en vous des sentiments contraires puissants… Nous ressentons tous haine, colère et jalousie, ce que nous en faisons ne dépend que de nous. Une âme elle, se laisse gouverner par ces-derniers…
– Oh… Ma pauvre Isora…
– Le plus étonnant selon moi, c’est le fait que ces deux Démons travaillaient clairement ensemble… Il ne fait aucun doute que le père de Tomoe essayait de me retenir là-bas afin de me faire perdre du temps… Pourtant, il s’est incarné bien plus tard qu’Isora… Elle a donc attendu… Mais pourquoi ? Pourquoi ne pas avoir attaqué de suite ? Et puis c’est étrange mais… Cela voudrait dire que les deux Démons ont… Coopéré ? Je n’ai jamais rien entendu de tel… Ou alors Isora contrôlait elle-même son mari… Hum… Une sorte de contrôle d’âme… 
– L’important Samantha, c’est que Tomoe soit sainte et sauve… Le grand-père reprit ses esprits.
– Vous avez raison. Écoutez, vous feriez mieux au cas où, de retourner au cimetière et de brûler les corps, on n’est jamais trop prudents. D’accord ?
– Et déshonorer les morts ? Nous ne… Oh… Oui, tu as sans doute raison… Nous devons avant tout penser aux vivants. Nous ne voulons pas qu’un malheur de plus arrive ici.
– Merci Sylestre. De mon côté, je vais parler à mes amis de cet incident… C’est très intriguant…
– Dois-tu partir ?
– Malheureusement… Une urgence m’appelle oui. Je dois partir dès à présent.
– De nuit ? Avec tous les dangers que cela comporte ? Et dans cet état ?
– Oh oui je… Ça ne fait rien, j’ai un lac en chemin, j’y plongerai rapidement.
– Samantha tout de même ! Prends le temps de prendre une douche. Ou laisse-moi t’apporter les premiers soins, ton sang coule à flot !
– Ne vous en faites pas, je cicatrise vite. Sam rigola en se grattant la tête. Vous savez que je resterais si je le pouvais, mais il y a une urgence, le temps presse. Je vais juste chercher mes affaires et je m’en vais. Merci pour votre hospitalité et pardon de partir si vite.
– Ce n’est rien, nous te serons à jamais redevables. Merci Samantha, du fond de mon cœur. Sans toi, qui sait ce qu’il serait arrivé à Tomoe et notre beau village…
– C’est normal. Et rappelez-vous Sylestre : ce n’était pas votre fille. Je sais qu’il est difficile de se l’admettre, mais votre fille est décédée il y a des années. Ce que vous avez vu ce soir n’était qu’un spectre, un fantôme du passé. D’accord ?
– Oui Sam, oui. Le grand-père fit une pause, attristé. Fais bonne route.

Sylestre prit les mains de Sam et lui fit un sourire bienveillant, qu’elle lui retourna, puis elle alla récupérer ses affaires dans la cabane. Elle se regarda rapidement dans un miroir et constata qu’effectivement, elle avait une sale tête. Elle quitta le village discrètement et s’enfonça à nouveau dans les Terres Blanches. Elle se jura de revenir dès que possible voir Tomoe et s’assurer que tout va bien pour le village de la Fleur Céleste.

La lune était toujours aussi belle, et sans elle, il aurait été impossible pour Sam de faire le chemin. Tel un fantôme, elle traversait la forêt à toute vitesse, pressant le pas pour être le plus rapidement possible à la Capitale. La nuit était calme et Samantha savait qu’elle pourrait arriver à destination dans la matinée. Cependant, pour y parvenir, elle devait emprunter un passage périlleux : la grotte de la Nuit Éternelle. Un nom charmant… Il y avait de nombreuses légendes sur cette grotte. L’une racontait qu’un Démon emprisonnait et torturait lentement à mort ses victimes dans le noir le plus total, une autre que quiconque rentrait à l’intérieur s’endormait dans un sommeil éternel, attendant que son âme sœur vienne l’en délivrer ou encore qu’il était impossible de s’éclairer dans cette grotte, son obscurité absorbant toute source de lumière. La réalité, en revanche, était bien moins féérique. Cette grotte abritait en réalité une espèce rare de champignons mortels, des Barianus Itopnis, dont les nuages de spores toxiques ôtent la vie d’un adulte en pleine forme en quelques minutes. De plus, elle constitue un excellent refuge pour les Errants fuyant le soleil… Et qui, au gré de leurs errances, marchent sans arrêt sur les champignons mortels, se tuant au passage… C’était un labyrinthe et pourvu que vous y restiez coincé, vous aviez non seulement la menace des Errants, mais également des spores… Autant dire qu’il était difficile d’en ressortir vivant, en témoignaient les innombrables ossements qui jonchaient le sol. Vous ne marchiez plus sur de la pierre, mais sur une infinie sépulture. Impossible d’en sortir vivant sans préparation. Mais ce passage faisait gagner des heures aux voyageurs, aussi, Sam décida t’elle de l’emprunter. Elle connaissait bien les lieux, elle pouvait se permettre de le faire.

Elle faisait attention à chacun de ses gestes. Un simple pas sur un champignon et c’était l’empoisonnement assuré ! Il fallait faire attention, d’autant plus que les nombreux ossements jonchant le sol, s’ils étaient touchés, pouvaient également appuyer sur un champignon. Telle une panthère, une petite lampe à la main fabriquée par Kali, La Gardienne avançait dans les dédales de la grotte. Les champignons se multipliaient de plus en plus avec le temps et bientôt, cette grotte serait infranchissable sans remède… Si tant était que quelqu’un essaierait d’en faire un. Lentement, elle passait les obstacles un à un avec grâce et délicatesse.

Mais le calme de la grotte fût perturbé vers la fin de son périple… Par des cris… Des cris humains. Sam regarda autour d’elle, il n’y avait plus aucune échappatoire pour elle ! Un groupe d’hommes, visiblement armés et furieux, se dirigeait vers sa position ! Elle le savait, car elle se trouvait dans l’unique couloir de sortie… Et sa sortie était leur entrée… Elle avança un peu, prit élan sur les parois de la grotte, sauta vers le plafond et tendit son corps. Les fesses collées contre le plafond, les pieds sur une paroi, les mains sur une autre, elle essaya de se fondre dans le décor. Elle remercia la boue sur ses vêtements et sa peau, elle était mieux camouflée… Impossible de se battre dans cet étroit couloir sans toucher un champignon. Elle pourrait en avoir la dextérité, mais peut-être pas ses adversaires. C’était même peu probable… Elle contracta les abdos, serra les fesses, fit la grimace et attendit qu’ils passent. Celui qui semblait être leur chef prit la parole et le groupe arriva proche de Samantha. Il y a avait six hommes, tous essoufflés. Ils s’arrêtèrent juste en dessous d’elle, comme si tout le reste ne suffisait déjà pas…

– Fou, fou, fou… Le Chef semblait épuisé. Dépêchez-vous ! Qui était cette folle furieuse ?! Fou, fou ! Tout le monde est là ?
– Non Chef ! On a perdu Rognar ! Cette tarée lui a soufflé un truc au visage et il s’est mit à vomir ses tripes !
– Cette sorcière est un Démon je vous le dis ! Elle nous a suivi ?
– Non, non ! Elle s’est arrêtée devant la grotte dans un large sourire Chef !
– Ah ah ah ! Elle fait la maline, mais la catin doit avoir peur du noir ! 
– Où sommes-nous Chef ?
– Aucune idée, mais chaque route devient notre route ! Traversons cette grotte et allons piller le prochain village ! J’ai soif, j’ai faim et mon membre viril demande une fraiche donzelle messieurs !

Les six hommes eurent un rire gars, perfide, et ne semblaient en rien regretter leur compagnon tombé… Seulement Samantha eut une sueur froide : il était clair qu’ils n’avaient absolument aucune idée d’où ils mettaient les pieds ! Et la grotte regorgeait de champignons ! Samantha devait avancer au plus vite, et discrètement ! Douloureusement, elle tenta de s’éloigner d’eux comme elle le pouvait le long du plafond, telle une araignée. Elle suait de l’eau et du sang à lourdes gouttes et ses abdominaux tremblaient violemment. Elle était dans cette position depuis plusieurs minutes et il devenait difficile à tenir, surtout après la journée qu’elle venait de passer. Elle continua au mental mais s’arrêta net… Tout comme les hommes… Des hurlements terrifiants surgirent des entrailles de la grotte. Un, puis deux… Et un troisième… Des hurlements dépourvus d’âmes… Les six hommes commencèrent à paniquer jusqu’à ce que l’un d’eux se mette à hurler ! Un petit groupe d’Errants, attiré par leurs rires gras et puissants, vinrent s’attaquer à eux. L’un d’eux avait pris le Chef du groupe à la gorge et était sur le point de le faire tomber. Sam n’avait plus le temps, tant pis pour la discrétion. Elle lâcha prise et tomba discrètement, préparant sa fuite. Mais il était trop tard… L’homme fut projeté au sol à l’instant où elle-même le toucha. Il tomba lourdement sur une quantité phénoménale de Barianus Itopnis. Un immense nuage de spores envahit les lieux, et en quelques secondes, les hommes se mirent à tousser du sang qui se mélangea à celui projeté par les Errants. Sam courut aussi vite qu’elle le put en retenant sa respiration, mais ses yeux la brûlaient comme jamais. Sa vision commençait à se troubler. Elle eut de nouveau une sueur froide, il était trop tard ! Elle avait été contaminée par les spores. Cependant, elle n’arrêta pas sa course et arriva à sortir de la Grotte de la Nuit Éternelle. Elle essaya de prendre une grande bouffée d’air frais, mais elle n’y parvint pas. À la place, elle toussa du sang et sa respiration était grasse, comme si ses poumons étaient remplis d’hémoglobine. Elle tomba au sol et se mit à ramper à la recherche d’une plante, peu importe, peut-être que la solution se trouvait juste à côté. Son histoire ne pouvait pas s’arrêter ici, elle avait encore tant à accomplir ! Elle tenta de se relever, mais perdit l’équilibre et tomba une nouvelle fois. Elle se tourna sur le dos. Là, elle cracha de nouveau du sang et essaya de respirer le plus calmement possible afin que le poison ralentisse sa course. Sa vision était troublée, mais elle pouvait encore voir cette magnifique lune dans le ciel… Plus les secondes passaient, plus elle avait du mal à respirer. Son souffle était court. Elle essaya de se relever mais n’y arrivait tout simplement plus. Soudain, la lune fût cachée par un visage. Un visage de femme… Un visage familier… Cette femme arborait un air paniqué tout en s’approchant de la jeune Gardienne.

– Oh par Ashima ! Samantha ? Sam c’est toi ! Par tous les… Ne bouge surtout pas ! Ne bouge plus tu m’entends ?! La femme chercha quelque chose dans une petite sacoche.
Sam cracha de nouveau du sang et regarda la femme devant elle… Elle essayait péniblement de respirer… Huuuuun… Huuuuuuun… Hel… Hunnnn… Helmi… ?

Les yeux de Sam se fermèrent et le clair de lune laissa place à une sombre nuit…

Le petit garçon acquiesça péniblement de la tête et Kira le prit par sa main valide. Là, aussi vite qu’elle le pouvait avec lui, elle se faufila dans la foule et retourna au quartier des Plaisirs. Elle se rendit dans un petit bâtiment aux larges fenêtres et à la façade décrépie, envahie par une plante grimpante aux magnifiques fleurs orangées. Sur un petit et discret écriteau était inscrit “Orphelinat des Milles étoiles”. Dans le quartier, beaucoup de lieux avaient pour dénomination “Milles étoiles”, un peu comme une tradition. L’orphelinat, la place principale, le cimetière…

Kira tapa à la porte dans une petite mélodie et une mamie lui ouvrit. Elle fit un immense sourire à Kira et au petit garçon, qu’elle essaya tant bien que mal de maintenir lorsqu’elle vit la main ensanglantée de celui-ci. Elle regarda rapidement derrière eux et les fit entrer. Une fois à l’intérieur, elle demanda à Kira de patienter quelques instants et partit avec le garçon. Kira prit une grande inspiration et s’imprégna de l’odeur des lieux, qui lui rappela une courte période de son enfance. Elle se balada un peu et regarda ses pieds, qui lui rappelaient les premiers pas qu’elle avait fait ici. Elle pénétra dans un petit couloir, fit quelques pas et poussa une porte sur sa gauche. Elle entra dans une petite pièce remplie de livres. Il y en avait partout, du sol au plafond. L’endroit n’avait pas changé et visiblement, les enfants n’aimaient plus vraiment lire. Elle parcourut les étagères et un livre retint son attention… Elle caressa sa couverture et le tira soigneusement.

– “Les Gardiens d’Ashima : la vérité derrière le mensonge. Par Le Grand Prêtre Ihoyo, sous le règne de son Sérénissime le Suprême troisième du nom”… Hum… Elle a toujours ce bouquin là…

Kira parcourut la couverture et la tourna… Une nostalgie toute particulière l’envahit lorsqu’elle lut les premières lignes de ce livre pour enfants, écrit par le Grand Ordre afin de leur faire découvrir à leur façon, l’histoire des Gardiens. Kira se lança dans la lecture avec un pincement au cœur…

“Mais qui sont celles et ceux que nous appelons les Gardiens d’Ashima ? Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord s’intéresser à Ashima elle-même. Qui était-elle ? De son nom complet Alpatia Ashima, cette femme était une savante de l’ancienne civilisation, ou, pour employer le terme archéologique exact : une scientifique. En l’an 2020 de leur ère, qui correspond à -3 de notre datation, elle fût la première humaine à prouver l’existence de l’âme humaine mais aussi, de la barrière qui sépare le monde des Morts, du monde des Vivants. Mieux encore, elle prouva que l’énergie vitale était l’énergie qui régissait notre monde. Ashima avait découvert la limite qui séparait les deux mondes et comment les âmes interagissent avec. En 2023, Alpatia Ashima décida de dévoiler sa découverte au monde entier. Mais alors qu’elle s’attendait à des applaudissements, elle n’eut que mépris et huées. Officiellement, les gens ne voulaient pas croire un instant à ce qu’ils pensaient être des balivernes, mais en vérité, l’être humain avait peur. Peur de savoir qu’il existait un monde au-delà de sa connaissance. Peur de savoir que son âme était maintenant exposée.

C’est ici que commence notre histoire, notre nouvelle ère. C’est malheureusement également ici que commence l’histoire de ces êtres abjects que sont les Gardiens. Humiliée, désemparée; Alpatia Ashima et son immense arrogance décidèrent de prouver au monde entier qu’elle avait raison : elle décida de passer à travers la barrière qui sépare nos Mondes. Malheureusement, elle y parvint et déchira celle-ci, déclenchant ainsi ce cataclysme que nous appelons La Déchirure. 

Lorsque qu’Alpatia déchira cette fine barrière, elle permit à un puissant Démon, que nous appelons Shayon, de déverser sa colère et sa jalousie sur le monde des Vivants en y déversant une partie de son âme. Pire encore, elle fit entrer dans notre monde le Ta’Rian, cette matière propre au monde des Morts qui n’a pas sa place dans le nôtre. Le résultat fut sans appel. Shayon exerça son terrible pouvoir et commença à s’emparer des âmes des mortels, donnant naissance aux premiers Errants, ces humains dépourvus d’âmes, similaires à des animaux, sauvages et mortels. Ils tuèrent sans pitié des milliers de personnes, et permirent à Shayon d’emprisonner leur âme et de s’en servir pour créer des démons (voir notre livre “Les Démons ? Mais qui sont-ils réellement ?”) afin de faire grandir son armée. Comme un malheur n’arrive jamais seul, le Ta’Rian déclencha une hécatombe parmi les humains, incapables de survivre à son contact. Le Ta’Rian dévore l’âme et l’énergie vitale des humains, lentement, entraînant d’immenses souffrances et folies. Ce fût une horreur sans nom. 

Pourtant chers lecteurs, certains humains survécurent à cette matière… Pire encore, ils s’en servirent pour développer des sens sur-humains, que nous appelons Capacités. Ces abominations apprirent à maîtriser l’énergie vitale et à s’en servir pour leur propre dessein. Oh bien-entendu, nous leur devons notre salut certes, mais l’ont-ils fait pour nous ou pour leur propre satisfaction ? Grâce à leurs pouvoirs, les Gardiens se regroupèrent et firent front contre les Démons et les Errants, affaiblissant considérablement leurs rangs. La Guerre de la Déchirure dura sept longs mois, avant qu’Ashima Alpatia se décide enfin à réparer ses erreurs. Transformée en méprisable Gardienne, elle vendit son âme et son corps au Démon Shayon, trahissant l’humanité ! Mais ce n’est pas tout, elle en profita juste après pour trahir Shayon lui-même, son nouveau maître, en se donnant la mort dans le but de renvoyer leurs âmes dans le monde des Morts et ainsi pouvoir préparer leur retour parmi nous. Certes, nous lui devons notre salut, mais n’oubliez pas mes amis, Ahsima est une personne corrompue par le démon, corrompue par le Ta’Rian, une humaine maudite qui se proclama Déesse. Elle a agi de la sorte uniquement dans le but de nous faire baisser notre garde et revenir nous détruire à la moindre inattention. Mais soyez rassurés, le Grand Ordre guette et ne se relâche jamais.

Cependant, cette victoire était loin d’avoir résolu tous les problèmes et Dieu sait ce qu’il serait arrivé si le Grand Ordre n’avait pas protégé les humains. Au cours de la bataille, de nombreuses failles furent ouvertes par Shayon et ses disciples, minuscules certes, mais suffisantes pour laisser s’échapper le Ta’Rian en flux continu. Les innombrables victimes de Shayon et des Démons, devenus Errants, rodent jour et nuit sur nos Terres, menaçant tous les êtres vivants de ce monde. Les Démons eux aussi continuent à errer à la recherche de leur Maître. C’est ainsi que le Grand Ordre créa les Villes Fortifiées, comme notre splendide Capitale. À travers sa sagesse, le Suprême nous protège et nous guide contre toutes les abominations. Seul lui nous apporte la vérité et détient les clefs de notre salut. Le Grand Ordre réussit à nous protéger du Ta’Rian, des Démons, des Errants mais aussi des brigands et des meurtriers. Mais un fléau demeure les amis, un fléau bien plus dangereux que tous les autres réunis ! Les Gardiens. Après notre victoire, ils ont commencé à se sentir supérieurs, à s’autoproclamer Gardien d’Ashima, celle qui protège notre monde. Ils s’approprièrent le salut de l’humanité, s’attribuant toutes les prouesses du Grand Ordre. Certains se prirent pour des Dieux, d’autres perdirent la tête à la recherche de plus de puissance, de plus de Ta’Rian. Bien-sûr, les efforts du Grand Ordre parvinrent à supprimer la plupart de ces nuisibles. Aujourd’hui ils se cachent, devenant hors-la-loi, terroristes et meurtriers. Si jamais vous veniez à croiser la route d’une de ses abominations, ne paniquez pas. Courez faire appel à un Prêtre, qui saura quoi faire. 

Mais parlons plus en détails du Ta’Rian, des Démons, des Errants et des capacités… Saviez-vous que la plupart des…”

Kira était absorbée par ce livre. Elle n’en revenait pas d’à quel point il était facile de changer l’histoire et ainsi, d’occulter tout un pan important de celle-ci en réinventant les choses. Et le pire, c’est que cela marchait… Elle était bien placée pour savoir ce que cela faisait d’être un Gardien… Pourtant, elle non plus ne savait pas vraiment d’où lui venaient ses capacités. Elle se demanda même si quelqu’un pouvait le savoir aujourd’hui… Où était la vérité ? Certainement pas dans les livres du Grand Ordre en tous cas… Kira posa le livre, et décida qu’il était temps pour elle de partir. Après tout, le petit garçon était en sécurité désormais.

Lorsqu’elle poussa la porte d’entrée, une petite voix s’éleva derrière elle.

– Tu ne veux pas prendre un thé avant de partir Kira ?

Kira se retourna et fit de nouveau face à la petite mamie. Elle l’adorait, elle était comme sa grand-mère, mais elle avait peur d’être là, car elle savait l’effet qu’avait la directrice sur elle…

– Je… Non je dois…

Alors que Kira enclenchait son départ, la vieille dame lui attrapa les mains. En silence, elle plongea ses yeux dans les yeux violets de la jeune femme tout en réchauffant ses mains tremblantes et recouvertes de sang séché. Kira était comme hypnotisée par le regard bienveillant de son aînée. Elle sentait ses tremblements devenir de plus en plus intenses, et une larme parcourut sa joue. La récente expérience revenait en elle. Sans un mot, la vieille dame la conduit à un modeste petit salon et l’invita à s’asseoir en lui servant une tasse de thé. Kira tremblait comme une feuille et retenait ses larmes.

– Tu ne peux pas sauver tout le monde Kira…
– Je n’ai rien fait Elena je… J’ai regardé ce Grand Prêtre couper le doigt de ce gamin et tuer sa mère de sang froid et… Je n’ai pas bougé…
– Et qu’aurais-tu fait ? Tu aurais foncé dans le tas ? Tué des gens pour en protéger d’autres ? De quel droit mon enfant ?
– Jamais je ne tuerai tu le sais… Mais je ne sais pas, j’aurai pu les protéger je…
– Tu aurais énervé un Grand Prêtre et ses sbires… Qui sait combien de victimes ils auraient engendré par la suite. Tu le sais au fond de toi. Tu as agi comme il le fallait, tu as sauvé toutes les vies qui pouvaient l’être. Mais certaines doivent retourner au cycle Kira, c’est l’ordre naturel des choses, il faut maintenir l’équilibre. 
– Mais pourquoi… Kira ne put retenir ses larmes plus longtemps. Pourquoi est-ce que ceux qui font le mal gagnent toujours Elena ?
– Tu es encore jeune Kira, comment peux-tu dire que le mal gagne toujours ? Tu n’as pas vécu assez longtemps pour avoir ce recul. Ah ah ah ! La mamie prit une gorgée de thé. Le mal ne gagne pas toujours Kira. Ashima nous l’a appris par le passé… Ne fais pas attention à ce vieux livre… 
– Ça fait plus de 300 ans ! Et on sait même pas si c’est vrai !
– Ce qui ne peut être prouvé n’est ni faux ni vrai…
– Ta sagesse et toi hein… Tu serais pas la grand-mère de Sam ? Kira s’essuya une larme en reniflant.
– Comment va-t-elle ? Et Kali ?
– Elles vont bien… Toujours occupées à faire leurs trucs, tu sais… 
– Tout comme toi…
– Mais elles, elles réussissent.
– Kira, tu as sauvé un couple qui fera de grandes choses et tu as sauvé de nombreux êtres humains, aussi ingrats soient-ils.
– Arrête ! Je déteste qu’on lise dans ma tête et tu le sais ! Retiens tes capacités ! C’est incroyable qu’on soit si peu de Gardiens et que je me coltine tous les embêtants !
– Ah ah ah. Quoi qu’il en soit, nous prendrons soin de ce petit garçon, ne t’en fais pas pour lui. Aussi difficile que ce soit, il s’en remettra, comme tous nos protégés.
– Merci, je savais pas vers qui me tourner je… Écoute je… Merci pour le thé. Kira ingurgita sa tasse d’un trait. Je dois y aller.
– Avant que tu ne partes Kira dis-moi, je me dois de te le demander… As-tu des pistes pour retrouver Chen ?
– Pourquoi est-ce que tu me parles de ma sœur ? Tu peux pas le voir dans ma tête ?
– Tu m’as dit d’arrêter, alors j’ai arrêté… Kira ?
– Kira soupira. Non j’ai… J’ai toujours aucune piste je… Elle s’est volatilisée je… Je suis perdue Elena, il n’y a rien. Absolument rien…
– Et de ce fait, tu penses qu’elle est toujours en vie ?
– Bien-sûr ! Sinon j’aurais trouvé quelque chose quelque part. J’ai fouillé partout, les cimetières, les fosses, je suis même allée dans la Citadelle consulter leurs archives !
– Kira… Cette prise de risques va t’apporter des ennuis…
– Je dois savoir ! Chen a besoin de mon aide, je le sens au fond de moi, elle… Elle a des ennuis…
– Aider les autres est une chose Kira, mais parfois, il faut penser à s’aider soi-même…
– Oui, oui je sais, tu me le dis toujours…
– Tu sais très bien que rien ne me ferait plus plaisir que de revoir Chen moi aussi, tous les enfants qui ont été ici sont comme mes propres enfants. Mais je t’en supplie Kira, ne fait rien de stupide… Cela fait plus de 10 ans…
– Écoute je dois vraiment y aller. Je te promets que si je trouve une piste je viens te voir, d’accord ?
– Très bien, je ne te retiens pas. Sache que notre porte te sera toujours ouverte. Et si jamais j’entends parler de quoi que ce soit qui peut vous aider toutes les trois, je vous en informe.
– Merci Elena.

Kira prit la mamie dans ses bras, la gratifia d’un sourire et quitta l’endroit. Elle attrapa un nouveau bandana de son sac et l’enfila, tout en remettant sa capuche. Même si la conversation n’était pas ce qu’elle espérait, elle avait au moins eu le mérite de lui remonter le moral. À travers sa fenêtre délavée, Elena regarda la jeune gardienne qu’elle avait connue si jeune s’éloigner. Elle songea au passé et constata à quel point elle avait grandi. Elle n’était plus la petite fille toute joyeuse qui s’amusait à rentrer partout pour piquer une pomme ou un livre et qui défiait tout le monde à cache-cache… Non, elle était devenue une jeune femme magnifique, mais qui avait perdu ce si précieux sourire. Elena était triste de voir que ce monde faisait perdre ce si précieux sourire même aux plus joyeux. Alors qu’elle était envahie par la nostalgie, un corbeau vint se poser sur le rebord de sa fenêtre et y toqua de son bec. La directrice de l’orphelinat lui ouvrit et lui caressa délicatement le plumage. Puis elle lui adressa quelques mots.

– Franchement… Tu pourrais venir me voir plus souvent tu sais… Mais tu es bien trop fière pour me demander mon aide n’est-ce pas ? Tu ne changeras jamais ma vieille amie… Sois prudente… Tu vas bientôt être dans une impasse avec cette petite… Tu devrais arrêter de lui mentir… Surtout sur ce sujet…

Kira ne savait plus vraiment où se rendre… Devait-elle rentrer chez elle…? Devait-elle se rendre à l’Orchidée Bleue ou encore retourner à l’entrepôt voir si ces deux gardiens allaient bien…? Après quelques pas, elle sentit une présence l’observer… Une présence bien trop pesante pour être ignorée… Elle accéléra le pas, emprunta des raccourcis, des chemins sinueux mais rien n’y fit, la présence ne la lâchait pas… Elle activa sa capacité de transfert et fila à toute vitesse à travers les ruelles, ne laissant que des courants d’air derrière elle. Après plusieurs minutes, elle fatigua et décida de faire une pause dans un sublime petit parc isolé situé entre d’immenses immeubles. L’ombrage des lieux avait donné à cet endroit un côté féérique. La mousse et les champignons qui colonisaient les bancs, les fontaines et les arbres appelait à la détente. Les quelques rayons de soleil qui passaient dans la journée profitaient à de magnifiques roseraies, mélange de violet, de jaune, de rouge et de bleu… Un endroit magnifique, pourtant désert et très peu fréquenté. À la capitale, personne n’avait le temps d’admirer les lieux… En reprenant son souffle, elle leva les yeux et vit un corbeau l’observer… Elle tourna la tête et en vit un autre… Puis deux… Kira râla et admit sa défaite.

– C’est bon, c’est bon ! Tu as gagné ! Je suis là… Pas la peine d’envoyer tous les corbeaux de la ville à ma recherche !

Quelques secondes plus tard apparut derrière elle une sublime femme aux longs cheveux noir de jais, habillée d’une longue robe noire et mauve fendue jusqu’au haut des cuisses. Elle sentait la groseille et de lilas et lentement, avançait vers Kira. La femme était d’une immense beauté, ses yeux violets étaient mis en valeur par un maquillage noir profond… Elle s’avança vers Kira, lui tourna autour en la regardant des pieds à la tête et s’installa sur le petit banc du parc devant elle, jambes croisées, laissant entrapercevoir sa superbe plastique. Elle fixa Kira et ne prononça aucun mot… Kira la jaugea du regard mais craqua la première.

– Ahhhh Raven c’est bon ! Je te jure, j’allais venir à l’entraînement !
– Je n’ai rien dit Kira…
– Oh arrête ! Contrairement à toi je n’ai pas de capacités de télépathie, mais j’ai l’impression d’entendre tes pensées tellement tu penses fort ! À force je vais en développer !
– Et ça ne m’étonnerait pas…
– Et puis Raven ! À ton âge ! Sortir habillée comme ça ! Une robe avec un décolleté pareil ! Et tes cuisses regarde ça ! Elles sont… Et tes seins… Mais attends mais ça t’arrive de vieillir ou quoi ? Sérieux j’ai l’impression que ça fait 15 ans que tu n’as pas bougé !
– Les compliments ne te sortiront pas d’affaire jeune fille…
– Je ne te complimente pas, vieille femme ! Je suis réaliste : tu ne vieillis pas ! C’est louche !
– Kira. Ce que tu as fait aujourd’hui était d’une stupidité effrayante…
– Pardon ?
– Non seulement tu aurais pu avoir de gros ennuis mais en plus, tu t’es ridiculisée…
– Ridiculisée ? J’aimerais voir ça ! J’ai sauvé des vies Raven !
– Un coup de chance…
– Quoi ?!
– Tu étais à deux doigts de perdre le contrôle de ces flammes Kira…
– Peut-être mais… Je l’ai gardé !
– Ta capacité de transfert était tellement faible que tu n’as pas pu sauter sur le toit de cet entrepôt en une fois… Et pour ta gouverne oui, la tuile était une trace…
– C’était pour plus de prudence je…
– Excuse non recevable. L’un des gardes aurait pu ne pas détourner le regard, tu aurais été compromise. De plus, tu t’es montrée à deux Gardiens inconnus…
– J’avais besoin de leur aide pour….
– Tu as montré ton visage à un enfant…
– C’est qu’un gamin !
– Dont la mère aurait pu être sauvée si tu maîtrisais mieux tes capacités…
– Non, je ne… Et puis si tu as tout vu tu aurais pu…
– Il suffit !

Raven se leva sèchement. Elle ne haussa pas le ton, mais Kira se recroquevilla comme une petite fille grondée par sa mère. Lorsque cette dernière se colla à elle, elle la prit de haut comme pour affirmer son autorité.

– Ta performance d’aujourd’hui était affligeante. Tu devrais avoir honte.
– Parce que tu crois que c’est pas le cas ? J’ai laissé une mère mourir Raven ! Devant son enfant !
– Chose qui ne serait pas arrivée si tu suivais ton entraînement. 
– Ah oui c’est sûr ! Sauf que j’aurais même pas été là et ils seraient tous morts ! Kira commençait déjà à perdre son sang froid. Et puis sérieusement ? Mon entraînement ? Putain Raven ! Je vois pas en quoi m’asseoir contre un mur va m’aider ! Augmenter ma réserve d’énergie vitale ? Je ne me sers même pas de celle que j’ai ! Augmenter mes réflexes ? Aucun humain ne peut les suivre ! J’ai la puissance qu’il me faut pour faire ce que je fais ! Inutile d’en avoir plus !
– Tu te crois donc si puissante mon enfant…
– Je suis pas ta fille… Et oui Raven, je suis puissante ! Samantha mise à part, je connais personne qui peut rivaliser avec moi.
– Oh pitié, s’il te plait… Ne te compare pas à Samantha ! Elle est largement au-dessus de ton niveau…
– Pardon ? Les yeux de Kira se mirent à briller. Elle commençait à céder aux provocations de Raven.
– Tu es une idiote. Tu te contentes de la base alors que tu peux avoir tellement plus ! Pense à tout ce que tu pourrais faire si tu…
– Ce que TU pourrais me faire faire ! C’est ça hein ? C’est ça qui te gêne ! Je suis pas un gentil petit corbeau qui t’obéit au doigt et à l’œil ! C’est ça qui te gêne.
– Ce qui me gêne, c’est que tu deviens faible Kira. Tu redeviens la gamine que j’ai sortie de la rue il y a 15 ans… Et cela me déçoit beaucoup, après tout ce que nous avons fait pour toi…
– Surveille tes paroles Raven… Kira serra les poings.
– Garde tes menaces puériles Kira, tu n’es pas en mesure de m’intimider.
– Oh tu crois ça ?
– J’en suis persuadée. Au fond, tu n’es qu’une petite fille effrayée par ce qu’elle peut devenir.
– Assez ! 

Les yeux de Kira s’illuminèrent et elle se jeta sur Raven. En une fraction de seconde, la jeune femme tenta d’attraper le cou de son mentor, mais celle-ci disparu aussitôt. Connaissant ses habitudes, Kira fit demi-tour et envoya un énorme coup de pied à hauteur de hanche, mais à sa grande surprise, Raven le stoppa d’une seule main et l’envoya valser au loin comme une plume. Kira prit appui sur un mur et se propulsa une nouvelle fois vers la femme aux cheveux noir de jais. Elle la rata encore une fois, puis une autre. Furieuse, elle concentra son énergie et manipula l’eau d’un petit bassin situé dans le parc. Elle transforma l’inoffensif liquide en des pics aiguisés qu’elle propulsa sur Raven, qui les arrêta rien qu’en les regardant, avant de les retourner contre Kira. Kira tenta d’en reprendre le contrôle, mais il était trop tard. Avant qu’il ne la touche, les pics se retransformèrent en eau et l’éclaboussèrent. Là, les talons de Raven vinrent se planter dans sa gorge et elle se fit plaquer au sol. Kira n’en revenait pas, elle venait de se faire battre à plate couture en quelques secondes… Raven n’avait-elle jamais donné ce qu’elle avait lors des entraînements ?

Un regard entre les femmes suffit à désamorcer la situation. Raven reprit sa place sur le banc et garda de nouveau un silence pesant. Elle gardait les yeux fixés sur Kira. Un corbeau vint sur son épaule et quémanda quelques caresses, qu’elle lui fit pour son plus grand plaisir. Lorsque Kira se releva, il s’envola. La jeune Gardienne se traina péniblement jusqu’au banc et s’installa à son tour. Raven attendait toujours, sans un mot. Après quelques minutes sans bouger, Kira prit la parole…

– Je… Suis désolée Raven… Je m’excuse… Vraiment…
– Et j’accepte tes excuses Kira. Maintenant je veux une réponse sincère : pourquoi ne viens-tu plus à tes entraînements ?
– Je… Je sais pas… Kira s’affala dans le banc et regarda le ciel. Écoute je… Tout le monde me met une telle pression, je… Je crois que je ne supporte plus d’être le centre d’attention comme ça, je… Moi ce que j’aime c’est être dans mon coin, dans l’ombre. Voir tant de monde attendre de moi que je sois le… Le…
– Le Phoenix.
– Oh non pitié… On est en privé ! Ne me dis pas que tu crois à ces balivernes Raven !
– Plus que n’importe qui Kira…
– Oh oh oh… Kira eut un rire amer. “Une élue qui viendra sauver les hommes de leur destin funeste et qui restaurera l’équilibre par sa toute puissance”. Pitié ! Ce sont des contes pour bébés Gardiens, destinés à les motiver à travailler dur ! Une chimère !
– Kira, regarde-moi. Dans les yeux… Kira s’exécuta. Je m’excuse, sincèrement si je te mets trop de pression. Mais comprends-moi, jamais je n’ai vu quelqu’un avec un tel potentiel. Te voir le gâcher de la sorte, c’est un enfer.
– Je ne gâche rien Raven. Tu as bien vu, je peux aider les gens ! J’aide les gens à avoir un meilleur quotidien…
– Tout ce que je sais Kira, c’est que ton niveau baisse. Continue comme ça, et tu vas devenir une Gardienne de bas étage, juste bonne à aider quelques paysans et à voler sa nourriture…
– N’exagère pas s’il te plaît… Kira avait retrouvé son calme.
– La vérité, c’est que tu es un prodige et que jusqu’à présent tu as toujours été au-dessus de tout le monde sans rien faire. Sauf que le prodige a été rattrapé par les autres à cause de sa fainéantise. Et aujourd’hui, tu as peur.
– J’ai pas peur ! Je ne suis plus une gamine ! Tant mieux si les autres sont forts ! Je m’en fous royalement…
– Alors pourquoi Samantha…
– Oh hein ! Ça va hein ! J’adore Sam mais vous avez qu’à faire d’elle votre foutu… Raven regarda Kira avec un large sourire satisfait. Je te hais…
– C’est pour ton bien… Regarde… Raven prit les seins de Kira dans ses mains, qui sursauta. Tu t’engraisses… Ça se voit sur ta poitrine…
– C’était ça !
– Viens, allons à l’Orchidée… Nous avons une réunion d’urgence…
– Ah bon ? Pourquoi je n’ai pas été prévenue ?
– Je viens de le faire…

Raven se leva et quitta les lieux. Kira souffla un bon coup, assimila tout ce qu’il venait de se passer, enfila de nouveau sa capuche et la suivit. Tout comme elle, son mentor possédait une large capuche, certes bien plus classieuse, mais ayant le même objectif. Raven était considérée comme l’une des Gardiennes les plus puissantes de la Capitale, voire du pays tout entier. Ils étaient très peu à connaître son visage, et elle préférait que cela reste ainsi. Elle voulait rester cachée, surtout du Grand Ordre, pour qui elle était morte voilà 18 ans… Elle avait décidé il y a plus longtemps encore de consacrer sa vie à aider et former les jeunes Gardiens afin de les mettre dans le droit chemin mais également de les protéger des menaces extérieures… Et des menaces, il y en avait un paquet. Kira se mit à son niveau et rigola légèrement. Raven aurait largement pu utiliser sa capacité de télépathe, mais elle respectait la demande de son élève de ne pas l’utiliser sur elle. Ne lui restait alors que le dialogue, exercice que la femme au parfum de groseille et de lilas n’appréciait pas énormément bien qu’elle était Maîtresse en la matière.

– Qu’est-ce qui te fait rire Kira ?
– Rien, rien… Mais avec nos capuches, nos yeux violets, nos cheveux noirs, nos visages si joyeux… Je me demandais si on nous prendrait pour des sœurs ou une mère et sa fille.
– Ah vraiment ? Et qui serait la fille ?
– Ah ah… Très drôle…
– Si nous portons ces capuches c’est justement pour que personne ne se pose ce genre de question… Pour être honnête je doute même qu’elles nous servent à quelque chose tellement les gens font si peu attention à ce qui les entoure…
– Je me le demande souvent oui…
– Mais mieux vaut être prudentes, surtout par les temps qui courent…
– Je suis d’accord… Kira garda le silence quelques secondes. Raven… Tu as pu faire ce que je t’ai demandé concernant tu sais… Ma sœur.
– Encore cette histoire ? 
– Oui, encore cette histoire !
– Raven soupira. Oui, j’ai fait ce que tu m’as demandé Kira et non, aucune Gardienne retenue par le Grand Ordre ne correspond à la description que tu m’as faite…
– Oh… Merci quand même… J’aurais tellement aimé que tu la connaisses, tu aurais pu m’aider toi… Et Sirius aussi…
– Et je te répète que je ne la connais pas, le sujet est clos.
– Pourquoi est-ce que tu t’énerves encore… ?
– Je ne m’énerve pas. Nous sommes arrivées.

Cela avait beau faire à peine quelques semaines que Kira n’avait pas mis les pieds à l’Orchidée, elle avait tout de même l’impression de redécouvrir la beauté des lieux une nouvelle fois. Il faut dire qu’il était difficile de ne pas être fasciné. Le bâtiment, qui est un bordel, réputé certes, mais un bordel quand même, était l’un des plus vieux de la ville. Cela se remarquait sans difficulté par son architecture. De gigantesques colonnes en marbre blanc venaient entourer d’immenses fenêtres qui laissaient entrevoir la beauté de l’intérieur avec parfois, si vous étiez chanceux, un aperçu des Fleurs qui y travaillaient. De longues tapisseries bleues et or, aux gravures érotiques, donnaient le ton dès l’entrée : c’était un établissement haut de gamme où chaque détail était soigné. Il va sans dire que l’Orchidée Bleue détonnait fortement dans le quartier, où tout était plutôt crasseux et délabré… Pourtant, même s’ils s’en cachaient, les habitants des quartiers pauvres étaient tous très fiers de ce bâtiment, qui était un symbole d’espoir pour tous, le symbole que même quelqu’un venant des bas quartiers pouvait réussir. En guise d’éclairage, de petits lampions ronds dorés lévitaient de chaque côté de l’entrée, dans une symétrie parfaite. Aux pieds des murs, éclairés par de discrets spots aux couleurs changeantes, de superbes buissons fleuris venaient habiller le bâtiment. Depuis le toit, des feux d’artifices silencieux décoraient le ciel, aux couleurs du bâtiment. Un tour de passe-passe certes, mais toujours très impressionnant et émerveillant. Rien n’était laissé au hasard, tout était parfaitement calculé et positionné. Lorsque les deux femmes avancèrent sur le tapis bleu qui menait à l’entrée, celui-ci s’éclaira légèrement d’un bleu cyan sous leurs pas. De part et d’autre du tapis, des jets d’eau virevoltaient et s’entrecroisaient dans les airs au-dessus de leurs têtes pour retomber un peu plus loin, sans une éclaboussure. Rien que l’entrée du bordel était à elle seule un spectacle complet.

Arrivées devant l’immense porte noire et or du bordel, celle-ci s’ouvrit pour les accueillir. Les mécanismes en forme de fleurs dorées s’enlacèrent lentement pour enclencher le mécanisme d’ouverture. Kira avança.

– Y a rien à dire, l’entrée principale en jette…
– C’est vrai que nous ne l’empruntons pas très souvent…
– Rarement oui…

En passant le pas de la grande porte, Kira regarda en l’air et admira les fleurs qui continuaient leur danse. Une fois celle-ci passée, une épaisse fumée vint envelopper leurs pieds, leur donnant l’impression de marcher sur des nuages. Plus elles avançaient, plus une délicieuse senteur de rose caressait leurs narines. Le plafond était orné de superbes peintures, érotiques bien-entendu, éclairées par les lampions volants. De celui-ci tombait une neige chaude, qui, lorsqu’elle touchait la peau, apportait un sentiment de réconfort. Toutes ces fioritures extraordinaires détonnaient pourtant avec le reste de la décoration, très futuriste et technologique. Le comptoir était rempli d’électronique haut de gamme, que peu de personnes et d’organisations pouvaient se permettre d’avoir. Ici l’Énergie Vitale et la Technologie se mariaient à merveille.

Il n’était pas rare de voir un mélange d’énergie vitale et de technologie à la Capitale, du moins, dans les bâtiments autorisés par le Grand Ordre. En effet, l’utilisation de l’énergie vitale était strictement régie par les lois du Suprême. Lors de la Déchirure, le cataclysme au cours duquel Shayon et le monde des Morts faillirent anéantir l’humanité, cette dernière, privée de toutes les énergies et de la plupart de son savoir, se tourna vers l’énergie vitale. Après des années d’expérimentation, elle put remplacer les vieilles énergies de l’ancienne civilisation qu’étaient l’électricité ou encore le pétrole. Grâce à cela, les savants de la nouvelle civilisation purent, à l’aide d’anciens écrits, reconstituer des machines et avec le temps, faire avancer la technologie à un stade supérieur de celui de leurs prédécesseurs. Mais seules les grandes villes profitaient de ce savoir, seuls ceux qui se pliaient aux lois du Grand Ordre.

Les Terres Blanches, elles, en étaient privées. Kira pensait souvent au fait surprenant que les habitants des grandes villes vivaient au quotidien avec l’énergie vitale mais refusaient pourtant de la voir… C’était le symptôme de : je veux en profiter mais je ne veux pas savoir d’où ça vient ! Et c’était bien là l’objectif du Grand Ordre… Car il ne voulait certainement pas que les gens sachent d’où provenait cette énergie vitale et comment il la puisait…

L’Orchidée Bleue quant à elle, jouait au même jeu que le Grand Ordre : elle mentait, même si son dessein était bien différent. Aux yeux de tous, le bâtiment était ce qu’il a toujours été depuis sa création, lorsqu’Archibald recueillit de jeunes femmes sans abri et décida, avec leur accord, de vendre leurs corps aux plus aisés. Un bordel, voilà  la face publique de l’Orchidée Bleue. Mais depuis que le fils de son créateur, Sirius, avait repris les rennes et rencontré Raven, il y a de cela 20 ans, l’endroit s’était transformé dans l’ombre, pour devenir le plus grand réseau d’espions de la Capitale, voire du pays. Mendiants, orphelins, travailleurs, habitants des Terres Blanches… Le réseau était immense. Même les filles qui travaillaient officiellement comme prostituées n’étaient jamais touchées par les clients, toutes étaient des espionnes. Cependant ça, personne n’aurait pu s’en douter tellement leurs techniques étaient bien huilées… Raven et Kira empruntèrent un ascenseur caché derrière l’accueil. L’intelligence artificielle des lieux, Evy, demanda à Raven sa destination.

– Bonjour Raven. Kira, ravie de vous revoir.
– Merci Evy. Kira avait un petit sourire.
– Votre destination je vous prie.
– Laboratoire, de suite. Raven était brusque.
– Bien. Laboratoire. Sous-sol.
– Raven tu pourrais… Être plus sympa avec Evy…
– Plus “sympa” ? Avec une intelligence artificielle ?
– Ba tu sais jamais… Elle pourrait se vexer.
– Il ne manquerait plus que ça… Cette chose sans âme… Tseuh…

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent et les deux femmes s’avancèrent vers une nouvelle porte qui s’écarta sur leur passage. L’immense laboratoire était désert, seules deux femmes étaient encore présentes. Raven s’avança vers elles et n’y alla pas par quatre chemins.

– Alors, ça donne quoi ?
– Non Raven… Ça ne marche pas non plus… 
– Hum… Ça ne va pas, demain nous reprendrons tout. Vous pouvez y aller.
– Bien. Bonne journée à vous.

Kira regarda autour d’elle et se demanda ce qu’il pouvait y avoir dans toutes ces fioles fumantes. Des sphères transparentes flottaient dans les airs, refermant en elles d’étranges liquides… Tout le long des murs, un magnifique jardin botanique était installé en guise de papier peint. Il possédait un assortiment de presque toutes les fleurs connues à ce jour, ce qui avait toujours fasciné Kira. Elle s’avança vers Raven.

– Y a un problème ? Qu’est-ce qu’on fait ici ? Pourquoi y a personne ?
– Ils ont tous travaillé très tard hier, je leur ai donné leur journée. Les gens travaillent mieux lorsqu’ils sont heureux, tu le savais ?
– Tu m’en diras tant… Et donc, vous travaillez sur quoi ?
– Il semblerait que certains de nos grands habitués développent une sorte de résistance au combo de l’âme Rose et du Parfum des Fleurs…
– Oh…
– Quoi ?
– Rien…
– Kira… Je sais que tu n’es pas une Fleur mais tout de même… Tu te rappelles à quoi servent ces produits et à quel point ils sont importants non ?
– Oui, oui… Raven regarda Kira avec de gros yeux. Raven ! Enfin quand même ! L’Âme Rose est une drogue dérivée de l’Âme Blanche qui permet d’extraire les fantasmes les plus cachés d’un client en le plongeant dans un sommeil profond. Jumelé à son parfum, créé à partir de ses hormones et du parfum de la vraie fleur de laquelle elle tient son nom, la Fleur est capable de faire halluciner le client qui va alors être persuadé de vivre son fantasme avec la Fleur en question… Tout en étant un parfait livre ouvert…
– Bien, c’est un peu maladroit mais ça ira… Cependant il faudra vraiment que l’on revoie ça… Nous profiterons de tes prochaines séances. Quoi qu’il en soit, nous devons rapidement trouver comment augmenter la puissance de ces substances afin d’éviter toute résistance…
– Je me demande quand même ce que ça ferait à tous ces gens tu sais… De réaliser que tout ce qu’ils ont vécu, tous ces moments de plaisir, n’étaient que du vent… S’apercevoir que non seulement ils n’ont jamais touché un cheveu de leurs amants mais qu’en plus, ils lui déballent tout ce qu’ils veulent savoir… Ça doit être humiliant… J’adorerais voir ça !
– Malheureusement je ferais tout pour que ça n’arrive pas… Imagine un peu si les Grands Prêtres qui viennent ici étaient les dites personnes… Ce serait un désastre…
– C’est pas faux… Kira eut un frisson. Moi je dis qu’on devrait les exposer ! Ça prêche un truc et ça fait son contraire… Crevards…
– Et nous perdrions là non seulement une source d’information inestimable, mais également un revenu conséquent, un soutien solide et surtout, notre petite organisation secrète…
– Détails, détails…

Pour la première fois, Kira décrocha un sourire à Raven. Celle-ci examina les fioles, raya des tas de lignes dans un carnet et jeta le stylo en l’air. Kira rigola.

– On est pas dans les Terres Blanches tu sais… Tu as accès aux technologies les plus avancées de la Capitale et tu prends des notes sur un carnet ? Vraiment ?
– Kali ne t’as donc rien appris ? Mon carnet je le brûle, plus aucune trace… La moindre information saisie sur un ordinateur ou une autre machine ne s’effacera plus jamais… La prudence Kira, la prudence…
– D’accord m’enfin, qui tenterait de nous pirater ? Face à Kali c’est…
– Ce n’est pas les compétences de Kali qui m’inquiètent, mais celles de nos ennemis… Il serait assez facile pour eux de rentrer ici s’ils avaient connaissance de l‘endroit…
– Attends… Quoi ? Quels ennemis ? On a des ennemis ? On n’existe pas…
– Crois-moi, nous sommes nombreux à croire et à chercher des choses qui n’existent pas… La preuve, je cherche encore ton intelligence…
– Ah ah ah…
– Raven, Kira. Evy parla via des hauts-parleurs. Sirius demande votre présence de toute urgence. Vous êtes attendues dans son bureau.
– Très bien, nous arrivons.

Raven attrapa son carnet et le fourra à l’arrière de sa robe… Ce qui attisa la curiosité de Kira… Elle la laissa passer devant et regarda ses fesses. Où avait-elle bien pu mettre ce carnet… ? Elles passèrent la porte blindée du laboratoire, retournèrent dans l’ascenseur où Kira ne put s’empêcher de lorgner l’arrière-train de Raven afin d’apercevoir son astuce… La femme le remarqua mais ne moufta pas, trop amusée par le regard désemparé de Kira. L’ascenseur descendit encore d’un étage et s’ouvrit. Enfin, Raven nargua Kira.

– Si tu suivais ton entraînement, tu comprendrais…

Elle lui adressa un sourire moqueur et s’avança. Les lieux étaient plongés dans le noir total, et seul un habitué connaissant parfaitement ceux-ci savait où marcher sans se prendre un mur ou pire, un piège mortel. Même avec une lampe ou une torche, rien n’y faisait, l’endroit restait mystérieusement sombre. Raven poussa une large porte et les deux femmes pénétrèrent dans le bureau de Sirius, le Maître des lieux.

Bien que situé à plusieurs mètres sous-terre, le plafond du bureau était une immense voie lactée qui s’étalait à perte de vue. Celle-ci se reflétait sur le sol, au contact duquel chaque pas émettait une onde légère, comme s’il n’était qu’un infini lac aux eaux cristallines. Tout autour n’était qu’obscurité, sauf un immense bureau en bois clair et ses chaises bleues, éclairées par de petites boules d’énergies blanches et bleues, qui volaient un peu partout. Bien que sombre, cet endroit était une merveille. Assis sur son immense chaise de bureau, Sirius était plongé dans son écriture. Il possédait de courts cheveux blancs ébouriffés, assortis à ses yeux, ce qui lui donnait un air très sévère et… Morbide. Pourtant, il était sans doute l’une des personnes les plus aimables que Kira connaissait, et elle se demandait bien pourquoi il était avec Raven… Tout les opposait, même leur couleur de cheveux ! Mais cela créait un équilibre sans doute…

Kira et Raven prirent place dans les fauteuils, que la jeune Gardienne connaissait un peu trop bien tellement elle était venue ici pour… Diverses raisons… Sirius termina son écriture et posa son stylo. Lui aussi n’aimait visiblement pas utiliser la technologie pour ce genre d’affaires.

– Ah Kira, bon retour parmi nous.
– Merci Sirius mais… Je suis pas partie des mois non plus…
– C’est bien dommage… Sirius lui fit un clin d’œil.
– Qu’est-ce que vous avez tous aujourd’hui ? Kira râla encore…
– Bien, nous avons un problème. Un échange se prépare… Et nous devons agir, rapidement.
– Quel type d’échange ? Raven prit la parole.
– Le type d’échange qui ne doit pas se faire… Kira, je sais que tu viens de rentrer, mais j’ai une mission pour toi. Raven pour toi aussi. J’aurai aussi besoin de Samantha, Kali et de deux roses, choisis lesquelles. 
– Kali est déjà en mission pour toi quant à Sam, je lui ai donné quelques jours de repos. Elle a fait pas mal de missions ces derniers temps.
– Elle, elle a le droit à du repos… Kira s’enfonça dans sa chaise en ronchonnant.
– Parce qu’elle ne manque jamais un entraînement… De plus, tu le sais très bien, Sam n’est pas du genre à rester au chaud sous sa couette…
– Elle est dans les Terres Blanches ? Sirius s’inquiéta. Où ça ?
– Là où le vent la conduit Sirius. Tu la connais.
– Envoie tes corbeaux et demande à nos agents dans les Terres Blanches de la trouver, elle doit rentrer.
– Sirius, qu’est-ce qu’il se passe ?
– Plus tard Raven. Tenez, voici vos missions immédiates. Sirius leur tendit une enveloppe scellée. Ceci laissera le temps aux autres de rentrer. Dès que nous sommes tous réunis, réunion dans mon bureau. Des questions ?
– Je suppose que non… 

Kira et Raven se levèrent et sans un mot, mais la femme aux corbeaux semblait vexée que son amant ne lui en dise pas plus… Elles traversèrent le bureau, retournèrent dans l’ascenseur et Raven demanda à Evy de les conduire à leur centre d’entraînement.

– Déjà Raven ? Je viens d’arriver.
– Oui Kira… Déjà… Je connais ce regard…
– Ce regard ? De Sirius ?
– Oui…
– Et alors ?
– Et alors, nous allons au devant de graves ennuis… 

La porte de l’ascenseur s’ouvrit et donna accès à un immense dojo, rempli d’armes, de cibles et tout ce que pouvait rêver quelqu’un souhaitant s’entraîner à l’art du combat. Une aire de jeu parfaite pour une Gardienne. Raven se rendit à une fenêtre, l’ouvrit, et celle-ci fut traversée par de nombreux corbeaux. Ils se posèrent au sol, leurs yeux se mirent à briller et ils reprirent leur envol immédiatement. Raven referma la porte, attrapa une large épée, la fit léviter dans les airs et la dirigea tout droit entre les deux yeux de Kira, qui l’esquiva de justesse. La jeune gardienne écarquilla grand les yeux. Cette fois-ci, la lame aurait réellement pu la tuer ! Elle regarda Raven avec surprise, mais celle-ci attrapa une nouvelle lame.

– Bien Kira… Rattrapons ce retard. Il est temps de passer au niveau supérieur…
– Et les missions de Sirius ? Il nous a dit de…
– Je suivrai ses ordres quand j’estimerai que ce sera le moment. 

Les yeux de Raven se mirent à briller et Kira esquissa un sourire, avant de faire briller les siens…

Voilà pour la suite des aventures de des Gardiennes, avec l’entrée en scène de Samantha. Ahhhhh Sam… J’ai tellement hâte de vous conter la suite de leurs aventures ! Il y a tellement de choses magnifiques qui vont arriver ! J’espère vous voir nombreuses et nombreux pour la suite ! J’espère aussi que ce chapitre vous a plu ! Restez connecté(e) grâce à Instagram et ne loupez pas le chapitre 04 !

Merci infiniment d’avoir pris le temps de lire ce chapitre et à très bientôt pour la suite !

Kira rencontre une figure maternelle.
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Helmi est de retour dans la saga "Les Gardiennes d'Ashima".

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