0
Votre panier est actuellement vide

Chapitre 01

— LES GARDIENNES D’ASHIMA
TOME 01 : L’APPEL DE L’AUTRE MONDE

Kira - Les Gardiennes d'Ashima SD

CHAPITRE 01

“Une ombre dans la lumière”

Les premiers rayons de soleil qui embrasaient le ciel de la Capitale offraient un spectacle magnifique. Du moins l’auraient-ils pu, si leur lumière n’envahissait pas la chambre d’une jeune femme vivant dans l’ombre. Les yeux emprisonnés par le sommeil, Kira tenta de fuir cette lueur éblouissante à l’aide de la couette de son futon mais rien n’y fit, son court repos touchait à sa fin. Elle ouvrit lentement ses sublimes yeux bridés et la lumière fit briller de mille éclats ses pupilles violettes encore humides de fatigue. Ses courts cheveux noirs aux extrémités violettes avaient la même allure qu’elle : ils ne ressemblaient à rien. Telle une chatte, la jeune femme s’étira de tout son long et leva les bras au ciel, avant de les faire lourdement retomber entre ses jambes. À cet instant, elle tenait plus du panda que du majestueux chat qui s’étire. Elle s’essuya la bave au coin des lèvres du revers de la main et se leva. D’un pas lourd, elle se dirigea vers sa fenêtre et posa la main dessus. 

– Je hais la lumière… 

D’un mouvement rapide, elle éteignit l’immense écran lui servant de fenêtre, puis regarda son reflet dans celui-ci. Elle souffla sans succès sur les mèches rebelles qui tombaient devant ses yeux et tenta de remettre en place son débardeur noir, seul vêtement qui l’accompagnait dans son sommeil avec sa petite culotte. Normalement, seule cette dernière recouvrait le corps athlétique de Kira, mais il faut dire que ses derniers jours, les températures n’étaient pas aussi généreuses que la lueur du soleil. Elle attrapa la poignée de sa porte et la fit lentement coulisser, dévoilant ainsi la pièce à vivre principale. 

Une délicieuse odeur de pain chaud et de chocolat parvinrent à ses narines, ce qui remit un peu de bave au coin de ses lèvres. Avec un peu plus d’entrain, la jeune femme se dirigea vers la cuisine et prit place sur un tabouret proche d’un large plan de travail. Elle écarquilla les yeux : brioches encore chaudes, confiture, chocolat chaud, chocolat à tartiner, fruits, jus d’orange frais… Un véritable régal en perspective. 

Cependant, un grognement détourna son attention. Kira se pencha et remarqua une touffe rouge sortant de derrière le bar. Elle plissa les yeux pour être sûre de ce qu’elle voyait… 

– Minou, minou, minou… Viens ici minou…

Des petits yeux d’ambre fixaient désormais Kira, avec un mélange d’incompréhension, de mécontentement et surtout, de fatigue… Habituellement ils étaient grands et ronds, mais il semblait que pour eux aussi, la lueur du soleil n’avait pas été un si beau spectacle. De derrière le bar émergea une petite silhouette, qui vint s’assoir sur le tabouret à côté de Kira, adoptant une posture tout aussi dépitée… Kira rigola légèrement et la regarda.

– Qu’est-ce que tu foutais à quatre pattes derrière le bar Kali ?
– Oh je faisais mes étirements… Kira la regarda étrangement. À ton avis ?! J’ai fait tomber ma cuillère et il m’a fallu cinq minutes pour me relever ! C’est lamentable…
– T’étais de sortie cette nuit ?
– Oui… Mais Sirius tient absolument à ce que je parte en mission dès ce matin… J’en peux plus… À voir ta trogne, j’en déduis que toi aussi…
– Moi c’est le contraire… C’est cette nuit que j’étais en mission… Ce matin j’ai quelque chose à faire…
– Si tôt ?
– M’en parle pas… D’ailleurs, je sais pas si je dois t’en féliciter ou pas, mais tes écrans là… Ils sont carrément efficaces… On dirait vraiment une fenêtre… Y a juste moyen de pas faire se lever le soleil ? Tu sais de… Laisser la nuit ?
– Ah ah… Ils retransmettent en direct les images de la caméra 7… Donc non… Tu auras toujours une vue imprenable sur nos belles Terres Blanches…
– Grumlf…

En silence, Kira et Kali prirent une bouchée de leurs brioches et émirent un soupir de plaisir à l’unisson… Kali ne put s’empêcher de reprendre immédiatement une bouchée.

– Ohhhh les brioches de Sam… Qu’est-ce qu’elles sont bonnes…
– Tu parles desquelles ?
– Oh ! La peau de Kali prit une légère teinte rouge…
– Kira rigola en avalant un nouveau morceau. Oui elles sont délicieuses… En même temps est-ce que Sam est capable de se rater… ?
– Bien-sûr… C’est juste qu’on ne fait pas attention à tous ses efforts et ses entraînements et tout ça… On s’y est… Habituées…
– Hum… On est des putains d’ingrates… En parlant de Sam, tu sais où elle est ?
– Elle a laissé un mot ce matin, elle est partie pour les Terres Blanches cette nuit.
– C’est toi qui as tout préparé ?
– T’es marrante toi… Hé hé. Kali rigola en grognant. Non, elle avait programmé le four et préparé tout le reste. Moi je l’ai juste sorti…
– Je hais cette fille… Kira fie la moue et goba une nouvelle brioche.
– Ah ah… On y croit, on y croit…

Pendant de longues minutes, les deux femmes profitèrent de ce délicieux petit déjeuner préparé par leur amie. Tout était fait maison : brioche, confiture, chocolat chaud, et même le chocolat à tartiner. Il faut dire que lorsque vous habitiez dans les quartiers les plus pauvres de la Capitale, il était bien difficile de se procurer quoi que ce soit. Mais les trois filles pouvaient compter sur leurs talents et leur imagination pour s’en sortir. C’est d’ailleurs de cette façon que contrairement à beaucoup d’autres, elles s’étaient construit un petit nid douillet tout confort.

Leur maison, c’est comme ça qu’elles aimaient appeler leur repère même s’il était loin d’y ressembler de l’extérieur, était modeste mais possédait pourtant tout ce que les filles désiraient. Pour elles, la richesse venait des expériences, des rencontres et des aventures, et en aucun cas des biens matériels. Aussi ne possédaient-elles que le strict minimum. En revanche, en ce qui concernait la nourriture, là, elles mettaient le paquet. Samantha était la cuisinière la plus douée des trois, mais Kali et Kira n’étaient pas en reste ! C’est pour cette raison que leur cuisine était certainement la pièce la plus équipée de leur maison, avec de grands rangements, des équipements de pointe confectionnés par Kali et un large bar où elles prenaient convivialement leurs repas ensemble. Du moins habituellement.

Le reste de leur repère était épuré et cosy. Leur pièce principale était composée d’un grand canapé et de nombreux coussins moelleux au sol, ainsi que d’une large table basse qu’elles avaient fabriquée ensemble il y a des années. Chacune avait une petite chambre avec un futon et une petite étagère, et leur salle de bain était elle aussi modeste, mais diablement confortable. Les filles avaient toujours été d’accord : posséder peu oui, mais posséder de la qualité. Depuis près de dix-huit ans qu’elles vivaient ensemble, elles n’avaient jamais eu de querelle sur leur maison… Le reste, c’était autre chose… Mais leur maison, c’était leur endroit sacré. Les filles avaient transformé un vieil avant-poste abandonné du Grand Ordre en une charmante petite habitation. Bien que situé sous terre, l’endroit offrait une grande luminosité. D’une part, grâce aux immenses fausses fenêtres, qui donnaient sur les Terres Blanches, les contrées sauvages en dehors de la ville. Si vous ne saviez pas qu’il s’agissait d’écrans holographiques installés par Kali, vous n’y verriez que du feu. D’autre part, de petites boules dorées et lumineuses parcouraient les lieux telles des lucioles virevoltant dans les airs. Fruit des capacités d’élémentaliste des filles, elles donnaient au lieu encore un peu plus de lumière et un charme certain. C’était l’endroit préféré des filles, et même si elles en avaient eu de nombreuses fois l’occasion, elles n’ont jamais voulu déménager, que ce soit ensemble ou de leur côté.

Après un succulent petit déjeuner, les filles parlèrent de leur journée à venir. Kali regarda Kira s’étirer et ne put s’empêcher d’admirer ses formes, en complexant légèrement…

– Tu ne devrais pas rater d’autres entraînements Kira… Tu vas avoir des ennuis…
– Oh Kali… On a plus dix ans… Je suis assez grande pour décider moi-même de mon planning…
– Oui mais… Elle est vraiment contrariée que…
– Eh ben qu’elle soit contrariée la vieille ! Je suis pas là pour être son souffre-douleur ou je ne sais quoi.
– Je pense que tu es plutôt la fille qu’elle n’a jamais eu tu sais…
– Ah oui ? Drôle de façon de le montrer…
– Bon je… Quoiqu’il en soit, pense à passer à l’Orchidée de temps en temps… On leur doit beaucoup…
– Je sais bien qu’on leur doit beaucoup… Dès que je suis convoquée et que je peux aider je le fais, tu le sais. Mais j’ai des choses plus importantes à faire que de m’entraîner cinq heures par jour avec ce démon !
– D’accord, d’accord…
– Non je… Excuse-moi Kali, quand je suis pas réveillée je suis bougon tu le sais… C’est juste qu’elle me met une telle pression que j’ai besoin de souffler…
– C’est parce qu’elle sait à quel point tu peux devenir puissante.
– Et moi je sais que je suis très bien comme je suis. Ça me suffit largement pour aider les gens. Regarde tout ce qu’on fait, tous les habitants qu’on aide ! Et sans son entraînement infernal, je peux en aider encore plus.
– Oui mais tu… Enfin tu sais, elle et Sirius disent que tu es…
– Tchhhh ! Ah non hein !
– Hou… Kali sursauta devant une lueur violette dans les yeux de Kira…
– Bon allez… Merci Kali ! Grâce à cette conversation je suis réveillée ! Allez hop ! C’est parti !
– Où vas-tu ?
– Je ne sais pas encore… Mais j’ai entendu dire que le Grand Ordre allait encore faire une descente…
– Allons bon… Pour quelle raison cette fois-ci ?
– Oh comme toujours… Pour punir les “Hérétiques qui volent le peuple !!!” Kira imita un Prêtre.
– Comme si faire les poubelles ça faisait de toi un voleur…
– Mais pas n’importe quelles poubelles ! Celles des quartiers riches voyons. Oh oui, ça change tout !
– Pitoyable…
– Exactement ! Alors je m’en vais découvrir où ils comptent frapper, me rendre là-bas et m’assurer que la situation ne dégénère pas trop…
– D’accord, tu as raison. Sois prudente…
– Et toi, t’as prévu quoi aujourd’hui ? À part ton entraînement avec ce corbeau de malheur ?
– Tu ne devrais pas dire ça Kira, tu l’adores…
– Peut-être… Ou peut-être pas… Alors ?
– Hum… Sirius m’a demandé d’installer des amplificateurs d’énergie vitale un peu partout dans les souterrains.
– Nouveautés ?
– Oui et non… Il y a une nouvelle Rose à l’Orchidée Bleue qui a de puissantes capacités de télépathe… Alors grâce à ces amplificateurs, elle peut rapidement et discrètement prévenir les gens à travers la ville.
– De télépathe ? Mais on a déjà…
– Oui je sais… Mais entre notre entraînement et ses fonctions, elle n’a pas le temps de s’occuper de ce genre de choses.
– Très bien… Je te demanderais bien comment ça marche mais je vais rien comprendre à ton charabia alors… Sois prudente aussi et surtout…
– On reste dans l’ombre. Les deux jeunes femmes parlèrent à l’unisson.

Kira se dirigea vers la salle de bain. Elle enleva son débardeur avec sensualité et regarda quelques instants son corps. Elle attrapa ses seins et hocha la tête… Quelque chose semblait différent, mais elle ne savait dire quoi. Elle fit demi-tour et sortit à toute vitesse dans la pièce à vivre, poitrine à l’air.

– Kali ! Tu trouves pas que y a un truc qui a changé ? Kira se tenait toujours les seins.
– Hum ?

En tournant la tête, Kali recracha son jus d’orange dans un grand moment de surprise. Elle s’essuya la bouche et reprit la parole.

– Mais qu’est-ce qui te prends ?
– Quoi ? Tu m’as déjà vu nue un nombre incalculable de fois !
– D’accord, d’accord mais pas comme ça là… Je hum…
– Alors ? Tu trouves pas ?
– Non je… Je suis désolée je ne vois rien de différent mais faut dire que je fais pas spécialement attention à ta poitrine tu sais…
– Hum… Bon, pas grave !

Kira s’éloigna de nouveau et plongea sous une douche chaude. Elle savourait ce moment et commença à penser à son objectif du jour… Elle passa chaque détail en revue… Ses adversaires probables, les lieux qui pourraient être visés, les raccourcis dans chaque quartier, les plans de secours, les plans en cas d’imprévus et les imprévus des imprévus… C’était là son plaisir, penser à ses missions jusqu’au moindre détail.

Elle sortit de la douche, essuya la buée du grand miroir et fixa ses yeux violets. Délicatement, elle passa la main sous son œil gauche où se trouvait une étrange marque… Dans ses souvenirs, elle avait toujours eu cette marque mais n’avait jamais pu savoir d’où elle venait… La plupart des gens pensaient que c’était un tatouage, mais ce n’était pas le cas. Elle sécha ses cheveux, se coiffa rapidement et fila dans sa chambre. Là, elle enfila une tenue noire moulante mettant en valeur ses formes et sa musculature. Elle compléta la panoplie avec des chaussures noires, un bandana noir fabriqué par Samantha, et une ceinture où étaient entreposés tous ses outils de travail. Elle aimait voyager léger et il faut dire que vu son activité, c’était même obligatoire…

De son côté, Kali s’apprêtait à déguster sa cinquième brioche. Ou plutôt son chocolat à tartiner à la brioche… Bien que Sam l’encourageait à réduire sa consommation de gourmandises, elle pensait toujours à elle et faisait un petit extra… L’eau à la bouche, elle regardait celle-ci comme si elle n’avait pas mangé depuis des jours. Elle ouvrit la bouche en grand, ferma les yeux et croqua… Dans le vide. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, ses mains étaient vides. Elle se retourna telle une tigresse, et fixa Kira d’un regard noir, la brioche fourrée dans la bouche.

– Je déteste quand tu fais ça Kira ! On a dit qu’on n’utilisait jamais nos talents l’une sur l’autre hors entraînement !
– Ché pour ton bfien ! Cha tévite des cheures d’entrainement en pluche ! Dis-moi merchi !
– Un jour tu me le paieras…
– Bye bye !

Kira lui fit un grand sourire et plissa ses magnifiques yeux violets, avant de faire une petite pirouette en ouvrant et en fermant la porte d’entrée. Kali se leva, s’ébouriffa un peu plus et regarda son petit ventre rond.

– Oui bon… Elle n’a pas tort… Rha je déteste ça ! 

La jeune femme partit à son tour prendre une douche, bien que contrairement à son amie, celle-ci dura une éternité et envahit le repère d’une douce brume fruitée…

Bandana sur le nez, capuche sur la tête, Kira se faufilait telle une ombre dans la foule abondante de la rue principale du quartier des Plaisirs. Plongés dans leurs problèmes, les passants ne faisaient pas attention à elle, et même s’ils l’avaient voulu, ils n’auraient vu qu’une silhouette fantomatique. Le repère des filles était situé en en bordure du quartier, là où les grandes murailles de la Capitale se jetaient dans l’océan. La sortie qu’empruntaient les filles donnait sur le large et personne ne regardait jamais par là-bas… À quoi bon rêver d’horizon lointain…

La Capitale était une immense ville fortifiée, contrôlée par le grand ordre, comme beaucoup d’autres à travers le pays. Elle protégeait ses quelques 4 millions d’habitants des horreurs vivant dans les Terres Blanches, les étendues sauvages abandonnées par les Dieux… Cette ville était divisée en trois secteurs, que le Grand Ordre avait nommé très sobrement secteur un, secteur deux et secteur trois… D’une grande imagination… Mais en réalité, tout le monde les appelait par ce qu’ils étaient vraiment : le secteur riche, secteur travailleur et secteur pauvre… Un secteur regroupait au moins quatre quartiers et chaque quartier était une petite ville à lui tout seul, avec sa propre économie, ses propres sous-quartiers et ses propres dirigeants. Ces derniers étaient des Prêtres du Grand Ordre nommé par le Suprême lui-même, où l’un de ses Grands Prêtres. Ils faisaient office de Maire et géraient les grandes lignes, même si dans les quartiers pauvres, ils faisaient plus de mal que de bien… D’ailleurs, arriva devant Kira un petit groupe de Prêtres, qui comme à leur habitude, se pavanaient à la recherche de pauvres bougres à remettre dans “le droit chemin”. Ils adoraient frapper des gens au hasard en les traitant d’hérétiques. Kira se plaça légèrement sur leur gauche et approcha d’eux sans ralentir l’allure. Quelques pirouettes plus tard, elle se retrouva avec trois généreuses bourses de pièces en main. Elle les jeta peu après à un groupe de mendiants qui ne surent même pas d’où provenait le lancer.

Il y avait de nombreuses phrases de Samantha qui avaient marqué Kira, mais celle qui résonnait le plus en elle était celle-ci : “Celui qui cache sa bienveillance est doublement bienveillant”. Kira avait toujours adoré rester dans l’ombre, ne jamais se faire remarquer et aider les autres. Elle adorait voir les yeux pétillants des gens qu’elle aidait, qui voyaient là un geste divin. Elle trouvait que ne pas donner de visage à sa générosité rendait ses actes encore plus magiques pour les gens. Ils se sentaient surveillés et protégés et il n’y avait pas pour elle meilleure source d’espoir. Kira continua d’avancer dans la grande ruelle mais pressa le pas. Elle regarda l’immense horloge blanche et or de la Citadelle, symbole de la puissance du Grand Ordre et forteresse imprenable… Enfin, ça c’est ce qu’ils disaient… Kira avait déjà pu y entrer et en sortir à ses sept ans à peine. 

Elle quitta la rue principale et s’enfonça dans une ruelle sombre. C’était un cul-de-sac tranquille, mais dont les murs étaient d’une hauteur vertigineuse. Cependant, ce n’était pas ça qui ennuyait Kira non, elle voulait surtout être tranquille. Les mains dans les poches, elle continua d’avancer vers le fond de la ruelle qui se faisait de plus en plus sombre. Elle regarda derrière elle… Personne… Sa silhouette fût enveloppée par l’obscurité et bientôt, on ne vit que ses deux yeux violets s’illuminer dans le noir, brillant de mille feux, magnifiques… Kira activa sa capacité de transfert et prit un peu d’élan. Les mains toujours dans les poches, elle sauta d’un mur à l’autre et en quelques secondes, franchit les vingt mètres des bâtiments pour se retrouver sur les toits. Ses yeux redevinrent normaux et elle observa les alentours. Elle repéra sa première cible : les bureaux du Prêtre régisseur du quartier des Plaisirs. Si elle pouvait trouver des informations intéressantes, ce serait là-bas, dans ce grand bâtiment blanc et bois… Se faisant la plus discrète possible, elle se dirigea vers celui-ci.

Elle regarda en bas : la porte principale était surveillée par des Prêtres, mais c’était bien là la seule sécurité des lieux… Jamais ils n’auraient pensé que le danger pouvait venir des cieux… Kira prit un peu d’élan et attrapa une poutre proche de la fenêtre du bureau du Prêtre. Elle fit une acrobatie et s’asseya dessus. Puis elle se laissa tomber à la renverse, fit une petite manœuvre et bientôt seul son pied droit toucha la poutre. La tête à l’envers, elle examina la fenêtre. Classique du Grand Ordre, une fenêtre à verrou standard de la marque KeysTek… Rien de bien original, un verrou à gâchette simple, situé en haut de ses grandes fenêtres… Elle tira un petit outil plat de sa ceinture et en deux temps trois mouvements, elle fit sauter le verrou. Son pied glissa de la poutre et sa chute la mena au rebord de la fenêtre, qu’elle attrapa au passage. Elle ouvrit lentement la fenêtre et s’amusa à remonter en faisant le poirier au bord de la fenêtre, elle entra avec grâce. 

Elle n’avait jamais vraiment compris pourquoi le Grand Ordre, alors qu’il possédait toute la technologie nécessaire, laissait dans la plupart de ses installations des systèmes de sécurité archaïques dignes des Terres Blanches… Peut-être se pensait-il intouchable… Ou préférait garder l’argent pour lui… Kira se dirigea vers le bureau du Prêtre et fouilla ses papiers… Rien… Elle alluma son ordinateur, mais celui-ci était verrouillé par un mot de passe… Pour une fois, un Prêtre semblait faire attention à sa sécurité… Elle tira de sa ceinture un petit boitier aimanté, et le colla à la tour avant de le brancher à celle-ci. Kali lui avait fabriqué un petit gadget capable de cracker presque tous les mots de passe, et cela ne prenait en général que quelques secondes. Cependant cette fois-ci, Kira fût interrompue par quelqu’un… Elle entendit des bruits de pas dans le couloir qui menait au bureau. En vitesse et en silence, elle referma la fenêtre et chercha une cachette. Malédiction ! Il n’y en avait pas ! Kira se jeta alors derrière la porte, qui s’ouvrit et s’arrêta juste devant son nez. Un Prêtre entra dans le bureau en triant du courrier. Elle se faufila derrière lui et imita chacun de ses mouvements, telle une ombre, avant qu’il ne quitte de nouveau la pièce. Kira retournât près de l’ordinateur, désormais déverrouillé. Elle s’intéressa au réseau privé du Grand Ordre, où les Prêtres échangeaient des messages. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour trouver un message ayant pour objet “La chasse aux pouilleux de la semaine !”. Ils ne faisaient même plus semblant… Elle lut rapidement le mail : la descente avait lieu dans l’entrepôt 77 du quartier des Sabbats, dans seulement quelques minutes… Elle devait se dépêcher. Elle ferma le tout, activa un petit bouton sur le boitier de Kali destiné à effacer toute trace de son passage sur l’ordinateur – Kali avait beau lui expliquer le fonctionnement, Kira ne retenait que le mot “log” qu’elle trouvait amusant – éteignit l’ordinateur, récupéra le boitier, sortit par là où elle était entrée et prit même soin de réactiver le verrou de la fenêtre. Elle mettait un point d’honneur à ne jamais laisser aucune trace… Personne ne saura jamais que quelqu’un est entré ici… Et c’était bien le but.

Elle grimpa de nouveau sur les toits et tourna son regard vers le quartier des Sabbats, encore bien loin de sa position. Elle fit quelques petits mouvements d’échauffement et s’étira de tout son long en visant le ciel et en inspirant profondément. Puis, elle expira doucement, ferma les yeux, et sourit. Lorsqu’elle rouvrit ses paupières, ses yeux brillèrent de nouveau et la jeune femme partit dans une course infernale. Elle ne forçait pas le moins du monde mais pourtant, elle était bien plus rapide qu’une humaine classique… Mais il était tôt et elle n’était pas encore totalement réveillée. Telle une panthère, la jeune femme sautait de toit en toit à une vitesse folle, chacun de ses pas étaient silencieux, comme si elle flottait dans les airs.

Certains Gardiens, et c’était le cas de Kira, était capable de développer la capacité de Transfert, qui leur permettait de transférer leur surplus d’énergie vitale à différents endroits de leurs corps. S’ils voulaient frapper fort, ils transféraient l’énergie à leurs bras. Courir vite, sauter haut, l’énergie vitale était répartie dans leurs jambes. Kira avait découvert cette capacité en elle très jeune, et depuis, elle l’avait développé tout naturellement. Ceci lui permettait également de tomber d’une très grande hauteur sans se faire mal, telle une véritable panthère. Et cette capacité, pour la voleuse qu’elle était, était très appréciable. Plus un Gardien ou une Gardienne possédait une réserve d’énergie vitale importante, plus la capacité pouvait être puissante… Et de la réserve, Kira en avait… Bien plus que les autres… Pourtant, elle ne forçait jamais dessus, faire le minimum suffisait toujours… Alors pourquoi se fatiguer plus ?

En quelques minutes, elle parcourut l’immense distance qui la séparait du quartier des Sabbats. Elle le savait, les minutes qui allaient suivre n’allait pas être des plus plaisantes… Au loin, l’immense bannière du Grand Ordre flottait dans les airs d’un air menaçant…

Kira fût étonnée… Elle s’arrêta et souffla un bon coup. Elle fut surprise de voir qu’elle était légèrement essoufflée… Dans sa barbe, elle se parla à elle-même…

– Bon ok… Peut-être qu’un peu d’entraînement ne me ferait pas de mal… Et moins de brioches… Après c’était une longue course là… De… Elle se retourna et regarda le lieu de son départ. Tout là-bas… Et il est tôt… Hum oui, ça doit être ça…

La jeune femme scruta les environs. Son objectif : apercevoir une bannière du Grand Ordre blanche et or flotter dans les airs… Lorsqu’il faisait des descentes, il aimait faire étalage de son autorité pour faire peur aux gens, qui ne savaient jamais si ça allait leur tomber dessus… Contrôler par la peur, voilà ce que le Grand Ordre aimait faire. Kira se baladait de toit en toit afin de trouver sa cible, sans jamais attirer l’attention, personne ne regardait vers le ciel… Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver le cortège qui visiblement, possédait un Grand Prêtre accompagné de six prêtres et escortés par quelques gardiens.

L’organisation du Grand Ordre était assez simple : tout en haut, il y avait le Suprême. Juste en dessous de lui, ses sept Gardiens Sacrés, suivis de ses sept grands prêtres et enfin, les prêtres. En gage d’armée, il y avait deux corps : le corps des humains, et celui des Gardiens. Dans les deux cas, certains étaient là de leur propre volonté, d’autres non… Quoi qu’il en soit, la composition du jour était étrange… Pourquoi tant de monde et de protection pour une simple descente ? Cela allait légèrement lui compliquer la tâche… Elle continua sa filature et arriva à l’entrepôt 77… Elle se positionna en hauteur et observa les lieux… La plupart des Gardiens restèrent dans la rue, certainement pour dissuader les gêneurs. Cela arrangeait Kira, elle n’aimait pas spécialement avoir affaire à d’autres Gardiens. Affronter des humains était une chose, ils ont tous les mêmes sens… Mais affronter des Gardiens, c’était différent… Il y avait beaucoup d’inconnues : leurs capacités, leur puissance, leur réserve d’énergie vitale… Et s’il y a bien quelque chose que Kira détestait, c’étaient les inconnues et les imprévus…

L’entrepôt avait trois entrées, toutes gardées. Ceci expliquait le nombre de gardes, même s’il fallait l’avouer, peu de citoyens seraient assez courageux pour défier le Grand Ordre… Mais parfois, il arrivait que des gens qui avaient tout perdu, ou s’apprêtaient à tout perdre comme ici, tentaient leur chance.

Elle analysa le bâtiment… Aucune fenêtre… Il n’y avait qu’une petite trappe sur le toit, fermée par trois lourds cadenas… Trois cadenas ? Pour quelle raison… ? Si un voleur peut en ouvrir un, il peut en ouvrir trois… Elle décida de passer par celle-ci et devait agir vite. Mais l’entrepôt était bien loin de sa position et surtout, il était isolé… Impossible de sauter sans se faire repérer par les Gardiens qui avaient une vue bien dégagée et surtout, allaient voir l’ombre sur le sol, peu importe son angle d’attaque… Elle s’approcha le plus possible de l’entrée sud via les toits et attrapa une tuile sous ses pieds. Elle souffla un coup et compta… Dix… Neuf… Elle ouvrit les yeux. Huit… Elle lança une tuile qui alla se fracasser contre une porte… Sept… Les Gardiens de la porte se retournèrent, surpris par le bruit… Six… Kira fit le saut de l’ange et tomba d‘une hauteur inouïe, hauteur qui aurait tué sans mal une humaine normale. Sans un bruit, elle toucha le sol et… Cinq… Elle prit un nouvel élan pour sauter les six mètres séparant le sol du toit de l’entrepôt. Quatre… Elle atterrit dessus telle une plume… Trois… Elle eut envie de faire tomber une tuile droit sur le crâne d’un garde, mais se retint… Deux… les gardes regardèrent vers le toit et pestèrent contre ces lieux vieillissants qui tombaient en ruine. Un… Kira glissa vers les cadenas… Zéro. Son passe-partout ouvrait la première serrure.

– Hum… J’aurai préféré entrer à zéro mais bon… Je ferais avec… 

Discrètement, elle enleva les trois cadenas et se faufila par la trappe, ce qui lui permit d’atterrir dans une sorte de grenier au bois grinçant, fatigué et dangereux. Délicatement, elle se dirigea vers la sortie de celui-ci et pesta légèrement contre elle… Selon elle, la tuile lancée, bien que certainement considérée comme une tuile usée de l’entrepôt par les Gardiens, était une trace de son passage… Elle pesta… Même si personne ne s’en rend compte, pour elle, c’était tout de même un petit échec… Kira fut tirée de ses pensées par la voix grasse et mauvaise du Grand Prêtre.

– Hérétiques ! Voleurs ! Vous méritez le bûcher !
– Mais Grand Prêtre Sygrem nous… Ce ne sont que de simples déchets… Nous ne pensions pas à mal…
– Vous ne… Quel blasphème ! Vous entendez ça mes frères ! Ils ne pensaient pas à mal ! Silence chien ! Un voleur reste un voleur, que ce soit dans un temple ou une poubelle ! Ces objets ne vous appartiennent pas !
– Mais les quartiers riches n’en avaient plus besoin, nous…
– Tu vas la fermer sale pouilleux ! Le Grand Prêtre attrapa un couteau à sa ceinture et entailla l’homme au visage. Un mot de plus et c’est ta gorge que je tranche !
– Grand Prêtre ! Grand Prêtre ! Un Gardien accouru de dehors.
– Qu’y a t’il ?
– Je sens… Une grande puissance… Une énergie vitale écrasante… Des Gardiens sont ici !
– Voyez-vous ça !

Kira eut un nœud au ventre. L’un des Gardiens était assez puissant pour sentir sa présence ! C’est pour cette raison qu’elle détestait avoir affaire à d’autres Gardiens ! Il est plus difficile de les surprendre… C’est possible bien-sûr, mais ça demande plus d’efforts… Lorsqu’un Gardien est assez puissant, il est capable de ressentir l’énergie vitale autour de lui. Plus cette énergie vitale est présente en forte quantité, plus sa présence est écrasante et donc, remarquable… Et Kira elle, avait une réserve d’énergie vitale assez fabuleuse… En présence de Gardiens suffisamment puissants, sa présence était remarquée à des mètres… Visiblement, c’était le cas ici… Kira pesta ! Le Grand Prêtre jubila de cette nouvelle…

– Parfait, parfait, voilà de quoi justifier notre présence… Alors ! Qui est-ce ? Hum ?! Je vous le demande ! Sygrem désigna les civils de la pointe de sa lame. Personne ? Ahhhh je vois… Vous protégez ces êtres infâmes ! Ces abominations de la nature… Soit… Voilà ce qu’il advient de ceux qui se mettent en travers de notre chemin. Toi ! Viens ici !

Le Grand Prêtre désigna un petit garçon et lui ordonna de venir. Celui-ci, apeuré, s’exécuta. Sygrem l’attrapa et demanda à un prêtre d’amener une table, qui lui fut amenée immédiatement. Il plaça la main du petit garçon dessus et mit la lame du couteau au-dessus de son annulaire.

– Vous avez cinq secondes pour me dire où est le Gardien ! Ensuite, le mioche perd un doigt chaque seconde ! Cinq, quatre…
– Arrêtez! Arrêtez ! Ce sont eux ! Ce couple-là ! Un homme se leva et désigna deux personnes du doigt.
– Il dit vrai Gardien ? Sygrem se retourna vers le lanceur d’alerte.
– Je… Je ne sais pas je… Oui, sans aucun doute, ils émettent de l’énergie mais il me semble que ça ne…
– Incompétent ! Sygrem frappa lourdement son garde. Hors de ma vue ! Pourriture ! Incapable ! Abomination ! Il lui cracha dessus. Bien ! Oh… J’oubliais… 

Dans un mouvement sec, Sygrem abattit le couteau sur le doigt du petit garçon et lui coupa net. L’enfant hurla de douleur et se jeta au sol, mais personne n’osa bouger.

– Que ça vous serve de leçon ! J’ai attendu deux secondes, c’est déjà bien trop ! Le Grand Ordre n’attend jamais ! Quant à vous deux ! Le Grand Prêtre s’approcha des deux Gardiens. Traîner ainsi parmi les braves gens… Vous cacher parmi nous… Monstres ! 

Le couple ressemblait à un couple comme tous les autres, mais ils avaient eu le malheur de croiser un jour la route du Ta’Rian, cette étrange énergie introduite dans le monde des Vivants lors de la Déchirure… Il y en avait peu, mais ceux qui ne mourraient pas dans d’atroces souffrances lors de leur exposition, développaient des capacités plus ou moins intéressantes et avec plus ou moins de talent…

– Quel est votre capacité hun ? Dis-le-moi !
– Nous… Nous ne savons pas Grand Prêtre nous…
– Je m’adresse à ton mari, femme, pas à toi ! Silence ! 
– Mais il…
– Silence catin ! Il la gifla lourdement. Alors ? Je t’ai posé une question monstre !
– …
– Tu oses défier le Grand Ordre ! Hérétique ! Déchet ! Blasphémateur ! Voyez le grand pouvoir de votre soi-disant Déesse Ashima ! Des monstres ! Voilà ce qu’elle a créé ! Et vous ici, tous, êtes souillés par son nom ! Vous aidez ces abominations, vous les protégez, les faites manger à vos tables ! Pour le bien de la Capitale, pour le bien des Hommes, moi Sygrem le Grand, Grand Prêtre du Grand Ordre, guidé par la lumière de notre sérénissime altesse le Suprême, vous condamne à mort !
– Mais ! Nous n’avons fait que voler quelques ordures, Grand Prêtre ! Nous ne méritons pas ça ! Une frêle femme se leva du groupe.
– Silence ! Sygrem lui envoya le couteau en plein entre les deux yeux. L’enfant au doigt coupé hurla de nouveau, perdant, en plus de son doigt, sa mère. ASSEZ ! Qui êtes-vous pour oser nous défier, tous autant que vous êtes ! GARDES ! Que ces lieux soient purifiés par le feu ! Immédiatement ! Qu’ils soient tous purifiés ! Femmes, enfants, tous autant qu’ils sont !

Sygrem était rouge de colère. Il s’installa sur son véhicule, une sorte de pousse-pousse tiré par quatre Prêtres puis quitta les lieux. Les Prêtres restant et les gardes arrivèrent et tabassèrent les personnes présentes afin de s’assurer qu’aucun n’aurait la force de quitter les lieux : ils brisèrent des bras, des jambes et tout ce qui les amusait. Puis, ils mirent feu au lieu, dans de grands rires. L’un des Gardiens tenta de violer une femme, mais il fut rapidement rappelé par ses camarades, argumentant qu’il n’avait pas le temps.

– Bien-sûr que si j’ai le temps ! Je n’ai besoin que de deux minutes pour la souiller un peu plus !
– Reviens Lorios ! Tu risques d’attraper des parasites ! Laisse tomber.
– Oh ! Tu as raison ! Ah ah ah ah ah !

L’homme donna un coup de pied en plein dans le ventre de la jeune femme, qui cracha du sang. Il marcha sur le cadavre de la victime de Sygrem et s’approcha du petit garçon.

– T’en fais pas petit, tu la reverras vite ta maman ! Ah ah ah ah ah ah !

Il ferma derrière lui la lourde porte principale du bâtiment, ne laissant plus aucune échappatoire aux prisonniers, qui voyaient les flammes de plus en plus menaçantes. Certains essayèrent de se lever et de secourir les autres, mais tous étaient bien trop faibles.

De lourdes larmes parcouraient ses joues. Kira avait assisté à la scène, mais ne pouvait pas agir… Agir n’aurait fait qu’empirer les choses, elle ne le savait que trop bien… Et puis seule devant autant d’adversaires, impossible de ne pas faire couler de sang… Pourtant, elle avait quand même l’impression d’avoir du sang sur les mains. Elle les regarda, serra fort les poings et hurla avant se de lancer dans les flammes. En temps normal, elle ne se montrait jamais, mais la situation était désespérée et elle n’avait pas le temps de rester dans l’ombre. Elle allait essayer de faire de son mieux pour rester cachée, mais il lui fallait agir.

Une fois au sol, elle se dirigea en priorité et discrètement vers les deux Gardiens, cachés par les flammes.

– Vous ! C’est quoi vos capacités ?

La jeune femme aux cheveux bruns la regarda d’un air passif, elle était sous le choc. Mais Kira insista et finalement, elle retrouva ses esprits.

– Je… Je ne sais pas comment on appelle ça je… Je peux diriger l’énergie vitale des gens je… Je les soigne comme ça je…
– D’accord ! Et toi ?
– …
– Je suis désolée, mais il n’y a pas de temps à perdre ! Kira s’impatienta.
– Mon mari est muet pardonne-le il… Il ne te répondra pas…
– Oh… Je m’excuse je… Mais alors le Grand Prêtre il… Ohhh… Kira pesta encore.
– Mon mari a la capacité de transfert… Il a une grande force et est capable de… AH !

Une lourde poutre en feu tombât sur le couple, mais Kira la propulsa calmement au loin d’un simple mouvement, ce qui fit briller d’admiration les yeux de la femme.

– Je vais pas y arriver toute seule ! Vous devez m’aider ! 
– Je ne sais pas je…
– Comment tu t’appelles ?
– Zan… Je m’appelle Zan. Et mon mari, c’est Petrov.
– Zan, je t’en supplie ! On peut sauver ces gens ! Mais j’ai besoin de vous !
– Comment veux-tu faire ?
– Utilises ta capacité pour permettre aux gens de sortir. Soigne-les juste ce qu’il faut pour qu’ils puissent se lever. Petrov toi, protège-les des poutres qui tombent, moi je m’occupe de vous ouvrir le chemin !
– Je… Je ne sais pas si on va pouvoir je… Nous n’avons pas mangé depuis des jours et nos sommeils sont troublés je… Nous n’avons plus de réserve… Et puis ils… Ils nous ont dénoncés… C’est leur faute si…
– Ne deviens pas le Monstre qu’il aimerait que tu sois Zan… Agis…

Kira ferma les yeux, toucha le sol et toucha Zan. Cette dernière ressentit une puissante vague d’énergie vitale l’envahir et elle sentit la force revenir en elle. Kira fit de même pour Petrov. Le couple ferma les yeux et savoura ce bien-être retrouvé. Lorsqu’ils les ouvrirent de nouveau, Kira avait disparu.

– Par Ashima, Petrov… Ai-je eu une hallucination ou… 

Zan et Petrov se décidèrent enfin à agir ! Ils se levèrent et allèrent trouver le groupe. Là, Zan demanda à tout le monde de se regrouper afin qu’elle puisse procéder aux premiers soins et leur permettre de sortir. Sans vraiment savoir pourquoi, tous les citoyens suivirent ses instructions. Mais lorsque Zan s’approcha d’un homme pour lui soigner sa jambe blessée, il refusa de se faire toucher.

– Ne me touche pas, monstre ! Le Grand Ordre a raison ! Il n’arrive jamais rien de bon quand vous êtes dans les parages ! Je savais que vous étiez louches ! C’est vous qui nous avez dénoncés au Grand Ordre pas vrai ?
– Comment ? Non ! Zan n’en revenait pas ! Pourquoi aurions-nous fait ça !
– Parce que les Gardiens ne sont pas dignes de confiance ! Les amis, nous nous en sortirons sans eux ! Je préfère mourir que d’être sauvé par l’un d’eux !

Malheureusement, le couple n’était pas si surpris de cette attitude. La plupart des humains avaient en horreur les Gardiens, que ce soit par peur, jalousie ou propagande. Mais de là à sacrifier sa vie pour cela… Un morceau de toit tomba sur le groupe, mais Petrov, de sa carrure imposante, protégea tout le monde. Il fallut quelques minutes à Zan pour faire les premiers soins à tout le monde, mais elle y parvint. À bout de force, elle laissa la suite à Petrov. Il conduisit tout le monde vers la seule sortie qui n’était pas encore ravagée par les flammes, mais un groupe resta en arrière, mené par l’homme qui avait pris la parole plus tôt. Ils étaient six à ne pas les suivre et gardèrent l’enfant amputé avec eux…

– Ne soyez pas ridicule ! Venez vite ! Zan cria de loin.
– Hors de question ! Nous ne voulons rien avoir à faire avec vous !
– Votre fierté est donc plus importante que votre vie ?!
– Vous ne pouvez pas comprendre ! Monstres !
– L’enfant ! Libérez-le !
– Non, il reste ici ! Nous le guiderons !

Après de grands coups, Zan parvint à défoncer la porte arrière. Mais ce faisant, un immense appel d’air survint et les flammes doublèrent de puissance avant de revenir de plein fouet sur les survivants. Alors qu’ils allaient être dévorés par celles-ci, les flammes s’écartèrent de leur chemin et les contournèrent. Tout le monde regarda la scène avec de grands yeux effarés, avant de courir à l’extérieur. Zan essaya de convaincre une dernière fois le groupe en retrait, mais rien n’y fit. Le petit garçon était apeuré, il tendait la main vers la sortie mais il ne voyait que des flammes. Soudain, il sentit une puissante poigne s’emparer de lui et s’éleva dans les airs. L’homme qui le tenait n’en revint pas et chercha partout l’origine de la disparition du garçon, sans succès. Puis, sans comprendre ce qu’il se passait, lui et les autres furent violemment percutés dans le dos. Ceci les propulsa hors de l’entrepôt, quelques secondes à peine avant qu’il ne s’effondre. Les habits en feu, Zan, Petrov et les autres les aidèrent à se déshabiller. Nus comme des vers, ils se mirent à insulter les Gardiens.

– Voyez ! Vous voyez ! Ils vont à l’encontre de nos souhaits ! Comment avez-vous fait hein ? Où est le petit garçon ?! Vous l’avez enlevé pour en faire un monstre comme vous hein ?! Parlez ! Monstres ! Abominations je… Allons-nous-en ! Ne restons pas une seconde de plus ici les amis ! Partons ! Avant que le Grand Ordre ne vienne vérifier les lieux…

À la grande surprise de Zan et Petrov, l’intégralité du groupe se leva et partit à son tour, même ceux qui avaient accepté d’être sauvés. Ils n’en revenaient pas ! Ils pensaient au moins que quelques-uns montreraient un peu de gratitude, mais il n’en fut rien. Le couple s’assit un peu plus loin à même le sol et regarda le bâtiment brûler… Zan prit la parole en serrant fort son mari dans les bras.

– Nous avons failli mourir Petrov… Si cette jeune femme n’était pas apparue, nous… Par Ashima…

Zan partit en sanglots et se blottit contre le torse de son mari, qui la serra lui aussi en regardant au ciel. Au loin, il fut attiré par une étrange lueur… Deux même… Deux petites lueurs violettes qui les fixaient… Et qui disparurent aussi vite qu’elles étaient apparues.

– Tu crois que la Déesse nous a sauvés ? Qu’elle nous a envoyé un ange ?

Petrov leva les épaules et serra fort sa femme. Ils venaient de tout perdre dans cet incendie, toutes leurs affaires, du moins le peu qu’ils avaient… Mais il leur restait le plus précieux, leur vie et leur amour… Petrov serra les poings et les dents et se promit de devenir plus fort pour pouvoir protéger celle qu’il aime et remercier un jour cet ange aux yeux violets…

Voilà pour le premier chapitre. J’espère vraiment qu’il vous a plu malgré le fait que c’est un premier chapitre ^^. Si vous souhaitez voir la suite d’ici quelques jours, n’oubliez pas de me rejoindre sur : Facebook, Twitter et Instagram

Merci infiniment d’avoir pris le temps de lire ce texte qui nous a demandé beaucoup de travail et à très bientôt pour la suite !

Chapitre 01 des "Gardiennes d'Ashima" en route !
Précédent Bon, on en est où ?
Suivant Chapitre 02
Kira rencontre une figure maternelle.

Leave a comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Le clic droit est désactivé, merci de respecter mon travail. N'hésitez pas à me contacter si besoin.