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NAR – Chap. 07 et fin

— LA NAISSANCE DE L’AUBE ROUGE (NAR)
Préquelle 01 de la saga “Les Gardiennes d’Ashima”

CHAPITRE 07 et fin

Bienvenue à vous et merci pour votre présence. Nous y sommes… Le dernier chapitre des premières aventures de Lexas… Après des mois d’écriture, je clôture “officiellement” mon “premier tome”, même si comme nous en parlions dans le Journal de Bord, ce n’est pas vraiment cela. Vous allez vivre la dernière ligne droite avec Lexas, Aryna, Tsomy, Wanli, Rikki et Helmi… Comment vont-ils s’y prendre pour essayer de sauver Maartkham ? Où sont le Roi et la Haute Concubine… ? Voyons cela sans plus tarder. On se retrouve à la toute fin… Bonne lecture à vous.

CHAPITRE 07 : La Naissance de l'Aube Rouge.

Les flammes qui dansaient au-dessus de Maartkham en cette fin de nuit se reflétaient dans les larmes de ses concubines. Lexas les regarda sans un mot, puis s’avança vers le bord de la colline. Il prit le temps de graver cet instant dans sa mémoire et laissa la haine monter en lui, comme il commençait à en avoir l’habitude. Il médita sur l’injustice, la manipulation et la cruauté. Plus il y pensait, plus il s’en convainquait : personne ne pouvait arrêter le Grand Ordre, personne, sauf le chaos et la Mort. Il serra les poings et sentit une larme couler sur sa joue. Une larme mélangeant tristesse et colère. Il se retourna vers les filles, qui le regardèrent avec espoir. Elles avaient besoin d’un leader, elles avaient besoin de quelqu’un pour les guider et leur faire reprendre confiance. Et à cet instant, elles étaient persuadées que cette personne se trouvait devant elles. Sa silhouette était dessinée par les flammes du chaos, qui brillaient tout autant dans ses yeux. Aryna reconnut ce regard, c’était un regard d’assassin.

– Levez-vous les filles. Toutes se levèrent à l’unisson. Je n’ai jamais été à la hauteur… Je ne me suis jamais montré digne de confiance jusqu’à présent. J’ai été hésitant, maladroit, lâche… Mais aujourd’hui c’est terminé. Vous n’avez jamais demandé à avoir un Celestial comme moi, et vous méritez bien mieux que moi, chacune d’entre vous. Vous êtes des femmes extraordinaires, qui méritent ce qu’il y a de mieux, et voir vos larmes couler me remplit de haine. Je ne mérite pas d’avoir des concubines comme vous, mais je vous le demande, même si c’est égoïste… Allez-vous me confier vos vies ? Allez-vous me faire confiance malgré mes erreurs et mes maladresses. Car là, sous nos yeux, se déroule notre première véritable bataille. Des gens comptent sur nous et croyez-moi, nous allons les sauver. Tout n’est pas encore perdu et nous sommes leur dernier espoir. Me suivrez-vous ?

Les concubines se redressent. Pour la première fois de sa vie, Lexas était déterminé, sûr de lui et cela se voyait à ses yeux… Ses yeux qui pour la première fois, brillaient de puissance, et pas la moindre… Une immense puissance. Aryna l’avait compris, Lexas était enfin prêt à devenir ce qu’il était destiné à être. Elle s’avança vers lui et colla sa tête à la sienne. Il y eut un long silence, puis elle le regarda dans les yeux.

– Tu es exactement le Celestial que nous méritons Lexas… Nous te suivrons jusqu’à la Mort… Et si c’est aujourd’hui qu’elle doit nous enlacer, alors soit…

Aryna le dépassa et fixa de nouveau la Cité. Mais cette fois-ci, elle ne pleura pas. Elle jubila… Elle allait enfin pouvoir faire ce pour quoi elle était née… Tsomy s’essuya une larme et s’avança également vers ses deux amis pour faire face au chaos. Elle inspira un bon coup, fixa attentivement la Cité et s’étira de tout son long dans un puissant couinement. Puis, elle se retourna vers Lexas.

– La première fois que je vous ai vu Lexas, j’ai cru à une autre blague incompréhensible d’Aryna. Que vous n’étiez qu’un péquenaud croisé sur la route qu’elle me présentait comme mon Celestial pour se jouer de moi… Encore… Elle regarda Aryna
– Oh euh… Merci pour ta franchise…
– Je ne voulais pas de vous comme Celestial. Je m’étais toujours imaginé mon Celestial originaire de Maartkham, grand, musclé avec de beaux pectoraux, les cheveux et les yeux d’un noir intense… Mais lorsque je vous ai serré dans mes bras à l’orphelinat, lorsque vous avez sauvé Ary et Wanli, j’ai compris que tout était déjà décidé… Et votre regard à cet instant le confirme une fois de plus, vous nous étiez destiné. Ma vie vous appartient, faites-en ce que vous souhaitez.
– Je… Merci Tsomy… Ça me touche.
– Et quand tout sera fini, vous avez intérêt à me faire ce truc sale que vous avez fait à Aryna cette nuit !

Tsomy rigola. Comme à son habitude, elle tentait de détendre l’ambiance, même si elle savait la tâche impossible. Elle se retourna de nouveau vers les flammes et contempla la désolation. À son tour, Wanli s’avança vers le Gardien, droite et au garde à vous, comme à son habitude.

– Je rejoins mes amies Lexas. Je n’ai jamais douté de vous, je vous suivrai dans cette bataille et obéirai à vos ordres sans hésitation. Nous réussirons. Nous sauverons la Cité, peu importe que nous arrivions trop tard. Ma vie vous appartient.
– Merci Wanli.

Même si sa façon de faire fût bien plus protocolaire, Lexas ressentait une profonde joie de sentir Wanli si confiante. Mais il ne pût y réfléchir très longtemps, Helmi se présenta à son tour. Ses longs cheveux blancs dansaient dans les airs, reflétant les couleurs chaudes des flammes et elle fixa Lexas de son regard perçant, puis regarda la Cité, plongée dans ses songes. 

– Moi aussi la première fois que je vous ai vu, j’étais désespérée. Je me suis dit : “Quoi ? Un Tisseur qui ne sait même pas utiliser une capacité de base, mais qu’est-ce qui a bien pu traverser l’esprit de la Haute Concubine pour me le coller comme Celestial !”. J’ai douté d’elle, j’ai douté d’Aryna quand elle m’a parlé de vous, et j’ai douté de vous. J’ai même douté de Samantha lorsqu’elle est venue me dire que vous étiez quelqu’un de gentil et de puissant.
– Elle a fait ça ?
– Cette gamine est bien trop gentille…
– Je vois ça… Lexas ricana.
– Je pensais qu’elles avaient tort, mais au final, je suis celle qui était dans l’erreur. Lorsque vous avez effectué le rituel du tissage, j’ai senti à quel point vous teniez à nous, à quel point vous nous respectiez. C’est une qualité rare chez les Celestials. Et je suis persuadée, Helmi toucha son cœur, que vous donneriez votre vie pour chacune d’entre nous. Alors oui, je vous suivrai et vous pouvez compter sur moi pour assurer vos arrières.

Helmi fit un grand sourire à Lexas, essuya ses larmes à son tour et s’approcha de Tsomy près du rebord. Il ne restait plus que Rikki, qui devint rouge vif. Elle bégaya… Elle avait bien compris qu’il fallait prononcer une petite phrase d’encouragement, comme dans les films. Une phrase qui allait marquer le début de la bataille, mais elle ne savait pas du tout quoi dire, elle était en panique. Ce n’était pas du tout son genre…

– Houuu… Et beh beh… Je… Moi je… Je ne vous connais pas depuis longtemps hein je… Mais je vous apprécie beaucoup parce que vous… Vous m’acceptez comme je suis, vous ne m’avez pas jugée sur mon apparence, vous m’avez de suite fait confiance et je euh… Je suis enfin… Et vous êtes très charmant et je… Vous aimez la mécanique alors je…

Lexas s’approcha doucement de Rikki, qui devint encore plus rouge au fil de ses pas. Elle était tellement intimidée par son discours qu’elle perdait ses moyens. Mais soudain, elle se décontracta. Lexas lui tendit le poing et lui fit un sourire ravageur, le type de sourire séducteur dont Lexas avait l’habitude par le passé.

– Je compte sur toi, pilote.

Rikki sentit tout un poids tomber de ses épaules et elle fit naturellement un grand sourire. Ses yeux se mirent à pétiller et elle s’avança légèrement pour taper son poing contre celui de Lexas. Elle avait envie de sautiller, elle sentait le courage l’envahir. Elle pouvait être elle-même avec son Celestial et ses amies. Et pour elle, c’était le plus merveilleux des encouragements. Le Gardien se retourna et alla rejoindre les filles au bord de la colline, suivi par Rikki, qui sautillait toujours malgré la gravité de la situation. Les six amis étaient en ligne et regardaient avec colère la Cité se consumer. Ils se prirent les mains et restèrent là quelques minutes, sans un mot, chacun réfléchissant à ce qu’il ressentait, à sa propre vie, qui pourrait se terminer d’ici quelques heures. Enfin Lexas avança et attrapa ses deux petits couteaux. Voyant cela, toutes ses concubines firent de même. Aryna sourit et dégaina d’un mouvement sec et précis ses deux grands sabres, Wanli fit voler sa hallebarde au-dessus de sa tête et la cala dans son dos, Tsomy enfila un gant qui fit des étincelles lorsqu’elle claqua des doigts dans un rire démoniaque et Helmi sortit de ses poches de petits flacons qu’elle fit danser entre ses doigts. Rikki quant à elle attrapa deux mitaines noires et les enfila sur ses mains d’un mouvement déterminé. Puis, le Celestial prit la parole.

– Mesdemoiselles… Allons montrer au Grand Ordre ce qu’il en coûte de s’attaquer à Maartkham… 

Dès que ces paroles furent prononcées, Rikki dérapa sur le sol et fonça vers son véhicule. Elle sauta sur le moteur et arracha une immense taule, qui dévoila un ordinateur de bord. Elle le débrancha et lui parla comme s’il était humain.

– Désolée… Tu as bien travaillé, merci, mais je prends le relais !

Elle plongea dans l’habitacle, attrapa le volant et le caressa, avant de faire rugir le moteur. Puis, elle enclencha un petit levier. Les pneus patinèrent sur place et quelques secondes après, le véhicule démarra en trombe. Tous les autres attrapèrent l’engin en vol et les voilà partis à toute vitesse vers la Cité. Lexas ouvrit la porte avant d’arriver et regarda vers le ciel.

– Aryna ? Les flammes, c’est ton terrain de jeu non ?
– Tout est mon terrain de jeu Lexas… N’oublie pas que je suis ta Concubine en Chef…
– Ah ah ah ah ! Je n’en attendais pas moins de toi. Les filles, une fois sur place nous allons devoir prendre…

Violemment, le noir vint s’emparer des yeux de Lexas. Il sentit son corps heurter le sol et ses oreilles sifflèrent à lui percer les tympans. Il toucha celles-ci et senti du sang… Quelques secondes après, il recouvra la vue. Sa vision était floue, mais il voyait des silhouettes s’approcher au loin. Il regarda autour de lui, tout n’était que chaos encore une fois. Le véhicule était dans un piteux état mais il fut soulagé de voir que toutes les filles semblaient saines et sauves. Enfin, il retrouva ses sens et put se relever.

– Par Ashima ! Qu’est-ce qui c’est passé ?!
– Des armes explosives… Tsomy se releva difficilement.
– Des armes ? Mais je croyais que le Grand Ordre avait interdit toutes les armes qui nous venaient de l’ancienne civilisation ! Seuls leur Barian sont autorisés !
– Encore un mensonge Lexas… Comme la technologie, ils ont tout gardé pour eux… Je peux vous l’assurer… Ce sont bien des armes à feu de l’ancienne civilisation…

Lexas était déjà empli de haine, mais cette nouvelle découverte en rajouta une couche. Il se releva et aida toutes ses concubines. Plus de peur que de mal, le véhicule conçu par Rikki les avait efficacement protégés, absorbant tous les dégâts. Les six se regroupèrent et firent face à une petite armée du Grand Ordre qui leur fonçait droit dessus. Aryna récupéra ses sabres au sol et hurla à Lexas.

– Lexas ! C’est le moment, active notre… Oh !

La concubine en Chef dévia de peu une flèche à l’aide d’une de ses lames, avant d’affronter plusieurs prêtres armés de lames. Lexas, surpris, regarda autour de lui, toutes ses concubines étaient en prise avec des adversaires ! Aryna se débarrassa de plusieurs d’entre eux et vint vers lui.

– Lexas ! On a besoin du lien ! Libère-le !
– Aryna… Avec nos armes nous… Nous n’avons aucune chance… S’ils ont vraiment des armes explosives de l’ancienne civilisation on…
– Non Lexas ! Tsomy recula de quelques pas pour lancer une petite bombe. Nous avons déjà eu de nombreux rapports sur le sujet. Ils n’en produisent que très peu, c’est un secret très bien gardé, ils ne peuvent pas risquer de dévoiler une chose comme ça, la population serait hors de contrôle. Former les hommes, produire en masse, c’est trop risqué. Les armes sont rares, très rares, réservées à l’élite. Ne vous en faites pas, nous pouvons lutter, la plupart d’entre eux auront des armes blanches !
– C’est pour ça que tu dois…

BAM ! Une nouvelle explosion résonna. Au loin, un puissant Gardien leur balançait de grosses roches qu’il enflammait. Il était hors de portée des concubines. Celui-ci allait poser problème ! Malgré cela, les filles se débarrassèrent des derniers assaillants sans trop de difficultés. Wanli se lança alors dans une courte course et cria à Tsomy de lui envoyer une petite bombe. L’artificière en attrapa une, claqua des doigts pour allumer la mèche et lui lança dessus. Du manche de sa hallebarde, la guerrière frappa avec force le petit explosif qui fila tout droit sur le Gardien ennemi et le fit exploser.

– Et BOUM ! Trop fort Wanli ! Mais tu sais qu’elle aurait pu nous exploser à la tronche quand tu l’as percuté… Tu en es consciente hein ?
– Ah bon ?! Mais c’est pas censé exploser avec le feu de la mèche ?
– Euh non, non… Je t’expliquerai hein…

Wanli se décomposa. Elle avait failli faire exploser tout le groupe ! Mais pas le temps de souffler… Attiré par l’explosion, un nouveau détachement se présenta à eux. Les six amis se regroupèrent et coururent vers la position. Aryna était à côté de Lexas.

– Lexas ! Maintenant !
– Je m’en occupe ! Voyons ce que peut donner le groupe le plus puissant de Maartkham… Les filles ! Faisons regretter au Grand Ordre sa stupidité !

Les yeux de Lexas brillèrent d’un bleu étincelant et il libéra sa puissance. Les liens s’ouvrirent pour chaque fille, qui se sentirent envahies de puissance. Non seulement Lexas avait activé sa capacité de tissage, leur permettant de ne faire qu’un et de partager tous les sens les uns des autres, mais il leur avait également partagé une quantité incroyable d’énergie vitale. Cela boosta au plus au point les concubines, qui se lancèrent enfin dans la bataille, le cœur léger. Si elles devaient mourir ici, alors elles mourraient honorablement.

Tous se lancèrent au combat. Aryna ouvra le bal comme à son habitude. Elle rangea l’un de ses sabres et d’une main, attira un torrent de flammes sur la première ligne du groupe, les faisant hurler de douleur et les obligeant à fuir. Derrière eux, leurs camarades volèrent dans les airs, projetés par une bombe de Tsomy, avant de se retrouver empalés sur la hallebarde de Wanli et expédiés droit sur leurs camarades, qui ne semblaient pas apprécier la chose. Il fallait se rendre à l’évidence, ces troupes étaient peu entraînées, trop peu. Lexas de son côté, même s’il était bien moins efficace, achevait les adversaires au sol. Ce n’était pas très honorable, mais un bon adversaire était un adversaire mort. Et il n’avait pas encore les compétences martiales pour se battre contre ces ennemis avec autant d’efficacité que ses concubines, alors il finissait le travail et assurait leurs arrières. Rikki de son côté, entre deux petits cris aigus, jouait de ses poings avec talent pour mettre au tapis ses adversaires. Elle était certainement la moins athlétique des concubines, mais elle utilisait cela à son avantage. Ses appuis au sol lui permettaient d’envoyer des coups tellement puissants que ses adversaires décollaient du sol avant de s’y écraser. Elle boxait de façon impressionnante. Malgré leurs talents, les filles se retrouvaient souvent avec des blessures minimes, immédiatement soignées par Helmi et ses mixtures. Mais la nordique n’était pas en reste en ce qui concernait le combat. Habilement, elle dansait parmi ses ennemis en leur balançant fioles et poussières, qui les rendaient tantôt aveugles, tantôt malades… Elle se lançait dans un véritable balai et la valse que formaient sa robe et ses cheveux était d’une grande beauté.

Le premier groupe d’ennemis ne dura pas longtemps, mais c’était un parfait entraînement. Lexas regroupa les filles et remarqua qu’Aryna avait les yeux qui pétillaient.

– Vous avez vu ça ! C’est tellement facile ! Je me sens tellement puissante ! On travaille tous tellement en symbiose ! C’est vraiment excellent ! On a pas à faire attention, on est libres et si efficaces !
– J’avoue que c’est top, jubila Tsomy. J’ai même pas besoin de réfléchir à où lancer mes bébés ! Je peux tout faire péter sans me soucier de vous ! Parce que vous, c’est moi ! Et j’ai fait péter aucun allié ! Trop géant ! 
– C’est effectivement une stratégie puissante. J’avoue de mon côté me sentir également bien plus libre dans mes mouvements, ma hallebarde peut danser librement. Wanli fixa son arme avec admiration.
– J’en reviens pas ! Helmi était elle aussi sidérée. Je sais exactement quand et où vous êtes blessés ! C’est comme si j’étais blessée moi-même ! Bon par contre, y’a pas moyen de couper le lien de la douleur ? Non parce que quand tu t’es prise ce puissant coup de poing Aryna, j’ai eu l’impression de me le ramasser aussi…
– Oh ! C’était donc ça ! Tsomy sursauta. Moi je pensais que j’avais pas vu venir un coup, mais c’était la faute d’Aryna ! Amatrice !
– Répètes-ça un peu ! Aryna rigola avec Tsomy.
– Je suis désolé les filles, j’ai déjà du mal à comprendre comment ça marche, alors arriver à couper qu’un lien précis parmi les autres… Mais reprenons-nous ! Selon vous, quel devrait être notre objectif principal ?

Les filles réfléchirent quelques instants, tout en vérifiant les alentours. Finalement, c’est la Concubine en Chef qui prit la parole.

– Je pense, et vous me direz si vous êtes d’accord, que le plus important est de retrouver le Roi et la Haute Concubine. C’est eux qui dirigent les forces de Maartkham, nous pourrons certainement les reconcentrer et mener l’offensive plus efficacement. Actuellement, c’est un véritable foutoir !
– Tout le monde est d’accord ? Tout le monde fit un signe d’approbation à Lexas. Bien. Mais une question me taraude Aryna… Comment la Cité peut être à ce point touchée ? Et la barrière ? Les forces du Roi ?
– Ce traître d’Arenkar a dû préparer son coup depuis longtemps ! L’attaque a été trop rapide et surtout, trop bien pensée… Ma mère n’a certainement pas informé le Roi de ce qui se tramait, trop inquiète de préserver sa putain d’identité secrète ! Le Roi n’avait dû préparer qu’un simple régiment, pas l’armée. Du coup elle se retrouve dispersée dans toute la Cité, voir à l’extérieur. Elle n’est pas efficace.
– Mais pourquoi ta Mère n’aurait rien dit au Roi ? La Cité passe avant tout non ?
– Je le sais bien Lexas… Mais je pense que ma Mère s’appuyait sur le fait que nous arriverions à temps… 
– C’est étrange… Ils sont ensemble tu penses ?
– Non je ne pense pas. Le Roi doit essayer de rassembler les troupes quant à ma Mère, elle doit certainement évacuer les habitants…
– D’accord, où ça ?
– C’est bien là le problème… Je n’en ai aucune idée ! Ils peuvent être partout !
– Merde ! Dans ce cas, nous n’avons ni le temps, ni le choix. Séparons-nous en trois groupes de deux ! Grâce aux liens, il sera facile de se communiquer les informations et de se secourir en cas de soucis.
– La distance n’est pas infinie tu sais…
– Nous verrons bien jusqu’où je peux tenir ! Aryna, je te laisse faire les équipes et les envoyer à des points stratégiques, je ne connais pas la ville…
– Bien ! Tsomy avec Helmi, rendez-vous au centre des réfugiés, ma Mère y est certainement. Wanli et Rikki, rendez-vous à l’atelier de Rikki. Rikki, je veux que tu trouves et que tu prennes… Ce que tu sais…
– Hou… Oui Mademoiselle !
– Lexas et moi allons chercher du côté des quartiers des architectes. Le Roi y est peut-être pour préparer la riposte ! N’engagez le combat qu’en cas de nécessité ! Pas de risques inutiles !
– Bien ! Toutes les concubines se redressèrent et attendirent l’ordre de Lexas.
– Allez-y les filles ! Et surtout, soyez prudentes. Nous fêterons notre victoire tous ensemble au petit matin !

Les filles se séparèrent et allèrent dans des directions opposées. Lexas suivit Aryna à toute vitesse et ils se dirigèrent vers le quartier des Architectes. Chaque groupe esquiva soigneusement les ennemis croisés, leur objectif étant de trouver des informations et non de s’occuper d’eux. Le temps pressait et même s’ils brûlaient tous d’envie d’intervenir, il n’en firent rien.

Les premières à arriver à leur destination furent Wanli et Rikki. À plusieurs mètres de l’entrée de l’atelier, Wanli dut faire une pause au niveau d’un petit jardin adjacent. Son athlétisme était bien supérieur à celui de Rikki, qui était à deux doigts du malaise. Le lien qui les unissait permettait à Wanli de ressentir la fatigue de son amie, sensation dont elle avait perdu l’habitude avec le temps. Elle se retourna vers elle.

– Ça va aller Rikki ?
– Oui, oui Wanli c’est… Fouuuu, fouuu… Laisse-moi… Souffler… Je suis désolée je… Fouuu, fouuu…
– Je m’excuse Rikki, je n’ai pas pris en compte ton endurance.
– Ce n’est rien, ce n’est rien je… Ah… Nous devons nous dépêcher… Fouuuu…
– Oui mais si tu fais un malaise avant d’arriver à destination, c’est contre-productif…

Rikki s’appuya contre une petite fontaine et y bu une gorgée. De son côté, Wanli profita de cette petite pause pour faire du repérage aux alentours. Elle monta à un arbre et l’escalada avec rapidité, devant les yeux effarés de Rikki, qui avait du mal à reprendre son souffle. La guerrière scruta l’horizon, du moins ce qu’elle pouvait y voir, entre les immenses immeubles de verre et la fumée. Aryna avait raison, les forces de Maartkham étaient dispersées un peu partout, et elles étaient plus occupées à évacuer les habitants et à contenir les flammes qu’à combattre l’ennemi. Le Roi avait certainement demandé à ce que la protection des citoyens passe avant tout. Le connaissant, c’était très probable : les vies humaines passent avant tout, sans elles, il n’y a pas de Cité. Wanli eut également un aperçu des forces ennemies, des mercenaires, des prêtres et des Gardiens. Ils s’amusaient à mettre le feu, à détruire, à violer… Ils attendaient clairement un ordre direct, la bataille n’avait pas encore réellement commencé… Ils faisaient juste du bruit… Puis, elle scruta avec attention le bâtiment renfermant l’atelier de Rikki. Il semblait inévitable qu’un affrontement allait avoir lieu de leur côté… Elle attrapa deux fruits juteux, croqua dans un, sauta de l’arbre et lança l’autre à Rikki, qui se délecta de celui-ci. Elle avait repris son souffle et se rafraichissait le visage avec l’eau claire de la fontaine.

– Alors Wanli ? Qu’en dis-tu ? C’est assez étrange…
– Hum oui… Les forces de la Cité sont occupées à l’évacuation des civils et à la protection des bâtiments. L’ordre de riposte n’a pas encore été donné.
– Tu crois que… Le Roi aurait été…
– Non, notre Roi est fort, aucune chance qu’il ait été vaincu si rapidement. Les forces ennemies doivent être là depuis deux ou trois heures tout au plus. Ils ne le cherchent pas, ils pillent juste la Cité…
– Bien, alors nous avons encore une chance !
– Bien-sûr !
– Dans ce cas, allons à mon atelier ! Une fois là-bas je pourrai…
– Ton atelier est occupé… Nous allons devoir nous battre.
– Alors nous nous battrons. Après tout, je suis avec l’humaine la plus forte du groupe !
– Pourquoi est-ce que tu précises humaine…
– Houuuu… Pardon, Wanli, pardon mais… Enfin mademoiselle Aryna est… Enfin elle est bien au-delà de nous tu le sais bien… Je ne voulais pas…
– Ah ah ah je plaisante ne t’en fais pas. Tu es prête ?
– Oui, allons-y ! 

Les deux jeunes femmes reprirent la route et s’enfoncèrent dans le bâtiment abritant l’atelier de la jeune prodige.

Une bombe après l’autre, Tsomy se frayait un chemin parmi les lignes ennemies. Contrairement aux deux autres concubines, Helmi et elles avaient à faire à un nombre plutôt important d’adversaires. Finalement, sans trop de difficultés, elles arrivèrent près de l’orphelinat, mais furent obligées elles aussi de faire une pause. Tsomy se jeta dans un petit espace de végétation, telle une gazelle.

– Aryna ! Petite peste ! Je suis sûre qu’elle l’a fait exprès !
– De quoi tu parles Tsomy ?
– De nous mettre toutes les deux ! Elle veut nous tuer ! Elle est jalouse !
– Tu rigoles j’espère ?
– Mais bien-sûr ! Enfin qu’à moitié… Parce que notre duo n’est pas le meilleur Helmi, soyons honnête.
– Oui bon… J’avoue qu’on est bientôt à cours… Il te reste beaucoup d’explosifs ?
– Non, je suis hors-jeu… Et toi ?
– Il ne me reste que quelques poudres et du soin… Je pourrais nous soigner mais…
– Arf… Pas bien malin sur ce coup-là d’envoyer ensemble les deux seules qui se battent avec des armes épuisables !
– Elle ne pensait sûrement pas que nous rencontrerions tant d’ennemis… Et surtout, elle nous avait dit de les éviter… Pas de les faire exploser un par un !
– Oui mais… C’est plus fort que moi ! C’est tellement jouissif de les faire voler !
– En parlant de ça… Quelque chose me chiffonne Tsomy… Tu as remarqué à quel point ces hommes et ces femmes sont… Nuls ?
– Non, c’est nous qui sommes démentielles !
– Arrête, je ne plaisante pas. Les forces ennemies ne sont pas entraînées, c’est des amateurs… Ils ressemblent plus à des villageois qu’à des soldats… Quelque chose ne colle pas…
– Peu importe, nous devons passer en force dans tous les cas… Et puis…
– Là ! Elles sont là !

Pas le temps de bavarder davantage, deux grands costauds, visiblement des Gardiens, arrivèrent sur leur position. Ils prirent un air menaçant et s’avancèrent.

– Sortez de là ! 
– Tu penses qu’ils nous ont vus Helmi ?
– T’en rates pas une hein…
– Bon… Jouons aux cruches…
– Quoi ? Non ! Tsomy Non ! Helmi chuchota du mieux possible…
– Ohhhhhhh… Ohhhhhhh… Quel malheur ! 

Dans un jeu d’actrice immonde, Tsomy sortit des buissons et fit de grands gestes aux deux hommes, qui furent surpris par la manœuvre. Elle continua à jouer la comédie…

– Aidez-nous ! Par pitié !
– Ah ah ah ah ! Je vais t’aider moi ouais ! À genoux sale catin de Maartkham ! Les deux hommes partirent dans deux rires gras.
– Ohhhh… Si c’est demandé par de si beaux hommes… C’est avec grand plaisir ! Tsomy se mit à genoux.
– Que… Quoi ? L’un des hommes fut surpris.
– Ba oui ! Figurez-vous que mon Celestial n’a pas voulu m’offrir de plaisir ces derniers temps ! Moi je demande que ça ! Alors si deux costauds comme vous me le proposent… Je vais pas me faire prier ! Et ma copine là qui se cache dans les fourrés, en meurt d’envie aussi ! Allez viens, on va s’amuser ! Sauf si vous voulez nous tuer avant bien-sûr mais… Ça serait dommage non… ?

Dans un regard torride, Tsomy déboutonna sa combinaison et laissa son immense décolleté se dévoiler, ce qui laissa sans voix les deux hommes. Helmi, obligée de jouer le jeu, sortit de la végétation à son tour. La Haute Concubine leur répétait sans cesse qu’en cas de solution désespérée, toute manœuvre est bonne à prendre… Quitte à user de leurs charmes… Et de la stupidité des hommes… Sa longue robe était coincée dans les fourrées, aussi en profita-t-elle… Elle tira fort sur celle-ci et en déchira le bout, ce qui raccourcit considérablement le vêtement… Ses longues jambes étaient désormais nues…

– Oh… Oh non, ma pauvre robe… 
– Ah ah ah t’en fais pas ma mignonne ! De toute façon je vais te la déchirer !
– Oh non, non ! Moi je l’aime bien cette robe… On peut tout faire avec vous savez…
– Ah vraiment ? Hey Dek ! Tu prends la noire ! Moi j’aime pas les noires ! Les deux hommes baissèrent leur pantalon et exhibèrent leurs parties.
– Ho quel vilain mot… Moi je serais vous, expliqua Tsomy, je me prendrai moi plutôt…
– Ah ouais ? Bah t’es pas moi ! Alors ferme-la et su…
– Parce que moi, ça sera moins douloureux…
– Qu’est-ce que… ?

Incapable de bouger à cause de leur pantalon, les hommes eurent affaire à la fureur des deux jeunes femmes. Tsomy sortit un petit couteau d’un fourreau qui lui servait à coiffer ses cheveux, et fit de son assaillant un eunuque tout frais. Celui-ci hurla de douleur et se jeta au sol, les mains entre les jambes, recouvertes de sang. Devant un tel spectacle, le second paniqua et ouvrit grand les yeux, ce qu’attendait Helmi afin de lui souffler une petite poussière dans les yeux. À son tour, il se jeta au sol et se mit à baver et à convulser.

– Sexiste et raciste et ben… Vous mériteriez de mourir ici !
– Ils méritent de mourir ici ! Qu’est-ce qui nous en empêche ?
– Nous ôtons la vie lorsque c’est nécessaire ! Ceux deux là ne poseront plus de problème… Inutile de les tuer.
– Oui mais quand même… Après ce qu’ils s’apprêtaient à faire ils…
– Tsomy… Dépêchons-nous ! Et range-moi ce décolleté !
– Ah… D’accord, d’accord…

Tsomy referma sa combinaison et les deux femmes partirent vers leur objectif. Soudain, une grosse explosion eut lieu juste derrière elles, faisant voler quelques boyaux… Helmi se retourna vers son amie.

– Tsomy !!!!
– Oh ba ça alors ! Mince ! Ah ba j’ai dû faire tomber une petite bombe sans faire exprès quand je me suis mise à genoux… Zut alors… Quelle empotée je suis…
– T’es vraiment irrécupérable !
– Hi hi hi.

Helmi savait très bien que faire la leçon à Tsomy ne changerait rien et puis de toute façon, au fond d’elle, elle avait tout autant envie que son amie de supprimer ces deux hommes de la surface de la Terre… Finalement, elles arrivèrent au centre des réfugiés… Et y reconnurent un visage familier…

Lexas et Aryna étaient remplis de doutes… Pourquoi la route était-elle si paisible ? Quelque chose clochait… Aryna s’arrêta et Lexas entama la conversation.

– Aryna, toi aussi ça te semble étrange tout ça… ?
– Oui, quelque chose ne va pas.
– J’ai l’impression qu’on nous guide depuis tout à l’heure.
– Exactement… C’est comme si on nous laissait la voie bien dégagée…
– Tu penses que c’est un piège ?
– J’en suis persuadée… La question est : qui en est l’architecte…
– Les filles se débrouillent bien pour l’instant.
– Oui, je le vois bien… Plutôt pratique cette capacité, tu ne trouves pas ?
– Oui, oui… Enfin j’aurai pu me passer de voir un pénis coupé net mais…
– Oh ça oui c’est… Tsomy tout craché…
– Je t’entends tu sais Aryna ! Tsomy répondit sans y être invitée.
– Et moi j’ai entendu quand tu m’as traitée de peste !
– Hé hé oui bon… J’ai pas encore l’habitude moi…
– Dépêchez-vous d’aller au centre !
– Oui madame !
– Bon Aryna, qu’est-ce qu’on fait ?
– Si on nous conduit vraiment au quartier des Architectes, c’est qu’il y a quelque chose d’important… Et que l’ennemi nous sous-estime…
– Où que nous le sous-estimons…
– Peu importe, nous devons y aller et… Ahhhh !
– Ahhhh ! La vache ! Wanli ? Wanli tu vas bien ?!

Les six amis ressentirent une puissante douleur dans l’épaule gauche. Wanli venait de prendre une balle en plein dedans. Un ennemi visiblement perdu l’avait surprise, mais l’avait amèrement regretté par la suite…

– Ah… Aïe… Désolée, ce n’est rien, j’ai pris une balle dans l’épaule… Mais elle a traversé, tout va bien…
– Tout va bien, tout va bien… Faites attention ! On ressent tous la douleur des autres je vous rappelle ! Lexas pesta.
– Hey, hey ? Ça marche aussi pour le plaisir les amis ? Genre là si moi je… Tsomy prit la parole.
– Tsomy ! Arrête un peu ! Je te jure que si on survit, je te tue ! Aryna enragea.
– Ohhhh ça va, ça va ! Faut bien détendre l’ambiance hein !
– On est en plein combat !
– Justement, l’ambiance ça se détend quand elle est tendue !
– Arrête ou je demande à Lexas de couper ton lien !
– Oh non non, je me tais, ça va… Pardon… Tsomy bouda.
– Je vais bien, ne vous en faites pas. Wanli reprit la parole. Regardez, ce n’est rien. Elle regarda sa blessure.
– Tu ne dois pas perdre trop de sang Wanli. Helmi pu voir la blessure grâce au lien. Utilise le petit flacon que je t’ai donné. Ça va brûler, ça va fumer, mais ça cautérisera la plaie.
– Très bien, je le fais de suite !
– Non ! Attends que je coupe ton… Ahhhhh ! La vache ! Wanli !
– Oh pardon Monsieur !
– Ahhhh… Va vraiment falloir que je m’entraîne à maîtriser ma capacité…
– Si on survit à ça…

Aryna regarda en haut de la tour principale des Quartiers des Architectes. Un immense dragon de flammes et d’eau décrivait des cercles au-dessus. Lexas fut sidéré.

– Un… Un Dragon ? Aryna ! Tu m’as dit que les Dragons n’existaient pas !
– Et c’est le cas… C’est une matérialisation Lexas…
– Aussi grosse !
– Aussi grosse… Et celle ou celui qui la contrôle va être un énorme problème…

Wanli attrapa sa hallebarde et la fit tournoyer dans les airs, afin de s’assurer que sa blessure n’entravait pas ses mouvements. Tout était parfait, le remède d’Helmi avait fait des merveilles. Rikki regardait sa partenaire avec de grands yeux ronds.

– Houuuu… C’est vraiment impressionnant ! Je m’en lasserai jamais !
– Oh ce n’est rien c’est… C’est une question d’entraînement… Wanli rougit légèrement.
– Hi hi ! Pardon, pardon, restons concentrées ! Cet homme avait l’air perdu, mais il y a fort à parier qu’il n’était pas seul.
– Tu as raison, restons prudentes…

Wanli et Rikki avancèrent à pas de loup dans le bâtiment. Les chaînes qui pendaient un peu partout donnaient l’impression d’être dans un abattoir, et les carcasses de moteurs et de machines étranges n’arrangeaient rien à la chose… Wanli fut surprise de voir que l’endroit ressemblait plus à une décharge qu’à un bâtiment… Connaissant le côté maniaque de Rikki, c’était étrange. Quelques mètres plus loin, au milieu des vieux Dracarosses désossés, elles arrivèrent devant l’atelier de Rikki. La Haute Concubine avait fait aménager un endroit spécialement pour elle. Afin de ne pas attirer l’attention, elle pensait plus judicieux de le mettre à l’endroit le plus logique et surtout, qui attirait le moins l’attention des gens. Les deux femmes s’avancèrent près de l’endroit et se cachèrent au milieu des vieux véhicules. Les membres du Grand Ordre étaient en train de le mettre à sac. Rikki vira rouge de colère.

– Non mais pour qui ils se prennent ! Ils mettent le bazar regarde ça ! Non, non pas ça ! Oh ! Ils ont cassé mon Norbinomètre !
– Calme-toi Rikki. Plus important… Pourquoi sont-ils ici…
– Je ne sais pas… Ils ne trouveront rien d’intéressant ! À moins que… Non, impossible…
– Quoi, qu’est-ce qui est impossible ?
– Eh bien j’ai… Une pièce secrète dans l’atelier, aménagée par la Haute Concubine pour fabriquer des éléments… Secrets… 
– Je m’en doutais… Mais pourquoi est-ce impossible ?
– Parce qu’il n’y a que trois personnes qui sont au courant de l’existence de cette pièce… La Haute Concubine, Aryna et moi… Oh et toi bien-sûr maintenant… Enfin tout le monde même mais…
– Mais alors pourquoi est-ce que le Grand Ordre est ici…
– C’est peut-être un hasard…
– Ou pas…

Wanli analysa la situation… Six hommes confinés dans un espace réduit, en train de fouiller dans tous les sens… Il paraissait difficile de faire dans la discrétion… 

– Hummmm… Pas le choix, il va falloir rentrer dans le tas…
– Ahhhh ! J’attendais que tu dises ça ! Ils vont payer pour mon Norbinomètre ! Ahhhhh je suis en pétard ! Ahhhh ! Ça va barder ! À l’attaque !

Sans attendre les instructions, Rikki se leva et se lança à toute vitesse contre les six hommes. Wanli n’eut pas le temps de broncher, elle fut surprise par la rapidité d’exécution de Rikki. Lancée dans son élan, la mécano cogna par surprise un adversaire si fort qu’il fut projeté contre un mur et perdit connaissance immédiatement. Dans son élan, la jeune concubine enclencha le levier de son pont, qui commença à s’élever dans les airs. Elle profita de la fin de sa course pour prendre un nouvel appui sur le mur du fond de l’atelier et asséna un énorme coup de poing à un homme qui se fracassa contre une étagère. Dans sa chute, il projeta un tournevis dans les airs qui fut saisi en vol par l’assassine et expédié droit entre les deux yeux du troisième homme. Elle roula au sol pour esquiver un tir de Barian, et se servit d’un quatrième homme comme bouclier humain. Il se prit les quatre balles restantes avant de finir projeté contre le tireur. Rikki glissa au sol, attrapa un démonte pneu et fracassa le crâne de son avant-dernier adversaire avec. Enfin, elle attrapa le tireur occupé à recharger, et le lança au sol. Wanli avait à peine eu le temps de faire le peu de chemin qui les séparait que Rikki avait fait le ménage. Mais le tireur n’était pas encore hors course… Il rechargea discrètement et leva son arme vers la mécano, dos à lui. Celle-ci donna un violent coup de pied dans un levier et le pont vint lourdement retomber sur l’homme, l’écrasant au passage. Wanli regarda le carnage et n’en revint pas.

– Oh c’est euh… Je savais que tu étais douée mais c’est… Impressionnant.
– On ne touche pas à mes outils ! Regarde ce bazar… C’est pas vrai… Je vais mettre des jours à tout ranger !
– Et ce sang…
– Oh ça ce n’est rien, le sol est prévu pour résister à tous les fluides… Mais non mais… Mon pauvre Norbinomètre… Il va me falloir des jours pour le réparer…

Rikki attrapa son étrange outil comme si c’était un animal blessé. Wanli eut un petit rire avant de poursuivre. Effectivement, l’atelier de Rikki était une merveille de rangement. Tout était à sa place, rangé à la perfection et d’une propreté incomparable. L’endroit détonnait fortement du reste du bâtiment. 

– Bon… Mettons-nous dans la situation où ils avaient conscience de ta pièce secrète… Que pouvaient-ils chercher… ?
– Oh je… Si on part dans l’hypothèse très improbable qu’ils savaient qu’il y avait une pièce secrète et donc, qu’ils savaient ce qu’il y avait dedans je… Je pense savoir…
– Et ?
– Oh il… Il vaut mieux que je te montre…
– Rikki s’il te plait ! Dépêchons-nous !
– Houuuu ! Oui, oui !

Rikki sursauta et redevint la Rikki toute timide, tenant fort dans ses bras son outil bizarre. Elle utilisa une sorte de petit ordinateur et une trappe se dévoila sous son bureau. Ici, elle entra un code et un pan entier de mur glissa sous terre, dévoilant un atelier dernier cri et un énorme véhicule blindé. De tous les côtés, des ordinateurs et des appareils étranges affichaient des tas de choses et émettaient des bruits étranges. Wanli cru avoir une crise cardiaque.

– Ohhhh qu’Ashima nous protège… Une telle technologie à… À Maartkham je… Oh… Je vais faire un malaise… Blasphème !
– Quoi ? C’est mon petit nid à moi ! Regarde ! C’est le dernier cri en matière de technologie ! Même à la Capitale ils n’ont pas des choses comme ça ! La Haute Concubine m’autorise à me fournir au marché noir ! Oh tiens ! Regarde-ça ! C’est de l’ancienne civilisation !

Rikki attrapa un petit objet rond et le posa au sol. Il se mit à faire un petit bruit agréable, à clignoter de partout et commença à parcourir le sol. Wanli sauta sur une chaise, comme si elle avait vu un rat.

– C’est un aspirateur autonome ! Tu as vu ? Il y en a aussi à la Capitale, mais moins perfectionnés ! Lui, il me nettoie les graisses, les huiles tout ! 
– C’est maléfique !
– Les filles !!! Aryna s’incrusta dans la conversation, à distance du moins. Il y a plus urgent ici… On va avoir besoin d’aide…
– Oh ! Wanli se mit au garde à vous, même si Aryna n’était pas là, elle savait qu’elle pouvait voir. Bien mademoiselle ! Je vous rejoins immédiatement ! Rikki, qu’est-ce que tu voulais me montrer alors ?
– Oh eh bien… Ça…

Rikki désigna un grand bac en verre renfermant une immense sphère bleue brillante, emprisonnée dans une cage de métal. Wanli n’était pas experte, mais elle reconnu immédiatement une puissante concentration d’énergie vitale et de Ta’Rian… Elle en avait vu trop pour une vie…

– Qu’est-ce que… Qu’est-ce que c’est que ça Rikki ! Sais-tu à quel point le Ta’Rian est dangereux !? Et c’est… C’est de l’énergie vitale ?
– Oui… 
– Mais qu’est-ce que c’est que cette diablerie !
– C’est… Une bombe…

Devant une telle révélation, tous les amis durent faire une pause, mais seule Wanli, présente avec Rikki, rebondit sur la chose.

– Une… Une bombe ! Mais pourquoi ferais-tu ça Rikki !?
– Ne t’énerve pas ! S’il te plait ! Je n’aime pas ça…
– Je suis très calme !
– Non pas du tout…
– Là tu commences à m’énerver !
– Houuuu ! Non, non ! C’est un ordre direct de la Haute Concubine je… Elle m’a demandé de fabriquer cette bombe…
– Mais pourquoi ?
– Je ne sais pas Wanli je n’ai pas demandé… C’était un ordre alors…
– Par la malpeste ! Et elle est puissante ?
– Oh euh… Alors euh… Son diamètre étant de 75 centimètres et sa puissance estimée étant de…
– Rikki ! Version courte.
– Houuuu… Elle détruirait la moitié de Maartkham…

Wanli fut sidérée ! Pourquoi la Haute Concubine avait-elle demandé à Rikki de produire un tel engin de mort ? Et pourquoi le Grand Ordre était ici ? Cherchait-il la bombe ? Mais Wanli fut rappelée à l’ordre par Aryna, qui demanda de l’aide.

– Mademoiselle vous… Vous le saviez ?
– Oui, Rikki m’en a parlé lorsque nous étions à l’Orchidée Bleue.
– Mais pourquoi est-ce que vous voulez…
– Si je veux que Rikki récupère la bombe, c’est pour la cacher loin du grand ordre ! J’avais bien peur qu’ils soient au courant… J’ai ma petite idée sur la question… Même désamorcée, c’est une menace.
– Je confirme, Tsomy parla à son tour. Elle est dangereuse… Il ne faut surtout pas que le Grand Ordre mette la main dessus. Pas ici. Mais moi j’aurai bien aimé être au courant quand même… C’est mon domaine !
– Tsomy, plus tard ! Voilà pourquoi je vous ai envoyées là-bas ! On réglera les comptes avec ma mère après ! En attendant, Wanli, dépêche-toi !
– Oh ! Oui Mademoiselle ! J’arrive !
– Bien ! Rikki, prends la bombe et amène-là ! Tu as un véhicule ?
– Oui ici dans mon atelier…
– Alors je compte sur toi ! Wanli, viens ici immédiatement !

Wanli regarda une dernière fois ce lieu diabolique et courut de toutes ses forces vers la sortie pour rejoindre son Celestial.

– Directrice ? Directrice c’est bien vous ! Oh mon Dieu !

Helmi se jeta sur un corps à l’agonie proche du quartier des réfugiés. Elle le prit dans ses bras et le confirma, il s’agissait bien de la Directrice de l’Orphelinat des cinq pommiers. Celle-ci était salement amochée. Elle semblait atrocement souffrir, une partie du visage brûlé et l’autre ensanglanté. Tsomy eut un petit cri d’effroi en voyant le visage de la vieille femme, tandis qu’Helmi la regarda.

– Tsomy ! Tiens-la dans cette position.
– Ohhhh je… Je sais pas Helmi je…
– Tsomy ! Tu fais exploser des gens ! Tu peux regarder une femme amochée non ?
– Oui mais là c’est… Oh bon, d’accord…

Tsomy s’accroupit et prit la femme dans ses bras en évitant de regarder son visage. Pendant ce temps, Helmi alla un peu plus loin, dans l’un des nombreux petits jardins de la Cité, en espérant trouver quelque chose d’utile. Elle fouilla parmi les herbes.

– Non, non, ça non… Non plus… Allez… Allez… Elle fouilla encore. Non plus… Mais c’est pas vrai tu vas… Ah ! Là !

Elle arracha une étrange plante aux racines immenses. Elle se servit ensuite d’une fontaine non loin pour la nettoyer puis attrapa un caillou, qu’elle nettoya aussi. Elle trouva ensuite un débris pouvant servir de contenant et le remplit d’eau. Là, elle se mit à y broyer la racine jusqu’à obtenir un liquide visqueux. Elle fonça vers la Directrice et lui appliqua sur toutes les parties du corps touchées. La vieille femme eut un soupir de soulagement, la mixture atténuait grandement ses souffrances. Elle ouvrit les yeux et attrapa le bras d’Helmi.

– He… Helmi les enfants… Les enfants…
– Ils sont ici ?
– Ici oui… Elle désigna du doigt un bâtiment. Aidez-les… Aidez…

La femme s’évanouit, n’ayant pas la force de résister davantage à ses blessures. Helmi se leva et se dirigea vers le bâtiment principal. Tsomy posa doucement la Directrice et la suivit.

– Wo, wo, wo ! Tu vas où comment ça ? Et la mamie ?
– Elle ira bien.
– Pas si on la laisse ici !
– Et tu veux l’amener où ?
– Bonne question… Écoute Helmi, on a des ordres !
– Les ordres sont de trouver la Haute Concubine ou le Roi.
– Exactement ! Pas de sauver une bande d’orphelins ! On verra plus tard.
– Je refuse de laisser ces gamins mourir Tsomy !
– Mais tu… On a… Rhaaaa !

Les concubines se hâtèrent de rejoindre l’endroit désigné par la Directrice et entrèrent discrètement. C’était une grande chapelle servant de lieu de repos aux étrangers mais aussi aux victimes des Terres Blanches accueillies par le Roi. Comme le reste de la Cité, le lieu était magnifique, possédant dense végétation et fontaine en son sein. C’est ici qu’avaient été pris en charge les enfants de l’orphelinat à leur arrivée, sur demande d’Aryna. Ces derniers étaient regroupés au centre du bâtiment, les poings et pieds liés, entouré par plusieurs Prêtres et Gardiens du Grand Ordre. Les filles escaladèrent les poutres du bâtiment afin de se placer en hauteur, hors du regard des ennemis et de façon à voir l’ensemble de la scène. Le lieu habituellement si calme et réconfortant avait perdu son charme… Il n’y avait aucun doute, le Grand Ordre était toujours à la recherche de Samantha, mais il ne savait pas à quoi elle ressemblait… L’un des Prêtres utilisait des petits flacons de Ta’Rian pur pour observer la réaction des enfants à celui-ci… Ceci mit Helmi hors d’elle.

– Mais ils vont les tuer ! Samantha n’est pas ici !
– Ça, il ne le savent pas Helmi… Surtout qu’on n’a laissé aucun témoin là-bas…
– C’est de la folie ! Regarde ce que le Ta’Rian a fait à Wanli, des enfants de cet âge là ne le supporteront pas !
– Sauf si c’est des Gardiens…
– Ne dis pas de bêtises ! Aucun d’entre eux n’a de capacité ! Ils vont les tuer, tout simplement ! Et puis pourquoi faire ça sur les garçons aussi !
– Peut-être qu’ils ne savent pas qui chercher… Ils auront entendu des rumeurs… Où alors ils n’ont que “Sam”… C’est un nom mixte !
– Il faut les sortir de là Tsomy ! On ne peut pas rester sans rien faire !
– D’accord mais alors on fait quoi ?
– On fait ce pour quoi on est douées !
– Ils sont trop nombreux, surtout qu’on a plus de réserve ! Sans compter que si tu veux sauver ces gamins, un faux pas et ils sont encore plus en danger !
– Il ne te reste pas une petite bombe ou deux ?
– Si, mais ça ne suffira pas. Avec les gamins au milieu je ne peux pas les lancer !
– Passe-les-moi… J’ai une idée…
– Je sais bien, je lis dans tes pensées… Je ne suis pas sûre que ça va marcher…
– Nous verrons bien !

Helmi attrapa les deux petites bombes et les trafiqua. Les filles allaient devoir agir en synchrone si elles voulaient réussir à se débarrasser discrètement des ennemis. Il fallait être discrètes, sans quoi la vie des enfants pourrait être menacée. Tout d’abord, elles commencèrent par les flancs du bâtiment. Deux gardiens mettaient à sac chaque banc afin de vérifier qu’aucun enfant n’était caché en dessous… Visiblement, il était trop fatiguant de se baisser… Les filles avancèrent discrètement et elles reconnurent que le fait de pouvoir partager les sens et les pensées était quelque chose de plutôt pratique… À l’unisson, elles prirent les Gardiens ennemis par le cou et les étranglèrent. Chacun d’entre eux vit son collègue dans la même situation. Heureusement pour les filles, tous les Gardiens ne sont pas puissants… Elles cachèrent les corps derrière des bancs retournés et continuèrent d’avancer… Il y avait un autre gêneur non loin d’elles. Tsomy avança discrètement, et dut passer par une petite ouverture étroite. Elle se faufila, mais au moment de sortir de l’ouverture, sa poitrine, complètement compressée, se relâcha et vint percuter un chandelier, qui tomba au sol. Elle se jeta avec lui et pesta contre elle-même. Le gêneur, attiré par le bruit, tira une lame de sa botte et avança. 

Tsomy supplia Helmi de faire quelque chose, et la seule solution trouvée par son amie fut de jeter… Un caillou… Proche de l’homme. Après l’avoir insultée, Tsomy se rendit finalement compte, totalement étonnée, que la manœuvre avait fonctionné. Elle profita de la diversion pour de nouveau étrangler l’homme et cacha son corps. Les voilà désormais face à huit hommes armés, dispersés autour des enfants. Helmi avança au plus près et demanda à Tsomy de mémoriser la position des hommes. La fenêtre n’allait être que de quelques secondes… Une fois prêtes, la guérisseuse alluma la petite mèche d’une des deux minuscules bombes et la lança. Une puissante détonation eut lieu et libéra un épais nuage de fumée. Dans une danse parfaite, les deux concubines sortirent une petite lame et tranchèrent la gorge des assaillants sans même qu’ils n’aient le temps de broncher.

– Les enfants, vous m’entendez ? C’est Helmi ! Pas de panique, tout va bien. Tenez-vous tous la main, d’accord?  Allez-y. Maintenant suivez le mouvement ! Nous allons voir la Directrice, dépêchons.

Helmi attrapa le premier enfant de la file et les extirpa hors de la fumée. Dès que ce fut fait, Tsomy alluma la seconde mini bombe et la lança de nouveau. La manœuvre pouvait paraître inutile, mais elle permit aux enfants de ne pas voir l’horreur de la Mort une nouvelle fois… Enfin, elles sortirent de la chapelle et mirent les enfants à l’abri. Mais toujours aucun signe du Roi ni de sa concubine… Tsomy transporta la Directrice en lieu sûr et les femmes demandèrent aux enfants de ne plus bouger jusqu’à nouvel ordre. Elles refermèrent derrière eux et partirent en direction de leurs amis.

Lexas et Aryna ne comprenaient toujours pas ! Pourquoi ne rencontraient-ils aucune résistance ? Pourquoi ne croisaient-ils personne ? Ils allaient toujours vers le plus haut bâtiment du quartier des Architectes et prirent l’ascenseur de celui-ci. Lexas n’était pas convaincu.

– Je sais pas Aryna… C’est pas normal, c’est trop facile… Soit c’est un piège, soit on est vraiment en train de chercher dans le vide.
– J’opte plutôt pour la première option…
– Que veux-tu dire ?
– Tu vas vite comprendre… Reste sur tes gardes et laisse-moi parler…
– Mais qu’est-ce que… ?

Avant que Lexas ne puisse finir sa phrase, une immense puissance commença à les envahir. Plus ils approchaient du sommet, plus elle était intense. Lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, Lexas découvrit une nouvelle fois un lieu magnifique. Les murs et un plafond de verre protégeaient une magnifique serre, remplie d’arbres, de plantes, de fontaines, d’oiseaux et de petits animaux. Au fond de cette jungle artificielle, sur un long banc en marbre blanc, était assise la Haute Concubine… Aryna et Lexas avancèrent d’un pas prudent… La Gardienne serra des poings tellement fort qu’elle en avait mal… Elle ne voulait pas croire ce qu’elle pensait avoir découvert… Puis, sa mère s’adresse à eux.

– Lexas… Aryna… Je vous félicite… Vous êtes arrivés à temps…
– Mère… Qu’est-ce que cela signifie ? Où est le roi…
– Aryna, tu es ma fille. Je sais très bien que tu as déjà toutes les réponses.
– J’espérais me tromper…
– Et ce n’est pas le cas. Voyons, je ne t’ai pas élevée pour que tu te trompes… Tu n’en as pas le droit.
– Qu’est-ce qu’elle veut dire Aryna voyons ?!
– La personne qui a fait rentrer le Grand Ordre à Maartkham… C’est ma mère.

La mâchoire de Lexas se déboita. Wanli retrouva à cet instant Helmi et Tsomy au pied de l’immense immeuble des architectes et elles s’arrêtèrent sur place. Rikki de son côté, surprise par la révélation, trébucha, bombe à la main, et jongla avec pendant plusieurs secondes, essayant de reprendre son équilibre.

– Oh, oh, oh ! Non, non ! Là, doucement, là ! Houuuu, houuuuuu ! Elle réussit à reprendre son équilibre. Ouf… Mais pourquoi est-ce que… Mademoiselle Aryna, pourquoi ferait-elle ça ? Mademoiselle ? Vous m’entendez ?
– Qu’est-ce que votre Celestial peut être faible… C’en est décevant…
– Houuuuu !

Rikki sursauta et se figea sur place, serrant fort contre elle la bombe. Un homme en armure blanche et or s’avança vers elle, frappée des armoiries du Grand Ordre. Il avait de longs cheveux blonds et une longue rapière qu’il attrapa et pointa vers le ciel. L’homme avait tout du parfait prince charmant, charismatique, beau, musclé… Il regardait sa lame avec passion.

– Si faible, mais avec de si belles concubines. C’est une insulte à la femme. Il mit le bout de sa lame sous la gorge de Rikki. Tu es si belle toi aussi. Une femme ne devrait pas avoir à jouer avec des choses si dangereuses… La femme est l’incarnation de la beauté, de l’innocence, de la pureté. Elle doit être respectée, aimée. Je pleure avec toi ta situation.
– Houuuu… Houuu… Je… Merci mais je… J’aime ma situation je…
– Devoir trafiquer ces horreurs à longueur de journée, ta peau si douce tachée et abimée par la graisse… Quelle monstruosité ma douce…
– Je… Non moi j’aime bien…
– Et ces odeurs… Tu devrais être enivrée de senteurs florales, caressée par les douces pétales de l’amour et non par… Ces horreurs…
– Mais j’aime bien moi ces odeurs…
– Pauvre brebis égarée ! Laisse-moi te guider… Mais d’abord… La bombe je te prie. Il tendit la main. Allons, n’aie pas peur, jamais je n’abimerais le visage d’une si belle femme. En revanche, cet engin va m’aider à la rendre belle votre Cité…
– Je… Je vais la garder si ça ne vous embête pas je… Ça m’aide à me sentir belle moi…
– Blasphème. 

Avant même qu’elle n’ait eu le temps de cligner des yeux, le prince charmant lui avait ôté des mains la bombe et l’avait fait basculer en arrière, la tenant d’un bras tandis que le second tenait la bombe. Rikki avait l’impression d’être dans une étrange position de danse. Enfin, il la regarda de ses yeux bleus perçants.

– Tu mérites l’amour, tu mérites la beauté. Pas cet insignifiant Celestial…
– Je… Hou… Aryna… Lexas je… J’ai un problème je…
– Inutile ma douce, ils ne t’entendent pas… Les capacités de ton Celestial sont tellement faibles… Il fait honte aux Tisseurs… Alors que moi, moi, je survole notre capacité, je l’aime, je me l’approprie… Il embrassa Rikki. Celle-ci se débatit.
– Mais ! Lâchez-moi ! Sale pervers ! Sale ! Ah ! Quel culot ! Non mais pour qui vous vous prenez ? Et vous dites respecter les femmes ! Vous osez entacher mon honneur de Concubine et m’embrasser contre mon gré !
– Mille excuses ma douce, je me présente. Je suis le grand Apollon, l’un des sept Gardiens sacrés de sa Sainteté le Suprême. 
– Ah oui ? Eh bien vous êtes surtout un grossier personnage !

Apollon gifla fermement la jeune concubine. Son air de séducteur avait laissé place à la colère.

– Comment oses-tu femme ! Incline-toi devant ton Dieu ! Je suis là pour t’offrir mon amour et voilà comment tu me remercies ! Hérétique !
– Non vous… Rikki se releva péniblement. Vous êtes là pour faire du mal et…

Rikki n’eut pas le temps de finir sa phrase. Elle fut attrapée par la gorge et ses pieds quittèrent le sol. Apollon la souleva comme une plume et serra de plus en plus fort.

– Non, je suis là pour libérer les âmes égarées, celles qui ne peuvent plus êtres sauvées par l’amour… Je suis là pour te guider ma douce…

La concubine avait de plus en plus de mal à respirer et après quelques secondes, ses yeux se fermèrent.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent de nouveau et Wanli, Tsomy et Helmi arrivèrent en courant auprès de Lexas et d’Aryna. La Concubine en Chef était en grande discussion avec sa mère.

– Je reconnais bien là ma fille… Comment l’as-tu découvert ?

Aryna croisa le regard d’Helmi paniquée tandis que sa voix résonnait dans son esprit. 

– Aryna, Rikki à… 
– Je sais, mais elle devra se débrouiller seule pour l’instant… 
– Ne t’inquiète pas, intervint Wanli, elle est pleine de ressources, faisons lui confiance. 
– De toute façon pour nous aussi la situation est un petit peu… Explosive, finit Tsomy. 

La Haute Concubine plissa les yeux et regarda Aryna d’un air agacé. 

– Mesdemoiselles, vous n’avez pas, le luxe de me faire perdre mon temps… Aryna, ne me fais pas répéter…
– Tu aimes jouer selon tes règles hein ? Soit ! Aryna commençait à perdre patience. La première chose qui m’a surprise c’est l’inutilité des missions données aux filles. Aider un petit village sans importance ? Fermer une faille perdue au milieu de nulle part ? Ça ne te ressemble vraiment pas… Et encore moins de ne rien me dire, de me laisser dans le flou. Puis il y a eu Samantha… Recueillir une pauvre orpheline inconnue perdue dans un petit orphelinat juste par plaisir ? Non, il est clair que tu savais parfaitement la puissance qu’elle possédait. Mais comment le Grand Ordre pouvait-il bien connaître sa position lui aussi ? Certes, il cherche les jeunes gardiens… Mais se déplacer avec l’un des sept Gardiens sacrés ? Non, non… Ils savaient parfaitement où chercher… Mais peut-être était-ce le hasard… Attaqués dès notre retour de l’orphelinat ? Un chef de la Pègre fort bien informé de notre présence ? Une concentration de gamines boostées à l’énergie vitale ? Le Suprême qui quitte la ville pile au bon moment ? Devant tellement de coïncidences, j’ai rapidement compris que tout était finement orchestré… Mais par qui… Qui pouvait savoir où nous allions, où trouver Samantha, comment nous nous déplacions, à quoi nous ressemblions tous… L’enquête était vite résolue Mère… Je suis même déçue qu’elle ait été si facile…
– Ah ah ah ah ah ! Aryna, je reconnais bien là ma fille…
– La question est de savoir… Pourquoi ?

– Helmi parla à Aryna grâce au lien. Aryna… Quelque chose cloche…
– Je le vois bien Helmi… Restez tous sur vos gardes…

– Ahhhh… Le pouvoir du Tisseur… Vos cachotteries commencent à m’agacer… Je dois dire que toi Lexas, la Haute Concubine le pointa du doigt, tu es bien celui qui m’a le plus surprise… Et embêtée… Le Suprême n’a vraiment pas apprécié la perte de son Gardien Sacré… Ni celle de la petite Samantha en qui il place beaucoup d’espoirs…
– Tu avoues donc tout Mère ?
– Oh je t’en prie ! Il était tellement simple de deviner !
– Mais pourquoi Madame ! Wanli s’avança ! Pourquoi avoir fait ça ! Vous avez causé la perte de Maartkham ! Vous qui avez toujours dédié votre vie à sa protection ! Pourquoi ! Pourquoi ? Vous nous avez toujours dit de tout sacrifier pour protéger la Cité, ne faites-donc pas ce que vous…
– Assez ! La Haute concubine s’énerva, ce qui intrigua Aryna.
– Ne répondez pas ma chère… Laissez-moi ce plaisir…

Le groupe se retourna vers la nouvelle voix. Lexas ressenti de nouveau ce goût de sang dans la bouche, son sang bouillonnait en lui. Un homme s’avança, grand, imposant, avec de longs cheveux d’un blanc immaculé, tombant jusqu’à ses cuisses et des yeux de la même couleur. Il portait une armure entièrement blanche avec une grande capuche. Le Suprême en personne était là, devant ses yeux. Il faisait honneur à sa réputation : il avait beau être un simple humain, sa prestance était extrêmement intimidante. Son regard de glace était sans nul doute le regard le plus terrifiant et le plus déterminé que Lexas eut à voir de sa vie. L’homme tenait au bout d’une longue corde le Roi, Naribarad, entièrement nu, poussé par un homme au rire gras.

– Arenkar ! Sale traître !
– Oh, princesse, vous me vexez ? Et votre Mère alors ?
– Il suffit Arenkar… Aryna. Vous êtes telle qu’on me l’avait décrit. Belle, charismatique, puissante et ce regard oui… Un regard de prédatrice… J’aime cela… J’ai justement une place dans ma Garde Sacrée… Elle vous intéresse ?
– Comment osez-vous…
– N’en veut pas à ta chère Mère, elle a choisi la voie de la raison, rien de plus. 
– Que lui avez-vous fait ?
– Je n’ai fait que lui montrer la vérité. Mon prédécesseur avait une vision bien trop étroite, il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez, il n’était attiré que par la richesse, la luxure, l’oisiveté… C’était un pêcheur…
– Parce que vous êtes un Saint vous… Lexas s’énerva.
– Ah oui, oui… Le petit Tisseur… J’ai entendu parler de toi… Je me dois de te remercier, tu m’as beaucoup aidé tu sais.
– J’aimerai bien voir ça…
– Parfaitement. Le Grand Prêtre Soratis tu te rappelles ? Quel cafard gênant… Tu m’as rendu un fier service en… Le guidant…
– Quoi ? Mais qu’est-ce que…
– Ohhh voyons mes enfants. Nous sommes là pour vous guider, et c’est ce que nous avons fait ! Ne soyez pas si surpris.
– Vous… Vous voulez dire que tout ce que j’ai… Tout ce que j’ai traversé vous… Vous m’avez manipulé…
– Parce que tu crois vraiment qu’un être aussi insignifiant que toi était promis à une telle destinée ? Enfin, Lexas, soyons réalistes. Seuls les élus sont appelés à un destin extraordinaire. Et toi, tu n’es qu’un misérable hérétique… Tu croyais vraiment que tout ceci pouvait être le destin ? S’il te plaît…
– Alors toi Mère tu… Tu étais depuis tout ce temps…
– Votre Mère ma chère, a fait le choix de protéger sa vie. C’est un choix honorable.
– Pour en massacrer des milliers d’autres ?!!
– Pas massacrer, sauver… Voyez-vous, si j’ai engagé votre Mère afin d’éliminer mon prédécesseur, ce n’était pas par hasard. Bien-sûr, sa réputation était toute faite, mais ce qui m’intéressait ce n’était pas elle, mais votre Cité et vous ma chère Aryna. Vous, je vous veux à mes côtés.
– Et vous allez me faire croire que tout était prévu ! Vous foutez pas de moi !
– Le propre de l’imbécile est de croire impossible ce qui dépasse son entendement mon enfant… Vous avez à merveille remplis vos rôles, chacun d’entre vous. Votre Mère m’a permis d’accéder au poste de Suprême et à entrer dans cette Cité pourtant imprenable, vous avez trouvé pour moi une faille qui me permettra de mettre la Destinée en marche, vous en avez même trouvé l’une des actrices principales. Vous m’avez aidé à prendre possession du trafic de l’Âme Blanche et vous m’amenez sur un plateau les potentielles menaces qui peuvent se présenter. Allons, allons. Vous devriez accepter d’être l’une de mes Gardiennes Aryna, votre vie et votre destin pourraient être fabuleux !
– Oh mais je sais très bien ce que le destin me réserve…

Sans un mouvement éclair, Aryna attrapa ses deux sabres et les lancèrent sur le Suprême, qui parvinrent à lui à une vitesse sur-humaine. Mais à sa grande surprise, les deux lames tombèrent au sol devant l’homme.

– Tant de haine dans une si belle femme. Aryna, douce Aryna, laisse-moi te guider. Rejoins-nous… Je prendrai grand soin de toi, de ton âme et… De ton corps…

Aryna n’en revint pas. Comment quelqu’un pouvait-il aller encore plus vite qu’elle ? Et comment une telle précision pouvait-elle être possible ? Un prince charmant à l’armure blanche et or s’avança. Apollon se présenta devant eux et fit un sourire ravageur aux filles. Puis il regarda Lexas, s’avança vers lui et toucha son épaule.

– Hum… Je dois l’avouer, tu es plutôt bel homme… Mais rien n’y fait, tu es tellement faible que ta beauté s’évanouit…

Le groupe de Lexas se trouva en bien mauvaise posture… Ceci provoqua un rire extrême de la part du Suprême, qui tira fort sur la corde du Roi.

– Sais-tu mon enfant, que les capacités des Gardiens possèdent plusieurs paliers ? Il suffit de les débloquer. Il y a bien des manières de le faire bien-sûr, mais la plus efficace est de ressentir un puissant choc, qui bouleverse les sentiments. Par chance, le même procédé fonctionne pour découvrir de nouvelles capacités. Et j’aimerai ma chère Aryna, que tu débloques les tiennes. Je te veux à mes côtés.
– Plutôt mourir…
– Oh bien-sûr je me doutais que tu ne serais pas facile à convaincre… Ne t’en fais pas, j’ai l’habitude. J’ai à mes côtés les Gardiens les plus puissants tu sais ? Et bien-sûr, tous ne se sont pas montrés très coopératifs au début. Veux-tu connaître mon secret ?
– Va te faire foutre…
– Le secret, c’est d’utiliser le sentiment le plus puissant… Et mon expérience m’a montré que le sentiment le plus puissant, c’est l’Amour. Magnifique non ? Mais comment amener quelqu’un à vous aimer ? Le Suprême ramassa l’un des sabres d’Aryna au sol. C’est très simple, il faut lui apporter votre attention, votre propre amour… Et quand est-ce que quelqu’un a besoin d’Amour ? Toujours ? Bien-sûr ! Mais surtout… Dans les moments de grandes peines…

D’un mouvement sec et puissant, le Suprême tira sur la corde du Roi. Arenkar, positionné derrière lui, lui fit un croche-patte et rigola. Aryna crut voir la scène au ralenti. Tout d’abord, ses yeux croisèrent ceux du Roi. Il avait des yeux apaisés, remplis d’amour. Lentement, il se dirigeait vers le Suprême. La Gardienne avait les pieds cloués au sol, elle tendit la main vers lui et hurla.

– Père ! Non ! Père !
– Je t’aime Aryna. Ma petite fille… Veille sur ta Mère veux-tu ?

Le Roi de Maartkham vint terminer sa course sur la grande lame d’Aryna. Celle-ci s’enfonça entre ses côtes, puis le Suprême força une nouvelle fois pour la faire ressortir dans son dos. Le groupe émit un cri de désespoir, et Aryna hurla de douleur !

– Noooon !!! Ahhhhhhh ah ahhhhhhhh !! Père noooooon !
– Premier sentiment Aryna… La douleur…
– Je vais te tuer !!!!

La Gardienne enragea et se jeta sur le Suprême, protégé par Apollon. Aryna esquiva le premier coup de celui-ci et put récupérer sa seconde lame au sol dans une pirouette. Elle engagea un duel extrêmement difficile contre son ennemi. Les lames s’entrechoquaient dans des étincelles à une telle vitesse que personne à part les deux combattants n’arrivaient à les voir. Aryna était hors d’elle, ses yeux brillaient de plus en plus, et sa vitesse ne faisait qu’accélérer. C’était au-delà de la perception humaine. Apollon de con côté, riait, tout simplement. Ni une ni deux, Helmi se jeta dans la jungle et commença à cueillir des plantes. Wanli de son côté, courut en zigzag vers les ennemis et tenta de prendre Apollon à revers, comme le lui avait demandé Aryna par le lien. Mais celui-ci la bloqua immédiatement de son autre main, impossible à surprendre. Tsomy profita du fait qu’il ait les deux mains prises pour foncer sur lui, mais il esquiva également.

– Oh pitié, mesdemoiselles ! Ne m’obligez pas à vous frapper ! J’ai horreur de cela. Votre Celestial est si mauvais… Et tellement facile à lire…

Lexas fit un bond ! C’était donc bien cela qu’il avait ressenti ! Au moment où Apollon lui avait touché l’épaule… Il l’avait… Piraté ?

–  Inutile de vous parler en douce petites cachotières, j’entends tout vous savez… 

Helmi sorti à son tour de la végétation par derrière et prit Arenkar en otage ! Belle prise ! Cette fois-ci, personne ne l’avait vu venir ! 

– Arrêtez ! Stop ! Où votre ami ici présent va passer un mauvais moment…
– Iritus et Aspella… Le Suprême se retourna vers Helmi. Je vois que vous ne plaisantez pas ma chère… Une goutte de ce poison et notre cher Arenkar va agoniser dans d’atroces souffrances durant des heures. Quelle merveille…
– Suprême je… Suprême aidez-moi ! Elle est folle.
– Chuuuuut. Ne vous inquiétez pas Arenkar, je suis sûr que notre Haute Concubine va trouver une solution n’est-ce pas ma chère ?
– Bien-sûr…
– Rhaaaaa ! Aryna enragea encore plus.

Aryna reprit le combat, tout comme Tsomy et Wanli. La Haute Concubine elle, s’approchait d’Helmi. Lexas était impuissant, il ne savait quoi faire. Il regardait le Suprême et n’avait qu’une envie. Le tuer ! Helmi regardait sa supérieure s’approcher et sentait ses membres se paralyser. Comment était-ce possible ?

– N… N’approchez pas Madame je… Je vais le tuer… C’est votre allié non je… Je le ferai !
– Allons, allons Helmi, ma douce Helmi… J’ai tant aimé t’apprendre… Tu es si pure, si compétente…
– Pourquoi… Helmi se mit à pleurer. Pourquoi avoir fait ça Madame ?
– Pour vous sauver…
– Nous sauver… Non ! Arrêtez ! N’approchez pas !
– C’était le seul moyen Helmi…

Helmi cru voir une faiblesse dans le regard de la Haute concubine, mais celle-ci, dans un geste gracieux, enfonça le couteau d’Helmi dans la gorge d’Arenkar.

– Un traître reste un traître… Arenkar…
– Vous… Vous… Sale… Ah… Ahhhhhhh !

Arenkar fut pris de puissantes douleurs et s’écroula au sol. Helmi recula, surprise par cette manœuvre. Mais elle ne fût pas aussi surprenante que celle de Lexas, qui profita de l’inattention de tout le monde pour foncer sur le Suprême. Le Gardien prit son envol et vint tenter sa chance ! Il abattit avec force une lame vers la gorge du Suprême, surpris par cette rapidité. Lexas fit mouche ! Il entailla la peau de l’homme, qui attrapa son bras au dernier moment. Lexas tenta la même manœuvre qu’avec Héphaïstos, et lâcha la lame pour la rattraper de son autre main, mais il échoua. Il fût projeté en arrière par un puissant coup de pied. Le Suprême entra dans une colère noire.

– Comment oses-tu t’en prendre à moi sale vermine ! Hérétique ! Je vais te tuer ! Je vais tous vous tuer ! Aryna ! Dernière chance ! Rejoins ma Garde ! Sinon tu mourras avec les autres ! J’en ai assez de parlementer avec des déchets comme vous !
– Vous avez tué mon Père, détruit ma Cité et… Ma Mère est… Vous allez mourir !
– Il suffit ! Sale petite peste ingrate ! Après tout ce que j’ai fait pour toi !
– Aryna, ma fille je t’en prie ! Accepte son offre !
– Toi tu la fermes ! Tu… Regarde ! Regarde-le ! Regarde mon Père ! Regarde-le !
– Tais-toi !
– Tu as causé sa Mort et regarde notre Cité ! Regarde-la !
– Stop Aryna !
– Tout ça c’est de ta faute !
– Assez ! Le Suprême s’énerva et rugit d’une puissante voix. Vous êtes tous un frein à notre Mission Divine ! Vous devez mourir ! Maintenant ! J’ai assez perdu de temps comme ça ! Si cette petite garce souhaite mourir ici, alors soit ! Je trouverai bien une autre femme capable de défier le Destin ! Je trouverai et prendrai cette Samantha sous mon aile ! Apollon ! Cette Cité est une insulte aux Dieux ! Qu’elle disparaisse !
– Bien, si tel est votre désir.

Le Gardien Sacré siffla et des enfants apportèrent la bombe depuis l’ascenseur… Helmi n’en revint pas, il s’agissait des enfants de l’orphelinat !

– Oh non, non ma douce créature, ne faites pas ces yeux, allons. Un si beau visage. Ils ne le font pas de leur propre volonté croyez-moi… Disons que… Je les y oblige un peu… Les enfants sont tellement faibles…
– Espèce de monstre !
– Moi, un monstre ? Mais voyons, c’est votre Haute Concubine qui a fait naître cette bombe. Combien d’enfants seraient morts à la Capitale si elle avait fait exploser celle-ci ? Non, non ma douce, je ne suis pas un Monstre. Je suis un Dieu, et j’aide sa Sainteté à purifier ces terres…

Apollon lui fit un baiser de la main, ce qui horripila Helmi. Les concubines le savaient très bien, il était impossible pour elles de gagner le combat en l’état… Les enfants posèrent la bombe et le Suprême les dégagea d’un coup de pied. Enfin, il enclencha le petit mécanisme. Il ne restait que sept minutes avant l’explosion.

– Apollon, qu’est-ce que ça signifie ?
– Oh… Il semble que notre charmante mécanicienne ait fait des siennes…
– Il suffit. Peu importe, ça ne changera pas grand-chose. Que cette Cité soit purifiée par les flammes.

Le Suprême arracha de son cou un médaillon en or et le leva au ciel. Une puissante lumière apparut et le plafond en verre de la verrière se brisa en mille morceaux. Le Dragon de feu apparut, attrapa Apollon, la Haute Concubine et le Suprême, puis disparut. Le Suprême adressa quelques mots à Aryna en s’envolant dans les cieux.

– Tu aurais pu devenir tellement plus Aryna… Je le regrette sincèrement… Mais si ton vœu est de mourir ici, alors ainsi soit-il…

Aryna le regarda d’un air noir, puis se jeta sur le Roi.

– Père ! Père, réponds-moi !
– Aryna, Naribarad est ton père ? Lexas était étonné.
– C’est vraiment pas le moment Lexas ! Aide-moi à le lever !
– Ary… Na…
– Ne parle pas père ! Helmi ! Helmi !
– Nous n’avons pas le temps Aryna ! Mon Roi je… Helmi se mit à genoux. Je ne pourrai pas vous sauver avant que la bombe explose… Je suis tellement désolée…
– Tu ne peux…Plus rien pour… Moi… Sauvez-vous… Le Roi toussait du sang.
– Non Père ! Tsomy, Wanli, arrêtez cette bombe !
– On essaie Ary, mais c’est impossible ! Il faut Rikki !
– Rikki ? Rikki ?! Tu nous entends ? Rikki !?
– Aryna, mon trésor…
– Non père, gardez vos forces.
– Non, non… Ecoute-moi… Je suis sûr que… Que nous n’avons pas… Toutes les cartes tu… Tu dois sauver ta… Ta mère… Tu dois… Sauver… Maartkham…
– Elle nous a trahis !
– Elle… Elle ne te… Trahirait jamais elle… Il commença à s’étouffer dans son sang. Elle t’aime tellement. Et moi ma petite fille… Je t’aime tellement… Je suis désolé… Je n’ai pas été un bon… Un bon père…
– Ne dis pas ça tu… Tu peux encore te rattraper !
– Non mon trésor non… Je ne peux… Que m’excuser, j’aurais tant voulu…
– Père… ? Père ? Aryna le secoua… Tiens-bon… Papa… Papa ?

Aryna secoua son père de plus en plus fort, mais la vie l’avait quitté. Elle n’avait même plus la force de parler, elle ne put que s’effondrer sur le corps de son paternel. Tsomy arriva en courant.

– Ary ! Nous devons partir ! Maintenant !
– Partez… Je reste ici…
– Hors de question Aryna ! Lexas souleva Naribarad. Le Roi… Ton père, t’a demandé de sauver la Cité ! Tu dois honorer son sacrifice !
– Sacrifice !? Lexas ! Il a été exécuté comme un vulgaire déchet !
– Aryna reprends-toi !
– Merde Ary ! Faut vraiment y aller là !

Tsomy attrapa Aryna et la leva de force. Lexas les suivit avec le corps du Roi. Ils se dirigèrent vers l’ascenseur, seule issue possible. De son côté, Helmi prit les enfants et fit de même, tandis que Wanli gardait l’ascenseur ouvert. Tsomy prit la parole.

– Ça va faire court là ! Je suppose vu la taille de l’engin que même si on la balance par la fenêtre ça va pas le faire non ?
– La moitié de la ville va être rasée Tsomy ! Nous sommes déjà morts… Aryna perdit espoir.

Wanli comptait dans sa tête. Il restait 50 secondes… Une larme parcourut sa joue.

– Mademoiselle… Cinquante secondes…
– Je sais Wanli je sais… Je suis désolée, tout est de ma faute… Vous allez tous mourir par ma faute… Impossible d’y échapper…
– C’est celle du Suprême Aryna ! Lexas était hors de lui.
– Mais je suis venue en sachant bien que…

Soudain, un puissant bruit de verre cassé résonna au rez-de-chaussé. Le groupe se retourna et vit un véhicule passer à travers de nombreuses vitres avant de s’immobiliser devant l’entrée. Wanli brisa la vitre de l’ascenseur et regarda plus bas. Une silhouette agitait les bras dans de grands gestes.

– Vite ! Venez ! Vite ! Sautez ! Dépêchez-vous !

Le véhicule blindé de Rikki attendait sagement les amis. Pas le temps d’attendre que le l’ascenseur soit au sol, il serait trop tard. Lexas regarda Aryna dans les yeux.

– Aryna ! Je t’en prie…

Devant le regard de son Celestial, Aryna regagna un peu de courage. Elle cria de rage et poussa le groupe depuis le sixième étage. Elle utilisa ses capacités d’Elementaliste pour amortir le choc, même si celui-ci fut rude. En moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, ils embarquèrent tous dans le véhicule et Rikki démarra en trombe.

– Vous devriez attacher vos ceintures…

Tout le monde lui fit aveuglément confiance et s’attacha. Elle allait à une vitesse vertigineuse et il lui fallait une extrême concentration afin de ne pas se prendre d’obstacle. Elle était transformée, tout son corps semblait ne faire qu’un avec sa machine. Elle déployait tout son talent et Lexas ne voyait même pas le paysage défiler, c’était un tableau flou défilant. Quelques secondes après, une puissante explosion résonna. Le groupe sentait les tremblements se rapprocher, la poussière les pourchasser. Malgré une vitesse ahurissante, le véhicule n’allait pas assez vite. Rikki hurla.

– Accrochez-vous !

Elle donna un puissant coup de volant et le groupe se sentit léviter dans le véhicule, avant de chuter lourdement. Durant quelques secondes, l’enfer se déchaîna sur eux. Ils étaient ballotés dans tous les sens, avec une telle force que la plupart des ceintures s’arrachèrent. Ils avaient l’impression d’être dans un vortex sans fin. Puis, ce brouhaha incessant laissa place au silence… Un silence terrible… Lexas ouvrit les yeux et fut soulagé de voir que tout le monde semblait vivant. Sonné, mais vivant. Il se pencha vers Rikki, qui était dans une étrange position, collée à son pare-brise.

– Rikki, tout va bien ? Où sommes-nous ?
– Dans… Dans les jardins royaux Monsieur… Elle décolla son visage en sang de la vitre. C’est le seul endroit dégagé de Maartkham alors je me suis dit que… Avec l’explosion, c’était l’endroit le plus sur de la ville… Peu de bâtiments peuvent tomber ici…
– Tu es géniale ! Les enfants, tout va bien, les enfants vous…

Une douleur immense s’empara de son abdomen ! Lexas sentit sa peau se déchirer. Il plaça ses mains sur son ventre et les regarda. Il saignait abondamment. Helmi cria de surprise, et attrapa un couteau de l’un des enfants. Un second se jeta sur elle, mais fut instantanément assommé par Aryna, qui éprouva une certaine satisfaction… Ces derniers temps, elle avait envie d’assommer un gamin… Lexas ne comprit pas de suite, puis repensa à Apollon. Helmi lui appliqua les premiers soins.

– Hum… Ouf… Oh nom d’Ashima… La blessure le faisait terriblement souffrir.
– Ne bougez pas trop Lexas !
– J’essaie Helmi… J’essaie…
– Oh non, non, c’est pas bon ça, vous faites une hémorragie interne !
– Ah ? Ah ah… Il a sacrément bien visé ce petit enfoiré…
– Il ne l’a pas fait exprès ! Il n’en est pas conscient, il est manipulé !
– Oui… Il va me le payer ce blondinet de mes deux…
– Restez calme surtout, il ne faut pas bouger pour éviter…

BAM ! Le véhicule bougea tout seul et s’éleva dans les airs, avant de faire une longue série de tonneaux, finissant sa course sur le toit. Les occupants furent projetés dans tous les sens. Tsomy et Wanly étaient passés à l’avant, Rikki avait été projetée hors du véhicule par le pare-brise, et les trois autres par les portières. Le Roi quant à lui, baignait dans son sang. Lexas lui, gisait au sol en perdant beaucoup de sang. Helmi retourna sur sa plaie et fit pression. Elle regarda autour d’eux. Impossible de trouver la moindre plante, tout était en feu… C’était une horreur. Puis, elle comprit que l’horreur ne faisait que commencer… Un immense Dragon de feu était posé devant eux et dans ses flammes se dessinait la silhouette d’une femme… Aryna se releva et aperçut sa mère et le Suprême à ses côtés. Apollon était plus loin. Helmi tâta sa sacoche, mais elle n’avait plus rien…

– Lexas je…
– Ahhhh… Il cracha du sang. J’en ai vu d’autres, pas vrai ?
– Oui vous… Vous en avez vu d’autres… Helmi retint ses larmes.

Aryna regarda les yeux d’Helmi, et elle le comprit sans même qu’elles ne se parlent, lien ou pas… La vie de Lexas touchait à sa fin. Cette fois-ci, aucune des concubines ne pouvait rien faire… Aryna eut l’impression de devenir folle… Elle voyait trouble, envahie par la haine, la colère, la tristesse… Elle se releva et ses mains se mirent à brûler.

– Tu vas me le payer Mère…
– Parce que tu penses que j’ai fait tout ça en vain Aryna ?
– Je ne pense plus rien… 
– J’ai fait ça pour toi ! Pour le futur !
– Arrête ça ! Tu as fait ça par égoïsme !
– Je l’ai fait pour toi ! Pour la Cité, pour vous sauver ! Pour sauver tout le monde !
– Non !
– Tu ne comprends pas ma fille…

Aryna regarda les yeux de sa mère, qui trahissaient la peur. Puis, celle-ci fit un petit signe de la main. Un signe qui remontait à l’enfance d’Aryna, un signe que la Gardienne n’avait pas vu depuis des années… Soudain, les événements repassèrent à toute vitesse dans la tête d’Aryna, et elle découvrit enfin ce qui la gênait tant, ce qui l’empêchait de croire à toute cette histoire… Elle écarquilla les yeux, et hurla.

– Noooooooooon ! 

La Haute Concubine fit tomber une lame de sa manche, et la dirigea droit vers la gorge du Suprême ! Elle lui enfonça en plein dans la trachée et celui-ci cracha du sang ! Elle le poussa au sol et dans sa chute, sourit une dernière fois à sa fille. Elle ne le savait que trop bien, c’était là le dernier regard qu’elle allait lui porter. Elle lui adressa ses dernières paroles.

– C’était la seule façon de te sauver mon bébé… Excuse-moi… Excusez-moi tous…

Aryna s’écroula à genoux. Dans un éclair doré, un immense fouet s’éleva dans les airs et vint couper en deux la Haute Concubine, sous les yeux de sa fille. La silhouette noyée dans la flamme venait de frapper. Puis, ce fouet vint s’enrouler autour du cou du Suprême, allongé au sol. Après quelques secondes, celui-ci se releva et toucha sa gorge endolorie.

– Hun… Voilà un scénario que je n’avais pas prévu… Fascinant… Je me suis trompé à votre sujet Haute Concubine… Vous étiez bien plus forte que ce que j’avais imaginé… Tous ces sacrifices dans l’unique but de sauver votre fille… Le Suprême cracha sur le cadavre de la Mère. Je vais me faire un plaisir d’écraser jusqu’à votre dernier espoir… Il leva les yeux vers Aryna. Je vois que ta très chère mère a tout misé sur toi mon enfant. Je ne suis donc pas le seul à faire confiance à ta puissance… Malheureusement, ceux qui ne sont pas de mon côté, sont contre moi… Tu es bien trop dangereuse, je dois purifier le Monde de ton âme… Il leva la main et fit un petit signe à la silhouette derrière lui. Occupe-t’en, j’ai à faire. Tue tout le monde, et une fois terminé, finis de réduire cette cité en cendres. Tu as carte blanche, je compte sur toi. Apollon. Nous partons, nous n’avons plus rien à faire ici.

Aryna n’arrivait plus à réfléchir. Sa tête tournait encore, de plus en plus. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Pourquoi tout cela devait-il arriver ? Pour la puissance, le contrôle ? Par la volonté divine ? La volonté divine… Elle a toujours détesté cela, pour elle, les hommes sont les seuls fautifs pour ce qu’il leur arrive. Les voix de Lexas agonisant, Helmi, Tsomy, Wanli, Rikki, qu’elles soient réelles ou dans sa tête, résonnaient au loin. Elle n’entendait rien, elle ne voulait plus rien entendre. Elle n’était que colère et tristesse. Lentement, elle dégaina ses deux lames. Elle le savait très bien… Elle sentait la puissance de cette Gardienne, noyée dans les flammes… Elle n’avait absolument aucune chance, elle allait mourir ici… Mais elle ne s’en souciait plus… Elle avait échoué. Elle avait perdu son Père, sa Mère, sa Cité et bientôt son Celestial. Il allait mourir et elle, n’avait rien pu faire. Tout était de sa faute. Elle était faible et stupide. Elle voulait mourir, elle méritait de mourir. Elle ne voulait plus souffrir, elle voulait que tout s’arrête. Elle regarda le Suprême et Apollon s’éloigner au loin, traversant les flammes de son ennemie, traversant les flammes qui ravageaient sa Cité.

Les autres concubines hurlèrent à leur Concubine en Chef de se replier, de quitter cet endroit, qu’ils n’avaient aucune chance, mais elle n’écoutait rien. Aryna leva ses yeux noyés de larmes vers son adversaire, et vit qu’elle passait à l’attaque. Elle vit Wanli se jeter sur celle-ci pour la protéger et être repoussée comme un simple insecte. Aryna croyait mourir sur place, elle pensait que son cœur allait exploser. À travers le lien faiblissant de son Celestial, elle ressentait la tristesse et la peine de chacune de ses amies, ainsi que la peur… La Peur de mourir… Mais elle, elle ne l’avait pas, elle ne l’avait plus. Elle n’arrivait plus à réfléchir, elle voulait s’allonger là, et se laisser mourir. Elle leva de nouveau les yeux et vit Helmi supplier Lexas d’ouvrir les yeux, Rikki étranglée par le fouet de son adversaire et Tsomy projetée en arrière par d’immenses flammes. Elles étaient en sang et allaient mourir pour elle… Mais elle ne le voulait pas, elle ne l’avait jamais voulu. Elle n’avait jamais choisi d’être la princesse, ni d’être une puissante Gardienne. Elle n’avait jamais rien choisi de sa vie…

Elle sentait son sang bouillir en elle. Sa tête et son cœur ne pouvaient plus tenir. C’en était trop. Aryna jeta ses sabres au sol, prit sa tête dans ses mains et hurla de douleur. Elle voulait exprimer toute sa tristesse, toute sa colère, toute sa haine en un cri. Ses yeux se mirent à briller comme jamais et une puissante onde d’énergie vitale explosa autour d’elle. Toujours dans un cri perçant, son corps lévita dans les airs. Puis, elle tendit les bras et ses lames furent attirées comme des aimants, avant de s’embrasser. Elle se lança sans réfléchir contre son ennemi. De ses sabres elle trancha tout ce qu’elle pouvait, elle n’avait jamais bougé aussi vite, ses mouvements n’avaient jamais été aussi précis. Elle volait dans les airs, sautait dans tous les sens, mais rien n’y faisait, son adversaire restait intouchable. Elle changea de technique et puisa dans son énergie vitale. Elle annihila la matérialisation de son ennemi et transforma les flammes en armes. Le Dragon de feu se transforma en une arme mortelle qu’elle déchaina sur la silhouette. Mais encore une fois, cela ne fonctionna pas. Elle puisa alors encore plus dans ses réserves et décida de tenter ce qu’elle n’avait jamais pu faire, ce qu’elle n’avait jamais été capable de faire. Elle chercha à manipuler toute l’énergie vitale autour d’elle. Pas un élément, mais tous les éléments. Air, terre, feu, eau… Elle voulait abattre sa colère sur son ennemie. Elle fit appel à toute sa puissance et déchaîna les éléments contre son adversaire. Une gigantesque orbe lumineuse vint se fracasser contre la mystérieuse Gardienne de feu. Dans une immense explosion, toutes ses amies furent projetées au loin, et Aryna ne laissa sur son passage qu’un immense cratère. Une fois la fumée dissipée, elle regarda le vide. Elle avait réussi ! Elle avait déployé sa puissance ! Elle se sentait plus puissante que jamais ! Mais elle était vidée, aux portes de la Mort… Heureusement que tout était fini et que…

Soudain, le désespoir s’empara de son cœur et de celui de ses amies. Dans une lueur divine, descendant du ciel avec de longues ailes blanches, son ennemi fit de nouveau son apparition. Les flammes avaient été remplacées par une lumière aveuglante. Des plumes brillantes volaient dans le ciel. Un ange de la Mort était apparu… Les pieds de la silhouette lumineuse touchèrent le sol, et la lueur se dissipa. Une femme en armure légère se présenta à eux. Aryna tomba à genoux, elle accepta sa défaite… Elle ne pouvait plus rien faire de toute façon… Elle regarda ses amies ensanglantées au sol, dont le lien devenait de plus en plus faible, la vie quittait Lexas. Enfin, elle plongea son regard dans les yeux d’un doré étincelant de son écrasante adversaire. Elle eut un rire nerveux, balaya le sol de ses yeux et tituba sur place.

– Ah ah ah… Laisse-moi deviner… Une Gardienne Sacrée hein ?
– Je suis Arès, la première Gardiennes Sacrée de sa sainteté le Suprême…
– Arès ?
– Tel est le nom qu’il m’a donné.
– Et bah ton putain de Suprême, il t’a donné un nom de mec ! 
– Peu importe mon nom. Bientôt, le monde m’appellera le Phoenix.
– Ah ouais rien que ça… J’ai toujours pensé que le Phoenix devait nettoyer le Monde des tâches de ton espèce… 
– Je comprends ta haine et je souffre avec toi. Personne ne mérite de telles souffrances. Ne t’en fais pas, je suis ici pour t’en soulager. Je suis ici pour t’accorder la paix. Je te remercie pour ce combat, tu as fait preuve d’une grande bravoure et tu n’as pas fui devant ton évidente défaite. Tu es un adversaire de valeur, je vais t’offrir une mort honorable.
– Ferme ta grande bouche et finissons-en, je suis fatiguée…
– Très bien, je te l’accorde.

Le fouet de lumière d’Arès se matérialisa dans sa main, jusqu’à se tortiller sur le sol tel un long serpent lumineux. La Gardienne Sacrée le leva haut dans les airs et l’abattit sur Aryna, afin de lui trancher la tête d’un mouvement net et indolore. Elle lui offrait la liberté.

Aryna ferma les yeux et repensa à tout, comme si le temps s’arrêtait autour d’elle. Elle regrettait d’avoir été si stricte avec les filles, avec Lexas… Elle voulait au fond d’elle passer plus de temps avec eux, profiter de chaque instant, mais elle ne pouvait plus, elle ne pouvait plus supporter tout ça. Et sa défaite du jour lui confirmait à quel point elle était faible. Mais à quoi bon s’entraîner ? Que lui restait-il ? Elle n’avait plus rien…

– Tu m’as moi… Et les filles…

La voix de Lexas résonna dans sa tête, elle ouvrit les yeux et vit au loin son Celestial se relever. Mais comment était-ce possible ? Ah… Peu importe, elle ne pouvait plus esquiver le coup de son adversaire de toute façon.

– Merci Lexas… Pour tout… Ma dernière volonté est que vous sauviez vos vies, fuyez… Vivez pour moi…

Aryna ferma les yeux et une puissante sensation de chaleur vint l’envahir. Réconfortante. Elle ne ressentait aucune douleur. Certainement parce que sa tête n’était plus sur son corps se disait-elle. Puis, elle entendit une voix, douce et calme.

– Ça faisait un bail…
– Toi… La voie calme d’Arès trahissait une haine profonde.

La Concubine en Chef ouvrit les yeux. À sa grande surprise, sa tête était toujours sur ses épaules. Puis, une enivrante odeur de groseille et de lilas vint à ses narines. Elle leva les yeux et une magnifique chevelure noir de jais lui chatouilla le front. Ses yeux s’écarquillèrent de nouveau.

– Ra… Raven ?
– Alors Aryna ? On a quelques petits problèmes à ce que je vois…
– Mais comment ?
– Si tu veux bien, les questions attendront…

Raven était soudainement apparue devant elle pour bloquer le fouet de son bras. De son bras ? Comment était-ce possible ? La Gardienne en noir s’adressa à Arès.

– Alors comme ça tu te fais appeler Arès maintenant ? 
– Tu es toujours vivante… Arès défit l’emprise de son fouet et parla avec le plus grand calme, comme si la situation était totalement normale.
– Comme tu peux le voir…
– Je me doutais bien que tu avais quelque chose à voir avec cette “Gardienne la plus puissante de notre génération”…
– Tu me flattes… 
– La vieille a quelque chose à voir là-dedans pas vrai ?
– Voilà une vilaine façon de parler de celle qui nous a élevé…
– Tu me déçois… Tu as donc choisi les Ténèbres… Le côté des ombres…
– Il fallait bien garder l’équilibre… À ce que je vois, tu es plutôt du côté… Lumineux n’est-ce pas ? Un petit soleil à toi tout seul… Tu sais que je préfère la pluie non ?

Aryna sentit tout à coup une puissante énergie vitale s’emparer d’elle. Elle regarda Lexas, qui était à genoux, une main posée au sol, les yeux fermés et extrêmement concentré… Il était en train de puiser l’énergie vitale sous ses pieds. De même, toutes les concubines ressentirent une nouvelle vitalité, un nouveau souffle. Lexas venait de leur transmettre son énergie, il arrivait à la puiser des entrailles de la Terre. Le groupe se regroupa autour de Raven.

– Alors comme ça tu es du côté du Grand Ordre hein ? C’est marrant, ça ne m’étonne même pas…
– Je sers un dessein bien trop grand pour que tu puisses le comprendre…
– Oh tu me sous-estimes… Ça me vexe…
– Et toi… Pour qui travailles-tu ? Cachée dans l’ombre…
– Moi ? Oh tu me connais, je n’ai jamais aimé travailler pour d’autres… Disons que je suis… À mon compte…
– Ah ah ah ah… Et tu fais quoi ? Tu apprends les bonnes manières à des hérétiques ?
– C’est une façon de parler oui… D’ailleurs, c’est ce que je vais faire avec toi…

Raven plia légèrement un genou et fit un léger sourire à Arès. Une puissante émanation d’énergie vitale se fit sentir et en un éclair, Raven se téléporta sur son ennemie. Celle-ci para le coup de justesse et fut repoussée. Immédiatement après, c’est Aryna qui l’enchaîna et arriva à la repousser une nouvelle fois. Arès n’avait pas eu le temps de tout anticiper tellement l’exécution avait été rapide. Elle tenta de se replier pour reprendre la situation en main, mais son repli fut empêché par Wanli et Rikki qui n’arrêtaient pas de l’inonder de coups. La Gardienne Sacrée matérialisa ses ailes et s’éleva dans les airs. Elle fit s’abattre les flammes des alentours sur le groupe, flammes qui furent sans aucun souci renvoyées par Raven. Arès ouvrit les yeux en grand. Cachée dans les flammes, Aryna pointait ses deux sabres vers elle et arrivait à une vitesse vertigineuse. Mais une nouvelle fois Arès, évita le coup. Pas le temps pour cette dernière de souffler, toutes les femmes étaient sur elles. Raven essayait de l’envelopper d’une brume noire, Aryna retournait les flammes des alentours contre elle, tandis que chacune des concubines tentaient de percer ses défenses. Arès tenta une nouvelle fois de s’élever dans les airs, mais Raven contrôla le vent et l’obligea à rester au sol. Arès était assaillie de toutes parts et ne pouvait rien faire à part se protéger. Elle regarda Lexas, qui continuait à donner un flux constant d’énergie vitale à ses concubines. Elle tenta alors de le prendre pour cible afin de couper la source, mais encore une fois, Raven contrecarra son plan en protégeant le Celestial d’une barrière infranchissable. La fureur d’Arès devenait immense. Elle hurla, et se roula en boule pour se protéger de ses ailes blanches aveuglantes. Les concubines avaient beau frapper, rien n’y faisait, ses ailes étaient impénétrables… Elles se regroupèrent et Aryna parla à Raven.

– Je dois avouer qu’effectivement… Tu es plutôt balèze…
– Je te remercie, tu es pas mal non plus. En revanche, nous ne faisons pas le poids…
– Quoi ? Comment ça ! On a l’avantage du nombre, regarde ! Elle ne sait plus quoi faire ! Elle fuit, à travers cette barrière !
– Pas du tout… Elle regroupe son énergie… Sa prochaine attaque va être dévastatrice…
– Quoi, déjà ?
– Oh Aryna… Ne me dis pas que tu penses que les batailles de la vraie vie sont comme dans les fictions si ? Les combats sont courts, pas éternels…
– Tu veux dire que…
– Oui, elle ne se battait pas sérieusement. Croyez-moi je la connais, et elle est bien plus puissante que moi… Sa prochaine attaque sera la dernière…
– Mais alors ce titre de Gardienne la plus puissante…
– Oh tu sais, les rumeurs…
– Et tu n’as jamais cherché à les contredire hein !
– Oh Aryna… Bien. Laissez-moi gérer la prochaine attaque… Nous devons en finir…
– Mais tu as dis que…
– Je sais très bien ce que j’ai dit… Laissez-moi gérer…

Personne n’eut de mot à redire et de toute façon, les paroles de Raven sonnaient comme un ordre, pas une demande. Les Gardiens du lieu sentirent bien que de l’énergie vitale en masse pénétrait en Arès… Le prochain coup allait être puissant… Lentement, les ailes de celle-ci s’ouvrirent et ses yeux jaunes brillèrent d’une puissance inouïe.

– Hérétiques… Ployez le genou devant la puissance du Phoenix !
– Ahhhh… Encore cette rengaine… Toujours persuadée que tu es le Phoenix hein ?
– Je suis le Phoenix, c’est écrit…
– Ah oui ? Figure-toi que pas plus tard qu’hier, j’ai écrit dans mon journal que je ne voulais plus jamais voir ta tronche. Regarde, ça n’a pas marché… Alors ce qui est écrit tu sais…
– Ah ah ah ah, je suis heureuse de voir que tu n’as pas changé Raven.
– Vraiment… ?
– Oui, une fois que je t’aurai tuée ma satisfaction n’en sera que plus grande.
– Si tu le dis…

Arès tendit les bras sur les côtés, s’envola et une aura incroyable s’empara d’elle. Tout semblait s’alourdir, l’air devenait irrespirable… Raven eut un regard d’effroi…

– Ne me dis pas que… Impossible !
– Remercie la vieille… C’est grâce à ses conseils que tu vas mourir… Ne t’en fais pas, elle te rejoindra bientôt, tu pourras la remercier là-bas.
– Non ! Arrête !

Raven n’eut pas le temps de bouger, tout devint blanc et en un claquement de doigt, tout explosa. Des lieux à la ronde, tout n’était devenu que lumière… Puis, celle-ci disparut. Arès contempla la scène depuis les airs et redescendit doucement. Elle posa un pied au sol, puis regarda aux alentours. Tout n’était que poussière. Elle mit un genou à terre, toucha le sol et essaya de ressentir l’énergie vitale de ses adversaires. Il n’y avait plus rien… Plus aucun signe de vie… Ils étaient tous morts. Arès regarda ses deux mains et explosa de rire.

– Ah ah ah ah ah ah ! Ouiiii ! Ouiiiii ! Je suis le Phoenix ! Je suis l’élue ! Ah ah ah ah ah ah ! Ahhhh… Adieu… Ma chère sœur… Ah ah ah ah ah ah !

Les ailes d’Arès se déployèrent et elle s’envola. Elle quitta Maartkham, les yeux remplis de joie. Elle avait réussi sa mission divine, elle avait fait un pas vers sa destinée. Elle regarda le reste de la Cité, celle qui avait été épargnée par la bombe et déchaîna les flammes dessus… Elle en avait terminé ici…

Si seulement elle était restée quelques minutes de plus, elle aurait alors vu une pierre bouger… Une toute petite pierre, qui se mit à sautiller. Puis une autre, suivie d’encore une autre. Dans un puissant fracas, la terre explosa et Raven sortit la tête.

– Bien… Elle est partie. Vous pouvez sortir.

Le groupe quitta son terrier. Toutes les concubines, Raven et les enfants étaient sains et saufs. L’emprise d’Apollon, visiblement désormais très loin de Maartkham, avait cessé. Aryna se dépoussiéra et demanda des comptes à Raven.

– C’était quoi ça Raven ?
– Triple barrière : une barrière de terre, puis une barrière d’annihilation d’énergie, suivie d’une barrière d’air, pour le confort…
– On aurait pu la vaincre !
– Aucune chance Aryna…
– Mais tu…
– Je suis réaliste. Crois-moi, la meilleure chose que nous avions à faire, c’était de passer pour morts…
– Comment… Et qui est cette… Comment le Suprême a… Ma Mère lui a enfoncé sa lame dans la gorge il…
– Et ta Mère avait réussi. Mais Arès, comme elle se fait appeler maintenant, possède des capacités hors du commun, dont des capacités de guérison… Une telle plaie n’est rien pour elle…
– Mais alors elle est… Elle est invincible…
– Pas invincible… Juste hors de notre portée…
– Mais alors ma Mère… Mon Père ils… Ils sont morts pour… Pour rien…

Aryna tomba à genoux, en larmes. Raven, visiblement très peu à l’aise avec ce genre de choses, tenta tout de même de la réconforter.

– Je… Toutes mes condoléances Aryna je… C’est terrible… Mais je suis sûre que ta Mère a fait ça pour toi tu sais… Elle avait réussi à gagner la confiance du Suprême au prix d’immenses sacrifices… Elle a été jusqu’à sacrifier la Cité… Si Arès n’avait pas été là, elle aurait réussi à tuer le Suprême… Mais je suis sûre qu’elle était persuadée que tu avais un rôle plus important qu’elle pour…
– Parce que tu as tout vu ?
– J’étais là oui…
– Et tu ne l’as pas sauvée ! Tu ! Tu…

Les larmes et la tristesse d’Aryna étaient bien trop forte, elle s’effondra au sol. Elle n’avait même plus l’envie de frapper la Gardienne des Ombres. Raven regarda aux alentours, un peu gênée, elle chercha de l’aide, mais les concubines étaient en train de déblayer le terrain, à la recherche des corps du Roi et de la Haute Concubine. Lexas s’avança péniblement.

– Comment es-tu arrivée si vite ici Raven ?
– Décidément, tu as beaucoup à apprendre… Mais ce n’est pas le plus important ici… Nous verrons cela plus tard…
– Sirius est au courant ?
– Disons qu’il est… Au courant que… Je suis sortie… Il ne demande pas où je vais à chaque fois que je sors tu sais, je suis grande…
– Tu as mis l’Orchidée Bleue en danger.
– Absolument pas. Premièrement, je suis censée être morte à l’heure qu’il est, ce qui m’arrange bien. Deuxièmement, à part vous et l’Orchidée, personne ne sait que j’y suis. Tu apprendras qu’il est bien plus facile de se déplacer dans l’ombre que dans la lumière Lexas… Mais j’imagine que c’est une leçon que tu as apprise maintenant…
– Effectivement…
– Je dois rentrer… Nous avons beaucoup de travail… Tâche de réconforter ta Concubine en Chef veux-tu ?
– Tu ne pourrais pas être plus compatissante !
– Non, je le regrette, ce n’est pas dans ma Nature.
– Elle a perdu ses parents, elle… Elle est la fille du roi… Mais alors quand tu l’appelais Princesse tu…
– Tu ignores décidément bien des choses… 
– Apparemment…
– Bien, à bientôt…
– Quoi, tu pars comme ça ?
– Comme je suis arrivé oui… Quand vous vous serez relevés, venez nous voir… Nous avons bien des choses à nous raconter… 

Raven eut un petit sourire réconfortant et quitta les lieux. Lexas eut un peu de mal à appréhender la chose, mais finalement, il laissa tomber et s’approcha d’Aryna. Cependant, il ne sut quoi faire… Finalement, c’est elle qui prit la parole…

– Laisse tomber Lexas…
– Je suis désolé Aryna je… Il y a tellement de choses à dire…
– Effectivement… Et je ne ne veux pas en parler… Les filles arrêtez… Stop…
– Mais Ary… Tsomy avait des yeux de chien battu.
– Non Tsomy merci, mais stop… De toute façon, ils auraient voulu être enterrés ici alors… Je ne veux pas revoir leurs corps dans cet état je… Arrêtez s’il vous plaît…

Les filles se regroupèrent aux côtés d’Aryna, qui pleurait toujours… Rikki se mit à pleurer également, suivie par Helmi. Tsomy lutta de toutes ses forces en regardant au ciel, mais explosa en larmes elle aussi et se jeta dans les bras d’Aryna. Wanli était droite et regardait le ciel…

– Wanli…
– Mo… Monsieur…
– Tu as le droit de pleurer tu sais…
– Si vous me le permettez je…
– Je te le permets…

Wanli partit en sanglots également, et vint chercher l’épaule de Lexas en réconfort. Celui-ci lui offrit et laissa ses larmes couler à son tour. Il ressentait un mélange de haine, de soulagement et de frustration. Il regarda sa plaie et remercia le destin de lui avoir permis d’apprendre tant de choses auprès des filles. Sans cela, il n’aurait jamais pu se sauver lui-même… Il pensa aussi que sans Raven et ses capacités, ils seraient sûrement morts à cette heure-ci. Mais qu’en est-il de lui ? Il sentait qu’il avait gagné en puissance mais pourtant… Grâce à sa capacité, il devait faire de ce groupe un groupe invincible, alors pourquoi avaient-ils perdu ? Il avait bien senti qu’Arès avait une puissance incroyable, mais s’ils n’arrivaient pas à vaincre un tel ennemi, comment allaient-ils pouvoir continuer… Comment vaincre toutes les entités du Grand Ordre, s’ils sont incapables d’en abattre une seule…

– On a plus à continuer Lexas… Tout est fini… Aryna parla entre deux pleurs.
– Comment ? Lexas se rappela qu’il avait oublié de couper le lien, ce qu’il fit. Oh… Non pardon Aryna je ne pensais pas à ça…
– Je sais… Mais que veux-tu faire… Il n’y a plus de Maartkham… Plus de Roi, plus rien à protéger…
– Ce n’est pas ce que tes parents avaient l’air de penser…
– Et regarde où ça les a menés…
– Ary je… Tsomy s’essuya une larme. Je suis désolée d’avoir douté de la Haute Concubine… Je n’ai compris que trop tard qu’elle avait tout sacrifié pour toi, pour nous… Nous l’avons déçue… Elle a fait tout ça en ayant confiance en nous, en pensant que nous pouvions profiter de ses sacrifices pour réussir là où elle a échoué mais… 
– Ce n’est rien Tsomy… C’était encore un de ses plans tordus… Si nous n’avions pas douté, jamais le Suprême aurait autant cru en elle… C’est moi qui devrais m’excuser… Nous n’avons plus rien à protéger désormais… 

Lexas se mit à réfléchir… Il regarda les filles, qui se faisaient des câlins de réconfort et qui arrivaient peu à peu à surmonter la peine. Il les regarda une par une, et fut pris par un puissant sentiment de gratitude…

– C’est faux Aryna…
– Pardon… Aryna s’essuyait les larmes.
– Moi j’ai encore des gens à protéger… Je dois vous protéger, vous. Et toi ? Je comprends que tu n’aies jamais voulu rien dire au sujet de ton statut, mais cela n’empêche pas le fait que tu es Reine aujourd’hui… Tu es la Reine de Maartkham.
– Lexas… Regarde autour de toi ! La Cité est en ruines. Il n’y a plus de Maartkham !
– Et alors ? Une Reine ne gouverne pas des pierres ! Elle gouverne un peuple ! Et grâce à ton Père, le Roi Naribarad, il reste un peuple à aider ! Un peuple à guider ! Je suis conscient que les pertes sont tragiques et nombreuses : tes parents, des tonnes de gens innocents… Mais combien en reste-t-il ?
– Énormément… Notre Roi les a… Les avait mis à l’abri Aryna… Wanli eut une lueur d’espoir.
– Ary ! Lexas a raison ! Tsomy se releva. Maartkham n’est pas morte !
– Je ne dirais pas ça… Lexas se retourna.
– Que voulez-vous dire Monsieur ?
– Je pense que Maartkham doit rester morte… Du moins aux yeux du monde…

Aryna se releva et s’avança vers son Celestial.

– Tu as quelque chose en tête…
– Aryna… Toi comme moi, comme tout le monde ici, on a une haine profonde envers le Grand Ordre…
– Mais on ne peut rien faire contre eux… Nous n’avons plus rien ! Plus d’argent, plus de ville…
– Mais nous avons nos capacités… Nous avons notre groupe… Nous avons des citoyens, à qui le Grand Ordre a tout pris…
– Où veux-tu en venir… ?
– Nous devons reconstruire… Mais pas Maartkham… Maartkham a disparu et restera un champ de ruines… Nous devons rester morts…
– Tu veux dire que…
– Je veux dire que nous devons embrasser ce que nous sommes… Seule la Mort peut terrasser le Grand Ordre…
– Alors… Nous devenons la Mort…

Aryna mit la main sur son menton pensive… Elle vit ici une lueur d’espoir. L’espoir de pouvoir repartir à zéro, de tout reconstruire et cette fois-ci, de pouvoir faire ses propres choix… Lexas activa de nouveau le lien et se mit à réfléchir, comme pour présenter son plan au reste du groupe, en silence… Le peuple de Maartkham a toujours vécu caché, et cela n’allait pas changer. Lexas voulait reconstruire une Cité cachée, une Cité dont personne ne connaîtrait l’existence, ni même l’emplacement… Une Cité fantôme, qui attiserait les fantasmes… Une cité qui transformerait les nuits de leurs ennemis en cauchemars… Une cité de Mort, remplie d’assassins…

– Tu veux créer un… Ordre des Assassins ?
– Je veux créer un village d’assassins…
– Mais…  C’est impossible…
– Rien n’est impossible Aryna… Le Grand Ordre possède un pouvoir immense, morcelé en un tas d’éléments qui le rendent invulnérable… Nous allons le priver de tous ces éléments, un par un, dans l’ombre… Nous allons le détruire avec minutie…
– Tu veux créer une chimère…
– Exactement… Je veux créer un fantôme qui n’existe pas et qui pourtant détruit notre ennemi petit à petit…
– C’est dangereux ça… Helmi intervint. Quand quelque chose n’existe pas, n’importe qui peu prétendre être la dite chose…
– Et c’est là que nous puiserons notre force… Le Grand Ordre ne saura jamais où frapper, ni quand nous, nous frapperons…
– C’est Raven qui t’a mis ça dans la tête hein ?
– Raven… Kira… Rikki… Ta Mère… J’ai eu bien des professeures… La question est de savoir… Est-ce que vous allez me suivre ? Est-ce que vous allez reconstruire avec moi ?

Les cinq femmes se redressèrent et s’approchèrent de Lexas. L’ensemble des concubines semblaient retrouver la foi ! Malgré les pertes, malgré les difficultés, elles avaient là leur corde pour sortir de cette abîme de tristesse. Elles regardèrent Aryna, qui leva les yeux au ciel, eut encore une fois des larmes, cria un bon coup et s’essuya celles-ci.

– Bien-sûr qu’on va te suivre ! Je crois qu’il n’y a pas de plus bel hommage que je puisse faire à mes parents… 
– Oh ! Ça, ça me plait ! Une organisation secrète cachée dans un village secret qui massacre du méchant ! Hou ça m’excite ! Tsomy sautilla sur place.
– Après tout, on a été formées pour ça… Ce serait dommage de ne pas mettre nos talents à contribution… Helmi participa.
– Bien… Si nous sommes tous d’accord… Wanli analysa la situation. Je pense que nous pourrons rallier énormément de civils à notre cause… Ils seront très nombreux à vouloir nous aider, surtout si ça leur permet de reconstruire leur vie… Ce ne sera pas un problème.
– Exactement Wanli. Lexas était pris dans sa réflexion. Mais même à leurs yeux, nous ne devons pas exister… Nous allons devoir nous cacher derrière ceux que nous mettrons dans la lumière…

Aryna s’avança dans les décombres. Elle prit deux petites pierres et les posa au sol. Elle les toucha et ferma les yeux.

– Maman je… Encore une fois les larmes coulèrent. Je suis vraiment désolée je… Je n’ai pas su comprendre je… Tu es morte par ma faute je… Ah… Je te promets de continuer ce que tu as commencé et… Papa je… Pardon… Je suis sûr que tu vas détester ça mais… Ah ah. Aryna ria en s’essuyant une larme. Mais je dois le faire… Aide-moi…

La Gardienne essuya ses larmes à l’aide de sa combinaison déchirée et se retourna vers Lexas. Un superbe soleil se levait à l’horizon et embrassait les ruines de Maartkham de sa chaleur… Les flammes commençaient à mourir…

– Très bien Lexas, je te suis. J’ai confiance en toi, en vous toutes. Nous détruirons le Grand Ordre petit à petit, dans l’ombre, nous serons la Mort. Mais avant toute chose je veux savoir… Maartkham est morte, qu’est-ce qui va renaître de ses cendres ?
– Lexas regarda le soleil se lever et le sang sur ses mains. Il sourit. Nous sommes des assassins… Des assassins de l’Aube Rouge…

Et voilà… Voilà chers lecteurs comment a été créée l’Aube Rouge il y a des années… Un petit pincement au cœur de laisser Lexas et ses concubines ici mais n’ayez crainte, ils ont une place essentielle dans la saga originale… Qui commence dès maintenant ! L’écriture a commencé et je vais enfin pouvoir donner vie aux aventures de Kira ! J’ai vraiment hâte de vous les faire découvrir ! L’histoire principale est bien entendu bien plus “travaillée” que celle-ci, qui n’était qu’une petite introduction. Mais elle m’a permis de travailler mon écriture. Si les aventures de Lexas vous ont plu, alors je vous assure que vous allez vous régaler avec celles de Kira, Sam et Kali ! D’après-vous, comment ont évolué les personnages de l’Aube Rouge, presque vingt ans après… Hâte de vous faire découvrir ça dans “Les Gardiennes d’Ashima” !

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Un énorme MERCI aux bêta lecteurs qui nous ont aidé tout au long de l’écriture. Merci pour leur aide, leurs conseils, leurs corrections et leur patience ! Et bien entendu, un énorme MERCI à vous également, lecteurs, qui même si vous n’étiez pas nombreux, avez été fidèles. Alors MERCI ! Et je l’espère, à très bientôt !

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